La persévérance. La clé de la fortune

Les sphinges géantes qui semblent défier le temps et qui nous paraissent comme des emblèmes de l’éternité dans ce monde ; les pyramides qui ont résisté aux assauts des éléments pendant des millénaires sont, avant toute autre chose, des monuments érigés par l’homme à la gloire de la persévérance.

Pensez un instant au labeur accompli par des hommes qui n’avaient que des moyens rudimentaires à leur disposition pour mener à terme des travaux gigantesques qui ont occupé la vie de nombreuses générations d’ouvriers.

Traversant les années et les générations successives d’un nombre incalculable d’ouvriers, une idée dominante subsistait : laisser aux peuples qui viendront après eux un monument à la gloire d’une nation.

Nous ne pouvons pas nous empêcher d’être saisis par la puissance de la persévérance lorsque nous nous trouvons face aux monuments de l’Antiquité.

Condition incontournable des travaux titanesques : la persévérance

C’est la leçon principale que nous pouvons tirer de ces efforts colossaux qui ont abouti à des résultats magnifiques.

Sans aucun doute, la force de volonté, l’ingéniosité et l’endurance faisaient partie du travail de ces Titans.

Mais toutes ces qualités n’étaient que les satellites de la vertu prépondérante – la persévérance.

À quoi aurait servi tout le travail accompli sous le règne d’un Pharaon si les suivants n’avaient pas poursuivi l’œuvre de leur prédécesseur ?

En peu de temps, les blocs de granite éparpillés, enterrés sous les sables mouvants du désert, auraient rejoint dans l’oubli les ruines des cités jadis célèbres dans le monde entier mais dont nous ne retrouvons plus les traces.

En plus de la force, il faut un travail assidu et régulier

Nous avons instauré aujourd’hui une conception très différente de la valeur du temps et de la vie humaine.

S’ils paraissent moins solides et durables que les pyramides, nos édifices risquent moins de périr.

Nous n’utilisons plus d’énormes blocs de pierre dont l’assemblement exige la force surhumaine des milliers d’ouvriers. Nos efforts vont plus loin que cela.

Nos grandes réalisations ne sont pas le résultat de la seule force mais de l’intelligence persévérante, c’est-à-dire d’un travail assidu et régulier. Tout être humain a un génie en lui

Même si nous ne laissons pas à notre descendance des œuvres qui témoigne silencieusement de la force brute au service de l’orgueil impérial, nous aspirons à leur laisser les preuves d’un progrès dont nos ambitions légitimes ont été la force motrice.

Il ne faut pas s’exclamer que le génie n’est pas à la portée de tout le monde et que rares sont les hommes qui peuvent espérer voir leurs noms associés à de grandes œuvres.

Chacun d’entre nous, sans exception, a une mission à accomplir.

Pour certains, il peut s’agir de préserver intacts le nom et la fortune de leurs aïeux.

Pour d’autres, beaucoup plus nombreux, il s’agit de créer cette fortune.

“Nous sommes nos propres aïeux !”

Concernant le nom, ces derniers peuvent reprendre à leur compte la phrase célèbre d’un maréchal du Premier empire : “Nous sommes nos propres aïeux !”

Ceci signifie que si nos noms ne sont pas encore devenus célèbres c’est à nous de leur donner le lustre de la renommée.

Parmi ces personnes nous trouvons des savants, des inventeurs – tous ceux qui fondent leurs espoirs sur la valeur des efforts réitérés et qui avancent d’un pas ferme vers leurs buts.

Le génie ne se révèle pas tout de suite pour diverses raisons

On peut nous objecter que nous n’évoquons ici que l’élite de l’humanité et que la grande majorité n’a pas les aptitudes qui la propulseraient vers la gloire.

Mais combien de fois avons-nous rencontré des hommes qui soit par paresse, soit par insouciance ou à cause de l’instabilité de leurs buts, négligent de mettre à profit de manière appropriée les dons que la nature leur a prodigués.

Nous avons tous lu que la découverte de la loi de la gravité était due à la chute d’une pomme qui, un beau jour, s’est détachée de l’arbre pour tomber aux pieds de Newton.

Pourtant, cet insigne événement s’était produit des millions de fois, quotidiennement, à travers des siècles sans que ce fait commun ait jamais interpellé qui que ce soit.

Mais ce petit incident absolument ordinaire a provoqué un éclair dans le cerveau du savant grâce à l’influence de l’idée dominante qui hantait, avec une rare persévérance, ses pensées.

La persévérance est souvent due à une série d’efforts continus

Un des exemples les plus frappants de l’énorme impact de l’idée dominante suivie d’une persévérance à toute épreuve nous est fourni par Galilée qui avait gardé dans des recoins de son cerveau, pendant de longues années, l’idée de la mesure du temps qui lui avait été suggérée quand il n’avait que 18 ans.

À cette époque, son attention déjà alerte, a été attirée par les gestes d’un serviteur de l’église de Pisa qui, après avoir rempli d’huile la lampe du sanctuaire a laissé osciller celle-ci dans un mouvement de va-et-vient sans que cela perturbe son équilibre.

Ce n’est que 50 ans après que Galilée a donné une forme concrète à ses méditations persévérantes.

Que serait-il arrivé s’il avait tenté de formuler, avec l’impétuosité de ses 18 ans, ce que ses observations lui avaient suggérées ?

Nous pouvons supposer, sans qu’on puisse nous accuser de pessimisme, qu’il lui aurait été impossible de concevoir à cet âge une solution aussi complète que celle à laquelle de longues années d’études et de réflexions l’ont préparé.

À ceux qui manquent de courage ordinaire, nous voulons faire remarquer que la persévérance, qui nous permet d’obtenir un résultat ou de réaliser des rêves, est le plus souvent due à une série d’efforts qui se transforment en habitude.

En raison de leur répétition régulière, ces efforts nous deviennent de plus en plus faciles.

Aussi, à la joie de la réussite se joint celle qui découle du sentiment du devoir accompli et du progrès réalisé.

De quoi d’autre aurait-on besoin pour rendre agréable le travail actuel qui fraye le chemin au confort et à la quiétude de demain ?

La fortune devrait être un moyen et non une fin

Pour la majorité d’entre nous la persévérance n’a pas d’autre but que celui-là. Elle est le moyen d’obtenir le succès qui signifie la fortune, c’est-à-dire d’assurer la sécurité de notre avenir.

La fortune ne représente le moyen de satisfaire l’avarice que pour une minorité d’esprits médiocres.

L’apaisement que ressent l’âme lorsqu’elle a réalisé ses ambitions leur est inconnu.

Le plaisir transitoire qui leur vient de leurs possessions, est toujours mêlé au regret de ne pas en avoir davantage et à l’anxiété de ne pas pouvoir préserver intact le trésor qu’ils ont si péniblement accumulé.

Le bien-être, fruit des espoirs couronnés de succès, n’appartient qu’à ceux pour qui la fortune représente un moyen et non une fin.

La fortune : un moyen qui permet de s’épanouir

Quant aux autres, dont l’ambition se limite à posséder une somme définie d’argent, la vie leur semble dénuée d’intérêt une fois que ce désir a été satisfait.

Mais pour l’homme qui désire posséder une fortune non pas pour s’adonner à une vie oisive mais pour se libérer des entraves de la pauvreté qui le condamnerait à une routine forcée, l’avenir s’élargit dès la première réussite.

N’étant plus obligé de travailler dur pour subvenir à ses besoins quotidiens, il peut se tourner vers la réalisation des choses qui ont plus de valeur.

Il lui sera plus facile d’atteindre la maîtrise de soi lorsqu’il ne sera plus dans la nécessité d’effectuer les tâches ingrates qui ne le stimulent pas et qui sont une offense pour son esprit.

Dorénavant, il pourra choisir son but au lieu de subir celui que lui imposent les circonstances.

Il aura tout le loisir de commencer ou d’interrompre le cours de certaines activités et comme l’avenir ne lui semblera plus misérable, il sera libre de pratiquer la ténacité latente qui ne se manifeste pas par des signes visibles, mais qui porte ses fruits au moment propice.

Il imitera le fermier qui, en automne, confie à la terre le grain qui y dormira tout le long de l’hiver.

Dormir ? Non, ce n’est que l’apparence du sommeil. Un travail secret se poursuit dans le noyau du grain qui crève l’enveloppe permettant à la pousse précieuse de s’élancer vers la lumière. Il en va de même pour l’idée qui, libérée de la pression d’une hâte fiévreuse, se déploie avec aisance

La fortune offre une solution à de nombreux problèmes

Née dans le cerveau de l’homme qui par sa persévérance a gagné sinon la fortune du moins la certitude du pain quotidien, cette idée, confiée au bon soin de la réflexion, traversera une période de germination dont la durée sera proportionnelle à la beauté de sa floraison.

Pour l’homme bien constitué, la fortune n’est pas seulement le but de ses désirs matériels mais aussi le levier qui lui permet d’écarter des milliers d’obstacles.

Il n’est pas donné à tout le monde de rentrer dans la vie par une porte en or, mais chacun d’entre nous peut certainement améliorer sa situation, selon ses préférences.

Certains demandent à la vie un bonheur reposant exclusivement sur les avantages extérieurs de la richesse.

Laissons aux esprits critiques et chicaneurs le soin de leur jeter la pierre.

Les premiers sont, à leur manière, les éléments qui assurent le bien-être de la société en général.

En satisfaisant leurs propres désirs, ils offrent la possibilité à d’autres de gagner leur vie.

Pour les artistes, l’argent est un moyen pour réaliser les œuvres dont ils rêvaient

Chacune des industries alimentées par le luxe des riches entretient un essaim de travailleurs auxquels les caprices des fortunés permettent de participer, à différents degrés, aux joies de la vie intellectuelle.

C’est un fait bien connu que ceux dont le travail est consacré à la production du luxe pour les riches ont des goûts artistiques hautement développés.

Pour la majorité de ces personnes, leur commerce n’est que le moyen et l’art la fin.

En voici la raison : bon nombre d’artisans qui produisent des articles de luxe variés pour les gens riches cultivent des aspirations d’un ordre bien plus élevé que celui du travail physique auquel ils sont contraints pour gagner leur vie.

C’est à la satisfaction de ces aspirations qu’ils consacrent l’excédent des gains obtenus par leur travail quotidien.

En effectuant avec régularité certaines tâches matérielles, la plupart des artistes ont pu acquérir les moyens nécessaires à la création des œuvres dont ils rêvaient.

Il serait donc injuste, d’un point de vue social, de condamner ceux qui ne voient dans la persévérance que le moyen de réaliser une fortune dont ils apprécient les avantages matériels.

Dans la grande machinerie que nous appelons la “société”, ils représentent les parties du mécanisme les moins vitales, mais indispensables pourtant pour que le tout fonctionne à plein régime.

Pour d’autres, l’argent est juste un moyen pour pouvoir acquérir des biens plus précieux

D’autres ne demandent à l’argent que le pouvoir d’achat qu’il confère et ils cherchent à en gagner uniquement pour l’échanger contre des biens plus précieux, à savoir, les merveilles de la science et de l’esprit.

Ils sont, eux aussi, des apôtres de la persévérance. Leur volonté de vie se nourrit de la manifestation de la détermination qui, elle, est une affirmation de l’existence.

Ils savent très bien que le progrès ne peut être que le produit d’une multitude de réalisations qui précèdent le résultat final et ils contemplent avec sérénité le combat éternel pour acquérir des biens supérieurs.

Continuez à agir et à cultiver la persévérance

Cesser la lutte équivaut, pratiquement toujours, à reconnaître sa défaite.

Pour quelques personnes mal avisées, ceci est le motif de se déclarer satisfaites.

Mais dans le cœur de l’homme possédé par la volonté persévérante, le désir de conquête ne s’éteint jamais. L’inaction lui apparaît liée à l’échec et signe de décadence.

Dans tous les cas, c’est une cessation de tout effort en direction du progrès et celui qui n’avance pas recule très vite.

C’est pourquoi nous voyons que ceux qui sont inspirés par une ambition honorable sont tonifiés par leur idéal au point d’être constamment prêts à transformer leurs pensées en actes.

Chassant toute indécision, ils évitent soigneusement les sentiments qui pourraient être hostiles à leur finalité.

Ils devanceront de loin, par leur ténacité, leurs adversaires et ils les désarmeront par la continuité de leurs efforts.

Leur persévérance discrète et méthodique aboutira à un triomphe mérité, et ils reporteront sur d’autres l’autorité que la maîtrise de soi leur a conférée.

Ils seront capables de développer l’énergie militante autant que la ténacité silencieuse et latente, cette dernière étant beaucoup plus difficile à maintenir que la première.

Guidés par une idée principale qui, selon le principe d’associations, aura recouvert tous les domaines de leur vie, ils chercheront passionnément tout ce qui pourrait contribuer à la développer, la renforcer ou, si besoin, la défendre.

Ils rejetteront avec détermination tout ce qui s’y oppose ou tout ce qui tend à les en aliéner.

Ils se recueilleront toujours dans le calme avant d’agir et ils cultiveront les pensées qui stimulent leur énergie et renforcent le contrôle qui leur permettra de réaliser les tâches que la nécessité ou le choix, leur ont attribuées.

Ceux dont l’esprit social domine la volonté intellectuelle apprendront comment supporter sans se décourager divers échecs, n’oubliant jamais que de ces défaites successives jaillira un jour la victoire finale.

Les appétits et les intérêts individuels n’ont aucun pouvoir sur la lente opération qui change les âmes des hommes et qui les prépare à la condition de vie dont l’idéal s’approche autant que possible du bien général.

Ne perdez jamais le désir de perfection

Néanmoins, chacun doit garder à l’esprit qu’il ne faut jamais s’arrêter en marche vers le but désiré ou plutôt, vers la série des réalisations dont dépend l’accomplissement du but principal.      Pourtant, plus l’objectif se rapproche et plus il devient tangible, plus ils essaieront de le déplacer encore plus haut, car au moment où ils seront sur le point de l’atteindre, leur désir de progresser les poussera à le rendre encore plus noble et élevé.

La vie des personnes que nous pouvons envier et décrire à juste titre comme les heureux de ce monde est avant tout composée de réalisations successives orientées vers le même but – qui n’est pas la perfection car celle-ci cesse d’exister dès qu’on l’a atteinte, puisque toute interruption de progrès est opposée au principe essentiel de la recherche du mieux – mais vers le désir de perfection qui, tout comme la persévérance, est une des clés qui nous permet d’ouvrir les portes de la gloire et de la fortune.