La force active de la volonté

Notre Plan.

1. L’Etudiant qui a déjà fait de la psychologie peut nous demander pourquoi nous nous occupons si tôt de la Volonté et de son éducation, alors que dans la plupart des traités et des manuels cette faculté est étudiée en dernier lieu. La question est fondée et nous allons y répondre sur-le-champ. Ce Cours est avant tout une analyse de nos facultés mentales au point de vue « dynamique ». Nous nous occupons de l’esprit bien plus en action qu’au repos. Les facteurs psychologiques de l’action viennent ici avant la pure contemplation. Pourquoi? Parce que nous abordons l’étude de la psychologie par certains problèmes pratiques qui exigent une solution urgente et qui mettent en oeuvre l’ensemble de nos facultés.

L’esprit humain n’est pas non plus pour nous un sujet de pure curiosité. Les hommes, les femmes que vous êtes, ont besoin d’aide pour résoudre pratiquement leurs problèmes personnels, et parmi eux, celui de la Volonté se pose en premier lieu.

Troisième raison: la discipline de l’attention devient plus facile si pour commencer l’éducation de la volonté, on se donne des habitudes. Vous voyez que le plan de ce Cours est déterminé par les pressants besoins du moment, et non par des considérations théoriques.

La Force Active dans l’Individu.

2. Il y a en nous, tant dans notre organisme que dans notre esprit, une capacité d’action qui non seulement peut s’exercer, mais demande à s’exercer. Elle est variable, mais cela même nous assure qu’elle doit pouvoir s’accroître. C’est le tonus physique ou mental, dont nous pouvons faire preuve. Notre tonus physique, même à l’état de repos, implique un certain degré d’effort. Toujours quelque partie de notre musculature est en tension, ne fût-ce que celle qui supporte le corps et le tient dans la position qu’il occupe -station droite, assise, couchée, etc.; et le reste s’en ressent. Y a-t-il du ressort et de l’élasticité dans votre tenue générale? Ou êtes-vous de ceux à qui des muscles flasques donnent l’aspect de gens mous et accablés? Ce n’est pas là, remarquez-le, question d’âge ni de santé, mais question d’entraînement.

Notre organisme psychique possède, lui aussi, un tonus, un niveau minimum de maintien, au-dessous duquel il ne faut pas descendre. Si l’on cultive le relâchement ou l’abattement, on commet un demi-suicide.

Tonus physique et maintien moral forment la base sur laquelle peut se construire l’activité volontaire. La vitalité, la force nerveuse, l’harmonie des fonctions organiques ne constituent pas le vouloir, mais le préparent et lui assurent une efficacité. C’est pourquoi la gymnastique du corps et celle de l’esprit ou Pelmanisme doivent, autant que possible, s’exercer de pair.

C’est pourquoi aussi le régime alimentaire agit sur nous au-delà de la santé physique. L’énergie nous vient des éléments -air, eau -mais aussi des transformations chimiques et biologiques conditionnées par la nutrition. L’influence énergétique des vitamines s’est imposée récemment à l’attention des hygiénistes. Demandez à votre médecin quel régime vous prescrit votre tempérament; le Pelmanisme vous permettra de trouver quel régime requiert votre caractère. Parmi les adultes comme parmi les enfants, beaucoup passent pour apathiques et abouliques, dont la paresse tient à des défauts d’hygiène, d’alimentation ou de sécrétion glandulaire.

La Volonté et le Milieu.

3. La formation de notre volonté ne dépend pas seulement de l’état de notre corps. Elle trouve dans le milieu social des facteurs favorables ou défavorables à son développement.

Tous, nous subissons à quelque degré l’influence du milieu et tendons à ressembler à ceux que nous fréquentons. D’autre part, les timides et les indécis ont une propension à s’isoler, à se réfugier dans la solitude pour éviter des blessures d’amour-propre et de vanité.

Défendez-vous contre ces tendances collectives et individuelles. Evitez de fréquenter des milieux neutres ou nuls, des individus veules; rien de meilleur, pour développer votre propre volonté, que de fréquenter des milieux actifs, que de vous lier avec des individus énergiques.

Au début, vous aurez sans doute une impression d’effarement, une sensation d’infériorité. Mais cela passera vite, car vous serez entraîné par le mouvement des autres et peu à peu vous vous mettrez au pas. Vouloir vous paraîtra facile, puisque vouloir est un effort facile pour ceux que vous fréquentez; agir tout de suite et avec précision, vous semblera naturel, car ce sera la manière d’être générale du milieu que vous avez choisi.

Le même conseil vaut pour le choix de vos lectures; évitez les livres déprimants, pessimistes, lisez des romans d’aventures, des biographies de grands hommes, afin de vous plonger dans une atmosphère de volonté et d’action.

Ce milieu idéal vous habituera à considérer la vie comme une bataille pacifique et joyeuse. Vous évoquerez en vous-même des images d’action, des pensées d’énergie, des possibilités de décision et de succès. En vous comparant aux héros imaginaires ou réels de ces livres, vous constaterez que vous possédez plusieurs de leurs qualités et vous entraînerez votre volonté à la suite de la leur, comme dans une course sportive.

Vous apprendrez ainsi à réagir au milieu. Trop souvent on en accepte les idées et les sentiments sans les discuter. Un bon Pelmaniste doit, non pas s’opposer à toutes les idées courantes, mais les étudier de sang-froid et se former sur le plus de sujets possible des idées personnelles. Il ne doit pas laisser dire ni laisser passer; il doit prendre position et sans rechercher, par système, le paradoxe ou la critique, exposer ses idées quand l’occasion lui en est donnée, avec preuves à l’appui, sans jamais être agressif.

Intervenir dans une discussion publique, proposer des modifications à un plan d’action, s’offrir à une réfutation, bref s’affirmer est un exercice de la volonté absolument nécessaire à qui veut réussir dans la vie. Il faut respecter la pensée d’autrui, mais non pas cacher ni dérober la sienne: il faut montrer qu’on existe, qu’on sait parler et agir.

Qu’est-ce que la Volonté ?

Par volonté nous entendons l’aptitude à faire des actes volontaires, c’est-à-dire des actions décidées et accomplies par nous-mêmes. Ce n’est pas par volonté que l’on digère, car cette fonction s’exécute inconsciemment; ni que l’on obéit, puisqu’alors nous ne nous conformons pas à notre décision propre.

Nous avons entendu bien des gens dire assez sottement: « Je veux acquérir une forte Volonté. » Ils considèrent cette faculté comme une sorte de biceps mental ou moral qui peut être flasque ou vigoureux. Pour eux, la Volonté est quelque chose d’entièrement distinct des autres fonctions de l’esprit, exactement comme le biceps est séparé du « vaste externe » et peut être développé dans un isolement relatif. C’est une grossière erreur.

Notre première leçon vous a déjà présenté quelques indications sur la capacité de vouloir. Elle se distingue, disions-nous, du Sentiment et de l’Intelligence, mais elle suppose l’un et l’autre. Ces trois fonctions sont intimement liées, aucune ne peut travailler isolément, et même si l’une d’elles est relativement plus forte que les autres, elle ne peut agir en toute indépendance, ni se développer sans servir ou sans compromettre les intérêts communs. Mais la fausse conception de la Volonté est si enracinée, qu’il importe d’insister ici, une fois de plus, sur l’Unité de l’Esprit.

Analyse de la Volonté.

4. Voyons, par un cas très simple: la difficulté de se lever quand il le faut, en quoi consiste la volonté.

Demain matin, je dois me rendre à la campagne et je monte soigneusement la sonnerie de mon réveil. Elle ne manque pas de se déclencher à l’heure voulue: Dring ! Dring ! Je cherche aussitôt à étouffer sa voix perçante, tout en grondant contre l’inventeur et son génie inopportun. Je me laisse retomber sur l’oreiller, cherchant quelque excuse pour rester encore un peu au lit. Je trouve aisément plusieurs prétextes. Puis je commence à douter de leur valeur. Par exemple, l’idée, tout à l’heure géniale, de prendre un autre train, me paraît maintenant plutôt piètre, car ce train ne s’arrête pas à X… Je passe en revue mes autres excuses, mais cet examen ne les rend pas meilleures: elles ne valent rien. Il faut me lever immédiatement. Je saute à bas du lit.

Qu’est-ce qui m’a poussé à chercher tous ces faux-fuyants, à élaborer tous ces raisonnements à côté? Une volonté faible. Mais à quoi tient cette faiblesse? Suis-je en mauvaise santé? Ou bien le Sentiment, ce moteur de mes facultés, est-il paralysé? Peut-être aurai-je contracté une mauvaise habitude au lieu d’une bonne?

Mon désir de jouir plus longtemps de l’agréable sensation de chaleur et de repos que l’on éprouve en s’éveillant l’a emporté d’abord sur le désir d’aller à mon rendez-vous, d’exercer ma profession, de remplir mon devoir. Puis la raison a repris ses droits et l’idée de se lever, élément intellectuel, a fini par dominer le désir de rester au lit, fait de sentiment; mais cette idée a réagi à son tour sur un autre de mes désirs, celui de faire mon devoir; ainsi s’est établi l’accord définitif de la Pensée et du Sentiment, accord qui a déterminé l’acte de se lever.

Formule de la Volonté.

5. Mais, dans ce cas, il y a eu aussi une lutte: le motif le plus fort a triomphé. L’idéal serait évidemment que nos mobiles et nos motifs prépondérants fussent en même temps les meilleurs, qu’il existât une concordance entre nos désirs et celles de nos idées que nous estimons dignes d’approbation. Plus l’accord est complet entre la pensée et le sentiment, plus la volonté est forte.

Reste la question de la qualité de la volonté.

Le Sentiment et la Pensée de bonne qualité créent la Volonté de bonne qualité. Pour vous rappeler ceci, résumez-le, si vous voulez, dans la formule suivante, qui n’a rien d’une formule mathématique:

BON SENTIMENT + BONNE PENSEE = BONNE VOLONTE, ou BS + BP = BV.

Est-il besoin de vous faire remarquer qu’il ne faut pas limiter ici le sens du mot « bon » à l’ordre moral? Nous entendons par là « satisfaisant », conforme à l’intérêt de l’individu. La formule signifie, à parler rigoureusement, qu’un sentiment puissant auquel s’ajoute une pensée précise, aboutit à un acte volontaire vraiment fort.

Ainsi la Pensée seule, même lucide, est impuissante; le Sentiment seul, même puissant, est aveugle. La Volonté est une combinaison harmonieuse et équilibrée du Sentiment de bonne qualité et de la Pensée de bonne qualité.

En cas de déséquilibre de ces deux forces, la Volonté peut être annihilée.

La Tyrannie de la Pensée.

6. La Volonté peut être annihilée soit par excès de sentiment, soit par excès de réflexion. Voici un homme très instruit et fort capable, qui passe sa vie à acquérir des idées et à méditer. Mais il est si riche de pensées que l’action lui est presque impossible. Lui faites-vous quelque proposition? Il aperçoit cinq ou six solutions où la plupart des hommes n’en verraient que deux. Ne lui demandez donc pas de prendre une décision immédiate. Il lui faut du temps pour réfléchir! Une semaine après, il hésite encore. Deux motifs, dit-il, l’un pour et l’autre contre, sont de valeur si égale qu’il est difficile de se décider. Il traite ses propres affaires de la même manière. Il est trop profond penseur pour la vie de tous les jours. Chez lui la Pensée prend le dessus au détriment du Sentiment et de la Volonté. Il ressemble au jeune ours de la fable, qui philosophait beaucoup trop sur la manière de marcher: « Dois-je, disait-il, mouvoir ma patte droite la première, ou ma gauche, ou mes deux pattes de devant, ou les deux de derrière, ou toutes les quatre à la fois, et comment? » La vieille mère ourse l’arrêta par un ordre péremptoire: « Cesse de penser, et marche ! »

La Tyrannie du Sentiment.

7. Voici maintenant un jeune homme pour qui les questions de sentiment priment tout. Il rêve à des amours idéales, au lieu de cultiver son esprit en vue de sa carrière, au lieu de discipliner sa vie en vue d’un rendement normal de l’activité. Eprouve-t-il la moindre déception, il tombe dans l’accablement. Une inoffensive taquinerie est ressentie par lui comme une cuisante blessure. En amitié comme en amour il est pointilleux, susceptible, irritable. Ses fantaisies sont sa loi. Si, par exemple, il s’engoue de la T. S. F., aussi longtemps que durera cette lubie, il y consacrera ses heures, sa pensée, son argent. Diagnostic: Volonté faible due à un excès du Sentiment et à une subordination de l’Intelligence.

La faiblesse de la volonté se manifeste le plus souvent sous la forme d’une trop grande indulgence envers nous-mêmes. L’impossibilité de renoncer au tabac qui nous est nuisible, aux plats savoureux mais défendus par notre médecin, aux boissons pernicieuses dont nous savons pourtant tout le danger, la passion du joueur pour les émotions fortes, le goût excessif du plaisir ou, ce qui est aussi néfaste, le refus obstiné de se divertir qu’on rencontre chez l’homme cupide, toujours pressé de gagner de l’argent -autant d’exemples qui témoignent de ce même conflit qui entraîne la subordination de la Pensée au Sentiment.

Le Besoin d’un Juste Equilibre.

8. Ainsi toutes les faiblesses de la Volonté naissent d’une application erronée des Sentiments ou des Pensées. Les conflits que nous avons signalés résultent de ce qu’on a manqué d’un juste équilibre. L’esprit a été mal formé et il ne fonctionne pas systématiquement. On a laissé le Sentiment ou la Pensée se développer au-delà de leurs justes limites; ou bien ils ont été réprimés et on ne leur a pas accordé la place qui leur revenait dans le plan de la vie intellectuelle.

Les désordres de la Volonté, comme ceux des autres fonctions, sont dus à un excès ou à un défaut de cette faculté*1.

Pour diagnostiquer sûrement les défaillances de votre volonté, il faut examiner la qualité de vos émotions et la nature de vos pensées. Cet examen vous permettra de découvrir rapidement la cause du mal.

*1) Les diverses défaillances de la volonté sont communément classées en trois catégories: (a) l’hyperboulie: tendance exagérée à l’action, due à des sentiments non contrôlés; (b) la dysboulie: puissance de la volonté presque inexistante; (c) l’aboulie: incapacité d’agir, parce que la décision est remise, en raison d’une trop longue considération du problème.

reussite_7j_puissance_pensee_positive_L