Comment former la volonté

Limiter ses Efforts.

1. L examen de conscience établi par l’Etudiant conformément aux indications de la Leçon 2, lui a fait discerner au fond de lui-même des forces d’inertie ou d’opposition et des forces positives; pour former et développer la volonté, il doit éliminer les premières et accroître les secondes. Les forces d’arrêt (inhibitions) sont constituées par de mauvaises habitudes nommées timidité, indécision, défiance de soi. On ne doit pas les attaquer de front, mais on en diminue l’intensité en les soumettant à l’analyse afin d’en déterminer les origines et les nuances, qui varient avec chaque individu.

Bien se connaître permet de ne pas exiger d’abord de la volonté plus qu’elle ne pourrait donner. Nous recommandons expressément à l’Etudiant de limiter les tâches qu’il s’impose de manière à entraîner sa volonté sans la surmener; il faut aller aussi loin qu’on peut, ne pas lâcher en route et proportionner l’effort à ses capacités. Comme celles-

ci augmentent par la gymnastique, on en arrive peu à peu à vouloir et à exécuter -des actes dont l’idée même faisait d’abord frémir.

Maîtrise et Assouplissement du Corps.

2. La débilité physique est un obstacle fréquent à l’action volontaire. Par débilité nous n’entendons pas tant la faiblesse musculaire que la faiblesse nerveuse. Un ascète décharné peut exercer une volonté insurmontable, mais il domine ses nerfs. L’alcoolique, le débauché, fussent-ils taillés en Hercules, sont singulièrement vulnérables. Au contraire, un corps harmonieusement assoupli met à la disposition de l’esprit le maximum de ressources physiques, et même un appoint précieux d énergie morale. Rien n’engage plus à la fermeté que de sentir qu’on peut compter sur soi-même, aussi bien contre l’hostilité des circonstances que devant l’hostilité des hommes. Une bonne santé donne de la « résistance » et permet un travail intense, prolongé. L’hygiène corporelle que nous recommandons détermine une activité musculaire plus grande. On sait que les exercices de gymnastique doivent être faits, non pas avec veulerie, mais avec énergie et précision. C’est par là qu’ils réagissent directement sur la volonté. Prenez l’habitude des gestes énergiques, donnez la main franchement, saisissez les objets avec netteté, sans hésitations oiseuses. Peu à peu cette prestesse musculaire influera sur le rythme de vos pensées, de vos sentiments, de votre volonté.

Ce n’est pas sans raison qu’on juge volontiers de l’énergie d’un homme d’après sa poignée de main; celle-ci est un symptôme d’une habitude ordinaire de décision et d’activité. Présentez-vous franchement, asseyez-vous sans petites hésitations ridicules, dites tout de suite ce que vous avez à dire. Ce sont là des réflexes d’une acquisition facile qui vous habitueront à vouloir presque automatiquement.

La maîtrise du corps s’exprime en grande partie par la maîtrise du mouvement. Or, tout mouvement volontaire (comme l’a si bien montré W. James) dépend des sensations musculaires dont on dispose, qu’on sait évoquer. Donc, pour avoir des mouvements précis, nets et rapides; pour pouvoir les coordonner selon son désir, il faut arriver à connaître ses sensations. Appliquez cette idée aux exercices physiques contenus dans nos leçons, vous y trouverez de nombreuses possibilités pour l’éducation du sens musculaire.

Maîtrise et Assouplissement de l’Esprit.

3. Mais la véritable maîtrise de soi est celle de l’esprit: elle suppose de bonnes dispositions du sentiment et de la pensée et que nous savons prendre la direction de notre vie. Le sentiment, seul, exclut l’acte volontaire, soit en faisant entièrement défaut -l’apathie entraîne l’aboulie -soit en poussant l’individu dans un sens différent de celui qui convient. Les passions tiraillent et barrassent ceux qui sont leur proie; elles les arrachent à ce qui devrait faire l’intérêt de leur vie. Que l’on pense aux ravages que fait dans un caractère, l’excitation au jeu ou à la boisson. Heureux ceux qui savent mettre d’accord leur coeur et leur raison. La bataille est avant tout mentale; le corps finira par se soumettre au vainqueur. Que celui qui est victime de l’alcoolisme ou du jeu possède un désir de se corriger plus fort que le désir de boire ou de jouer, et il triomphera, non pas tout de suite, mais en temps voulu.

Pour éveiller ou stimuler ce désir de réforme, la pensée doit intervenir activement. Cet homme veut avoir plus de respect de soi et posséder les avantages que procure le respect des autres. Bientôt, ses idées s’élaborent en un idéal esthétique, qui exige la conformité entre le désir et l’action.

Les Conditions du Milieu.

4. La volonté se trouve facilitée ou compromise par le milieu, tant physique que social. La simplicité frugale et le confort amollissant agissent à l’inverse l’un de l’autre. Il y a des musiques déprimantes, d’autres exaltantes. S’agit-il de suralimenter un convalescent, il est à propos de solliciter sa faim par une cuisine aux fumets prometteurs. De même une ambiance triste abat nos énergies, tandis qu’au contact de l’enthousiasme nous nous sentons élevé au-dessus de nous-mêmes. Dans un milieu spirituel, des balourds même ont quelque esprit, car une certaine contagion colporte les pensées, comme elle excite les sentiments.

La Vertu de l’Habitude.

5. Pour devenir pleinement maître à la fois de son corps et de son esprit, il faut acquérir de bonnes habitudes. Ce dernier mot désigne une activité très importante pour la formation de la volonté. Une forte volonté est constituée par un groupe de bonnes habitudes fortement ancrées.

Pour l’homme sage, qui absorbe modérément de l’alcool, ou pas du tout, boire une demi-bouteille d’eau-de-vie en une fois n’est pas une tentation, c’est de la pure folie; mais rien ne saurait tenter davantage un ivrogne, parce qu’il a contracté l’habitude de faire d’abondantes libations. Si l’on veut se guérir d’une mauvaise habitude, il faut commencer par en contracter une meilleure, car la vie humaine n’est faite que d’habitudes, bonnes, mauvaises ou indifférentes. L’habitude et la volonté doivent donc travailler ensemble. Pour varier les exemples, considérons la passion du fumeur.

Des médecins nous ont affirmé avoir guéri des fumeurs de leur déplorable passion en les obligeant à faire leurs propres cigarettes, ou en leur faisant garder à la bouche une cigarette non allumée, tandis qu’ils s’occupaient à autre chose. Au bout de quelque temps, l’inclination s’affaiblit; parfois même, la cigarette finit par inspirer du dégoût. Certains fumeurs pendant la période de transition de l’habitude de fumer à celle de ne plus fumer, mangent du chocolat ou sucent des bonbons, des pastilles, etc..

Supposons que vous soyez grand fumeur, et que votre médecin, après avoir ausculté vos poumons ou examiné votre vue, déclare: « Il faut absolument renoncer au tabac. » Par volonté, vous devrez fumer une cigarette de moins chaque jour, pour arriver ainsi à zéro. Ce procédé convient à plus de gens que la cessation immédiate de fumer. C’est la suppression progressive d’une habitude mauvaise. Mais on peut également remplacer une habitude par une autre -une mauvaise habitude par une bonne. C’est le vieux principe de vaincre le mal par le bien.

Voici maintenant quelques moyens pratiques pour acquérir progressivement de bonnes habitudes.

Emploi du Temps et Dressage de la Volonté.

6. Nous avons déjà dit dans la Leçon 1 qu’il faut organiser son temps. Au point de vue psychologique, c’est donner des béquilles à une volonté encore trop faible pour marcher seule. Répartir son temps selon un certain ordre oblige l’Etudiant à ne faire qu’une chose à la fois, donc à ne pas éparpiller sa volonté, à la concentrer, au contraire, tout entière sur un objet déterminé.

Au début, nous n’avons considéré l’emploi du temps que d’un point de vue purement matériel, pour la commodité. Ici nous vous prions de le considérer, en outre, comme un soutien de la volonté. Il faut, en changeant d’occupation, vouloir ce changement, non pas s’y soumettre d’une manière automatique; il faut vouloir travailler tant de minutes à tel sujet, et tant de minutes à tel autre. Un bon Pelmaniste sait tirer parti de toutes les circonstances pour accroître son pouvoir de volonté par la formation d’habitudes utiles.

Du fait même que l’on emploie son temps de telle manière et non pas d’une autre, selon un système de répartition adopté de son plein gré, il s’ensuit que la durée des hésitations et des indécisions se trouve limitée. On veille à ne pas laisser s’établir entre une série d’actes et la suivante une période inactive de durée trop longue. On arrive alors à appliquer la volonté juste quand il faut, à ce qu’il faut, même si l’acte est désagréable, pénible et détesté.

Bien mieux, nous conseillons à l’Etudiant de classer, dans chaque section de son emploi du temps, les actes d’après la quantité de plaisir qu’ils lui représentent et de commencer, autant que possible, par ceux qui lui plaisent le moins. L’avantage de ce procédé est double: matériellement, le travail pénible étant fait le premier, il ne reste, à mesure qu’on se fatigue, que le travail plus facile; psychologiquement, on a augmenté sa volonté parce qu’on a fait un ou plusieurs efforts suivis d’une victoire sur soi, sur ses dégoûts et sa paresse.

On établit ainsi une habitude contraire à la précédente: on a remplacé l’inertie par l’activité.

La Résistance aux Mauvaises Habitudes.

7. Le plus pénible, mais le plus nécessaire, c’est de résister aux mauvaises habitudes par lesquelles on s’est laissé dominer. Au fumeur invétéré dont nous avons parlé, conseillons l’habitude de sucer des bonbons; ses lèvres et son palais ne resteront pas inactifs. On leur a donné quelque chose à faire, parce qu’on ne pourrait pas les astreindre brusquement à immobilité. En fumant, les glandes ont pris l’habitude de saliver et cette activité inconsciente ne peut être, elle non plus, supprimée d’un coup. Mais quand le besoin physique est trompé par l’ingéniosité de l’esprit, il se crée une habitude de résister au besoin de fumer, et celle-ci tend à devenir à son tour automatique. L’ancien fumeur regarde désormais un paquet de cigarettes ou de tabac avec le « sourire du souvenir ».

Cette observation vaut pour toutes les mauvaises habitudes. Au début, il faut lutter pour dire « Non »; puis cette lutte devient inutile, C’est ainsi que l’habitude économise l’effort. Grâce à elle nous arrivons à faire tout ce que nous nous proposions d’accomplir; et nous y réussissons mieux que si nous avions essayé d’en venir à bout par la seule volonté. L’habitude diminue notre dépense d’énergie.

Formation des Bonnes Habitudes.

8. Il n’y a rien à faire, remarquez-le, pour prendre de mauvaises habitudes: la négligence, l’obéissance aveugle à nos instincts y pourvoient, ainsi que le mauvais exemple. Mais aucune habitude salutaire ne se contracte d’elle-même.

C’est pourquoi tant de gens nous objectent ce raisonnement spécieux: la volonté supposant un dressage des habitudes, il faudrait déjà posséder de la volonté pour en acquérir. Il y a là, semble-t-il, ce que les logiciens appellent un « cercle vicieux ». Sachons bien que la difficulté est plus apparente que réelle. En effet la volonté se constitue peu à peu, quand on organise de mieux en mieux son activité.

Ce n’est pas l’oeuvre d’un jour, et le plus sûr moyen d’échouer serait de prétendre obtenir d’un coup de très grosses réformes. Vous progresserez vite si vous procédez lentement; si chaque semaine, vous introduisez dans votre vie quelque amélioration. Un seul progrès à la fois, mais définitif. Ce sera simple, facile et d’une importance que vous n’imaginez pas. On n’est pas son maître autrement.

Comme l’effort s’entraîne, la Volonté s’apprend.

L’Emulation avec Autrui.

9. Après vous être étudié avec soin, comparez-vous aux autres. Pour former votre volonté, examinez celle d’autrui et dites-vous que si votre voisin a accompli tel ou tel acte qui vous paraît difficile ou admirable, il n y a rien qui s’oppose à ce que vous réussissiez comme lui. L’émulation sera pour le dressage de votre volonté un excellent adjuvant; elle vous permettra d’évaluer vos forces selon une mesure extérieure à vous, de préciser vos points d’arrêt, et de pousser vos efforts dans un même sens afin d’égaler ceux d’entre vos collègues que vous regardiez d’abord comme supérieurs.

Mais prenez garde de ne pas confondre l’émulation avec la jalousie ou l’envie, qui sont de mauvaises tendances parce qu’elles sont négatives. Souvent même elles comportent un élément de méchanceté qui est absolument contraire aux principes du Pelmanisme et au progrès individuel.

Si un collègue ou un voisin a mieux fait que vous, mieux réussi dans son commerce ou sa carrière, vous ne devez pas l’envier et rester les bras croisés; vous devez vous réjouir de son succès parce qu’il vous donne une leçon dont il ne tient qu’à vous de profiter. Etudiez ses manières d’être, la qualité de son intelligence et de sa volonté, le degré de son instruction technique et générale. Puis, mettez-vous au travail et tâchez de l’égaler.

C’est malheureusement un défaut trop répandu que la jalousie ou l’envie. Celui qui a un but, qui est vraiment énergique et plein de « bonne volonté », n’éprouve pas ces sentiments, car il a conscience de sa force et ne redoute pas celle d’autrui.

L’Emulation avec Soi-même.

10. A l’émulation vis-à-vis d’autrui, on fera bien d’ajouter l’émulation vis-à-vis de soi-même. Son emploi est plus délicat et plus difficile, parce que l’on a toujours tendance, dans ce cas, à être indulgent. Il convient d’appliquer ici le procédé du « Spectateur Impartial. Il consiste à se dédoubler, c’est-à-dire à imaginer un autre « moi », qui observe et juge le premier fraternellement, mais en toute équité.

A cet autre « moi » on expose ses hésitations, ses doutes, ses désirs, on lui soumet le bilan de ses efforts et de ses actions et on accepte ses jugements. Psychologiquement, ce procédé revient à s’ériger soi-même en tribunal à deux personnes.

Entendons-nous bien. Le repli sur nous-mêmes s’impose pour que nous réfléchissions; il devient désastreux s’il se prolonge et produit un dédoublement fatal à la volonté. Ce n est pas en se regardant vivre ou agir que l’on réalise ses desseins. La réflexion ne doit devenir ni dilettantisme, ni aboulie.

La Volonté Pure.

11. De la volonté pratique, qui s’applique dans une direction et à un but déterminé, on peut distinguer la Volonté pure, qui n’apparaît souvent que comme un exercice sportif. Le fakir élève son bras au-dessus de sa tête et fait le voeu de ne plus jamais l’abaisser; ou bien il ferme la main et jure de ne plus jamais l’ouvrir; il y réussit. De tels actes semblent aux Européens inutiles et sots; ils sont néanmoins une merveilleuse manifestation de la force de volonté, déployée pour exprimer une croyance religieuse. La volonté pure peut d’ailleurs accomplir de grandes choses; quelques psychologues ont foi dans ce dressage.

Voici des exercices de volonté pure qui ne mettent en jeu directement ni pensées, ni sentiments, mais qui sont précieux en ce qu’ils contribuent à développer la maîtrise de soi et à calmer un tempérament nerveux. On se procure une boîte et cent morceaux de carton. Chaque jour, et pendant dix jours, on les sort de la boîte, puis on les replace, calmement, délibérément, sans hâte aucune, et un à un. Voici les observations de quelqu’un qui s’est livré à cet exercice :

« Travail fort désagréable, fatigant et déprimant. Je le déteste. Il me donne le noir. Il m’est pénible parce qu’il va à l’encontre d’une de mes tendances naturelles: l’impétuosité. Je n’éprouve aucun plaisir à laisser tomber lentement et un à un les petits morceaux de papier. Il faut que je me surveille pour ne pas avoir de mouvement d’impatience et ne pas me presser. Je me suis fatigué et j’ai pris mal à la tête. Je me suis aperçu que ma raison s’égarait quelque peu. Un moment j’ai pris courage en me disant: Bientôt je le ferai avec plaisir. Je dois reconnaître que je me sens au bout de quelques jours ragaillardi mentalement, sinon physiquement. »

Une telle discipline, habituellement méprisée, serait trop ardue et trop monotone pour la majorité des gens; quelques-uns pourtant s’en trouveront bien, car pour certains ce peut être le moyen de contracter une bonne habitude, utile dans d’autres directions, par exemple pour établir les fiches d’une bibliothèque et les classer méthodiquement. C’est de même que des mouvements de gymnastique fortifiant les muscles donnent la force qui rend capable de porter, de se défendre, etc.

Il n’est pas mauvais d’avoir parfois recours, pour exercer la volonté pure, à une discipline aussi sévère. Elle est d’autant plus nécessaire que la volonté pratique est plus faible. Elle vous rendra de grands services si vous êtes un paresseux invétéré, à qui le moindre effort répugne.

La Discipline de la Volonté et la Maîtrise de Soi.

12. Le développement de la volonté pure ne saurait cependant nous intéresser sous l’aspect mystique qu’il a revêtu à travers l’histoire religieuse. On le désigne, sous cette forme, d’un nom grec, l’Ascétisme, qui veut dire « exercice, entraînement». Autant cet entraînement est précieux quand il vise à créer dans l’individu la domination de ses sens et la purification de son coeur, autant il devient inhumain lorsqu’il semble chercher la mortification comme un moyen d’accabler la personnalité, la douleur comme expiation du vouloir-vivre.

Certains ascètes infligent des souffrances cruelles et variées à leur corps et réfrènent durement les plus chères aspirations de leur coeur. Ils vont à l’encontre de leurs propres désirs de cent manières différentes dans le but d’acquérir une complète maîtrise d’eux-mêmes.

Mais nous ne souhaitons pas, nous Pelmanistes, que les hommes se mortifient systématiquement. Nous cherchons surtout à augmenter l’intelligence, la force de caractère, la puissance de chacun, de façon à promouvoir sa réussite dans la vie. Cependant, nous sommes pleinement d’accord avec la morale religieuse en proclamant qu’aucun progrès n’est possible sans une règle, donc sans un frein imposé à nos penchants naturels. Il faut être maître de soi dans une large mesure poux devenir un grand homme d’action comme pour devenir un saint, un apôtre. Il faut même être maître de soi rien que pour faire de son mieux l’humble travail quotidien.

On n’est pas maître de soi si l’on ne sait renoncer à bien des choses, ne fût-ce que pour exercer sa volonté.

Nous approuvons en cela Frédéric Nietzsche, bien qu’il soit un âpre ennemi des « valeurs » chrétiennes: « A la vieille intention de l’ascétisme, le «renoncement », je voudrais substituer ma propre intention: l’exaltation de la personnalité par une gymnastique de la volonté; par une période occasionnelle d’abstinence et de jeûne en tout genre, même en matière intellectuelle. Même maintenant, les gens ont à peine le courage de mettre en lumière le pouvoir naturel et la nécessité de l’ascétisme dans le but à éduquer la volonté. »

Si des représentants de deux types de pensée aussi différents trouvent de la valeur à une culture formelle de la Volonté, le simple bon sens indique qu’il y a là quelque chose qui vaut la peine d’arrêter l’attention. Qu’est-ce donc qui peut servir dans cette éducation formelle de la volonté? L’entraînement, la gymnastique, rien de plus, rien de moins.

La Force de la Volonté où elle est Nécessaire.

13. Mais il y a gymnastique et gymnastique: si un homme se trace lui-même un plan d’action et se force à le suivre, nous appelons cela de la gymnastique; il peut être cependant fort éloigné de la terrible sévérité qui forme la routine journalière d’un ascète ou d’un fakir. L’exercice est une méthode qui s’étend de la simple tentative pour vaincre un léger défaut jusqu’à l’entraînement progressif et complet du soldat qui se prépare au service actif. Toute discipline est un entraînement, mais il y a des entraînements qui dépassent leur but.

Un système d’exercices développant la volonté pure, convenablement exécutés, apporte un gain réel, ne serait-ce que parce qu’il fortifie la volonté sur une base méthodique; mais s’il est excessif, il tend à détruire l’âme, et c’est l’âme qui fait l’homme. Notre but ne doit pas être de développer n’importe quelle force, mais celle qui est nécessaire pour atteindre l’objet qu’on en a vue. Une gymnastique mentale qui ne tend pas à cultiver la personnalité peut être sublime ou absurde; elle est extérieure aux préoccupations du Pelmanisme.

Le Manque de Persévérance.

14. L’éducation de la volonté se heurte encore à d’autres difficultés Il y a d’abord cette sorte de faiblesse de la volonté qui se manifeste par la cessation progressive de l’effort et de l’action après un début qui promettait merveille. Voyez cet homme d’affaires qui se lance dans une entreprise et n’a pas assez d’énergie pour la poursuivre; cet étudiant qui commence l’étude d’une nouvelle langue, mais n’a pas le courage d’aller jusqu’au bout. Ce défaut de persévérance se guérit, mais non pas par la discipline formelle. Est-ce, par exemple, en poussant une chaise pendant cinq minutes autour d une salle qu’ils fortifieront beaucoup leur volonté? De tels moyens donnent en général de piètres résultats. Il vaut mieux, nous le montrerons, se servir de l’autosuggestion pour acquérir l’habitude de la persévérance, cet approvisionnement régulier de la volonté. La force de volonté se transformera en habitude.

L’Indécision.

15. Non moins répandue est l’irrésolution ou l’indécision. Elle consiste à peser si longtemps le pour et le contre d’une opinion à admettre ou à formuler, d’un acte à accomplir, que le désir d’être fixé ou d’agir s’émousse et qu’on reste au stade d’inertie. L’âne de Buridan, entre deux bottes de foin placées à même distance, l’une à droite, l’autre à gauche, ne put se décider à tourner la tête ici ou là, et se laissa mourir de faim. Cet exemple classique ridiculise une faiblesse commune à combien d’hommes! Sans doute on ne peut pas vivre dans une expectative continuelle, mais la somme du temps perdu en hésitations inutiles est considérable, même chez des individus qu’on croit énergiques.

Il faut se modifier progressivement: prendre l’habitude de se décider et d’agir tout de suite, d’abord dans de petites circonstances sans grande importance: choisir un plat au restaurant, une cravate, une étoffe, un parfum dans un magasin, telle ou telle direction pour une promenade. A chacun de dresser le tableau des cas quotidiens où il témoigne de l’indécision et de mettre dans la plaie le fer rouge -quitte à commettre d’abord de petites erreurs. Ainsi s’établira une bonne habitude, qui s’appliquera ensuite de proche en proche aux faits importants: choisir une carrière, exécuter les actes désagréables du métier, tenir son courrier à jour, se marier, entreprendre un voyage d’affaires pénible, liquider une association inutile ou nuisible.

Allez du facile au difficile, du simple au complexe: vous arriverez bientôt à vous décider sans délai dans toutes les circonstances, avec un risque minimum d’erreurs.

Car l’indécision a aussi pour effet d’obscurcir les idées, d’émousser les sentiments, qui perdent ainsi leur puissance active. Plus on hésite, moins on voit clair. L’habitude de la décision donne au contraire l’habitude concordante d’évaluer très vite et en pleine lumière les mobiles et les motifs d’action; c’est ainsi qu’elle diminue les chances d’erreur. « Tout le monde peut se tromper », dit un dicton populaire; mais celui qui se trompe le moins, c’est celui qui, avec un esprit net et une volonté ferme, décide le plus vite.

Le Procédé de la Commande.

16. Il arrive souvent que l’on veuille bien faire quelque chose, mais qu’on imagine cet acte trop difficile pour soi, ou trop fatigant. Un bon moyen détourné pour mettre en marche la volonté consiste alors à se faire imposer l’acte par le dehors. On connaît le cas de ce poète, qui se sachant trop paresseux pour écrire, s’arrangea pour se faire commander ses poèmes ou ses livres par des revues ou des éditeurs.

« Tout ce que j’ai écrit, dit-il un jour, ‘a été commandé d’avance; la prose comme les vers: j’estime que si on ne m’avait rien commandé, je n’aurais jamais rien produit. »

Vous aussi, vous pouvez, -au moins pour commencer -suggérer la «commande »; vous pouvez proposer à votre patron telle tâche difficile; vous pouvez, si vous êtes timide, prendre devant témoins l’engagement de parler en public; vous pouvez faire le pari d’apprendre l’anglais en trois mois. Bref, les occasions ne manquent pas dans la vie où l’on peut se faire imposer un acte ou une série d’actes dont l’exécution exige un effort plus grand que ceux dont on a l’habitude.

C’est l’attitude contraire à celle du « moindre effort », si répandue et si dangereuse parce qu’elle affaiblit progressivement la volonté. Mais il est entendu que le recours à la « commande » ne doit être que temporaire; c’est un simple échelon vers l’acquisition de la volonté autonome et consciente.

L’Initiative.

17. L’initiative est à la fois état d’esprit et forme d’activité: elle est une manifestation de la volonté; elle s’oppose à l’apathie, à la routine. La plupart de nos sentiments, de nos idées et de nos actes sont soumis, comme il a été dit ci-dessus, à l’influence du milieu et de l’habitude. Mais il se présente parfois, sinon souvent, des circonstances où nos tendances et nos actes ordinaires sont insuffisants parce que vieillis, alors qu’il faudrait des énergies jeunes et nouvelles. L’individu routinier ne fera pas l’effort d’invention et d’adaptation nécessaire; mais celui qui a de l’initiative cherchera et trouvera une combinaison de sentiments, d’idées et d’actes qui résoudront la difficulté ou le problème. Il inaugurera (initium signifie commencement en latin) un nouveau procédé d’activité.

Soit une administration qui fonctionne depuis vingt ans; des circonstances interviennent qui obligent à en modifier la marche; il faut donc élaborer un arrangement nouveau du personnel, du travail et des produits. Avoir de l’initiative consistera dans ce cas à inventer des cadres qui répondront à ces exigences nouvelles.

Or, tout évolue sans cesse: chacun doit prévoir que tout ne marchera pas toujours comme aujourd’hui et contribuer, par son initiative, aux transformations utiles. Car encore ne faut-il pas proposer ou prendre des initiatives à tort et à travers. L’excès d’initiative est aussi redoutable que l’excès de routine et l’automatisme.

Qu’on nous comprenne bien: nous voulons réveiller les endormis; mais non pas en faire des agités. Seulement, quand vous avez une idée qui, après mûre réflexion, et même après des essais personnels, vous paraît bonne et pratique, n’hésitez pas à la proposer à vos chefs ou à en tenter l’application dans votre affaire. Limitez le risque, mais courez-le; c’est à ce prix que s’obtient le progrès.

Si certaines initiatives entraînent de grands changements économiques et sociaux, d’autres ne déterminent que des modifications d’importance secondaire; elles sont pourtant tout aussi nécessaires pour l’éducation de la volonté.

Font preuve d’initiative la dactylographe qui dispose avec goût et intelligence le texte qu’elle vient de sténographier; la maîtresse de maison qui, obligée par des événements imprévus de gagner de la place, dispose mieux ses étoffes et ses meubles; l’écrivain qui, par suite de nécessités d’édition, remanie le texte, peut-être même le plan de son livre; le médecin qui, en présence d’un cas urgent, réorganise aussitôt la distribution de ses visites et de ses consultations… L’initiative est nécessaire dans tous les métiers, dans toutes les professions et même dans toutes les circonstances de la vie, des plus petites aux plus grandes. Elle constitue une excellente gymnastique pour la volonté.

Les Trois Pas.

18. Revenons maintenant à l’analyse de la Volonté. Nous avons montré qu’elle débute par la délibération, au cours de laquelle l’intelligence discute si elle fera exécuter, ou non, l’acte projeté, ainsi que les moyens de le réaliser. Nous avons conseillé de ne pas prolonger trop longtemps cette réflexion, qui risque de rendre la résolution impossible. Réfléchissez, puis décidez-vous. Mieux vaut se tromper que d’être indécis, car on peut profiter d’une erreur et on ne cultive pas l’impuissance. C’est dans l’acceptation de ce risque à courir que l’on reconnaît l’homme d’initiative et de courage, prêt à endosser des responsabilités.

Les trois pas décisifs, au cours de l’acte volontaire, sont donc:

La Décision, que nous venons d’étudier;

L’Effort, déploiement de l’énergie pour réaliser l’acte décidé;

Entre les deux, plus ou moins consciente, cette Affirmation: JE PEUX.

Sans la conviction que vous pouvez, vous n’entreprenez pas l’effort réalisateur, ou vous n’esquissez qu’une tentative insuffisante. De cet élément de confiance dépend le succès de l’acte volontaire -dans la mesure, bien entendu, où sa réussite est en notre pouvoir. Certes, il ne suffirait pas de se persuader qu’on peut prendre la lune entre ses dents, pour y réussir. Mais pour tout ce qui dépend de nous, il faut éprouver dans toute sa force cette conviction: JE PEUX, pour trouver en soi l’énergie de réalisation.

En quel Sens il faut Limiter ses Efforts.

19. Des esprits judicieux conseillent de commencer la rééducation du vouloir par le ferme propos de viser un but précis et un but pas trop ardu à obtenir.

D’autres, plus audacieux, estiment qu’il ne faut assigner d’avance aucune borne au réalisable, car le possible recule à mesure que l’on accroît ses forces et les ressources de son esprit.

Les uns et les autres ont raison, à des points de vue différents. Qu’un débutant ne s’accable pas en s’assignant un but actuellement presque inaccessible d’après les moyens dont il dispose. Mais « l’avenir n’est interdit à personne et les plus débiles peuvent se ranger, plus tard, parmi les plus énergiques. Quand l’enthousiasme pour le progrès a été suscité, bien loin de le réprimer comme vain orgueil, entretenons-le, pourvu que l’effort persévérant justifie l’ambition grandissante.

Cette ardeur s’entretient à la fois par les résultats que l’on acquiert et par l’autosuggestion que l’on continue de pratiquer.

reussite_7j_puissance_pensee_positive_L