La chasse au bonheur

L’homme a été créé pour être heureux. L’amour de la plaisanterie, de l’amusement, des joies qui durent, est très fort en tout homme normal.

Si l’on demandait à chacun ce qu’il désire le plus ardemment, la réponse certaine serait : la santé, la fortune et le bonheur. Et si chaque être humain devait exprimer son vœu le plus cher, ce serait sans contredit le bonheur.

Quête universelle du bonheur

Tout homme recherche le bonheur, sans même qu’il s’en doute. Tous, nous cherchons à améliorer nos conditions de vie, à rendre notre existence plus agréable. Tous, nous cherchons à échapper au travail trop dur, à la vie trop laborieuse et trop difficile.

Et cependant, quoique le genre humain soit parti à la chasse du bonheur, dès les commencements de l’histoire, combien peu l’ont trouvé, ou ont seulement l’idée de ce qu’il est !

Qu’il ne soit pas où on le cherche, c’est l’expérience de tous ceux qui se sont mis à sa poursuite. Ce n’est pas ainsi qu’on peut l’atteindre. Il est le produit d’une action continue, et non le résultat d’une chasse à courre.

Le vrai bonheur est si simple que la majorité des gens ne le reconnaissent pas. Il dérive de la chose la plus simple, la plus paisible, la moins prétentieuse du monde.

Le bonheur ne peut cohabiter avec l’égoïsme, la paresse et la discorde. Il est l’ami de l’harmonie, de la vérité, de la beauté, de l’affection, de la simplicité.

Des multitudes d’hommes ont fait fortune, mais ont perdu la faculté de jouir du fruit de leurs efforts. Combien souvent nous entendons faire cette remarque : “Il a de l’argent, mais il ne sait pas en jouir.”

“Quelques personnes se donnent beaucoup de peine pour arriver au bonheur, et leurs efforts échouent misérablement. Le bonheur est toujours où on ne le cherche pas.”

Celui qui recherche égoïstement le bonheur ne goûtera jamais la satisfaction intime qui provient d’une bonne action. Le bonheur fuit toujours le chercheur égoïste, car l’égoïsme et le bonheur ne peuvent vivre ensemble.

S’oublier pour être heureux

Ceux qui savent le mieux s’oublier eux-mêmes sont ceux qui savent le mieux apprécier les joies de la vie. L’habitude de découvrir le bon côté de chaque situation aide merveilleusement à trouver le bonheur. Mais beaucoup de gens sont incapables de goûter le vrai bonheur, parce qu’ils ne font cas que de ce qui contribue à leur propre confort, à leurs plaisirs ou à la satisfaction de leurs besoins.

Les personnes qui pensent toujours à elles-mêmes, qui essayent constamment de trouver ce qui pourra les rendre heureuses ou contribuer à la réalisation de leurs désirs égoïstes, sont toujours désappointées. Le bonheur est né frère jumeau du bonheur d’autrui, et c’est seulement celui qui cherche le bonheur, le bien-être, la satisfaction d’un autre, qui trouve son propre bonheur.

Celui qui s’imagine trouver le bonheur en consacrant les meilleures années de sa vie à gagner de l’argent, tout en sacrifiant son foyer, ses amitiés, son propre perfectionnement, et tout ce qui a réellement de la valeur, se prépare de cruelles désillusions.

Lorsqu’un homme a transformé son habileté, ses énergies en pièces d’or, lorsqu’il a négligé de cultiver les facultés qui seules l’auraient rendu capable d’apprécier le vrai bonheur, il ne peut plus faire revivre les cellules de son cerveau qu’il a laissées s’atrophier. Il ne peut plus s’affranchir des habitudes de toute une vie, même lorsqu’il s’est retiré des affaires.

Si vous n’avez pas conservé votre faculté d’appré­cier tout ce qui est beau, bon et vrai, vous découvrirez avec surprise que vous l’avez perdue, tout comme Darwin fut surpris, dans l’âge mûr, de découvrir qu’il avait perdu la faculté d’apprécier Shakespeare et la musique.

Beaucoup d’hommes poursuivent les moyens de jouir, au prix de la faculté de jouir. Ils tuent leur capacité d’apprécier le bonheur, tout en cherchant les moyens de se le procurer. Le criminel lui-même s’imagine que son crime améliorera sa condition, que le vol l’enrichira, ou qu’il sera plus heureux lorsqu’il se sera débarrassé de l’ennemi qui lui barre la route du bonheur.

Une conscience nette et un cœur pur pour être heureux

Aucun homme ne peut être heureux lorsqu’il est forcé de mépriser ses propres actions, quand il a la conscience du tort qu’il fait, soit en intention, soit en actes. Aucun homme ne peut être heureux quand il entretient des pensées de vengeance, de jalousie, d’envie ou de haine. Il faut avoir une conscience nette et un cœur pur pour être heureux.

Lorsqu’on a le sentiment d’avoir bien agi, on peut être heureux, même dans les circonstances les plus adverses. Si on ne l’a pas, on peut être misérable dans les conditions d’existence les plus favorables.

Fouquier-Tinville, l’accusateur qui, sous le règne de la Terreur, faisait partie du Comité révolutionnaire en France, se vantait d’éprouver un grand plaisir à surveiller l’exécution des braves, des jeunes, des nobles, des vieillards. On raconte que l’acquittement d’un prisonnier rendait Fouquier-Tinville très malheureux, et sa condamnation très heureux. Il trouvait un soulagement à ses fatigues en surveillant ces exécutions. “Ce spectacle, disait-il, me fait plaisir.”

Un homme peut trouver son plaisir dans ce qui l’avilit, et le rend honteux et dégoûté de lui-même le lendemain. Un autre trouve le sien à aider les malheureux.

“Quelle belle journée nous avons passée !” ou “Quelle journée agréable nous avons eue !” Voilà les remarques que l’on entend souvent de personnes qui reviennent d’une partie de plaisir. Des gens de toutes sortes poussent ces exclamations, mais cela ne signifie pas grand chose, car elles n’indiquent pas le genre de plaisir qui a été goûté.

Nous ne nous rendons pas toujours compte des mobiles qui nous font agir, mais tous nous cherchons à nous procurer un peu plus de confort, une position un peu meilleure, un peu plus de bonheur.

Menez une vie utile

Le vrai bonheur, toutefois, ne consiste pas dans l’excitation du système nerveux. Il ne provient pas du manger, du boire, de la vue ou de l’ouïe. Il ne consiste pas dans la satisfaction des désirs, ou dans la possession.

Le vrai bonheur naît d’un noble effort, d’une vie utile. On le trouve un peu ici, un peu là, dans un mot aimable, une action généreuse, une aide bienveillante. Nous le goûtons dans toute pensée juste, dans toute parole aimable et dans toute action bonne ; on ne peut le trouver ailleurs. Comme on l’a dit, le bonheur est une mosaïque composée de très petites pierres. Chacune d’elles prise séparément a peu de valeur, mais, réunies, elles forment un précieux joyau.

Souvenez-vous, vous qui vous lancez à la chasse du bonheur, que, où que ce soit que vous alliez le chercher, vous ne trouverez que celui que vous portez en vous. Votre bonheur ne sera jamais en dehors de vous-même, et c’est vous qui en fixerez les limites. Elles dépendent de votre capacité de jouir.

“Nous ne trouverons rien dans le monde que nous ne trouvions d’abord en nous-mêmes.” Le bonheur est la plus haute expression de ce qu’il y a de meilleur en nous. Il est l’enfant de l’effort honnête.

En dépit de la philosophie de la Bible, qui nous enseigne que le royaume des cieux est au-dedans de nous, la grande majorité des hommes ont toujours cherché ce royaume en dehors d’eux-mêmes. Ils emploient leur vie à essayer de le trouver dans les choses matérielles, dans la fortune, la propriété, la nourriture, la boisson, dans le vêtement et les plaisirs.

En d’autres termes, ils essayent de saisir le royaume des cieux avec leurs 5 sens, qui excitent leurs nerfs ; c’est-à-dire qu’ils recherchent un Dieu extérieur. Partout, nous rencontrons des gens qui flattent les forts, méprisent les faibles, et essayent de recevoir des autres ce qu’ils jugent nécessaire à leur bonheur.

Le bonheur est la récompense des services rendus aux autres

Le malheur est que nous cherchons le bonheur dans les choses qui passent, dans la satisfaction de nos désirs, dans les plaisirs matériels. Le bonheur consiste à donner, à agir, et non à recevoir, à accaparer.

Accumuler ne vous rendra jamais heureux. Ce que l’homme est, et non ce qu’il possède, voilà ce qui le rend heureux ou misérable.

Le cœur humain est toujours altéré. S’il a soif de recevoir, il est malheureux ; s’il a soif de donner, il est heureux. Le vrai bonheur a toujours la saveur d’une souffrance vaincue.

Le bonheur est la récompense des services rendus aux autres, de l’effort héroïque que nous faisons pour essayer de faire notre part dans ce monde, de remplir notre devoir. Il faut que nous ayons la volonté d’aider, de rendre ce monde un peu meilleur par nos efforts. De petites attentions, des paroles aimables, de légers services rendus en passant, des devoirs fidèlement remplis, du dévouement, de l’amitié, de l’amour témoignés, tout cela paraît peu de chose, et cependant c’est ce qui nous conduit au bonheur.

En dehors de toutes nos différences de races ou de religions, il y a une unité d’origine et de vie qui, si nous en étions conscients, ferait disparaître toutes ces différences. Nous comprendrions que nous sommes tous enfants du même Dieu, que nous avons tous la même origine, et nous pratiquerions la fraternité universelle.

“J’en suis venu à considérer la vie, dit William Dean Howells, non comme la poursuite d’un bonheur personnel impossible, mais comme un désir ardent de poursuivre le bonheur de la famille humaine tout entière. Il n’y a pas d’autre manière d’atteindre le bonheur.”

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *