La dispersion de l’esprit

Double Écueil: Arrêt ou Instabilité de l’Esprit.

1. L’esprit doit donc éviter deux dangers qui risquent de stériliser l’attention : sa fixation complète ou son vagabondage continuel. La fixation complète de l’esprit, sauf dans des cas maladifs, est rarement à redouter, et se manifeste moins fréquemment que son instabilité.

Vous savez par expérience qu’on s’ennuie très vite quand on s’absorbe dans la considération exclusive d’un objet : cette lassitude presque immédiate porte à considérer aussitôt autre chose. D’ailleurs, si l’on s’hypnotise sur un seul objet, la conscience s’évanouit assez vite.

Par contre, la versatilité de l’esprit constitue un défaut extrêmement répandu. Quel statisticien évaluera le gaspillage d’énergie qui se produit dans l’humanité par suite de l’inconstance des efforts, de la dispersion des pensées ?

Il importe de tirer au clair les causes de cette dispersion; si l’on veut se rendre capable d’attention, la condition préalable est de ne point se laisser distraire. Etudions donc d’abord ce grave défaut, la dispersion de l’esprit, pour en indiquer ensuite le remède.

Les causes de la dispersion de l’esprit peuvent être classées comme suit :

Causes Extérieures à l’Esprit.

II y a d’abord des causes extérieures à l’esprit, qui peuvent tenir soit à des conditions physiques soit aux circonstances techniques et économiques du travail.

Diverses maladies nerveuses, héréditaires ou contractées, peuvent nous mener à l’instabilité mentale, un choc subi lors d’un accident risque de nous rendre incapables d’application. Les troubles nerveux retentissent sur notre vie consciente et contribuent à nous rendre agites, impatients, inquiets, impressionnables.

Le travail industriel moderne ravale souvent l’ouvrier au rang d’une simple machine: les mêmes mouvements toujours plus machinalement exécutés, voilà ce qu’on attend de beaucoup de travailleurs manuels. A un moindre degré, il subsiste quelque chose de mécanique dans l’exercice quotidien d’une profession quelle qu’elle soit. Pendant ce temps que devient la pensée ? Excédée par la monotonie de la besogne elle s’en désintéresse et vagabonde.

-Causes Intérieures à l’Esprit.

Les causes les plus sérieuses de la dispersion sont inhérentes à l’esprit même. Nous allons constater qu’elles tiennent à un manque d’équilibre entre nos diverses activités mentales. Remarquons une fois de plus que, sans une harmonieuse synthèse psychique, il ne faut pas s’attendre à un bon fonctionnement de l’esprit. (Vor Leçon I) 1° Manque d’Intérêt.

Rappelez-vous le rôle capital du sentiment comme base de l’activité psychique. Si vous êtes indifférent à tout, n’importe quoi pourra retenir votre regard pour quelques instants, mais, presque aussitôt, vous promènerez ce regard n’importe où, pourvu que ce soit ailleurs. Rien ne vous attirera fortement, rien ne vous captivera à fond, car les choses n’ont de valeur pour nous qu’en proportion de nos désirs ou de nos besoins.

La recherche de ce qui nous fait vivre matériellement, et aussi la curiosité ou le désir de connaître, voilà des mobiles en l’absence desquels, comme le mot l’indique, nous demeurons « immobiles » et nous nous pétrifions dans l’inertie.

Rien de plus pénible que cet état. Seuls s’y plaisent les sujets atteints de débilité mentale -sujets dont l’état, d’ailleurs, peut s’améliorer par une meilleure hygiène de l’esprit. Les individus normaux essayent de s’y soustraire et, dans l’espoir de sauver leur santé psychique, donnent libre cours, par exemple, à leur imagination. Tel est le cas, précédemment signalé, du travailleur dont l’esprit voyage à l’aventure pendant que ses mains exécutent la tâche fastidieuse. Mais c’est fuir une forme de dispersion pour tomber dans une autre.

Inconstance, Versatilité.

5. Certains esprits éprouvent un vif attrait pour une tâche définie, puis pour une autre, et ainsi de suite, sans être ni apathiques, ni brouillons, ni incapables. Il leur suffirait pour travailler avec fruit, de persévérer assez longtemps dans chaque oeuvre entreprise. Ils sont, non pas distraits, mais impatients. Leur goût à la besogne est fécond tant qu’il dure, mais parfois il ne dure pas assez pour donner ce qu’on en devrait attendre. Ils manquent leur but faute de ténacité.

D’autres personnes n’arrivent pas à se concentrer sur un sujet parce qu’elles ont un esprit naturellement nerveux, préoccupé, anxieux.

« Quelques-uns des travailleurs les plus capables que je connaisse, dit William James, ont un esprit extrêmement dispersé. Un de mes amis, qui fait une prodigieuse quantité de travail, m’a confessé que, s’il veut avoir des idées sur un sujet, il commence par un ouvrage tout différent, ses meilleures idées provenant du vagabondage de son esprit. C’est peut-être là une exagération de sa part; mais j’estime sérieusement qu’aucun de nous ne devrait se désespérer s’il est affligé de ce défaut. Il se peut que notre esprit soit gêné, inquiet, confus et cependant très productif. » Nous ajouterons que ces gens-là devraient s’efforcer d’acquérir plus de maîtrise d’eux-mêmes.

Trop d’Intérêts Différents.

6. Souvent, la dispersion de l’esprit est causée par de trop nombreux sujets d’intérêt occupant l’esprit simultanément. On court comme on dit. « Plusieurs lièvres à la fois ». Certains de nos étudiants, au début, s’en glorifient. Ils assurent fièrement qu’ils s’intéressent aux affaires, aux arts, aux questions sociales, aux collections de vieilles porcelaines, au tennis, au jeu d’échecs, et à bien d’autres choses encore. Mais ils terminent généralement leurs lettres en disant : « Cependant, je ne sais pourquoi, il m’est impossible d’arrêter mon esprit sur rien ». Les voilà qui prennent rang parmi les inconstants. Quoi d’étonnant ? L’attention a pris l’habitude de se mouvoir dans un champ d’activité trop étendu, elle saute perpétuellement d’une chose à l’autre.

La variété de nos aptitudes n’est pas illimitée. Nous ne pouvons nous occuper à fond que d’un nombre restreint de sujets. Si l’intérêt que vous témoignez à un trop grand nombre vous empêche de concentrer votre attention sur quelques-uns, d’intérêt primordial, il est nécessaire de changer radicalement votre manière de faire. Si vous vous intéressez à trop de choses, autant dire que vous ne vous intéressez à rien réellement. Il en résulte que vous ne réussissez aucune entreprise (« qui trop embrasse mal étreint ») et que vous ne profitez pas de vos efforts (« pierre qui roule n’amasse pas mousse»). De cette dispersion, d’ailleurs, nous ne sommes pas toujours responsables : quelquefois la multiplicité des sujets d’intérêt nous est imposée par nos fonctions. Ainsi en est-il pour l’homme d’affaires tiraillé entre des obligations diverses.

Il peut cependant arriver à des résultats utiles en fournissant un très grand effort d’attention, pendant de courtes périodes, sur les diverses questions soumises à l’étude.

Un de nos amis emploie dans ce but le procédé suivant : il réserve à chaque sujet étudié une table spéciale, où sont classés tous les documents dont il a besoin et revigore son attention, élimine sa fatigue, en changeant de table -et de sujet -toutes les heures; il peut fournir ainsi 10 à 12 heures de travail intense par jour.

Intelligence Trop Prompte.

7. Ce type d’intelligence, à des degrés divers, est beaucoup plus répandu en France que partout ailleurs. Ajoutons qu’il est beaucoup trop répandu car s’il fait notre attrait il fait aussi notre faiblesse. Ce don est souvent pour ceux qui le possèdent une véritable calamité. Les uns apprennent vite, mais oublient tout aussi vite; les impressions se succèdent dans leur esprit sans empreintes profondes ni durables. Les autres pensent aisément mais ne sont pas maîtres de leur pensée; ils ne la dirigent pas, ils la suivent; ils sont esclaves de ses caprices. D’autres encore, se fiant à leur remarquable facilité, ne se donnent jamais la peine de réfléchir assez. Ces hommes peuvent être brillants, mais s’ils n’y veillent, s’ils ne se défient d’eux-mêmes, ils restent superficiels.

Ils peuvent avoir une réelle valeur, un grand talent, connaître le succès, mais ils restent au-dessous d’eux-mêmes. Plus d’un, avec de tels dons, mais avec des réactions mentales mieux contrôlées, eût probablement atteint au génie et fait oeuvre vaste, profonde, puissante.

A Propos d’Intuition.

8 Il y a cependant des hommes et des femmes qui semblent ne jamais réfléchir aux problèmes qui les touchent. Ils trouvent tout de suite une bonne solution, et suivent apparemment la première idée qui leur vient. On dirait qu’ils décident sans considérer la question, et sans peiner pour la résoudre. Ne nous y trompons pas. Il s’agit le plus souvent d’affaires qu’une longue expérience leur a rendues familières. Il y a aussi des exemples de personnes remarquablement douées, chez qui le raisonnement, la mémoire, l’imagination ne fonctionnent pas en semi-séparation, mais à l’unisson, comme un tout, ce qui écourte le temps nécessaire à la réflexion. C’est la méthode Idéale : on ne peut, toutefois, s’en rapprocher que par la rééducation systématique de ses facultés, suivant les principes de ce Cours. Mais là encore, lorsqu’on est en présence d’une décision importante, ou d’une oeuvre durable, il est bon de se méfier de sa facilité : un sérieux contrôle de ses pensées et de ses intuitions est toujours indispensable.

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