La technique de la concentration

Les Remèdes à la Dispersion de l’Esprit

1. Une comparaison fera bien saisir et le mal et le remède. Lorsqu’un fleuve se répand en de nombreux bras -telle la Loire ensablée -le courant s’affaiblit d’autant, l’eau se perd dans le sol ou s’évapore.

Cependant cette Loire que maintenant, sur plus d’un point, on traverse à gué, du moins en été, était jadis navigable en toute saison. Que faudrait-il pour lui rendre sa puissance d’autrefois ? Boucher, obstruer ses dérivations capricieuses; relever ses bords pour que l’eau ne se répande pas au dehors en temps de crue.

Ainsi faut-il agir envers l’esprit qui se disperse :

1° lui interdire toute distraction;

2° endiguer le cours de la pensée et l’habituer à travailler dans la direction choisie;

3° l’obliger à ne raisonner et à ne juger que correctement.

Ne pas être distrait, c’est bien; être capable d’attention soutenue, c’est mieux. Nous voulons vous rendre maître de votre esprit, vous assurer ce merveilleux instrument de succès, sans lequel ni le travail, ni les ressources matérielles ne vous seraient d’aucun secours : l’aptitude à penser. C’est pour vous permettre d’acquérir cette aptitude que nous vous avons aidé à surmonter votre distraction.

Plus que jamais, nous vous demandons de nous suivre avec confiance et docilité.

Gardez-vous de la Fausse Concentration.

2. Il existe de faux attentifs, des esprits sérieux « à vide », qui n’ont aucun mérite à ne point être distraits ou dispersés, car faute de ressources intellectuelles ils ne renouvellent pas assez leurs fonds de pensée. Ils donnent l’impression d’être graves, réfléchis, parce qu’ils sont peu communicatifs et parlent peu; ils ne sont que vides et inertes; leurs idées sont courtes, limitées, médiocres. A peine ceux-ci doivent-ils craindre la distraction : ils n’en sont guère capables et elle constituerait pour eux plutôt un progrès qu’un recul. Ils ne progresseront qu’à partir du moment où quelque chose les tirera de leur apathie, fût-ce pour peu de temps.

La vraie concentration ne saurait se confondre avec l’inertie : c’est une capacité de développement indéfinie, une aptitude à fouiller toujours plus profondément l’objet considéré, pour le comprendre davantage. Au lieu de comporter l’apathie, elle requiert le plus vif intérêt pour la tâche entreprise, car on ne comprend et on ne réussit que ce à quoi on s’intéresse.

Soyez Patient.

3. La concentration de l’esprit suppose, outre l’intérêt au sens courant du mot, un acharnement à étendre, à approfondir cet intérêt. Cela demande du temps, car des difficultés quelquefois considérables doivent être surmontées; donc cela requiert effort et persévérance. Le génie, a-t-on dit, est une longue patience. Sir William Hamilton prétend que la différence entre un esprit ordinaire et celui d’un Newton consiste en ce que l’un est capable d’une concentration de l’attention plus soutenue que l’autre ; qu’un Newton peut sans fatigue enchaîner ses déductions en une longue série, qui tend vers une fin déterminée, tandis que l’homme de capacité inférieure est vite obligé de rompre ou de lâcher le fil des pensées qu’il a commencé à dérouler ».

Il existe naturellement des variétés individuelles. Ainsi l’illustre physicien et mathématicien Henri Poincaré possédait une faculté d’abstraction capricieuse et instable; il concentrait sa pensée avec une extrême vigueur, mais sans pouvoir s’appesantir longuement sur une même recherche. II éprouvait le besoin de changer de travail ou de se récréer, sachant que la solution désirée apparaîtrait un peu plus tard, élaborée par la pensée subconsciente.

Nous ne donnons pas cet exemple pour consoler les versatiles, mais pour montrer que « l’appesantissement » exagéré peut être, dans

certains cas, un abus de l’attention. L’esprit doit conserver de la liberté, de l’aisance. Le savant ne saurait se montrer primesautier comme le poète, mais lui aussi ne fait de bon travail que si son intelligence reste vive, alerte, disons même joyeuse.

Selon votre tempérament, trouvez le juste milieu entre l’indolence et la précipitation, entre l’appesantissement et la versatilité. Votre pensée ne sera féconde que si elle se meut avec une certaine aisance.

Ajoutons que le temps exigé par l’attention s’explique par la nécessité d’aller puiser sous le seuil de la conscience pour trouver de quoi satisfaire aux actuels besoins de la pensée. Quand vous vous faites servir un repas au restaurant, il faut du temps pour que le cuisinier, le sommelier exécutent leur besogne. Notre subconscient, voilà le sous-

sol où se prépare la cuisine mentale.

La Nécessité d’un Travail préparatoire.

4. Par suite, ne croyez pas cependant que le premier venu, en concentrant son esprit assez longtemps sur un sujet, pourra faire des découvertes. Il y a une condition préparatoire. Dans le cas de Newton, c’était son émerveillement en présence de la nature, sa profonde connaissance des forces physiques, son brûlant désir de découvrir les secrets des cieux. Pour James Watt, qui reprit et compléta les expériences de Denis Papin, ce fut sa connaissance familière des formules mathématiques et des machines hydrauliques qui forma la base de ses découvertes sur la force motrice de la vapeur. Elles fournirent la matière première à de nouvelles méditations, que l’existence de la machine élévatoire de Newcomen avait provoquées. Newton et Watt possédaient tous deux cette absorbante force d’intérêt qui est réellement le premier facteur dans la production des idées nouvelles.

La concentration de l’attention donne à cet agent créateur l’occasion de s’exercer avec toutes les chances de succès. Il se peut que la première période de concentration, ou même plusieurs autres, soit improductive ; car l’expérience démontre que la nouvelle idée vient soudain et d’une manière imprévue, parfois lorsque l’esprit est occupé par un sujet totalement différent. Mais il est aussi vrai que ces nouvelles idées arrivent rarement, à moins qu’une certaine somme d’attention soutenue ne les ait précédées. Dans toute création, la réussite ne se produit qu’après une intense et laborieuse réflexion, souvent poursuivie dans l’incertitude du résultat. Seul le génie triomphe d’un risque inévitable : celui de demeurer dans l’obscurité ou dans l’erreur. Rappelons-nous toutefois que quelque soit le résultat immédiat, le travail fourni n’est jamais perdu pour aucun de nous.

Les Conditions de l’Attention.

5. Pour être pratiquement utile, l’attention exige que le corps et l’esprit soient également bien disposés, c’est-à-dire dénués de fatigue et en pleine possession de tous leur moyens. C’est à cette bonne disposition générale que fait allusion l’expression courante : s’appliquer à quelque chose. Alors, notre être tout entier se porte sur la tâche à accomplir, se « colle » à elle pour ainsi dire. Toutes nos fonctions entrent en jeu pour s’approprier et s’assimiler la chose sur laquelle l’attention se concentre; cette chose cesse de nous être indifférente; elle devient un instrument au service de nos besoins.

Donc, pour faire vraiment attention, il faut observer une attitude corporelle qui n’apporte aucune entrave au libre jeu des activités mentales et prépare, par réaction du physique sur le psychique, ces bonnes habitudes dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans les Leçons précédentes. Voici les principales conditions de l’attention :

  1. a) Conditions physiques;
  2. b) Conditions mentales;
  3. c) La transformation de l’effort en habitude par la pratique soutenue d’exercices appropriés.

Cette habitude est le but final de toute éducation. II faut que l’attention devienne si facile qu’on n’ait besoin d’aucun effort pour l’appliquer à n’importe quel sujet.

A – Les Conditions Physiques de l’Attention.

6. Elles sont constituées -pour nous expliquer brièvement -par un corps, des muscles et des nerfs exempts de toute fatigue et de toute douleur. La position du corps doit être bonne, l’atmosphère pure. Qu’on prenne l’habitude de ne pas se laisser distraire par des bruits aigus ou continus. On alléguera que peu de gens peuvent se créer de semblables conditions. On a tort. La plupart peuvent, sinon obtenir des conditions favorables, du moins diminuer par un dressage approprié du subconscient les effets de conditions défavorables. Il est possible de développer la faculté de concentrer son esprit à peu près partout. Les journalistes l’acquièrent tous plus ou moins. Livingstone raconte qu’il fit toutes ses études dans le vacarme assourdissant d’une usine. Mais ce n’est encore là qu’une attitude à quelque degré passive.

On peut augmenter non seulement la faculté d’attention, mais aussi toutes les activités de l’esprit à l’aide d’exercices physiques appropriés; il semble qu’elles aient, en effet, besoin d’être « mises en branle » au préalable par une activité musculaire et locomotrice.

1° -Utilité de l’Exercice.

Quels sont les exercices physiques qui favorisent le mieux l’attention? Un professeur américain fit à ce sujet des essais sur plus de deux cents élèves d’écoles supérieures. La marche obtint le plus grand nombre de suffrages -fait normal, car les exercices violents exigent une trop grande dépense d’énergie pour permettre à l’esprit de conserver toute sa force. Le rythme de la marche sert, au contraire, de stimulant.

Il en est de même du rythme de la musique vocale et instrumentale. Ce n’est pas sans raison que les religions éveillent le zèle, l’ardeur des fidèles en faisant chanter des hymnes : le rythme de la poésie et de la musique forme un tremplin qui lance l’esprit dans une certaine direction. Voilà des excitants salutaires, tandis que l’alcool et d’autres procédés artificiels présentent plus de dangers que d’avantages.

Même la maladie peut, chez certaines natures, devenir un stimulant de la pensée : Pascal ne se rappelait pas avoir passé une heure sans souffrir et tenait sa souffrance pour une faveur divine. Mais, bien certainement, chez la plupart des hommes, un minimum de santé est requis pour que l’esprit ait la liberté d’apprendre et de réfléchir.

C’est avec un corps sain qu’on cultive le mieux une âme saine : aussi les exercices corporels jouent-ils dans notre enseignement Pelmaniste un rôle qui a été mesuré avec le plus grand soin, afin de contrebalancer l’action des défauts ou des faiblesses physiques.

2° -La Digestion et la Concentration de l’Attention.

Chacun a pu faire l’expérience que le travail intellectuel est plus pénible aussitôt après avoir mangé. C’est que la digestion exige un appel de sang, qui appauvrit momentanément le cerveau. L’Etudiant devra donc adopter ici des règles d’hygiène qui conviennent à son tempérament, soit un repos en position allongée, soit au contraire une marche lente. On peut aussi utiliser cette heure consécutive au repas d’une manière utile : classer des fiches en se tenant debout, exécuter un travail manuel (menuiserie, mécanique, etc.), mettre des livres en ordre. Ces exercices modérés ont pour effet d’ajuster les conditions corporelles aux besoins de l’esprit.

B – Les Conditions Mentales de l’Attention.

1° -Utilisez Toutes vos Facultés.

9. Même quand notre corps est dans un état de santé et de bien-être, le travail intellectuel ne nous est pas toujours facile ni agréable. L’esprit doit être libre, et il doit être dispos.

Libre, c’est-à-dire exempt de fatigue, exempt de préoccupations. Il y a une fatigue non corporelle qui résulte de l’ennui, ou d’une besogne rebutante et prolongée. Alors quelque changement d’occupations vous reposera. Ne contraignez pas à être attentif votre esprit déjà fatigué, à la condition toutefois qu’il y ait lassitude véritable, et non simple paresse. Une obsession peut aussi nous priver de nos moyens : dans ce cas, il faut s’efforcer d’imposer à l’attention quelque tâche, car c’est la seule façon de se libérer, de chasser la hantise.

Dispos, c’est-à-dire prêt à travailler, « en disposition » de toutes ses ressources. Rien de tel que la confiance en soi, la joie d’un succès antérieur, l’espoir d’un succès à venir, pour nous rendre le travail facile et fécond. Pour obtenir de l’inconscient ce qu’on en attend -et presque tout, nous le savons -il faut lui faire crédit et lui donner le branle, comme nous le remarquions tout à l’heure.

Lorsqu’on commence l’étude du violon, on fait des exercices pour le doigté, de façon à surmonter cette difficulté technique. Le débutant tâtonne d’abord pour trouver ses notes; il les trouve ensuite automatiquement, « subconsciemment ». De même, nous faisons des exercices pour que la concentration de L’attention ne soit plus un effort conscient, mais une habitude obéissant à l’intérêt et à la volonté. Autrement dit, il faut éduquer l’attention d’une manière systématique, et selon une certaine méthode.

2° -Astreignez-vous à une Discipline, à une Méthode.

10. La liberté de l’esprit, condition de sa force, n’exclut pas, mais réclame une discipline. Qu’il se lasse au grand jour ou sous le seuil de notre conscience, le travail à exécuter est complexe : il ne sera satisfaisant qu’accompli avec méthode.

Une chose considérée, un problème envisagé a toujours de multiples faces ; classez, puis abordez tour à tour ces différents aspects. La solution qui doit apparaître suppose de l’acquis antérieur et une adaptation de cet acquis au problème présent, tout cela ne réussit que grâce aux mêmes qualités d’ordre qui font que dans tel restaurant, vous vous réjouissez d’être servi « vite et bien » tandis qu’ailleurs c’est tout le contraire. Il convient donc de dresser l’attention par la volonté.

Celle-ci vous préservera du risque de dispersion, si vous savez vous imposer un ordre dans vos pensées et dans vos actions. C’est elle qui bâtira les digues par lesquelles sera contenu le flux de la pensée.

Le moyen le plus pratique est de vous soumettre à un emploi du temps rigoureux, ainsi que nous vous y invitions dans la Leçon I. Il ne doit pas y avoir place pendant vos heures de travail pour la flânerie, pour le désoeuvrement. A moins d’être fatigué, même surmené, il est bon de toujours vous occuper pendant vos loisirs. Vous pouvez vous reposer en alternant vos occupations ou en remplaçant les plus ardues par les plus agréables.

Ayez à coeur de mener à bonne fin les entreprises que vous avez mises en train. C’est prodigalité, gaspillage de forces que l’abandon d’une oeuvre commencée. Pour soutenir votre volonté, pensez souvent que si vous quittez la partie avant cet achèvement, faute de courage ou de simple constance, vous êtes privé d’avantages que vous avez déjà chèrement payés. Evitez aussi de vous laisser dévier par de nouveaux projets. Inscrivez ceux-ci dans un carnet en vous imposant de n’y revenir que plus tard, quand les projets en cours auront abouti.

3° Refusez de Vous Laisser Distraire.

11. Ni les causes extérieures, ni les causes intérieures de la dispersion, précédemment énumérées, ne vous prédestinent fatalement à devenir distrait. L’influence des maladies et de l’hérédité même se peut contrebalancer par un entraînement rationnel, pourvu qu’on procède graduellement.

Il dépend de vous d’opposer une fin de non-recevoir à une idée inopportune. Il dépend de vous pareillement d’être insensible à l’attrait d’une pensée qui vous détournerait de votre but. Il suffit de ramener patiemment l’esprit sur le point qui doit l’occuper chaque fois qu’il s’en éloigne; il finit par y demeurer; c’est une habitude à prendre.

4° Ne Perdez pas de Vue votre Sujet.

12. Toutes les observations que vous recueillez, toutes les pensées qui vous viennent, confrontez-les avec ce sujet. Conservez-en le souvenir, si elles vous permettent de le mieux comprendre; sinon, rejetez-les.

La compréhension s’avive et s’aiguise par la juxtaposition sans cesse réitérée de données nouvelles à un point de repère maintenu devant l’esprit.

Cette obstination à rapporter tout ce que découvre la pensée au sujet qui l’occupe est un acte de volonté en même temps que d’intelligence.

5° Favorisez l’Intérêt.

13. Vous concentrerez d’autant mieux votre attention sur un sujet que vous vous y intéressez. S’il n’offre pour vous aucun attrait, vous devez vous efforcer de lui en découvrir un. Il vous sera toujours possible de vous représenter les avantages du travail que vous entreprenez. Evoquez-les souvent à l’aide d’images vivantes et agréables. Faites de l’autosuggestion : persuadez-vous que vous n’avez jamais rien désiré avec autant d’ardeur et d’impatience ; vous serez ainsi bien préparé à fournir l’effort requis. Par la suite, l’agrément propre du sujet vous captivera, car il est impossible de se livrer consciencieusement à une étude sans finir par s’y intéresser. Nous vous avons d’ailleurs donné ces conseils dans la Leçon II et nous n’y revenons que pour mémoire.

C- L’Habitude de l’Attention.

14. Nos leçons précédentes vous ont montré qu’en exerçant sa mémoire on la développe; qu’en observant souvent on devient observateur. En vous appliquant volontiers, fréquemment, vous deviendrez appliqué. Ne vous désolez pas d’être en ce moment brouillon, superficiel. Pour changer, vous n’avez qu’à prendre d’autres habitudes; c’est possible et moins difficile que vous ne le supposez.

Vous avez tout à gagner : une plus sage économie, un moindre effort, une meilleure organisation; il suffit pour cela de prendre l’habitude de l’attention.

Apprendre la danse ou la bicyclette suppose des tâtonnements sans nombre, des essais d’abord malheureux et pénibles, puis de moins en moins gauches, et d’un rendement de plus en plus satisfaisant : c’est un travail d’attention. La preuve en est que, sitôt l’apprentissage achevé et l’habitude prise, l’attention est devenue superflue et la conscience disparaît. Seul celui qui danse ou qui fait de la bicyclette sans penser aux mouvements qu’il exécute s’en acquitte bien.

L’habitude diminue la nécessité d’une grande attention, en déterminant un certain automatisme: ne croyez pas pourtant que l’attention soit entièrement absente; il suffit d’un événement imprévu pour rompre l’habitude (la rencontre subite d’une auto à une croisée de chemins, par exemple), pour redonner à l’attention toute son importance.

Si votre puissance de concentration n’est pas aussi bonne qu’elle devrait l’être, cherchez-en la cause. Vous l’aurez vite trouvée. C’est souvent une mauvaise habitude. Mettez-vous donc à l’oeuvre pour en contracter une bonne. Comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises, pour réussir, il faut comprendre la nature de la concentration et pratiquer les exercices avec persévérance. Si vous voulez vraiment obtenir le contrôle de toutes vos opérations mentales, vous l’obtiendrez. Ne vous jouez pas d’une question aussi importante. Faites-en une affaire sérieuse. Considérez le temps et l’effort ainsi employés comme un placement qui vous rapportera un dividende au delà de toute espérance.

1° -Facilité et Économie.

15. L’idéal, c’est d’arriver à contrôler nos pensées, de telle sorte que nous puissions tourner notre attention dans n’importe quelle direction. De cette manière, nous faisons une réelle économie d’action. Si vous deviez penser à la grammaire chaque fois que vous prononcez une phrase, vous seriez épuisé après une heure de conversation. Mais, comme vous possédez bien votre langue, vous en appliquez sans y penser les règles grammaticales, et pouvez ne plus songer qu’aux faits et aux idées. C’est un gain inestimable lorsque le contrôle mental devient automatique ; l’épargne d’énergie est si considérable que tout individu devrait s’efforcer d’accroître le nombre de ses pouvoirs mentaux subconscients. Il est essentiel que ses facultés soient ainsi orientées qu’il puisse percevoir, se rappeler, imaginer, se décider, et maintenir son attention sans effort.

C’est de cette condition que parle le professeur Whitehead dans son «Introduction aux mathématiques ». Après avoir expliqué quelques calculs, il dit : « Cet exemple montre qu’à l’aide de symboles, nous pouvons opérer l’enchaînement des termes du raisonnement presque mécaniquement, par la vue seule, alors qu’il faudrait autrement faire appel aux plus hautes facultés de l’intelligence. » C’est une banalité exposée dans de nombreux livres, que nous devrions contracter l’habitude de penser à ce que nous faisons. Le contraire a sa part de justesse. La Civilisation avance « en étendant le nombre des opérations importantes qui peuvent s’exécuter sans qu’on ait besoin d’y penser ». Et tel est le service que rend le Pelmanisme à ses Etudiants.

Au début, il faut que nous soyons conscients de nos actions. D’une manière générale, il devrait toujours en être ainsi, mais il existe de nombreux champs d’action où le progrès dépend de notre aptitude à faire inconsciemment ce que nous faisions autrefois consciemment. Entre quelqu’un qui sait, et Quelqu’un qui apprend à monter à bicyclette, il y a cette différence que le premier fait peu de mouvements et s’avance avec sûreté, tandis que le second s’agite… et tombe, ou risque sans cesse une chute. Le mécanisme de nos habitudes, tout agencé dans l’inconscient, nous assure une économie de forces et un maximum de rendement. C’est tout bénéfice, car comme dit Titchener : « Plus un travail est mécanique et plus l’esprit reste libre de se consacrer à de nouvelles oeuvres ».

2° -Le Moindre Effort dans l’Observation et la Réflexion.

16. Il vous faut devenir observateur, réfléchir sans contrainte, mais naturellement. L’Etudiant qui a fait consciencieusement nos exercices obtient ce résultat ; il voit, remarque et juge en un instant; et il exécute chacun de ces actes sans contrainte, sans avoir besoin de se dire, chaque matin : « Il faut que j’ouvre les yeux et les oreilles aujourd’hui. » Il était obligé de le faire, lorsqu’il apprenait à observer; mais l’observation réfléchie est devenue chez lui une habitude; maintenant, il l’applique inconsciemment aux hommes et aux choses, et avec une ardeur qu’il ignorait autrefois.

Jadis, il regardait autour de lui, sans but, se demandant ce qu’il pourrait bien faire, ou ne se demandant rien du tout ! Un jour, il eut une idée où vibrait un peu d’âme. Elle lui fut chère, et il la développa, la mûrit jusqu’a ce qu’elle devînt un pouvoir réel. Aujourd’hui, il travaille dur, essayant de la mettre en acte; mais il l’exprime rarement en mots, même à lui-même. L’ambition lui est devenue habituelle; il agit parce qu’il ne peut faire autrement. Sa mémoire a passé par les mêmes phases. Il « piocha » les exercices et la méthode jusqu’à ce que les effets de cette éducation se fissent sentir. Le souvenir, qui lui demandait autrefois un puissant effort, est maintenant à peu près instantané, parce que son attention et sa concentration d’esprit sont les serviteurs attentifs de sa volonté, et lui fournissent, par là-même, des connaissances précises et durables.

3° -Le Secret de l’Organisation.

17. L’habitude de l’ordre dans la réflexion vous rendra bon organisateur.

Tout organisateur doit se poser deux questions principales :
1° Qu’ai-je à faire ? Quelle oeuvre dois-je accomplir ?
2° Quel est le meilleur moyen de l’accomplir ?

Ces deux questions en soulèveront beaucoup d’autres; et quand on aura répondu à toutes, temporairement ou définitivement, on pourra commencer à exécuter son projet.

Supposons qu’il faille organiser un concert local et que la tâche échoie à quelqu’un n’ayant aucune expérience de telles entreprises.

On devrait répondre à la question 1 avec de minutieux détails, penser à la location de la salle, à l’engagement des artistes, à l’impression des affiches, des programmes, des billets et à une foule d’autres points.

Il faudrait se poser la question 2 à propos de chaque détail. Il y a la bonne et la mauvaise manière d’engager les artistes; vous pouvez payer aussi cher des sujets médiocres que des bons; il y a des programmes élégamment variés, et d’autres qui sont gâtés par des maladresses d’exécution. L’organisateur cherchera donc à trouver, pour chaque matière, la solution la plus efficace.

Qui n’a pas assisté à des concerts locaux où un peu de soin dans l’organisation -c’est-à-dire un peu plus de bon sens appliqué aux faits -aurait changé un succès modeste en un grand succès ? Ce soin est plus qu’un simple maniement mécanique des détails de l’affaire : il nécessite un déploiement d’imagination, mais quand on en a exécuté les suggestions, la salle de concert qu’on croyait ne remplir qu’à moitié peut se trouver trop petite.

Cet exemple nous montre combien complexe et délicate est l’organisation d’un événement isolé : une fête. A plus forte raison, devez-vous réfléchir pour bien disposer de votre temps, c’est-à-dire de votre vie. On dit que le temps, c’est de l’argent : oui, mais bien plus encore, car il n’y a pas de limites à l’argent que vous pouvez gagner, tandis que votre existence est singulièrement limitée: les obligations, le sommeil, la maladie, la fatigue, Bientôt l’affaiblissement de l’âge restreignent dans d’énormes proportions le loisir dont nous pouvons disposer.

Organiser, c’est prévoir et disposer; c’est considérer le moment actuel ou à venir comme faisant partie d’un ensemble, le passé ou nos ressources acquises, et l’avenir ou nos possibilités, nos espoirs. Ajuster les uns aux autres ses besoins et ses moyens, c’est le principe de toute économie. Appliquez-les non seulement à la gestion de votre Budget, mais à l’organisation de toute votre vie. C’est le secret de la maîtrise, à laquelle cette Leçon vous a initié, et que vous approfondirez par la suite.

Chacun de nous a quelque chose à organiser : ses dépenses personnelles, ses déménagements, le développement de ses affaires, l’extension de sa clientèle ou la préparation d’un examen. Cessons de travailler au hasard et n’importe comment. Les vieilles méthodes élastiques ont fait leur temps. On a pu en retirer quelques profits fortuits, mais rien de plus. Nous sommes maintenant les disciples du système, et un système est une méthode rationnelle appliquée aux affaires de la vie. Pour acquérir un esprit méthodique et développer vos pouvoirs de réflexion, d’imagination et d’organisation, choisissez donc un sujet dans la liste ci-dessous et étudiez-le :

  1. La formation d’une société littéraire.
  2. Postuler un emploi.
  3. Composer le trousseau d’un élève interne.
  4. Un projet de propagande politique ou sociale maison par maison.
  5. Organiser un meeting pour protester contre les inégalités de l’impôt sur le revenu.
  6. Préparer une excursion par chemin de fer et autocars.

V – Conseils Spéciaux.

1. Nous allons vous montrer maintenant comment l’attention et la concentration de l’esprit sont utilisées dans un certain nombre de cas particuliers. D’une manière générale, on peut distinguer deux cas principaux d’utilisation de l’attention dans le plan mental :

1° Pour suivre la pensée d’autrui. 2° Pour suivre sa propre pensée.

Un exemple typique du premier cas est la lecture ; un exemple typique du second, la recherche de la solution d’un problème. Le premier stade consiste naturellement à éliminer du champ de l’attention tout ce qui pourrait la gêner.

Le Pouvoir de Chasser les Pensées Nuisibles.

2. Beaucoup de pensées surgissent en nous à notre insu. Les unes ont été suggérées par des impressions extérieures; d’autres par des lectures ou des conversations. Enfin il existe dans le fond de nous-

mêmes, dans notre subconscient, toutes sortes de désirs et d’idées qui ne surgissent dans la conscience que sous l’influence des circonstances, indépendamment de notre volonté active. Nous ne sommes pas toujours responsables des pensées qui nous entrent dans l’esprit, mais, comme l’a écrit le docteur Hanna dans son livre bien connu Le Cerveau et la Personnalité, nous sommes responsables des pensées que nous y laissons demeurer.

Chacun de nous doit surveiller ses sentiments et ses pensées, les passer au crible de sa raison et rejeter aussitôt celles qui lui apparaissent indignes de lui et nuisibles. Nous nous permettons parfois de nourrir des mauvaises pensées que nous n’avons pas l’intention de voir réalisées, mais elles nous deviennent familières et un jour vient où, à notre surprise et à notre chagrin, nous les réalisons sans trop savoir comment.

Surveillons aussi notre entourage et le milieu où nous vivons car ils fournissent à la sphère subconsciente de notre esprit bien des idées que nous réprouvons et dont la présence nous surprend lorsque nous la constatons. Evitons dans toute la mesure du possible les êtres et les choses pouvant avoir sur nous une influence pernicieuse.

Malgré ce contrôle mental, il arrive cependant qu’on soit obsédé par quelque pensée indésirable. Il faut alors présenter à l’esprit un sujet particulièrement agréable qui le retienne sans trop de peine. Cela peut n’être qu’un amusement, une distraction. Ce qui importe, c’est d’opposer un courant plus fort à la force des idées malsaines. Sachez que pour réagir il faut agir même si vous devez commencer sans conviction.

Quiconque est le jouet d’idées fixes ou d’obsessions, ou momentanément amoindri par un grand chagrin, par une grosse perte d’argent, peut aussi dévier ses préoccupations en tâchant de se passionner pour quelque chose. On doit choisir un domaine qui excite la curiosité et exige de l’activité à la fois physique et mentale, si possible même un domaine où il soit possible de faire une découverte.

On distrait ainsi l’attention de soi-même pour la porter au dehors, sur des phénomènes naturels ou sur ses semblables. Aussi la vie sociale est-elle à considérer comme un excellent adjuvant de l’attention. On doit rechercher la société des autres, s’intéresser à leurs joies et à leurs peines. Ce n’est qu’à leur contact qu’on peut espérer « se changer les idées ». Le stade suivant consistera à développer méthodiquement sa culture générale, comme il est dit dans la Leçon 10 Nous y reviendrons.

Pour Suivre une Lecture.

3. La lecture implique deux fonctions différentes, presque soudées par l’habitude :

1° La lecture proprement dite, c’est-à-dire le déchiffrage des lettres et la reconnaissance des mots.

2° La compréhension de ce qu’on a lu.

Chacune de ces deux fonctions s’exécute avec une vitesse différente. Or, au lieu de toujours plier la vitesse de la lecture à la rapidité de la compréhension, nous faisons souvent l’inverse : nos yeux lisent d’un mouvement uniforme et continu sans accorder à la compréhension les temps d’arrêt qui lui sont nécessaires. Résultat ? Nous ne comprenons pas ce que nous lisons.

Nous ne comprenons pas davantage si le sujet est pour nous sans intérêt, s’il ne nous est pas familier, si nous sommes la proie d’une violente préoccupation mentale : là encore, il y a dissociation entre la compréhension et la lecture proprement dite.

Pour éviter cette perte d’énergie et de temps, voici quelques conseils pratiques :

1° Ne prenez pas la mauvaise habitude de lire sans comprendre : quand vous vous surprenez à le faire, arrêtez aussitôt votre lecture ; si vous êtes distrait par d’autres idées, notez-les pour y revenir plus tard. Au besoin, mieux vaut y penser franchement pour libérer l’attention de cette obsession.

2° Lisez d’une façon active : méditez le titre du chapitre en vous demandant ce que celui-ci peut contenir; stimulez par avance votre curiosité.

3° Rattachez le sujet de votre lecture à vos connaissances antérieures.

4° Faites de temps en temps de brefs résumés de ce que vous avez lu, pour voir si votre attention a fonctionné comme vous le désirez. Soulignez certains mots au passage, afin de vous en servir comme points de repère.

5° Lisez tous les jours dans une langue étrangère, afin de vous obliger à lire plus lentement et en pesant le sens exact de chaque phrase, sinon de chaque mot.

6° Assimilez en le transformant le style de l’auteur au vôtre. Voici comment : lisez une phrase ou quelques phrases et racontez-vous-en le contenu immédiatement, non pas dans le but d’exercer votre mémoire mais pour apprendre à assimiler. Vous verrez qu’au bout de quelque temps, vous arriverez à lire votre auteur avec une facilité toujours croissante, car vous aurez fait la connaissance de sa « langue », de ses manières de s’exprimer, de ses pensées, de ses images, de ses symboles.

7° Concrétisez votre lecture, c’est-à-dire représentez-vous par images chacune des phrases. Nous reviendrons sur ce point dans la Leçon VII.

Pour Suivre une Conversation.

4. Il vous arrive peut-être d’éprouver de la difficulté à suivre une conversation, bien que vous ne soyez ni dur d’oreille, ni timide et que vous soyez parfaitement en état de comprendre le sujet. Vous constaterez au bout de quelque temps que vous êtes à mille lieues de ce qu’on dit; vous ne percevez plus qu’un ronron monotone. Que faut-il faire pour éviter ce défaut, ave ses conséquences ?

1° Quoique vous soyez celui qui écoute, tâchez d’écouter d’une façon active : faites mentalement de petits résumés instantané de ce qu’on dit; arrêtez si possible l’interlocuteur quand vous ne comprenez pas, évitez de prendre la mauvaise habitude d’écouter sans comprendre. Ne vous gênez pas pour prier votre interlocuteur de s’exprimer brièvement (bien entendu d’une façon délicate) lorsque ses longueurs ou ses redites commencent à vous fatiguer. Tâchez de stimuler votre propre intérêt par la prévision de la suite et par des questions et des remarques que vous intercalerez à propos.

2° Voici encore un moyen que nous avons fait appliquer avec d’excellents résultats : répétez mentalement ce que vous entendez dire, d’abord en faisant des mouvements imperceptibles de prononciation avec les lèvres ; c’est une habitude à prendre, car au début on est un peu troublé par la nouveauté de la méthode.

3° Observez bien la musique de votre interlocuteur. N’oubliez pas qu’elle exprime autant ce qu’il pense que ses paroles. On comprend bien mieux quelqu’un en le regardant qu’en lui tournant le dos ou en se trouvant dans une autre pièce; car le geste est aussi une « parole ».

Pour Suivre une Conférence ou un Cours.

5. Les observations précédentes sont également valables ici, sauf qu’on ne peut intervenir dans l’exposé. Il importe pourtant de ne pas rester passif, de ne pas laisser l’esprit vagabonder à propos d’une phrase ou d’un mot saisis au passage. On y réussira en suivant nos conseils :

1° Prenez des notes par écrit.

2° Si cela n’est pas possible, tâchez d’établir mentalement un plan et pendant que le conférencier traite une question, ayez toujours en vue les points précédents de son exposé.

3° Autant que possible, préparez d’avance le sujet du cours ou de la conférence. Lisez ce qui s’y rapporte; essayez de vous faire d’avance une opinion personnelle et évaluez la différence entre votre manière de concevoir le sujet et celle de l’orateur.

4° Combattez ce que nous appellerons « l’illusion de faire attention ». Souvent l’auditeur est hypnotisé par la belle voix du conférencier, par ses gestes, son ton, sa façon de parier et le sujet lui échappe. Ou bien, se trouvant assis loin du conférencier, l’auditeur perd sans s’en rendre compte le gros de son attention à saisir la parole. Ressaisissez-vous dès que vous avez conscience de votre faiblesse et critiquez mentalement l’orateur et ce qu’il dit.

Pour Étudier un Sujet, Résoudre un Problème.

6. « Rapide comme la pensée », dit la sagesse populaire. Ajoutons : « Rien ne nous échappe comme la pensée. » Et, bien que nous la sentions plus près de nous que celle d’autrui, c’est notre propre pensée qui est la plus difficile à saisir. Le contenu de la conscience change d’un moment à l’autre : il faut autant d’effort pour maintenir un sujet dans le champ de l’attention que pour diriger celle-ci où l’on veut. Il n’existe pas de problème qui ne se laisse résoudre à condition de savoir et de pouvoir diriger son attention pendant le temps nécessaire. Les deux principaux défauts qui s’opposent à la résolution d’un problème sont :

1° Le manque de patience dû à la fatigue dans la poursuite du problème.

2° Le fait de ne pas savoir le limiter.

Pour vaincre le premier de ces obstacles, il faut :

  1. a) Augmenter l’intérêt porté au sujet et savoir le soutenir;
  2. b) S’entraîner à penser à des choses peu intéressantes.
  3. c) Augmenter progressivement le temps consacré au problème.

Pour limiter le problème : il faut le réduire à sa forme la plus simple : par exemple, quelqu’un qui voudrait atteindre le bonheur, cherche les voies qui y conduisent. Il n’aboutira à rien s’il s’attaque à ce problème d’une manière trop vaste et imprécise. Ce n’est qu’en analysant ses tendances et ses opinions qu’il réduira les concepts abstraits du bonheur à leur forme concrète et personnelle. Il éliminera ainsi du problème tout ce qui n’est pas essentiel et le verra réduit à un but bien déterminé, par exemple: la science, la gloire, l’argent, l’activité politique ou les arts. Il pourra arriver à une réduction encore plus grande, à une seule activité bien déterminée.

L’inventeur de la première machine volante dut réduire son problème à la forme essentielle : « Vaincre la pesanteur. »

Il faut éviter tout ce qui nous fait dévier du chemin direct, en d’autres termes, faire un choix rigoureux parmi les idées qui nous viennent. Si nous reprenons notre exemple de l’inventeur, il doit repousser là pensée du beau voyage qu’il pourrait effectuer avec son appareil, le nom qu’il lui donnerait, l’esthétique de son extérieur, le nombre de personnes qu’il pourrait y placer, en somme, toutes les questions qui ne sont pas essentielles et dont il pourra s’occuper plus tard.

Pour Penser à Plusieurs Choses à la Fois.

7. Ceci semble très difficile au premier abord, et même impossible à certaines personnes. En réalité, on ne pense jamais à plusieurs choses à la fois, mais il se produit une succession très rapide de deux ou plusieurs thèmes de pensée. Cette capacité est indispensable dans certaines professions : un chef doit s’occuper de plusieurs besognes à la fois; un pianiste est obligé de penser à la fois à plusieurs lignes de musique, etc. Elle se laisse développer par un entraînement approprié. Pour s’exercer, il faut commencer par deux opérations mentales dont l’une soit habituelle, automatique; par exemple, tout en lisant à haute voix une page (sans faire l’effort de comprendre) tâchez de faire mentalement une multiplication ou de développer une série (2, 4, 8, 16, etc.). Ayant réussi cet exercice, tâchez de le refaire, mais cette fois en lisant sans prononcer, ce qui est plus difficile ! Récitez une poésie que vous connaissez par coeur, ou énumérez les jours de la semaine ou les mois de l’année, et en même temps faites un calcul mental, d’abord peu, puis de plus en plus compliqué.

Vous pouvez aussi lire plusieurs articles à la fois, chacun cinq minutes et vous dresser à changer rapidement et sans fatigue, de sujet, sans jamais perdre le fil des idées différentes. Voyez à quoi réussissent les joueurs d’échecs qui conduisent jusqu’à vingt parties à la fois. Chacun de nous peut donc s’entraîner dans cette direction.

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