Le seul vrai moyen de faire fortune (2)

II – LE CALME

L’homme fort doit maîtriser ses mouvements inconscients

La seconde qualité que doit posséder le can­didat à la fortune, c’est le calme. Dans ses remarquables études sociales, le Dr Toulouse a consacré plusieurs articles à l’éducation émotionnelle. Les lecteurs que le sujet intéresse feront bien de lire attentivement ces articles.

Quand nous subissons une émotion, joie, peur, amour, colère, ce phénomène de cons­cience : ce sentiment se transforme toujours en phénomène physiologique : en mouvement. La joie, la peur, l’amour, la colère sont exprimés par l’individu en gestes inconscients, d’une façon très claire.

Les gestes de la joie ne peuvent pas être confondus avec ceux de la peur et il en est ainsi de toutes les émotions humaines. L’homme fort doit maîtriser ces mouvements inconscients. « Pour pouvoir don­ner toute sa force, écrit le Dr Toulouse, il faut être son maître et dépenser le moins possible d’énergie sous cette forme dégradée qu’est l’émotion. »

Il faut que l’émotion soit maîtrisée

« La première condition de l’énergie étant la domination, il faut que tous les sentiments puissent être dominés ; et comme tous les sen­timents ont pour caractère commun l’émotion, c’est avant toute chose cette émotion qui doit être domptée. » Dr F. FRÉDAULT, Les Passions.

L’homme coléreux, violent, exubérant, est un être faible, à la merci des supériorités environnantes. Chez lui, les nerfs dominent ou même abolissent l’entendement. C’est un im­pulsif, prisonnier de ses passions, esclave de ses défauts, soumis aux causes extérieures les plus insignifiantes, disposé à obéir à toutes les suggestions, d’où qu’elles viennent, et roué d’avance à toutes les servitudes : aux servi­tudes morales comme aux servitudes sociales.

C’est cet homme là qu’il faut combattre en soi, et qu’il est possible de vaincre si l’on est éner­gique.

Passions oppressives et passions exaltantes

2 sortes de passions possèdent l’homme et particularisent son caractère. Les unes sont appelées oppressives, les autres exaltantes.

« Les passions oppressives, la crainte, la terreur, la consternation, l’abattement, la contrariété, nous laissent sous le coup de l’action de l’objectif, tandis que les passions exaltantes nous mettent au-dessus de l’objectif par leur énergie. Aussi, comme on l’a dit justement, les premières nous laissent en proie aux actions morbides, tandis que les secondes nous en préservent et nous en délivrent. » Dr F. FRÉDAULT.

Aux premières, il faut opposer une résistance opiniâtre. Les secondes ne doivent jamais échapper au contrôle de la raison qui les canalise, les dirige et en fait de précieux adjuvants de la volonté.

Lorsqu’un événement, une rencontre, une parole font naître en vous un sentiment de crainte, de contrariété, de tristesse, refrénez immédiatement l’explosion de ce sentiment. Attachez-vous de toute la force de votre esprit, à le considérer comme un incident sans importance, trop inférieur pour vous atteindre, trop passager pour entamer votre tranquillité.

Comment combattre ses passions oppressives ?

Tout à l’heure, direz-vous, il n’y paraîtra plus. Mes occupations, mes habitudes, vont reprendre leur cours normal, effacer le trouble momentané qui voudrait m’envahir et me faire commettre des actes irraisonnés.

Je ne veux pas céder à l’injonction de mon être impulsif, je ne veux pas obéir à la tyrannie de mes passions. 2 heures de travail appliqué vont faire l’oubli sur cette futile aventure. Travaillons !

Ou bien, créez une diversion. Si vous sentez poindre en vous un accès de découragement, par exemple, évoquez aussitôt le sentiment contraire : l’énergie.

Pensez-y impérativement, excluez toute autre idée de votre cerveau, ana­lysez ses différentes phases : Comment elle naît, se développe, se transforme en force ? Quelle aide elle apporte à l’homme qui la possède ? Quel grand rôle elle lui permet de jouer dans le monde ?

Noyé sous le flot des pensées nouvelles, votre découragement cédera vite la place, avant d’avoir pu altérer votre calme.

Maîtrisez également vos passions exaltantes

La joie, l’enthousiasme, l’amour : passions exaltantes, doivent être également jugulées. Il n’est certes pas interdit d’éprouver ces senti­ments, indispensables stimulants, flamme qui allume les courages et pare de son manteau de pourpre et d’or les actes et les oeuvres.

Il con­vient, au contraire, d’entretenir en soi ces créateurs d’énergie. Mais ce qu’il faut empêcher, c’est la manifestation extérieure de ces senti­ments, l’exagération des mouvements, des pa­roles, de l’attitude qu’ils commandent.

Enthousiasmez-vous pour une idée, c’est nécessaire, mais gardez pour votre conscience l’afflux de ferveur et de force qui en résulte, ne le gaspillez pas au dehors en gestes désordonnés, ni ne lui laissez rompre les digues que la raison lui impose.

Soyez le maître et non l’esclave.

L’énergie est la vraie force, ne la gaspillez pas

Puisque tout mouvement implique une déper­dition d’énergie, il va de soi que toute écono­mie de ce même mouvement produit une accu­mulation, une réserve, qu’il est bon de posséder, d’augmenter, et qui vous sera d’une grande utilité dans les occasions exception­nelles de votre vie.

« L’énergie est donc la vraie force, elle est naturelle à l’être ou s’acquiert par la concen­tration. L’activité qui se prépare à l’acte dis­pose ses puissances. Si elle accomplit de suite l’action, elle y emploie ce qu’elle a de forces naturelles.

« Mais si, continuant de se préparer à l’acte, elle semble toujours prête à partir et ne part pas, elle accumule ses forces par la tension qu’elle leur donne, et ressemble à un bouilleur de machine où la vapeur surchauffée et ne pouvant se dégager augmente d’élasticité par la tension.

« L’homme trop vif, trop pétu­lant, dépense ses forces au fur et à mesure qu’il les produit. Il ne donne jamais qu’une faible énergie, bien qu’il puisse être violent. L’homme qui veut être fort se ménage, ne se dépense pas à la première occasion venue, mais se ramasse et se concentre, prêt à donner quand il le fau­dra une énergie d’autant plus grande qu’elle a été plus condensée.

« C’est ainsi que des hommes faibles en puissance sont cependant plus éner­giques et plus puissants que d’autre naturellement plus forts. » Dr F. FRÉDAULT, Les Pas­sions.

En outre, cette victoire de la volonté sur les tendances passionnelles, sur les centres animiques et instinctifs de l’homme, épure son jugement, en le dégageant de l’influence égoïste des besoins et des sens, et lui permet de se déterminer en pleine connaissance de cause, avec raison et équité.

Tout ce que vous devez surveiller lorsque vous parlez

Donc, ami lecteur, peu de gestes, pas de ner­vosité, pas de mouvements inutiles. N’avancez pas les bras, ne secouez pas les mains, que vos traits restent immobiles. Ne clignez pas des paupières ni ne relevez les sourcils comme un clown étonné. Ne tapez pas du pied pour don­ner plus de force à vos affirmations ou pour manifester votre impatience.

Parlez modérément, sur un ton grave et tranquille. Ne vous irritez pas si l’on commet à votre égard des incorrections, si l’on vous manque de parole ou de bienveillance.

Ne traduisez jamais votre mauvaise humeur en phrases violentes, ne proférez jamais de mots irréparables, vous regretteriez plus tard ce mo­ment d’oubli. Aux vilenies de l’adversaire, répondez par la froideur hautaine, ou le mot juste prononcé sans courroux ; sans que rien dans la voix ne trahisse votre émotion.

Dites posément ce que vous voulez dire, sans vous abaisser jusqu’à la vulgarité des moyens employés contre vous. Celui qui vous outrage sera lui-même forcé de reconnaître votre maîtrise, et ses emportements, ses cris ne serviront qu’à masquer sa défaite.

Que toutes vos paroles soient des affirmations de succès et de réussite

« Ne vous chargez point d’une haine à sou­tenir ; c’est un fardeau plus pesant que vous ne pensez. » Mme DE SÉVIGNÉ.

Ne soyez jamais la proie de l’ennui ni de la lassitude, ces sentiments auraient une influence néfaste sur votre maintien. Il faut, au con­traire, que vous donniez aux personnes qui vous approchent une impression de quiétude, de sérénité, qui leur en impose et leur fasse aisément croire à votre supériorité sur elles.

N’ayez jamais un mot de doute devant un étranger ; que toutes vos paroles soient des affirmations de succès et de réussite ! Nul ne doit penser que vous pouvez avoir des défaillances ou connaître l’échec. Si vous montrez de l’incertitude dans vos décisions, si vous appréhendez trop ouvertement les difficultés, vous éveillerez la défiance, vous n’aurez au­cune autorité.

Surmontez votre peur

Vous devez ignorer la peur, n’être, quoi qu’il arrive, ni poltron, ni affolé. La lâcheté est par­tout méprisée, alors que le courage et le sang-froid emportent l’admiration de tous ceux qui sont témoins de ces nobles qualités.

Souvenez-vous de cette pensée de Locke : « Il est aussi difficile de fixer des idées nettes dans une âme agitée par la peur, que de bien écrire sur un papier qui tremble. »

La mort même doit être envisagée sans trouble, si vous voulez aller loin, si vous rêvez d’être un chef. « Celui qui craint la mort ne fera jamais acte d’homme vivant. » SÉNÈQUE.

Ne vous plaignez jamais

Restez droit et souriant dans les courts assauts que l’adversité essaiera de livrer contre vous. Aux petites misères de la vie, opposez ou du moins ayez l’air d’opposer l’indifférence la plus absolue. Vos plaintes peuvent exciter la pitié, mais la pitié ne marche pas souvent de pair avec l’acceptation de la suprématie.

« La plus mauvaise roue du char est celle qui crie toujours. » Celui qui se lamente ne passera jamais, auprès de son confident apitoyé, pour un homme fort. Ce ne sera qu’un égal, sinon un inférieur. Ce confident n’aura qu’une piètre idée d’une énergie si facilement vaincue.

Soyez poli sans être obséquieux

N’ouvrez votre cœur qu’à vos intimes. En­vers les autres, soyez poli, sans être obséquieux. L’obséquiosité dénote un caractère mal trempé et le goût de la soumission. Qui se fait ver est écrasé, dit le proverbe.

Que votre amabilité ne tombe jamais dans la familiarité et, si les circonstances l’exigent, devenez impénétrable. Selon la pittoresque expression de Vol­taire : « Soyez indevinable, dépaysez les curieux. »

Dans de nombreuses fonctions pu­bliques, dans les hautes sphères où l’homme peut être appelé à évoluer, l’impassibilité na­turelle ou étudiée donne à celui qui sait s’en servir un ascendant considérable.

Habituez-vous à considérer les événements les plus extraordinaires comme le jeu naturel des forces en action dans la vie et n’en marquez aucune surprise.

Nous sommes entourés de mystères

Réfléchissez bien et vous verrez que tout est extraordinaire dans le monde. Nous sommes entourés de mystères, le lot de nos certitudes n’est pas énorme.

Pourquoi donc la rose possède-t-elle l’exquis parfum, la divine coloration qui en font la gloire de nos parterres ? Pourquoi donc la libellule porte-t-elle sur ses ailes le reflet de toutes les gemmes ? Pourquoi les fleuves ne se tarissent-ils jamais ? Pourquoi l’éclat du diamant, la flamme du soleil, les battements du cœur, la pureté de voix de la cantatrice qui nous enchante ? Pourquoi l’uni­vers ? Pourquoi la vie ?

Une dérogation à l’ordre des choses est-elle plus incompréhensible que cet ordre lui-même ? Non, n’est-ce pas ? Tout étant extraordinaire, il convient de s’étonner de tout ou de ne s’étonner de rien.

Comme l’étonnement ne peut pas être perpétuel, à moins, pour celui qui le manifeste, de passer pour un naïf ou un fou, adoptons la seconde manière, regardons avec calme le grand drame mystérieux qui se joue devant nous. Profitons des leçons que notre vigilance y découvre.

Quelques quarts d’heure de méditation de temps en temps apaiseront vos nerfs

Qu’on me permette encore une recommanda­tion sur le sujet qui nous occupe.

La fièvre des affaires, les obligations mondaines, la multiplicité des événements, le tumulte de la rue, entretiennent dans notre esprit une excitation défavorable, captent nos moyens, nous détournent du but.

Nous prenons trop souvent l’agitation superficielle et stérile qui en résulte pour de l’activité. C’est une grave erreur. L’intérêt que nous mettons dans des choses qui ne nous touchent en rien est un intérêt mal placé.

S’échauffer, s’énerver pour la défense ou pour l’attaque d’opinions étrangères à nos occupations, c’est perdre son temps et son énergie, c’est tarir la source de calme indispensable à notre succès.

Il est bon de rentrer en soi-même, de se res­saisir, de se ramasser pour l’effort à venir. « Ferme les yeux et tu verras », a dit Joubert. Suspendez le cours des paroles oiseuses, recueillez-vous dans la solitude.

Quelques quarts d’heure de méditation, de temps à autre, apaiseront vos nerfs, vous montreront l’inanité de vos turbulences et de vos discus­sions.

Les bienfaits du silence

Paul Adam, dont l’œuvre magistrale n’est qu’un long enseignement d’énergie, de raison et de beauté, que les jeunes gens devraient lire et relire sans cesse, conseille le silence en ces termes :

« Il est un sport spirituel encore : celui du silence. Modérer notre bavardage nous accoutume à ne livrer à nos semblables que des paroles utiles et choisies. Cela nous empêche de nuire par la médisance. Et cela nous exerce très bien à constituer une vie intérieure qui a ses secrets et ne les livre pas. Le trésor des secrets, des opinions occultes, enrichit notre conscience et lui vaut de la personnalité. »

Rien ne vaut l’action pacifiante du silence pour remettre en place l’esprit désorbité et dissiper les illusions éphémères, les vains pres­tiges suscités par les indifférents qui passent ou par l’heure frivolement dépensée qui re­tourne au néant.

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