La Pratique de la Concentration

Bloquer les impressions extérieures

La première condition nécessaire à la concentration est de s’isoler de toutes les impressions extérieures ; de vaincre la distraction ; d’obtenir un contrôle parfait du corps et de l’esprit.

Le corps doit être placé sous le contrôle direct de l’esprit ; l’esprit sous le contrôle direct de la volonté. La Volonté constitue en elle-même une force suffisante, mais l’esprit n’est par lui-même qu’une force insuffisante qui ne peut remplir l’objectif qu’on lui assigne qu’autant qu’on le place sous le contrôle direct de la volonté. Ainsi fortifié par la volonté, l’esprit devient un foyer ou un réflecteur de pensées très puissant et toutes les vibrations qu’il projette ont une force d’extension et de pénétration considérable.

Les exercices qui vont suivre sont destinés à entraîner le corps à obéir promptement aux ordres de l’esprit.

Le contrôle volontaire des mouvements musculaires

A : Le premier exercice, qu’il faut maîtriser avant d’aborder les autres, a pour objet de discipliner les mouvements musculaires. Il peut sembler à première vue très facile de contrôler et de diriger les mouvements musculaires, mais quelques expériences vous montreront que c’est au contraire très malaisé et que vous avez beaucoup encore à apprendre. Les exercices qui vont suivre vous seront très utiles pour acquérir le contrôle parfait de vos muscles.

Rester immobile en position assise

A-1 : ASSEYEZ-VOUS ET RESTEZ IMMOBILE. La chose n’est pas si simple qu’elle paraît. Vous aurez tout d’abord à vous défendre contre les mouvements involontaires de vos muscles et contre le besoin de bouger mais un peu de persévérance vous permettra de discipliner vos muscles et de rester immobile, en position assise, pendant 15 minutes ou davantage.

Le mieux est de vous asseoir dans un bon fauteuil, de vous installer confortablement, puis de détendre tout votre corps, et de rester parfaitement passif pendant 5 minutes.

Reprenez cet exercice jusqu’à ce que vous parveniez à l’accomplir avec facilité, puis augmentez le temps à 10 minutes. Après que vous ayez parfaitement réussi à tenir 10 minutes, augmentez le temps à 15 minutes, ce qui est à peu près la limite au-delà de laquelle il serait trop difficile de prolonger l’exercice.

Évitez cependant de vous fatiguer avec cet exercice ou n’importe lequel des autres présentés dans cet ouvrage. Le mieux est de procéder par petites doses, mais aussi souvent que possible. Gardez-vous de toute raideur ; il ne doit y avoir nul effort ou tension dans vos muscles ; vous devez être complètement détendu.

Cette méthode de relaxation vous sera très bénéfique quand vous aurez besoin de repos après un effort physique fatiguant. C’est une « cure de repos » idéale, que vous pouvez faire soit en position assise soit en vous étendu sur un chaise longue ou un lit.

Contrôler les muscles du bras

A-2 : Tenez-vous droit sur votre chaise, la tête ferme, le menton en avant, et les épaule relâchées. Levez votre bras droit jusqu’à la hauteur de votre épaule et dans le prolongement de celle-ci. Tournez votre tête en direction de votre bras et regardez l’extrémité de votre main. Maintenez votre bras dans cette position horizontale pendant au moins 1 minute. Répétez l’exercice avec le bras gauche.

Quand vous serez capable d’effectuer cet exercice avec précision et aisance, augmentez le temps à 2 minutes, puis à 3, et ainsi de suite jusqu’à ce que vous puissiez garder la position pendant 5 minutes.

         Si la paume des mains est en dessous, l’expérience vous sera plus facile. En fixant l’extrémité de vos doigts, vous pourrez vous assurer également que votre bras est parfaitement tendu.

Affermir les muscles

A-3 : Prenez un verre d’eau rempli à bord, tenez-le entre vos doigts et tendez votre bras droit bien en face de vous. Fixez le verre du regard, et immobilisez le bras autant que possible de manière à éviter à votre verre tout tremblement.

Débutez avec des exercices d’1 minute, puis augmentez-en la durée jusqu’à cinq minutes au maximum. Alternez le bras droit et le bras gauche.

Cultiver la détente et le relâchement mental et physique

A-4 : Tâcher d’éviter, dans vos occupations quotidiennes, la raideur et tension des muscles là où ils devraient, au contraire, être détendus et relâchés. Essayez d’acquérir des gestes et attitudes posés, souples et équilibrés. Manifestez de l’aisance, de la grâce et de la maîtrise de soi plutôt qu’une apparence nerveuse, crispée, anxieuse.

Les exercices mentaux vous aideront à acquérir le maintien et le comportement appropriés. Évitez de pianoter des doigts sur la table ou de vous tortiller sur votre chaise. Ces gestes indiquent un manque de contrôle de soi.

Ne tapotez pas du pied le sol, ne balancez pas vos jambes en avant ou en arrière pendant que vous êtes assis ou que vous parlez. Évitez les balancements de chaise inutiles qui font croire que l’on est attaché à une machine en pleine activité. Ne rongez pas vos ongles, ne vous mordillez pas les lèvres ou l’intérieur des joues, ne roulez pas votre langue dans votre bouche pendant que vous lisez, étudiez ou écrivez. Ne clignez pas de l’œil.

Ne vous laissez pas aller à ces nombreux tics ou tressaillements de corps qui deviennent facilement comme une seconde nature. Vous pouvez faire cesser tout cela facilement en apprenant à fixer votre esprit sur une pensée et par la pratique régulière de la concentration. Entraînez-vous à supporter sans tressaillir les bruits soudains ou les chocs inattendus, comme une porte qui claque, un livre qui tombe ou un verre qui se brise etc. En un mot, soyez maître de vous-même.

Les exercices précédents vous seront d’une grande aide dans votre effort d’obtenir ce que vous désirez.

Le contrôle mental des mouvements musculaires volontaires

B : Les exercices précédents ont pour but de vous rendre à même de contrôler et diriger vos mouvements musculaires involontaires et de placer ainsi votre corps sous le contrôle de vos facultés actives. Les exercices qui vont suivre auront pour objet de vous rendre capable de placer vos mouvements musculaires volontaires sous le contrôle direct de votre volonté, en d’autres termes, de renforcer les facultés mentales qui produisent le mouvement musculaire volontaire.

Fermer et ouvrir les doigts

B-l : Asseyez-vous en face d’une table, posez vos mains sur celle-ci, les poings fermés et tournés en dehors, le pouce au-dessus des doigts. Fixez du regard votre poing pendant un moment, et puis ouvrez-le lentement, doigt par doigt. Puis refaites à l’inverse la même série de mouvements, en repliant doigt par doigt votre poing jusqu’à ce qu’il soit fermé comme au début de l’exercice, toujours avec le pouce replié sur les autres doigts. Répétez avec la main gauche et alternez ainsi les mains 5 fois de suite, puis augmentez la série progressivement jusqu’à 10 fois.

Cet exercice est très fatigant, mais vous devez persévérer parce qu’il est nécessaire de passer par ces phases ennuyeuses et monotones pour renforcer votre capacité d’attention ; en outre, cet exercice vous procurera le contrôle direct sur tous vos mouvements musculaires.

         Vous ne tarderez pas à sentir les bienfaits de ces exercices simples et apparemment banals. Ne manquez pas de surveiller alternativement le déploiement et la contraction de vos doigts. Tout l’intérêt de l’expérience est là et si vous négligez ce point, vous perdrez tout le bénéfice de l’exercice.

Tourner les pouces

B-2 : Cet exercice est un des plus familiers. C’est un geste qu’on a pu observer un peu partout et qui nous est connu sous l’expression « se tourner les pouces. »

         Entrecroisez les doigts de vos mains, laissant les pouces libres. Tournez ensuite lentement les pouces l’un par-dessus l’autre. Pendant toute la durée de l’exercice, votre regard et votre attention doivent être concentrés sur ce mouvement.

Bouger le doigt de droite à gauche et vice versa

B-3 : Placez la main droite sur le genou, les doigts de la main fermés à l’exception du premier, qui doit être allongé perpendiculairement à votre corps. Cela fait, remuez lentement le doigt de droite à gauche et de gauche à droite, en concentrant votre attention sur l’extrémité du doigt.

Ces exercices peuvent être multipliés jusqu’au plein succès, et vous pouvez exercer votre ingéniosité en les variant à votre gré. L’idée principale de cet exercice est d’effectuer un mouvement simple, alternatif et régulier et de maintenir toute votre attention sur la partie du corps qui effectue le mouvement.

Votre attention se rebellera contre la contrainte qui lui est imposée, et fera tout son possible pour y échapper. C’est là qu’intervient l’entraînement, et vous devez insister pour que votre attention effectue son travail, du début à la fin, au lieu de la laisser se disperser et se distraire.

         Imaginez-vous, par exemple, comme un maître d’école strict et votre attention comme un élève espiègle, distrait, qui aime s’amuser et qui ne peut guère se concentrer sur ses livres sans se fatiguer. Il n’arrête pas de jeter des regards à la dérobée par la fenêtre ou la porte, attiré par la vue bien plus attrayante de ce qui se passe dehors. Votre rôle est de maintenir l’attention du garçon sur son livre, sachant que cela est dans son meilleur intérêt, même s’il ne peut en être conscient pour l’heure.

Si vous procédez ainsi, vous remarquerez d’ici peu que vous avez un bien meilleur contrôle sur vos mouvements musculaires, votre maintien et votre attitude, et vous observerez également un pouvoir d’attention et de concentration accru dans vos tâches quotidiennes, qui vous seront d’un grand bénéfice.

Concentrer l’attention sur un objet extérieur

C : Les exercices que nous allons expliquer ont pour but de vous permettre de concentrer toute votre attention sur quelque objet matériel en dehors de vous.

Concentrer l’attention sur des objets inintéressants

Prenez un crayon, par exemple, et concentrez toute votre attention sur cet objet pendant 5 minutes. Observez-le de tous les côtés, retournez-le, pesez-le ; demandez-vous quel en est l’usage, l’objectif, quelle en est l’utilité, quelle en est la matière première, le mode de fabrication, etc. etc.

         Ne pensez à rien d’autre qu’à ce crayon. Imaginez que le but principal de votre vie est l’étude de ce crayon. Imaginez que le monde entier ne se résume qu’à ce crayon et à votre personne. « Un seul monde, et seulement 2 choses en lui, le crayon et moi. »

            Ne laissez rien distraire votre attention de ce crayon, mais absorbez-vous dans sa contemplation. Vous réaliserez quelle créature rebelle est votre attention lorsque vous tenterez cet exercice, mais ne la laissez pas prendre le dessus. C’est une tâche très malaisée, mais vous devez persévérer car c’est dans votre meilleur intérêt. Mais votre victoire sur l’attention rebelle sera plus appréciable que vous ne le pensez maintenant.

Plus tard, à maintes occasions où vous aurez besoin de l’attention la plus soutenue sur une tâche en cours, vous me remercierez de vous avoir donné ce « tuyau ».

L’exercice précédent doit être renouvelé chaque jour et il est bon de le varier en fonction de nouvelles particularités. Vous devez choisir toujours un objet inintéressant et familier pour y concentrer toute votre attention. Car si vous prenez un objet intéressant vous n’aurez pas à faire un effort suffisant de concentration. Vous avez besoin de quelque chose qui fasse « travailler » l’attention. Moins l’objet est intéressant – plus important est l’effort que doit fournir l’attention – et plus grand sera le succès de l’exercice.

Concentrer l’attention sur n’importe quoi ou n’importe qui

L’inconvénient de l’exercice précédent est que vous manquerez bientôt de matériel, car une attention soutenue et régulière sur des objets inintéressants suscitera à la longue, par un réflexe d’autodéfense, votre intérêt pour les objets sur lesquels elle se concentre.

Cependant, quand vous aurez atteint cette étape, vous n’aurez plus vraiment besoin de cet exercice, car vous aurez appris à concentrer votre attention sur n’importe quoi ou n’importe qui.

Les exercices que nous venons de décrire sont absolument suffisants pour votre éducation ; il importe seulement que vous sachiez les varier et élargir par d’autres objets que votre inventivité et ingéniosité vous feront découvrir. Une fois que l’idée principale de l’exercice est bien gravée dans votre mémoire, vous ne serez jamais embarrassé pour trouver des objets autour de vous, dans votre environnement quotidien.

Les résultats de la concentration

Vous pourrez pratiquer les exercices indiqués dans les leçons précédentes plus intelligemment maintenant que vous comprenez tous les avantages dont la concentration est susceptible. Vous pourrez fixer votre esprit sur une pensée et l’y maintenir avec plus de facilité, amener plus d’énergie dans vos suggestions et plus de force dans vos vibrations de pensée.

Les exercices oculaires, les exercices de télépathie et les autres aboutiront à un résultat infiniment plus efficace. C’est sans difficulté que vous arriverez à vous débarrasser de vos mauvaises habitudes et à leur en substituer d’excellentes.

En bref, ayant développé l’art de la concentration, vous ferez tout mieux qu’autrefois. Vous contrôlerez votre corps et votre esprit, et vous constaterez que vous êtes devenu maître de vos penchants au lieu d’être leur esclave.

Le pouvoir que vous aurez gagné sur vous-même se manifestera tout aussi bien sur les autres. L’homme qui est capable de disposer de lui-même n’a aucune difficulté à disposer des autres.

Continuez à pratiquer la concentration, à assouplir votre esprit et à discipliner votre volonté, et vous deviendrez un géant comparé aux hommes qui n’ont pas développé ce pouvoir.

Exercez le pouvoir de votre volonté sur vous-même de manières différentes et variées, jusqu’à ce que vous éprouviez la certitude que vous avez acquis une parfaite maîtrise de soi. Ne vous contentez pas de moins que cela. Quand vous aurez acquis la maîtrise de soi, celle des autres vous sera acquise.

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