Comment traiter logiquement les problèmes de la vie. En quoi consiste la verite

Informés des problèmes et mis en garde contre les erreurs possibles, nous en venons maintenant à la solution des difficultés.

La solution des Problèmes.

15. Cette expression, solution des problèmes, ne doit effrayer personne. Nous avons conservé la terreur de ces épreuves, où le maitre d’école paraît prendre un malin plaisir à faire trébucher l’intelligence adolescente. Il s’agit ici des épreuves de la vie et non de celles des examens. Le danger d’une mauvaise solution n’en est que plus redoutable, mais la scolastique en est absente.

Vous pouvez, Pelmanistes, résoudre presque sûrement vos problèmes, pratiques ou spéculatifs, en les confrontant avec ces deux tables que nous venons de dresser: le bilan des problèmes (§3) et la classification des erreurs (§ 9 à 14). Faites comme le commerçant qui, dans le doute si une pièce est fausse, se reporte au tableau des « pièces à refuser ».

Nous ne vous apportons pas, la solution toute faite de tous vos problèmes ; car la vie est trop complexe pour s’accommoder de ce simplisme ; mais nous vous indiquons les principaux risques de méprise et vous fournissons des directives susceptibles de vous guider dans vos raisonnements.

Les considérations qui suivent vous aiderons encore et vous permettront de vous faire une idée juste de cette chose si nue et pourtant si travestie, si simple et pourtant si diverse, qu’on appelle la vérité.

A – La Vérité Pratique.

16. D’où vient que certaines de nos actions réussissent ? De ce que les moyens que nous employons sont propres à nous faire atteindre le but ; et par moyens nous entendons ici non seulement les ressources matérielles ou de crédits, mais les ressources morales: travail, méthode, persévérance. Il faut avoir un but précis pour ne point risquer de « passer a côté de la question », pour éviter les conclusions, pour régler son activité. Au contraire les moyens peuvent être très divers, car l’organisation leur imprime justement cette accommodation vers un même but, qui assure le succès de l’entreprise. Toute considération superflue, tout illogisme est cause de faiblesse, de désastre. Les grands réalisateurs sont ceux qui voient simple et réalisent de la clarté parmi des conditions extrêmement diverses, où se perdent les intelligences moyennes. Parallèlement, une affaire se révèle logique par le fait qu’elle se montre viable. Nous ne voulons pas dire pourtant que des combinaisons mal conçues ne puissent aboutir et subsister, mais elles sont toujours onéreuses par quelque endroit, et elles ne durent qu’étayées par d’autres affaires plus cohérentes et mieux fondées.

Unité dans la multiplicité, adaptation des éléments à une fin commune, organisation des moyens: tous ces caractères montrent qu’un acte pour réussir doit non seulement, cela va de soi, ne pas se détruire lui-

même par une contradiction interne, mais fonder son efficacité sur la perfection de son agencement.

Dans un site charmant, environné de beaux ombrages, un médecin fait édifier une maison de santé pour gens du monde en quête de calme et de silence. Commencés à l’automne, les travaux durent tout l’hiver. L’entrepreneur n’hésite pas à engager de grands frais pour que l’établissement soit achevé au début de la saison chaude.

Arrive l’été. La maison va être prête à recevoir ses hôtes. Mais voici qu’un matin une série de violentes détonations ébranlent l’atmosphère et les échos d’alentour.

Vivement intrigué, le médecin s’enquiert de la cause de ce vacarme. On lui apprend qu’il s’agit d’exercices d’artillerie lourde, qui durent tout l’été, et que le champ de tir est situé à une distance relativement faible du sanatorium.

Ces exercices balistiques quotidiens commençant de très bon matin rendent impossible toute cure de repos et, par conséquent, ôtent à l’institut médical sa principale raison d’être. Adieu donc le succès entrevu !

B – L’Information Supprime l’Ignorance.

17. Quand un jugement porte sur un événement, il est vrai s’il s’accorde exactement avec les conditions de cet événement. En ce cas la vérité consiste en la conformité de notre pensée avec les choses. On peut dire que, sous telles conditions de pression de l’air, l’eau bout à une température de 100° centigrades, parce que toujours l’expérience confirme ce fait, qui a, par suite, force de loi. Les lois de la nature sont constantes ainsi, dans certaines conditions déterminées, -mais non pas « absolument » ou indépendamment de toute condition ou dans des conditions variables. Cette dépendance constitue ce qu’on appelle leur « relativité ».

En physique donc, ou en histoire, -partout où il y a science, l’ignorance cesse quand on se procure et qu’on s’assimile de l’information ou de la documentation. Dans ce cas, les logiciens déclarent que le critérium de la vérité est l’expérience. S’il s’agit de science faite, apprenons et nous saurons ; s’il s’agit de science en formation, observons et nous découvrirons si nous sommes assez persévérants et méthodiques.

C – La Vérité dans l’Induction.

18. Nous avons vu que l’induction consiste à admettre que la nature obéit toujours à des lois. On en fait usage non seulement dans la science, mais dans l’ordre des opinions humaines, lesquelles sont, à l’infini, diverses, incertaines et même contradictoires.

Cette méthode consiste à débattre le pour et le contre et à déterminer ainsi la valeur relative des thèses adverses. Il n’existe point, on ne saurait même concevoir d’erreur absolue: l’assertion la plus paradoxale, par certains biais, peut contenir quelque parcelle de vérité. Si je dis que le noir est blanc, quoique ma phrase soit logiquement absurde, elle renferme une parcelle de vrai, car il y a quelque lumière ou clarté dans tout ce qu’on perçoit, même dans ce qui paraît noir, sinon nous ne le percevions point. Réciproquement l’affirmation la plus vraie enveloppe quelque inexactitude. Si je dis: le noir est noir, j’ai un peu tort pour le motif sus-indiqué. Chaque contraire est relatif à son contraire ; ils n’ont de sens que l’un par l’autre.

Or les opinions humaines sont d’ordinaire différentes plutôt que contraires ; elles sont différentes parce que chacun juge d’un point de vue limité, tout à fait particulier, propre à sa situation individuelle dans le vaste univers, donc d’un point de vue où ne se trouve exactement placé aucun autre être.

Soit une enquête de simple police sur le moindre fait divers. Il y a des témoins sincères, il n’y a pas de rigoureusement véridiques – à moins qu’il ne s’agisse d’un fait matériel facile à constater ou mesurable: une voiture renversée, une blessure, l’évaluation d’un dégât, etc. Deux personnes ne sauraient avoir vu « exactement la même chose », même si leur vision n’est altérée en cette occasion par aucun préjugé.

Tel témoin affirme, tel autre nie que le crocher ait montré le point au client, pendant l’altercation, et chacun contredit l’autre partiellement ou totalement avec une entière bonne foi. La justice – qui requiert la connaissance du vrai dans les actes humains – est donc fort difficile à établir, et nous sommes injustes quand nous déplorons son injustice. Elle ne peut procéder que par confrontation de témoignages, et ils sont tous plus ou moins faux. Admirons-la d’extraire le plus souvent de ces à-peu-près contradictoires des sentences admises comme équitables ! C’est de la même manière d’ailleurs, remarquons-le, que l’historien établit, tant bien que mal, notre connaissance du passé sur des interprétations des événements, toutes suspectes d’inexactitude, mais dont la plus erronée contient un peu de vrai.

L’idéale vérité consisterait dans la conformité de l’esprit avec les choses, donc dans la conformité des opinions entre elles. Peut-être ne sera-t-elle jamais atteinte ; mais on s’en rapproche indéfiniment par les progrès de la connaissance et par ceux de l’esprit critique, que nous étudierons plus loin. Grâce à eux, on restreint de plus en plus le risque des généralisations ou spécifications illégitimes, le danger des hypothèses préconçues et celui de la précipitation (§ 13).

D – La Vérité dans la Déduction.

19. Au paragraphe 11 nous avons présenté la déduction sous l’aspect du syllogisme, comme le passage de deux affirmations à une conclusion qui s’y trouve tacitement comprise. Cette conclusion peut donc s’en tirer, autrement dit s’en déduire.

Les règles du syllogisme ont été codifiées. Bornons-nous à dire qu’ici le critère de la vérité consiste dans la non-contradiction, c’est-à-dire dans la conformité de l’esprit avec lui-même. Quoique purement négative, la non-contradiction est une condition essentielle du vrai. Quand je me contredis, je suis en désaccord avec moi-même, car j’adopte dans le même argument deux opinions incompatibles. Le cas se produit lorsque je prétends tirer de deux affirmations une conclusion qu’elles ne comportent pas, par exemple si je dis (en abusant du sens académique du mot «immortel»):

Tous les hommes sont mortels ;

X., académicien, est un immortel * ;

Donc M. X. n’est pas un homme ;

et aussi quand je prends pour principe et pour conséquence, tour à tour, la même chose (§ 14).

Par contre, si de thèses supposées vraies je tire sans faute de raisonnement les conclusions qu’elles impliquent, je suis sûr d’avoir bien argumenté, d’avoir évité l’absurde, quoique, en réalité, le résultat puisse ne pas correspondre à ce que sont les choses. On peut raisonner juste sur des erreurs ou des illusions. Vérifiez donc toujours si le point de départ d’un raisonnement est bien fondé.

*Les quarante académiciens sont, on le sait couramment appelés les quarante immortels.

La Force du Vrai.

20. Il y a des caractères communs à ces diverses conceptions du vrai, que nous venons d’énumérer dans cette troisième partie. Le vrai exclut la contradiction ; il vaut par sa cohésion interne.

Cette cohérence produit la plus grande force mentale qui soit au monde. Un esprit est invincible quand il refuse d’admettre comme conciliables en une même chose et en un même temps des attributs contradictoires. On peut imposer silence à l’homme courageux qui dénonce une telle contradiction, mais on ne peut faire qu’il ait tort.

Cette légitimité ou cette illégitimité des jugements sont indépendantes de la personnalité qui les proclame. Une vérité qui a perdu ses protagonistes peut toujours en susciter d’autres, car sa force demeure la même. De là vient que lorsque les martyrs sont morts pour attester une vérité, d’autres porte-parole leur succèdent, proclament à nouveau cette vérité et la font triompher.

L’homme dont les ambitions reposent sur une vue juste, sur un calcul exact, a dans les bases solides de son idéal une ferme confiance qu’aucune hostilité, qu’aucun revers ne saurait abattre. Par contre, une prétention illogique, une fois reconnue comme telle, ne saurait être maintenue, à moins de déraison ou de ridicule.

De ce que la vérité s’affirme plus efficace que toute autre puissance physique ou morale, il ne s’ensuit nullement qu’elle fasse son chemin d’elle-même, ni qu’elle se montre à découvert. Elle a besoin que le génie du savant ou du réalisateur, que le travail humain la révèlent et dégagent sa voie.

Cette recherche, ce travail ont fait mourir à al peine quelques-uns de ceux dont s’honore le plus notre race. Mais si certains redoutent et combattent la vérité, d’autres la respectent et lui vouent un culte.

Tout a été dit sur la difficulté d’arracher à l’humanité ses préjugés, à la nature son secret. Quoi de plus invraisemblable, à nos yeux à nous, que la génération spontanée ? Pourtant Pasteur dut soutenir des luttes épiques pour réfuter cette absurdité. D’ailleurs, en nous exprimant ainsi, prenons garde de ne point dépasser nous-mêmes la mesure. Absurdité logique, peut-être, mais la vie s’accommode, au moins en apparence, de ce que nous jugeons un peu vite comme absurde. Tout zoologiste sait en effet que la parthénogénèse ou reproduction par des éléments femelles sans participation de l’élément mâle, est un fait chez beaucoup d’espèces vivantes. Honorons le vrai, mais sans ce fanatisme à courte vue qu’on appelle esprit de système et sectarisme.

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