Comment réaliser

La Réalisation, Epanouissement du Vouloir.

1. Nous avons repéré les diverses phases de l’acte volontaire: on éprouve de l’intérêt, besoin ou désir: part du sentiment -on forme un projet: part de l’intelligence -on prend une décision, et voici la volonté proprement dite. Mais la volonté reste frêle et précaire, si on ne l’organise pas en une forte discipline, et elle risque de demeurer velléitaire, si l’on ignore les moyens de l’action effective et féconde. Il est encore vain de vouloir, si l’on ne sait pas réaliser.

Nécessité d’Acquérir une Discipline.

2. Nous avons signalé ci-dessus, à propos de la formation de bonnes habitudes (partie III, §8), la nécessité pour chacun de nous d’organiser son activité. Cette organisation est d’abord négative, ensuite positive.

Nous appelons organisation négative le fait qu’une vie bien réglée doit tendre à ne renfermer aucune place pour la dissipation ou même la dispersion. Non que nous prétendions exclure toute fantaisie, mais celle-ci n’est admissible que dans certaines limites et à condition de ne pas nuire à l’orientation normale du travail.

Cette organisation négative est une sorte de -66 -cadre isolant notre activité de tout ce qui pourrait de tout ce pourrait la dévoyer.

Exemples. -J’ai orienté ma carrière dans tel sens. Je ne m’en départirai pas. Je pourrai infléchir ma route vers une direction ou autre, selon les circonstances, mais mon but principal ne sera jamais oublié ni méconnu. Sa pensée sera pour moi comme la boussole du navigateur, qui en tous les cas lui montre où est le Nord.

J’aurai un ou plusieurs buts secondaires. Mais ils ne devront, sous aucun prétexte, contredire mon but essentiel. Il faudra même, autant que possible, qu’ils y contribuent. C’est ainsi que la culture générale de la personnalité, quoiqu’elle doive être entreprise et poursuivie indépendamment de l’adaptation à la profession, doit parfaire notre efficience professionnelle.

Voici maintenant l’organisation positive. Ce sera l’utilisation de notre temps, disposé en vue du meilleur rendement.

Prenez deux feuilles de papier. Sur l’une, énumérez l’essentiel de vos obligations quotidiennes, avec l’indication des heures les plus favorables: ce sera la feuille de route pour l’homme idéal que vous aspirez à devenir. Sur l’autre, dressez sincèrement le bilan de ce que vous faites, en réalité, chaque jour: ce sera la feuille de l’homme que vous êtes.

Sans vous accabler du contraste entre ces deux horaires, l’un fictif, mais très souhaitable, l’autre authentique, mais trop réel, prenez le parti de faire passer pendant chacune des semaines qui vont venir d’ici deux mois, quelque progrès pratique de la feuille 1 sur la feuille 2. Gardez-vous surtout de prétendre â trop de progrès en même temps. Incorporez-en un ou deux chaque jour, à votre façon d’agir, et vous pourrez être fier de vous-même.

Il n’y a rien de plus dans l’acquisition d’une discipline, chose tout à fait indispensable, bien que le mot qui la désigne nous épouvante et nous répugne. Oubliez le mot, mais observez le précepte, et vous vous en trouverez bien. Non seulement l’existence n’en sera pas pour vous plus pénible, mais elle vous procurera beaucoup plus de satisfactions; autrement dit vous serez plus heureux. Vous pourrez encore vous rendre cet hommage, que vous êtes l’artisan de votre progrès.

Velléité ou Volonté ?

3. Quand votre emploi du temps quotidien est vraiment conçu selon les buts, proches ou lointains, que vous visez, vous risquez beaucoup moins de défaillir. Même si, comme tant de personnes, vous êtes sujet à des alternances d’enthousiasme et de dépression, vos mauvais jours ne vous jetteront pas aussi bas que naguère: la régularisation du travail entraîne une certaine régularisation de l’humeur.

En organisant votre temps, vous avez adopté des habitudes d’efficience qui ne vous trahiront pas.

Rien ne vous empêche désormais d’exécuter. Celui qui se désintéresse de la réalisation de ses desseins n’a pas vraiment voulu. Si vous voulez, vous exigez l’objet ou le but que vous avez visé. Mais il faut apprendre à exécuter, comme vous avez appris à vouloir. C’est à vous faciliter cet apprentissage que tendront nos derniers conseils.

Les Questions Pratiques.

4. Les questions pratiques ne sont pas de ces problèmes que résout la réflexion scientifique, une fois pour toutes; ce sont des difficultés que l’on tranche ou que l’on surmonte par l’action. L’intelligence y joue un grand rôle, mais non pas le seul rôle.

L’étude de la question, préalable au déclenchement de l’activité, peut et doit se faire avec le concours des spécialistes, plus aptes que le premier venu à nous indiquer les solutions conformes à nos intérêts.

S’agit-il de défendre votre santé contre les maladies? Vous recourez à un médecin. De sortir sans trop de dommage d’un procès ou d’une difficulté juridique, fiscale, administrative vous prenez avis d’un juriste, d’un expert. Voulez-vous entretenir en bon état des bâtiments? Vous consultez un architecte. Cherchez-vous à discerner dans quelle voie vous dirigeriez utilement vos enfants? Un conseiller d’orientation professionnel est prêt à vous conseiller. Utilisez les ressources que ces techniciens mettent à votre disposition, mais ne croyez pas que vous soyez dispensé de réfléchir par vous-même. Personne n’est aussi compétent que vous pour établir quel régime convient à votre santé, quel plaidoyer doit être présenté devant un tribunal. Renseignez-vous, mais à vous de décider. Personne ne saurait vouloir pour vous; si d ailleurs c’était possible, ce serait le plus souvent désastreux pour vos intérêts.

Prendre Parti.

5. N’ayez pas trop peur de vous tromper. Il est impossible de concilier les avantages deux solutions contraires entre lesquelles, sans doute, vous hésitez. Mais choisissez la moins onéreuse, celle qui charge le moins l’avenir. Sachez bien que vous encourez certains risques, mais n’appréhendez pas à l’excès ce saut dans l’inconnu.

L’action vous engage toujours; qui ne risque rien n’a rien. Une fois votre choix décidé, n’encombrez jamais votre esprit de craintes ni de regrets. Que vous ayez bien ou mal agi, vous ne sauriez revenir en arrière; mais sans aucun doute, si vous vous laissez accabler, vous empirerez la situation dans laquelle vous vous êtes placé.

Dites-vous au contraire que la plus pénible expérience vous doit un enseignement précieux. Refusez d’avoir peiné sans résultat. Tournez à bien, si l’on peut dire, de quelque façon, votre mésaventure. Il y a des gens qui ont beaucoup plus bénéficié d’un échec que d’une fortune passable.

Pas de Solutions Définitives, mais Pas de Solutions Verbales.

6. Rares sont les solutions pratiques d’un caractère définitif. Le plus souvent une mesure provisoire, ou une entente par compromis temporaire, est plus sage, et laisse ouvertes des possibilités d’avenir. Une cote mal taillée vaut mieux, souvent, qu’un procès gagné. N’ayez pas trop d’illusion sur les solutions de droit; la législation, la jurisprudence donnent à la malveillance tant de ressources qu’on n’est vraiment protégé que par sa lucidité de jugement et par son courage dans la décision. Nous ne nions pas qu’un texte de loi n’ait sa valeur, mais nous constatons que dans tous les milieux un contrat ne reste respecté que s’il a été et demeure consenti par les contractants. Si vous voyez loin, si vous aimez à promouvoir vos intérêts, ne vous souciez pas moins de l’opinion des gens avec qui vous traitez, que de la formule d’accord. Ceux qui font triompher leurs desseins, sont ceux qui savent comprendre et manier autrui.

Méfiez-vous des solutions qui ne vous donnent satisfaction que verbalement et ne vous apportent aucun résultat tangible. Les choses sont malaisées à transformer, mais il est facile d’abuser des mots, leur sens étant fort élastique. Combien de gens habiles se servent du langage pour cacher la réalité!

Les solutions satisfaisantes, vous les reconnaîtrez à l’équilibre qu’elles introduiront, pour quelque temps au moins, dans votre personnalité ainsi que dans vos intérêts. Vous les reconnaîtrez aussi aux facilités qu’elles vous donneront pour pousser plus loin vos réussites.

Les Moyens de Faire Aboutir vos Projets.

7. Mais comment, direz-vous, faire aboutir mes projets?

a) Pensez-y sans cesse, non avec la lourde obsession d’une hantise accablante, mais avec l’allégresse d’un espoir, avec la foi dans le succès. Que toutes vos idées, toutes vos actions tendent à ce but et vous en rapprochent.

b) Acquérez une à une les conditions de leur réalisation. Imitez la stratégie qui fait tomber une place forte: on intercepte ses voies d’approvisionnement, on l’encercle, on la tient enfin sous son feu. Elle tombe comme un fruit mûr. Engrenez votre action dans le rythme des choses ou des événements: le temps travaillera alors pour vous.

c) Disposez l’emploi de votre activité selon les buts que vous visez. Les deux tiers, par exemple, en vue des fins les plus proches; un tiers pour la préparation de vos ambitions les plus lointaines. C’est une grave erreur que d’ajourner… aux calendes grecques l’effort vers nos buts éloignés, comme s’il fallait d’abord se borner à l’acquisition des plus proches; car c’est selon nos visées les plus décisives que nous attaquons les problèmes du jour ou du lendemain. Perdre de vue ses fins dernières, nous mettrait dans la situation d’un navigateur privé de boussole.

Ne vous Etonnez pas si vos Buts Changent d’Aspect.

8. Avez-vous jamais fait des courses en montagne? Vous vous serez aperçu que l’endroit pris pour terme de votre promenade change à mesure que vous vous en rapprochez. Souvent, il paraît moins pittoresque de près que de loin; par contre, s’il s’agit d’un point élevé, la vue s’étend de là plus que partout ailleurs. De même la perspective sous laquelle nous apparaissent nos buts varie le long de leur poursuite; plus d’un homme s’écrie, en arrivant au terme de son effort: ce n’est pas cela que j’ai voulu! Une telle impression est inévitable, ne fût-ce que parce que nous-mêmes avons profondément évolué au cours de notre carrière. S’il en était autrement, l’expérience ne nous apprendrait rien; or elle a infiniment à nous enseigner. « Une belle vie, c’est une pensée de jeunesse réalisée dans l’âge mûr. » Votre ambition foncière doit être restée la même, mais vous devez avoir beaucoup appris et révisé maintes fois vos jugements, vos opinions, vos directives.

Brûlez vos Vaisseaux !

9. Ce long effort, à travers périls et difficultés, requiert une tenace persévérance. L’homme déterminé à vaincre s’assure contre ses propres défaillances. Après avoir nettement aperçu la solution désirable et choisi soigneusement les moyens à employer, il refuse d’admettre qu’il puisse être vaincu; délibérément, il s’engage assez pour qu’il lui soit impossible de reculer. On appelle cela « couper les ponts derrière soi, ou « brûler ses vaisseaux ». Cela vous rend généralement invincible, parce que vous êtes dans l’obligation absolue de vaincre. Extirpez en vous toute hésitation, toute faiblesse par un tel moyen. Vous pourrez en concevoir une légitime fierté, même si vous échouez; mais il y a tout à parier que vous n’échouerez pas, pourvu que votre lucidité d’esprit et votre force de caractère soient égales à votre détermination.

On Fait sa Chance.

10. La réussite ne dépend pas entièrement de nous. On peut avoir cent fois mérité le succès et trouver la déconvenue, l’échec, car parfois, des facteurs indépendants de notre action et imprévisibles risquent de nous contrecarrer. N’empêche qu’un succès en suscite un autre, et que la fortune, quoique fantaisiste, favorise le plus souvent celui qui s’est aidé lui-même. On dirait qu’il la séduit et qu’elle se plaît à lui faire hommage de ses dons. Personne n’a autant cru à son étoile que tel ou tel de ceux qui savaient le mieux créer leur destin.

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