La santé par le pouvoir de l’esprit

La thérapeutique par l’idée doit être scientifique. Toute maladie, psychique ou organique, bénéficie de la cure mentale.

Il existe 2 sortes de malades : ceux qui ont un contrôle mental insuffisant, ceux qui en ont un bon.

Pour les malades à contrôle mental insuffisant, le remède à leurs maux, c’est la suggestion : suggestion impérative, cataclysmique pour les plus émotifs d’entre eux, suggestion plus ou moins raisonnée et autosuggestion pour ceux qui peuvent comprendre.

Pour les malades à bon contrôle mental, le remède à leurs maux, c’est la Volonté. Tous les miracles sont permis à la Foi.

Les pages qui précèdent ont mis le lecteur en face du formidable phénomène suivant : la pensée est capable de produire à elle seule, dans les profondeurs les plus cachées de nos organes, les plus étonnantes réactions soit de maladie, soit de guérison.

Rien de ce que nous avons dit n’a été dicté par des vues théoriques. Tout a été expérimenté sur nous-mêmes, ou créé, vécu, contrôlé sur les malades de notre clientèle. Les faits ne se discutent pas. Ils démontrent la nécessité dans laquelle se trouve désormais la médecine de tenir compte de l’acteur mental dans la production et la guérison des affections même les plus organiques.

Tout phénomène se produisant chez un être vivant est imputable, en dernier ressort, à une énergie qui est une forme plus ou moins évoluée de l’énergie mentale. À avoir oublié ce rôle primordial que joue le facteur psychique dans toute réaction vivante, à n’avoir voulu voir dans les êtres que des cornues de laboratoire où tout se réduit à d’aveugles actions physico-chimiques, la médecine moderne en est arrivée à sa désastreuse conception du droguage violent, et à son immoral matérialisme. (Pour détails sur la façon dont nous concevons et appliquons la médecine non médicamenteuse, on pourrait lire la revue mensuelle La Vie Sage, que nous dirigeons (5)).

Il est temps de réagir contre les déplorables tendances chimiques de l’école moderne : l’esprit doit conquérir en thérapeutique la place qui lui est due.

La médecine par l’idée est à son aurore. Elle veut ne plus être seulement la médication de quelques névrosés, de quelques « imaginaires ». Elle veut être une pierre basale de toute médecine. Elle mérite d’être cette pierre basale.

Il est temps de montrer à ceux qui souffrent que des pensées mal orientées, inférieures, découragées, malsaines sont des facteurs de mal-être, non seulement pour l’esprit, mais aussi le corps, et qu’au contraire, à penser droit et pur, à croire en l’esprit qui nous commande, à faire de la Volonté et de la Loi morale les directeurs de notre vie, on oblige ses échanges profonds à bien s’y faire.

La thérapeutique par l’idée, demande à être faite scientifiquement.

On peut dire que, jusqu’à ce jour, elle a été pratiquée d’une façon empirique et imparfaite.

Sous forme de thérapeutique de la foi, elle est vieille comme le monde. Dans les sanctuaires de tous les temps et de tous les lieux, les malades les plus organiques sont allés demander aux dieux la guérison de leurs maux.

Ce n’est pas une raison pour en rester aux procédés de l’Inde antique. La peau de bête des temples d’Égypte, sur laquelle on allait dormir pour solliciter la guérison de ses varices ou de sa tumeur, ne convient plus à nos esprits.

Il est bien sûr que si le bon roi Saint Louis revenait pour toucher, comme autrefois, du doigt les écrouelles, en disant : « Le Roi te touche, Dieu te guérit », il aurait encore de nombreux clients, tant est grande la confiance instinctive qu’ont les hommes dans les médications qui ne droguent pas.

Lourdes est là, qui en atteste : croirait-on qu’en 1923, il a défilé à Notre-Dame de Lourdes 247.840 pèlerins ! Parmi eux 201.800 Français, 16.800 Belges, 9.750 Espagnols, 7.000 Hollandais, 3.950 Anglais, 3.105 Haïtiens, 2.950 Suisses, 1.000 Portugais, etc. S’imagine-t-on qu’en cette même année 36.000 hommes et 104.000 femmes malades ont été baignés à la piscine miraculeuse ! – Progression très marquée sur 1922, dit la statistique officielle religieuse.

Mais tous ces traitements par l’idée sont faits au hasard, sans directive et sans contrôle. On guérit au sanctuaire, mais on y meurt aussi, car l’émotion est une arme à deux tranchants. Elle désorganise, ne l’avons-nous pas vu, aussi aisément qu’elle répare.

La science doit soumettre les réactions d’esprit au crible de sa méthode. Elle doit doser le choc émotionnel, canaliser la pensée réparatrice.

La psychothérapie a réalisé un premier pas dans ce sens. Elle a eu le grand mérite de montrer l’importance qu’a l’imagination dans la production des névroses, et l’action utile que peuvent exercer contre les dérèglements de l’esprit la suggestion plus ou moins imposée, plus ou moins inoculée, et l’autosuggestion bien faite (ceux que nos conceptions intéresseraient, relativement à la suggestion et à l’autosuggestion pour dresser l’idée, pourraient lire notre Art de devenir énergique) (6).

Quel progrès sur l’époque peu lointaine encore, où les affections d’idée n’étaient pas soignées du tout, précisément sous prétexte qu’elles n’étaient que des affections d’idée !

Mais la thérapeutique d’idée, appliquée aux seules maladies de l’esprit, n’est pas suffisante encore. Comme il n’est pas de maladie du corps qui ne contienne un appoint mental, ou dynamique et nerveux, ce qui, en dernier ressort, revient au même, la plus organique de nos maladies est justiciable d’au moins une part de traitement mental.

On n’imagine pas combien un malade du corps gagne à être aidé par le médecin psychiste.

Un être défaillait sous la virulence d’une infection, une plaie languissait sans pouvoir se cicatriser, une convalescence traînait, un estomac se refusait à assurer le travail digestif…, survient alors l’homme qui sait manipuler les forces mentales.

L’autorité douce de sa présence, le choix judicieux de son verbe réveillent les énergies vitales assoupies, remettent en bon ordre la troupe des globules blancs, reconstituent l’harmonie des distributions nerveuses. Et la voie de la guérison est ouverte.

Nous n’hésitons pas à dire, parce que l’expérience médicale nous l’a prouvé, qu’il n’est pas de maladie à laquelle un traitement psychique bien conduit ne puisse apporter un salutaire appoint.

Si nous disons « appoint », c’est que nous estimons qu’il est souvent utile d’ajouter autre chose. Le problème de l’esprit, s’il est le primordial, n’est pas l’unique problème. Des fautes vitales interviennent-elles à jet continu, ou sont-elles autrefois intervenues, qui perturbent, ou ont perturbé les harmonies organiques, l’esprit sera souvent, alors, impuissant à réparer tout seul les désordres.

C’est pourquoi les traitements qui veulent tout trouver dans l’idée ont des mécomptes. La santé, c’est le remerciement de la Nature pour l’observation de ses Lois. C’est dire qu’on ne peut se bien porter d’une façon durable que si l’on vit d’une existence simple, saine, naturelle.

La non observation des prescriptions de Vie Sage, en particulier l’alimentation mal comprise, le calfeutrage, le sédentarisme, le surmenage, seront toujours, malgré la meilleure des cultures psychique, des facteurs de maladie et de mort.

Pour guérir maintenant de ses maux, il ne faut pas seulement réapprendre à bien penser, il faut aussi réapprendre à bien vivre (7).

Ceci dit, et pour rester dans le cadre restreint de cet ouvrage, nous résumons, pour conclure, nos conceptions sur la thérapeutique d’idée.

Le siège et la nature anatomique de nos maux, ne portent pas, en eux-mêmes la totalité du pronostic bon ou mauvais. Une part de ce pronostic est dans l’élément mental.

Tout être a en lui, quelle que soit sa maladie, des possibilités mentales de guérison et d’aggravation. Quel élément peut doser ces possibilités mentales ? Le contrôle mental de l’être.

Par contrôle mental, il faut entendre la faculté qu’a l’esprit de passer au crible défensif des forces psychiques tout ce qui pénètre en lui. Une émotion survient-elle ? On a un bon contrôle mental si l’on en subit le choc sans pâtir.

On en a un mauvais si l’ébranlement émotionnel a pu, malgré la résistance nerveuse, désorganiser les idées, faire perdre confiance, agiter douloureusement le cœur, faire transpirer, etc.

Avoir un bon contrôle mental équivaut, à peu de chose près, à être énergique ; en avoir un mauvais revient sensible­ment à être émotionnable, peu maître de soi.

En simplifiant le problème au maximum, on pourrait dire qu’il existe en tout 2 sortes de malades : ceux qui sont énergiques et ceux qui ne le sont pas.

Dans la production et l’entretien de leur maladie, les premiers ont un minimum de facteurs mentaux ; les seconds ont, au contraire, un maximum de ces facteurs mentaux. Les malades à contrôle défectueux semblent donc être, par essence, ceux qui peuvent bénéficier le plus des cures d’idée.

La suggestion, l’autosuggestion redresseront les perturbations profondes, les erreurs biologiques créées par les émotions mal compensées, et amèneront la guérison.

Les autres malades, les énergiques, n’ont-ils pas droit aux traite­ments d’idée ? Mais si, et dans une très large mesure. Leur arme curatrice, à eux, elle est en eux-mêmes : c’est leur volonté.

Détaillons un peu :

Les malades à contrôle vraiment mauvais, les très grands émotifs, ceux qui sont justiciables de la thérapeutique des sanctuaires, guéris­sent très bien sous le choc d’une suggestion. Ce choc peut souvent se permettre d’être unique, violent, magique.

La notoriété du médecin, le cadre dans lequel il reçoit, la foule des élèves qui écoute la voix du maître, sont pour eux l’équivalent émotionnel de la piscine miraculeuse.

Ah ! les belles résurrections d’éclopés que nous avons vécues à notre clinique, parmi nos adeptes. Plus la foule est nombreuse, plus le « lève-toi et marche » secoue les vitalités qui sommeillaient. Et la volonté du malade n’est pour rien dans la guérison.

L’intelligence assiste au phénomène et le constate, comme un témoin extérieur, souvent même elle ne comprend rien du tout à ce qui s’est produit. Et il vaut généralement mieux qu elle n’ait rien compris. Le travail se fait grâce au subconscient.

Quand je dis, par exemple, à une femme, écrit l’un de nous (Dr André Durville, thèse de Doctorat) : « Comme vous êtes pâle » alors qu’elle ne l’est pas plus qu’une autre, mon affirmation a choqué son esprit.

Qu’elle le veuille ou non, l’affirmation heurte les idées inverses qu’elle pouvait avoir et s’impose au cerveau qui envoie aux nerfs vasoconstricteurs du visage un ordre d’excitation. Le sang ne tarde pas alors à quitter la surface de la peau. La pâleur s’est réalisée.

« Quelle composante de l’esprit a reçu le choc ? » La partie consciente du moi ? Non, le subconscient. La suggestion est passée par petite porte de l’esprit, par la porte cachée, par la porte de service. C’est le domaine de l’émotion qui a reçu le choc.

La pensée consciente, la réflexion volontaire, le raisonnement, toutes les composantes du moi conscient (qui constituent la grande porte de l’esprit, la porte principale, la porte cochère, la porte de face) ont tout ignoré de ce qui s’est produit.

Mieux, si le moi s’était aperçu de l’ordre qui entrait en lui, la suggestion ne se serait peut-être pas exécutée.

« Si l’on avait expliqué à la dame Cohend le vrai mécanisme qui devait produire la guérison de sa verrue, celle-ci ne se serait pas produite.

Le raisonnement (qui entre par la grande porte de l’esprit) n’y produit pas de choc. Au contraire, le mysticisme du procédé non expliqué, crée par l’imagination le choc nécessaire.

Foi et volonté semblent s’opposer. Ce que l’une réalise, il est classique de dire que l’autre ne le réalise pas. C’est ce que Pascal exprimait quand il disait que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ».

Si nous avons affaire à des malades dont le contrôle mental soit meilleur que celui des précédents, la suggestion leur sera des plus utiles aussi, mais elle devra être faite autrement.

Ici, il ne faut pas songer à obtenir d’un seul coup d’idée des résultats cataclysmiques. Les pensées et les rythmes nerveux perturbés, les lésions anatomiques ne peuvent revenir à la normale brutalement.

Les séances suggestives doivent être multiples, chacune apportera son petit choc mental, véhiculateur d’une certaine dose d’élément moral redresseur. Et la réparation totale s’obtiendra au bout d’une série de séances.

En outre, la suggestion ne devra pas être uniquement imposée, comme elle l’était pour les malades précédents. Elle devra aussi être plus ou moins raisonnée, rééducative. Les malades de cette catégorie doivent comprendre.

Qu’on veuille bien remarquer combien il y a loin de nos conceptions à celles qu’on se fait généralement de la suggestion.

La suggestion, comme nous la concevons, ce n’est pas seulement « l’opération par laquelle on fait manger à un névropathe une pomme de terre après l’avoir baptisée orange ». C’est, dans le cas présent, en même temps qu’une pression morale sur un cerveau, une collaboration morale avec lui, et cette collaboration morale, elle n’agit pas que sur l’esprit.

On suggère aussi bien, nous l’avons démontré, à l’estomac, au foie, à l’intestin de bien digérer, au cœur de bien battre, au rein, à l’ovaire, etc., de bien secréter, qu’au cerveau de penser droit.

Les mêmes actions qui aident à bien penser, aident aussi à bien se porter, car il n’y a qu’une énergie humaine pour assurer les fonctionnements de l’esprit et du corps.

La catégorie de malades à laquelle conviennent les suggestions plus ou moins rééducatives peuvent et doivent comprendre le mécanisme des actions qu’on exerce sur eux et ils doivent et peuvent s’aider.

Le moyen par lequel ils s’aident, c’est l’autosuggestion.

Par l’autosuggestion, ils doivent collaborer à la réparation de leur contrôle mental (pour ce qui concerne l’éducation de cette faculté par l’autosuggestion, on voudra bien se reporter à notre Art de devenir énergique).

Par l’autosuggestion, ils apprennent à leur volonté à descendre vers les profondeurs de leurs organes, ils apprennent à leur système nerveux sympathique à bien exécuter ses fonctions.

L’éducation du système nerveux sympathique par la Volonté constitue un des plus efficaces moyens mentaux de se bien porter. Elle est une des clés de la santé physique et morale.

Avons-nous affaire à un malade de quelque organe que ce se soit, doué d’un bon contrôle, mental, l’élément psychique de sa lésion est presque nul, ce qui n’empêche nullement sa volonté de pouvoir modifier la lésion.

La suggestion aurait peu ou n’aurait pas de prise sur le malade ; mais lui-même, par sa propre volonté, peut tout. Il lui suffira de savoir canaliser ses forces curatives vers le point lésé, et de les y maintenir avec ferveur. On apprend à faire cela comme on apprend à se servir de ses muscles.

Quelle que soit la maladie dont on soit atteint, on peut toujours tirer de la méthode psychique un grand bien être, et souvent la guérison totale.

Sommes-nous de ceux dont le contrôle mental est mauvais, ou seulement insuffisant, ayons foi en la suggestion. Sommes-nous, au contraire, énergique, ayons foi en notre propre volonté. Ayons foi toujours !

La religion bouddhique a bien compris cette grande vérité : « Pour vaincre, dit-elle, il n’est qu’une force, la Volonté. La puissance de l’esprit est illimitée et tous les miracles sont permis à Foi » (Poème philosophique de Çantideva).