La classification. Critériums et définitions

1. Juger, c’est déjà classer. L’ensemble de nos jugements -notre science ou notre expérience -équivaut à une vaste classification, plus ou moins approfondie, cohérente et originale, selon la force et l’envergure de notre esprit.

Le classement peut se rapporter à deux catégories : 1° aux objets et aux activités ; 2° aux idées. Nos classements ont pour but l’utilité et la commodité dans le premier cas, l’acquisition de la connaissance et de la science dans le second.

Classement et Profession.

2. Voici un serrurier qui se sert d’un certain nombre de forets placés dans une boîte à côté de lui. Quand il change d’instrument, il doit en retourner dix ou douze, peut-être, avant de pouvoir saisir celui dont il a besoin, gaspillant ainsi son temps et sa peine. Quelqu’un lui suggère de classer les forets, de les étiqueter et de les fixer verticalement par rang de taille sur une planche perforée. Il le fait, et y gagne considérablement en vitesse et en précision, car les forets se dressent devant lui comme une série de tuyaux d’orgue, et il peut prendre celui dont il a besoin sans toucher aux autres. La classification est tout aussi nécessaire dans l’atelier que dans le laboratoire du naturaliste. Le petit porteur de journaux, comme le facteur, classe les adresses du public et organise sa tournée de façon à servir ses clients sans revenir sur ses pas. De même, la gérante d’une bibliothèque de gare procède par classification : elle dispose ses revues et ses journaux de façon non seulement à attirer l’oeil des passants, mais à pouvoir trouver sur-le-champ ce qu’on lui demandé.

Une maison de commerce, une industrie est d’autant plus prospère que sont mieux coordonnés les différents services chargés des diverses opérations. Cela suppose non seulement de l’ordre matériel, mais un emploi du temps raisonné, ainsi qu’une excellente répartition du travail entre tous les collaborateurs, et une surveillance constante, du haut en bas, de la part du chef.

La maîtresse de maison est, elle aussi, une « classificatrice ». Remarquez ceci : toutes les femmes, sans exception, de la plus modeste à la plus élégante, sont continuellement occupées. Qu’on les interroge sur leur temps, sur l’emploi de leurs journées : toutes, elles répondront : « qu’elles n’ont pas une minute à elles, que la vie les submerge ». Et le plus étonnant est qu’elles ont toutes raison.

L’activité des femmes d’intérieur est extrêmement complexe: une telle s’occupe elle-même de sa maison, de son ménage ; telle autre dispose d’un personnel varié ; il ne faut cependant pas croire que la tâche de la seconde soit toujours plus aisée que celle de la première ; la seconde doit organiser le travail de ses domestiques de la même façon que la première organise le sien. Et, à la base de cette organisation, se trouvent des classifications :

Classification des travaux de ménage, de cuisine, de couture, de blanchissage ; à l’intérieur de chaque série, classifications secondaires (pour la couture, par exemple : travaux à faire exécuter à l’extérieur et travaux à faire chez soi ; travaux se rapportant au linge, aux vêtements, aux bas, au tricotage, etc.).

Toutes ces classifications, qu’il s’agisse du facteur, du journalier ou de la maîtresse de maison, sont établies dans un but d’utilité et de commodité.

Classement et Connaissance,

3. Il ne suffit pas de classer les objets ou les activités ; il faut aussi classer les idées selon leurs rapports internes. Par exemple, vous pouvez ranger vos livres sur des tablettes d’après leur grandeur ou leur format la couleur de leurs reliures, leur prix ou leur rareté. Mais vous pouvez aussi les classer d’après leur sujet, la science générale ou spéciale dont ils traitent -c’est-à-dire d’après les idées qu’ils contiennent.

Si vous êtes médecin, vous classez votre clientèle : d’abord selon le quartier où habitent ceux que vous soignez ; puis selon la nature des maladies qui les affectent ; et peut-être suivant leur caractère: suivant la réaction qu’ils ont à l’égard de vos bons conseils. Vous, qui êtes ingénieur, vous devez classer les problèmes qui se présentent à vous quotidiennement, vos connaissances théoriques et pratiques, les expériences que vous avez pu faire après quelques années de métier, les principes qui se sont dégagés pour vous du maniement des hommes et du contact avec la réalité.

Tous, nous devons classer dans notre esprit un nombre important de notions, dont nous n’avons pas l’emploi chaque jour, mais que nous tenons à garder en réserve pour les mettre en oeuvre lorsqu’il le faudra.

Bref, nos classifications ne visent pas uniquement à la commodité ou à la vérité : elles visent aux deux ensemble ; elles ont pour but à la fois d’être commodes et d’être, autant que possible, vraies.

Classez vos Expériences et vos Idées.

4. Organisez, d’après un plan, toutes vos connaissances nouvelles, mais ne les entassez pas pêle-mêle dans votre esprit. Je suppose, par exemple, que vous parcouriez un journal populaire et que vous y lisiez qu’un certain cambrioleur a écrit un livre, tandis qu’il accomplissait ses années de travaux forcés : vous dites-vous simplement, et sans plus y penser : « Ce doit être un cambrioleur d’une espèce rare » ; ou rattachez-vous immédiatement le fait, par une association qui semble s’imposer, à l’idée de quelques livres fameux écrits en prison ? Si vous le faites, c’est que vous savez faire travailler vos facultés selon les principes de coordination mentale, pour classer vos connaissances à mesure que vous les acquérez.

Si vous ne le faites pas, vous oublierez la moitié de ce que vous lisez, parce que les associations en seront plus faibles. Vous apprendrez aussi avec plus de difficulté, et les idées nouvelles seront plus lentes à venir.

Donc apprenez à classer les faits dont vous vous occupez chaque jour et qui constituent votre expérience. Au début, vous procéderez de façon gauche et maladroite, mais vous conserverez cependant de plus fortes impressions des faits que vous aurez observés ; et lorsque, quelques jours après, vous lirez un entrefilet concernant les puits de pétrole de Roumanie, ou l’érection d’une nouvelle école d’agriculture, ou le dernier achat d’un Raphaël, vous vous rappellerez instantanément vos impressions antérieures, et vous classerez ainsi la connaissance nouvellement acquise. Vous l’unifierez également, par assimilation à la connaissance du même ordre que vous possédiez déjà. Et c’est cela qu’on appelle comprendre.

Conditions d’une Bonne Classification.

5. 1° Rôle de l’intérêt. -Demandons à un professeur et à un officier une classification des timbres-poste émis en France, établie d’après leurs couleurs. Demandons le même travail à un collectionneur de timbres. Son travail sera le meilleur des trois. Pourquoi ? Parce qu’il sera plus habitué que les deux autres personnages ? Evidemment, car l’habitude est un auxiliaire précieux ; mais, surtout, parce qu’étant philatéliste il s’intéressera, de tout son coeur et de tout son esprit, à une occupation qui rebutera les autres. Nous retrouvons, ici encore, une application de la loi d’intérêt dont nous avons parlé dans nos leçons précédentes.

2° Rôle de l’observation et de l’attention. -L’attention ou la concentration d’esprit et le talent d’observation sont indispensables à quiconque veut établir une bonne classification. Il faut se dresser à distinguer les détails, à constater des ressemblances et des différences, à les sérier selon le but qu’on poursuit. Classer par exemple les timbres d’après leur couleur n’est qu’établir un classement insuffisant ; le philatéliste distingue des nuances, des variétés de tirages et de plus série les timbres de même nuance d’après leur pays d’origine, la date d’émission, le nombre des dentelures. De ce point de vue, la philatélie devient un excellent exercice de classification.

3° Rôle de l’habitude. -Demandons à un promeneur, à un jardinier et à un botaniste de classer les fleurs qu’ils rencontreront. Le promeneur sera bien embarrassé ; il manquera d’expérience, c’est-à-dire d’habitude. Le jardinier, au contraire, ou le botaniste, nous répondront avec aisance. C’est qu’ils ont l’habitude des classifications. Cependant leurs réponses ne seront pas les mêmes : le jardinier, s’il ignore la botanique, classera les fleurs d’après leur forme ou leur couleur ; le botaniste les classera d’après des caractères moins apparents mais plus scientifiques. Comment se fait-il que les classifications faites par deux sortes d’habitués ou d’experts soient différentes? Cela tient à l’emploi de moyens de reconnaissance appelés critériums.

Choix et Emploi des Critériums.

6. Nous appelons critérium le fait ou l’idée qu’on choisit comme plus caractéristique. On peut classer des chiens d’après la forme de la tête, ou la longueur des pattes, ou la couleur du pelage ; on peut vouloir trouver aussi des caractères plus significatifs et plus profonds, par exemple d’ordre anatomique. Une classification peut s’établir d’après un ou plusieurs éléments caractéristiques ; le choix du ou des critériums est souvent très délicat

Il y a des cas où ce choix s’impose à vous. Ce sera, pour le commerçant désireux de classer certaines catégories de produits : la qualité, ou le bon marché, ou la belle présentation. Pour les choses importantes de la vie, chacun de nous a ses critériums, d’après lesquels, parfois inconsciemment, il classe ses expériences. Tel chef de maison, au tempérament actif, volontaire, plein d’initiative, classera ses employés selon qu’ils posséderont ou non les qualités qu’il aime. Le prêtre à qui l’on parlera littérature ou beaux-arts classera les oeuvres, non d’après leur beauté, mais d’après leur valeur morale, leur action édifiante.

Dans les cas où des critériums de ce genre ne s’imposent pas à nous, il faut en découvrir, en analysant l’objet avec soin et en le comparant à d’autres auxquels il ressemble plus ou moins. Chacun de nous doit se constituer un ensemble de critériums qui lui serviront dans les circonstances importantes de la vie. Il y a des questions sur lesquelles on n’a pas eu le temps ou l’occasion de se former un avis motivé : il y a des sujets sur lesquels on se trouve forcé, au hasard d’une conversation, de donner son avis. Si l’on s’est constitué les critériums appropriés, on évitera l’ennui de rester indécis» ou de dire une absurdité, ou de prononcer un jugement hâtif qui pourrait contredire l’opinion véritable que nous aurions sur le sujet pour peu que nous ayons le temps d’y réfléchir de façon réellement sérieuse.

Recherchez l’Excellent.

7. Notez toutefois que les critériums changent constamment. Le critérium social, le critérium financier, le critérium éducatif et bien d’autres évoluent lentement. Ne nous étonnons pas de constater ces variations. Demandez-vous : Quel est le critérium de maintenant, non pas pour une seule chose, mais pour tout ce qui me concerne ? Ne craignez pas de soumettre de temps en temps vos critériums à votre critique et de les modifier selon l’accroissement de vos connaissances et l’amplitude de vos expériences : en un mot, recherchez toujours l’excellent.

Classement et Définition.

8. De même qu’on pense mal ou à faux sans logique, on classe mal ou à faux si on se sert pour critériums d’indices superficiels ou d’éléments incomplets. Pour bien classer, il faut savoir distinguer le trait caractéristique qui manifeste l’essence de la chose à connaître et à classer, c’est-à-dire en fournir la définition. Seules des définitions exactes permettent une classification bien faite, à la fois vraie et commode.

La définition doit convenir à tous les objets qu’elle définit, et ne convenir à aucun autre. C’est ainsi qu’une définition du Blanc serait mauvaise si elle ne s’appliquait pas à tous les types de race blanche, ou si elle s’appliquait aussi à des individus de race nègre. Les sciences naturelles parviennent à des définitions rigoureuses en indiquant ce qui différencie l’espèce envisagée au sein du genre immédiatement plus vaste. Ainsi le cheval se définit en tant que distinct du zèbre et de Fane, à l’intérieur dû genre « équidé » qui les comprend tous trois.

La classification consiste, non seulement à juxtaposer des idées ou des objets, mais à les situer selon les rapports déterminés par les définitions de ces idées et de ces objets, autrement dit elle les rattache les uns aux autres. Habituez-vous donc à établir des classifications raisonnées.

A Quoi se Reconnaît un Esprit bien Formé.

9. La marque d’un esprit bien formé, c’est :

a) son aptitude à classer l’expérience et à interpréter les cas individuels ;

b) sa connaissance des meilleurs critériums.

On engage donc le lecteur à mieux ordonner sa pensée. Cette opération est toujours très instructive ; la comparaison d’une expérience avec une autre semblable, se produisant dans des circonstances différentes, jette une vive lumière sur des aspects de la réalité que ne faisait pas remarquer la simple classification. Comprendre, c’est interpréter des sujets nouveaux à la lumière de connaissances que nous possédions déjà. Voilà pourquoi, dans la leçon précédente, nous avons considéré l’attention comme une attente, par l’esprit, d’événements nouveaux devant ressembler à ceux que l’on connaît. Rappelons que ressemblance n’est pas nécessairement ni toujours identité ; un cheval blanc et un cheval gris se ressemblent, mais ne sont pas identiques. Il en est de même dans le domaine des idées.

Il ne faut donc pas oublier que tous les cadres dans lesquels nous rangeons nos connaissances ne sont que des dispositifs provisoires ; utiles pour un temps, ils ne sont pas définitifs. Ainsi la critique littéraire du XVIIe siècle avait, pour juger la prose et la poésie, ses règles qui ne furent pas celles du XIXe ; au siècle actuel, les règles critiques ont évolué encore davantage, non seulement en littérature mais dans tous les arts.

De même, de nos jours, les lois de Newton se trouvent sinon supprimées, du moins modifiées et complétées par les découvertes d’Einstein. Ainsi se font les progrès de la science : par des approximations croissantes de la réalité.

Donc, tout en classant vos expériences, rap¬pelez-vous toujours que l’expérience déborde la classification… Vous ne pouvez enfermer la vie dans un système unique et définitif. L’inconnu se dresse partout devant nous. Si vous ne pouvez pas vous-même atteindre la vérité, documentez-vous auprès des compétences, mais apprenez aussi à vous instruire par votre expérience et à vous servir de votre raison.

Expérience et Raison.

10. 1° Classez vos expériences. Nous vous l’avons dit ci-dessus. Pour ce faire, rattachez les menus faits de la vie à des principes généraux. Cherchez des fils directeurs. Distinguez des catégories. Découvrez des rapports. Ayez prise sur les expériences au lieu de vous laisser noyer et submerger par elles. Surtout tirez profit des échecs, des petites mésaventures quotidiennes. Appliquez à ces observations toute votre attention et toute votre perspicacité. En procédant de la sorte, vous acquerrez des notions utilement assimilables sur des sujets de vie pratique et d’expérience quotidienne.

S’il s’agit simplement d’apprendre, d’emmagasiner des idées théoriques ou des notions toutes faites, veillez à les acquérir autrement que pêle-mêle ; qu’un ordre rigoureux et une discipline intellectuelle stricte président chez vous à toute acquisition d’un savoir nouveau. Ce conseil est très important pour ceux qui préparent des examens et des concours. Mieux vaut faire agir la logique que la mémoire pure.

2° Quand vous acquérez une connaissance, ne la laissez pas vaguer dans votre conscience. Dans le domaine psychologique, non moins qu’ailleurs, c’est l’union qui fait la force. Donc rattachez les notions nouvelles à un « ensemble » intellectuel, Si, par exemple, vous lisez un détail nouveau sur les variations du change, combinez-le (en apportant les corrections nécessaires) à ce que vous savez déjà sur le change. Après quoi, réorganisez vos connaissances sur le sujet en vous servant de la notion récemment acquise.

En règle générale, arrangez-vous de manière que vos expériences mêmes, vos études, vos nouvelles acquisitions intellectuelles, vous servent à vous former une opinion sur le sujet dont il s’agit. Rendez-

vous compte que souvent, votre opinion est provisoire, qu’elle est toujours à réviser, et ne vous contentez pas d’être un répertoire de connaissances sans vie.

3° Un travail de ce genre vous sera grandement facilité si vous prenez soin de ménager dans votre esprit un certain nombre de « tiroirs », c’est-à-dire de subdivisions où vous classerez, ici vos idées religieuses, là vos conceptions politiques, ailleurs vos notions sur la vie, et (pour entrer dans le détail) ici vos idées sur le régime gouvernemental, là vos pensées au sujet de la société, ailleurs vos impressions sur les différents hommes d’Etat. Quand toute idée nouvelle se trouve rangée dans son « tiroir », en rapport avec les idées voisines, il y a beaucoup de chances pour qu’elle reste à sa place. Rien entendu chacun de nous a ses tiroirs et il ne saurait être question d’imposer-à tout le monde les mêmes cadres intellectuels. Le plus facile est, pour chacun, de réfléchir aux grands tiroirs constitutifs de son esprit (religion, philosophie, politique, pratique, morale, etc.), puis d’établir des subdivisions.

C’est aussi grâce au système des tiroirs qu’on peut apprendre et savoir en même temps plusieurs langues étrangères sans les confondre.

4° Faites de temps en temps « l’inventaire » de vos différents tiroirs. Comme médecin, demandez-vous si vous êtes bien au courant des procédés nouveaux de guérison du cancer ou de la tuberculose. Comme ingénieur des mines, n’avez-vous pas oublié l’optique et l’électricité ? Comme artiste, n’êtes-vous pas « encroûté » dans certaines directions traditionnelles et n’avez-vous pas perdu la souplesse nécessaire à l’intelligence des formes d’art nouvelles qui, dans deux cents ans, seront à leur tour ce classiques » ? Comme homme d’affaires, êtes-vous vraiment au courant des conditions actuelles de la production et du marché, à l’intérieur de la France et à l’extérieur ?

5° Ne conservez jamais dans votre esprit une idée que vous n’avez pas bien comprise. Un marchand accepterait-il en magasin une livraison sans la peser ? Faites comme le marchand : pesez l’idée nouvelle, examinez-la avec soin : « repensez-la » par vos propres moyens.

6° Faites-vous des résumés, des plans, des schémas; employez tous les moyens connus pour simplifier le travail de votre esprit. Une telle méthode n’est pas du tout une marque de paresse, car elle vous force, d’abord, à un effort utile d’analyse et de synthèse. Nous reviendrons sur ce point, et nous vous donnerons d’utiles indications techniques dans notre Leçon 10.

7° Enfin, n’oubliez pas les conditions énoncées plus haut de toute bonne classification; donc :

Intéressez-vous à classer vos idées,

Habituez-vous à le faire,

Usez des meilleurs critériums,

Usez des définitions les meilleures.

L’Intuition.

11. C’est, comme on l’a dit dans la Leçon V, une combinaison très rapide de l’expérience et du raisonnement, qui détermine un jugement presque instantané.

Il semblerait qu’une personne douée d’intuition arrive à découvrir la vérité par des moyens qui ne sont ni le raisonnement, ni l’analyse, ni l’étude patiente d’un problème, et qui touchent plutôt au sentiment et presque à la divination. Avoir de l’intuition, c’est être doué d’une sorte de pouvoir de toucher directement le fond des choses sans avoir à user des méthodes intellectuelles ordinaires. Pourtant le raisonnement joue dans l’intuition un rôle essentiel: s’il passe inaperçu c’est qu’il est très rapide et se fonde sur des expériences subconscientes, elles aussi évoquées avec une extrême rapidité.

L’intuition est, de nos jours, très à la mode, du fait d’un mouvement philosophique où une très large place lui est faite. Bornons-nous à deux remarques :

1° Chacun a intérêt à développer en lui ce pouvoir intuitif, dont l’utilité est grande dans la vie courante, surtout dans les questions qui touchent au sentiment et à l’action.

2° Ne nous abandonnons pas trop vite aux a révélations » de l’intuition. Prenons soin de la cantonner dans le domaine qui est le sien. Et en tout cas soumettons les jugements de valeur qu’elle nous suggère au contrôle de la raison.

Il arrive que le premier contact avec une personne suggère une intuition qui se traduit par la confiance ou la méfiance; et que l’expérience ultérieure prouve que l’intuition qu’on a eue à propos de cette personne est fausse ; il faut alors avoir le courage et l’honnêteté de rectifier l’opinion première.