Combien de temps vais-je rester déprimé?

Les hôtes de Fleury-Mérogis veulent savoir le nombre d’années ou de mois qu’ils vont y rester. Beaucoup de personnes troublées et malheureuses voudraient, elles aussi, savoir combien de temps elles vont passer dans ce qui leur semble être une prison pas plus gaie, pas plus coquette, pas plus lumineuse, pas plus parfumée à la rose.

Elles interrogent avec anxiété leurs médecins, leurs psys, les membres de leur famille, leurs meilleurs amis, et même des internautes inconnus : « Combien de temps vais-je rester déprimé ? » « Dans combien de temps pourrai-je aller mieux ? »

« Je suis en dépression depuis un moment… Combien de temps met-on pour se remettre d’une dépression ? »

« Je fais une dépression depuis six mois. Chaque jour est une souffrance et j’ai hâte de m’en sortir. Combien de temps faut-il pour reprendre le dessus ? »

Vous aussi, vous vous demandez quand est-ce que vous irez mieux ?

La question est légitime mais ni moi, ni personne ne peut y apporter une réponse univoque. Une saison pas comme les autres

La question « Combien de temps vais-je rester déprimé(e) ? » présuppose en effet que la dépression est tout à fait comme l’hiver. Or, vous l’avez compris, l’analogie n’est pas pertinente jusqu’au bout.

Que nous nous emmitouflions dans une doudoune ou que nous bravions le froid en manches courtes, que nous rouspétions contre les intempéries ou que nous nous blottissions avec volupté devant un bon feu de cheminée, l’hiver n’en sera ni plus long, ni plus court.

Mais la dépression n’est pas une saison comme les autres ; sa durée dépend de nous. Lorsqu’on se pelotonne dans des idées optimistes et réconfortantes, on l’abrège. Lorsqu’on ronchonne contre son mauvais temps en injuriant le sort, lorsqu’on maudit Dieu ou l’Univers, on la prolonge. 48 Foire aux questions

Je pense que vous l’avez déjà compris, mais c’est un point tellement important que je me permets d’insister un peu : déprimé, on n’est pas la victime d’une puissance maléfique sur laquelle on ne peut rien ; on est plutôt la victime de ce qu’on a cru, pensé, choisi et agi jusque-là. (Sauf bien sûr quand dépression est le pseudonyme donné à un chagrin naturel et inévitable tel que celui qui fait suite à un deuil, à une séparation, au manque de loyauté d’un ami, etc.)

Les mauvais choix – dont la plupart ont l’ignorance pour mère – enfoncent dans la dépression, tandis que les bons choix – qui sont presque toujours conscients et informés – aident à s’en extraire.

L’individu déprimé s’est rarement mis tout seul dans ce bourbier mais c’est lui qui y reste.

Et c’est aussi lui qui, par ses efforts et son intelligence, s’en sort.

Demander aux autres – y compris aux spécialistes – « Combien de temps vais-je rester déprimé ? » a donc autant de sens que si Georges demandait à son voisin combien de temps lui, Georges, va rester rondouillard ou endetté. Non seulement le voisin n’en sait rien, mais la seule personne qui puisse éventuellement avoir des lumières à ce sujet, c’est Georges, c’est le principal intéressé.

Bref, la durée d’une dépression dépend étroitement de la manière dont on y réagit. Conformisme et charlatans

Pour que l’hiver dépressif laisse place au printemps folâtre et enjoué il faut avant tout s’abstenir de faire les choix désastreux qui prolongeraient artificiellement sa durée.

C’est-à-dire ? Quels « choix désastreux » ?

Vous avez raison de poser la question, et vous n’aurez pas à attendre longtemps la réponse : ce sont les choix que l’on fait par conformisme.

Mais peut-être voulez-vous une définition du conformisme.

Je vous propose la suivante : le conformisme est « un déni contre nature de son authentique personnalité entretenu par la peur des autres et de leur jugement ». Renoncer à vivre sa vie et ses rêves par crainte de déplaire, de sortir de l’anonymat, de se distinguer de la foule, c’est du conformisme.

Si la vie est un périple terrestre ou maritime, et la confiance en soi notre moyen de locomotion, les choix conformistes éraflent les pneus du véhicule, 49 Marre de la vie ? la coque du navire. Trop de choix de ce genre, et on se retrouve avec une épave qui s’abîme à la casse. Choisir le conformisme, choisir par conformisme, c’est se méfier de soi.

Ce qui éloigne le bonheur à coup sûr, et pour longtemps.

Un autre choix désastreux consiste à se tourner vers des charlatans pour leur demander de l’aide. Ces sinistres individus tendent une main secourable à leurs clients ou patients et, avec l’autre main, leur enfoncent la tête sous l’eau, tout en leur racontant qu’ils les sauvent… Manière de fidéliser leur clientèle et de perpétuer le besoin qui les fait vivre.

Mais comment reconnaître ces dangereux imposteurs ?

Peu de charlatans portent ce titre gravé en belles lettres sur leur plaque, juste après leur nom. Pas si bêtes. Un imposteur qui aurait la réputation d’en être un devrait bientôt fermer boutique. Comment, donc, reconnaître les charlatans pour les faux jetons qu’ils sont vraiment ?

À ma connaissance il n’y a pas de moyen sûr.

C’est pourquoi je me suis efforcée de démasquer dans ce livre quelques bonimenteurs très respectés que leur réputation de compétence et leur crédibilité (fondées sur des titres authentiques et de véritables diplômes) rendent singulièrement dangereux.

Venons-en maintenant à un choix encore plus catastrophique que les précédents. D’une manière très logique, ce choix funestes consiste à se tourner vers des charlatans par conformisme.

À prendre une autoroute qui se termine en impasse sordide parce que « tout le monde » nous la conseille et que nous croyons que « tout le monde » sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. À demander de l’aide à des loups parce qu’on bêle dans un troupeau qui les prend pour des bergers.

Bref, à se perdre avec les autres par crainte de s’égarer tout seul.

Si, donc, vous devez faire de mauvais choix, faites au moins des mauvais choix personnels. Allez chercher de l’aide là où vous avez envie d’en chercher. Que vos erreurs vous ressemblent ; qu’elles reflètent avec la plus haute fidélité vos désirs et aspirations profondes.

De cette manière vous ne prolongerez pas votre dépression au-delà de ses limites naturelles. 50 Foire aux questions Attendez-vous au bonheur

La durée de la dépression est aussi liée à nos croyances : s’attendre à ce qu’elle dure, c’est différer sa fin.

Alors si une voyante, ou un praticien de la santé mentale, vous annonce que votre dépression va persister encore cinq jours, puis s’effacer comme la brume matinale au soleil qui la dissipe, croyez-la, croyez-le.

Mais si un psy ou Madame Irma vous prédit que votre dépression va durer encore cinq ans, ou pire se prolonger autant que votre vie, faites fi de sa prédiction défaitiste. Quoique payante, elle est gratuite : en réalité il ou elle n’en sait rien.

Et dans tous les cas, souvenez-vous que votre vie est votre vie.

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