Enfin libre! Le déni

« Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas voir la solution. C’est qu’ils ne voient pas le problème. »
— G.K. Chesterton

Ôter les œillères

À 72 ans, René est un râleur chronique. J’ai appris il y a fort longtemps que je n’avais pas besoin d’acheter un journal ni regarder la télévision pour savoir ce qui ne va pas dans le monde ; beaucoup de personnes comme René vous diront ce qui ne va pas. Plaintes, ragots, critiques et pensée négative sont quelques-unes des habitudes les plus destructrices.

Peu à peu, la négativité grignote la santé d’une personne et élimine toute possibilité de bonheur. Si quelqu’un proche de vous est un râleur, critique ou est négatif, votre propre bien-être court un danger.

Se plaindre de choses au-delà de son contrôle direct est une des habitudes les plus destructrices. Oui, je sais, c’est également une des choses les plus communes que font les gens. Nous nous plaignons du temps ; nous parlons des scandales impliquant les célébrités ; nous accusons le gouvernement – n’importe quel gouvernement – pour tout ce qui ne va pas.

Se plaindre à propos de choses que nous ne pouvons pas contrôler est une manière très efficace d’éviter d’affronter les choses sur lesquelles nous pouvons agir. En passant notre vie à nous plaindre de chose qu’il lui est impossible de changer, René évite d’avoir à confronter sa propre négativité et amertume.

René veut que tous les autres changent. Il accuse tout le monde de ses problèmes : ses parents, un ancien partenaire de business, le gouvernement, l’économie locale. Dans son état actuel, il ne peut même pas commencer à comprendre que son malheur n’a rien à voir avec ces choses et que tout vient de son habitude d’accuser les autres pour ce qui ne va pas dans sa vie.

René ne possède pas une habitude qui cause un risque de santé clair et net. Il ne fume pas, ne boit pas, ne se drogue pas et ne mange pas trop. Mais sa santé décline et il s’inquiète d’avoir à subir une chirurgie majeure. Même si la négativité n’a pas été liée de manière concluante à un cancer ou à une maladie du cœur, les chercheurs commencent à trouver des preuves que le ressentiment, l’amertume et la haine tuent littéralement des gens.

René ne trouve aucune raison valable de changer sa propre attitude ou son comportement. Il est l’exemple classique d’une personne incapable de reconnaître la cause véritable de son malheur. René est dans le déni.

Le déni est la première étape dans le cycle du changement de soi. La grande majorité des gens dont la santé, le bonheur ou les relations sont menacées par une habitude autodestructrice passent des mois, sinon des années, dans un stage où ils nient le sérieux du problème.

A cette étape, les gens partagent les caractéristiques communes suivantes :

  • Ils refusent d’admettre qu’ils ont un problème sérieux.
  • Ils résistent au changement et deviennent habituellement agressifs lorsqu’ils sont confrontés à leur nécessité de changement.
  • Ils possèdent un sentiment général de désespoir, peu importe combien leurs vies semblent occupées en apparence.

Beaucoup de gens ayant des habitudes autodestructrices souffrent également d’un sentiment de désarroi. Les études démontrent que près de 50% des utilisateurs de drogues souffrent d’une forme de dépression ou d’une autre. La souffrance aime la compagnie : nous avons tendance à former des relations avec les gens qui possèdent notre mauvaise habitude.

En passant du temps dans un bar, les gens peuvent se convaincre eux-mêmes que c’est la manière normale de se détendre après un jour stressant, puisqu’il y a tant d’autres personnes dans le bar faisant la même chose. La recherche montre que les personnes cliniquement obèses sont moins à même de perdre du poids lorsqu’elles vivent avec d’autres personnes cliniquement obèses.

Comportement autodestructif

Beaucoup de gens sont si têtus dans leur besoin inconscient de défendre leur mauvaise habitude qu’ils refusent toute aide même lorsque leur vie en dépend.

Dans Changer pour de bon, James Prochaska mentionne une expérience saisissante réalisée par un zoologiste appelé Calhoun. Au lieu d’utiliser des souris blanches domestiques et des rats dans sa recherche, Calhoun a étudié des souris sauvages afin d’obtenir un aperçu de la façon dont elles luttent pour conserver le contrôle de leurs propres comportements.

Dans une expérience, Calhoun a donné aux souris un interrupteur électrique leur permettant de choisir une lumière tamisée, une lumière vive ou pas de lumière dans leurs cages. Lorsqu’elles pouvaient effectuer leurs propres choix, les souris évitaient la lumière vive et l’obscurité ; encore et encore, elles branchaient la lumière tamisée. Mais lorsque la lumière tamisée était allumée par l’expérimentateur, les souris courraient jusqu’à l’interrupteur et l’éteignaient. Puis elles allumaient la lumière vive ou laissaient la cage dans le noir.

Dans une autre expérience, les souris avaient le contrôle d’un interrupteur activant un tapis roulant, qui était leur unique source d’exercice. Les souris en cage ont besoin de courir environ huit heures par jour pour rester en bonne santé. Sans aucune incitation, les souris allumaient le tapis roulant et courraient à différents moments dans la journée.

À chaque fois que l’expérimentateur branchait le tapis roulant, les souris l’arrêtaient immédiatement, même si la première partie de l’expérience montrait que les souris voulaient et avaient besoin de faire de l’exercice.

Prochaska appelle cela « liberté stupide ». Les souris de laboratoire sont trop domestiquées pour exhiber ce genre de comportement. Prochaska fait remarquer que les souris sauvages « exigeaient le contrôle de leur comportement, même si cela signifiait sacrifier leur propre santé. »

Relations d’aide

Les gens dans le déni ont perdu le contrôle de leurs problèmes, ce qui signifie qu’ils ont perdu le contrôle de leurs vies. Ils progressent rarement jusqu’à l’étape suivante sans bénéficier d’une relation d’aide.

Les conseillers, thérapeutes et aides professionnels ont appris que la confrontation n’aide personne à passer de l’étape 1 à l’étape 2. Faire continuellement des remarques n’aide pas. La laisser continuer — ou « aller dans son sens » pour éviter la confrontation— renforce simplement son déni du problème en renforçant dans son esprit que ce qu’elle fait est bon.

Les gens ont habituellement besoin d’une réponse inattendue avant de pouvoir ôter leurs œillères. C’est un fait qui n’a pas changé au cours des 3 000 dernières années, comme l’histoire suivante l’illustre.

Le Roi David était un de ces héros de l’Israël antique. Il était le leader de sa nation, un grand combattant, un musicien accompli et un des plus grands poètes de l’antiquité. Lorsqu’il était un jeune berger gardant le troupeau de son père, il a tué un ours et un lion à mains nues. Lorsqu’il n’était qu’un adolescent, il a tué Goliath sur le champ de bataille.

Un soir, le roi sortit de son lit et se rendit sur le toit de sa maison. Pas trop loin de lui, il vit une superbe femme se lavant. Immédiatement, il envoya ses hommes pour découvrir qui elle était. Son nom était Bethsabée. Elle était la femme d’un soldat nommé Uriah, qui était un des plus courageux et des plus fidèles d’Israël.

Uriah était loin de sa maison, servant sa nation dans une guerre contre un des nombreux ennemis d’Israël. David envoya chercher Bethsabée et coucha avec elle. Elle tomba enceinte.

Le roi voulait Uriah hors du chemin. L’armée israélienne assiégeait une ville ennemie à ce moment. David envoya une lettre au commandant de l’armée, Joab, dans laquelle il donnait des instructions pour se débarrasser d’Urie. Il dit à Joab d’envoyer Uriah en première ligne, puis de battre en retraite avec le reste de ses soldats, laissant Uriah seul.

Joab suivit les ordres du roi et Uriah fut tué dans la bataille. David fit de Bethsabée sa femme et elle lui donna un fils.

Beaucoup de choses existent qui sont pires que fumer, trop dépenser d’argent, être négatif ou trop manger — la trahison et le meurtre pour n’en nommer que deux. Et tout a commencé avec le voyeurisme de David, une horrible chose en soi. Comment dire à un roi qu’il développe de dangereuses habitudes ?

Si vous pensez qu’il est difficile de faire que quelqu’un de votre famille ôte ses œillères, imaginez ce que le prophète Nathan devait affronter. Nathan savait ce qui se passait. En tant que prophète, c’était son travail d’aider le roi à garder les yeux ouverts.

Nathan n’a pas confronté David directement. Au contraire, il lui a raconté une histoire au sujet de deux hommes qui vivaient dans la même ville. Un homme était riche, l’autre pauvre. L’homme riche possédait beaucoup de troupeaux et de hardes. La seule chose que possédait l’homme pauvre était un agneau. Le pauvre homme aimait l’agneau comme s’il était son fils.

Un soir, l’homme riche avait besoin d’un agneau pour un dîner festif. Au lieu de sacrifier un agneau venu d’un de ses troupeaux, il prit l’agneau du pauvre homme. Lorsque le Roi David entendit cela, il devint furieux — il pensait que Nathan lui racontait une histoire vraie à propos de deux hommes de son royaume.

« L’homme qui a fait cela doit mourir », dit le roi.

Puis Nathan dit à David, « Tu es cet homme. »

David écouta l’histoire de Nathan et il ouvrit les yeux. Pourquoi ne pouvons-nous pas mieux écouter ? Pourquoi ne pouvons-nous pas voir nos propres fautes alors que les autres les voient si clairement en nous ? Il est si facile de savoir quand les autres sont dans le déni et il est pratiquement impossible d’admettre que nous sommes dans cette étape.

Dans le vocabulaire de la thérapie moderne, le prophète Nathan était dans une relation d’aide avec le Roi David. Il a confronté David, mais sans utiliser un acte direct d’agression verbale. Il a créé l’incertitude chez David en répondant d’une manière que n’attendait absolument pas le Roi. C’est ce qui a permis à David d’ouvrir les yeux.

L’incertitude est ce qui fait que nous cherchons de nouvelles options. Nathan savait qu’il est impossible de changer une autre personne, mais que vous pouvez la motiver à se changer elle-même. Votre rôle en tant qu’aide est de supporter une autre personne pendant le processus de changement de soi, pas de l’attaquer ni de le rejeter.

Nous ne pouvons pas tous être aussi sages que Nathan. Mais il existe toujours une manière d’aider quelqu’un à ouvrir les yeux sans entrer dans une confrontation agressive, ce qui, souvent, cause des dégâts irréparables chez toutes les personnes impliquées.

Si quelqu’un proche de vous est en déni, vous êtes déjà mieux équipé après avoir lu ceci. Ne le suivez pas, ne lui cédez pas, et je vous en prie, ne le confrontez pas ouvertement.

La meilleure chose que vous pouvez faire est lui donner ce livre. Lorsqu’il lira l’histoire de Nathan et du Roi David, il pourrait être prêt à dire, « Je suis cet homme. »

Si vous êtes conscient des besoins de vous libérer d’une mauvaise habitude, vous êtes déjà dans l’étape 2.

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