L’effort fait pour sauver les apparences tue le bonheur

Vous pouvez acheter une somme de bonheur familial à peu de frais, mais un bonheur fashionable coûte toujours plus que vous ne pouvez le payer. Vous ne pouvez diminuer les dépenses quand vous avez à sauver les apparences, c’est-à-dire l’apparence d’être ce que vous n’êtes pas.

Ne vivez pas au-dessus de vos moyens

Il n’y a pas longtemps qu’à New York, on vendait aux enchères la maison et tous les biens d’une veuve. On découvrit que cette ambitieuse mère, dans le but de marier ses filles avec des jeunes gens au-dessus de leur condition, avait fait des efforts désespérés pour sauver les apparences, et contracté des dettes qui, finalement, lui coûtaient tout ce qu’elle possédait. Elle devait de grosses sommes aux fleuristes, aux fournisseurs, à la couturière ; elle avait, pendant longtemps, mené un train de vie bien au-dessus de ses moyens, sauvant les apparences par de perpétuels mensonges. Et tout ceci, grâce à sa folle ambition de marier ses filles avec des hommes riches.

Cette famille aurait pu vivre confortablement avec ses modestes revenus, sans la stupide ambition de la mère. Des milliers d’euros furent dépensés pour maintenir un luxe semblable à celui d’autres jeunes filles beaucoup plus fortunées. Et maintenant, la mère n’a plus de maison, et les filles n’ont point de maris.

C’est l’ambition effrénée, l’égoïsme, la lutte mauvaise pour sauver les apparences, qui font le malheur de bien des foyers.

Pourquoi tant de gens, dans les grandes villes, se rendent-ils la vie dure et difficile pour sauver les apparences, quand ils pourraient connaître de réelles jouissances, être contents et heureux, être quelqu’un et faire des choses utiles dans de plus petites villes, où les habitants sont moins ambitieux et moins acharnés à gagner de l’argent et à vivre somptueusement ?

Ne vous préoccupez pas de ce que pensent les autres

Je connais, à New-York, 2 jeunes mariés qui sont parfaitement malheureux parce qu’ils ne peuvent pas s’introduire dans la société fashionable, et vivre et s’habiller comme ceux qu’ils envient. Ils sont toujours soucieux et tourmentés, et ne jouissent de rien à moins qu’ils ne puissent faire une impression sur les autres. Ils font tout pour sauver les apparences, parce qu’ils sont les esclaves de l’opinion du monde.

Ce n’est pas tant notre manque de confort, de luxe, que notre envie, notre égoïsme, nos fausses ambitions, qui nous rendent malheureux.

Quelle terrible souffrance, quelle gêne nous endurons en sacrifiant à l’opinion ! Quels esclaves, quels fous nous sommes, quand nous nous préoccupons de ce que pensent les autres, quand nous les forçons à nous croire supérieurs à ce que nous sommes réellement !

C’est l’opinion des autres qui coûte cher, qui nous rend mécontents de notre lot, qui nous fait lutter en esclaves pour sauver les apparences.

La fortune rapporte le plus souvent le malheur et une mauvaise santé

La lutte pour égaler ceux qui sont plus fortunés que nous constitue une des tragédies de notre époque. Les dettes sont une des plus grandes sources de malheur, spécialement pour les jeunes époux.

Dans les grandes villes, beaucoup de gens se sentent perdus. Ils ne peuvent garder le rang que comporterait leur éducation, leurs goûts et leur culture. Ils ne peuvent frayer avec la société qui répondrait à leurs goûts, et ne désirent pas se mêler aux gens vulgaires et non cultivés. Ils ne sont pas à leur place.

Bien des familles, à New-York, vivent dans une misère perpétuelle à cause de cet état de choses. Je connais un homme d’affaires qui n’a qu’un modeste revenu. Sa femme et lui sont des personnes cultivées, bien élevées, aux goûts raffinés, et ils ne veulent pas vivre dans une des parties de la ville qui correspondraient à leur revenu. Il en résulte qu’ils sont obligés de lutter pour vivre dans un quartier riche, et qu’une fois le loyer payé, ils ont peu de chose à consacrer à leur nourriture, à leurs vêtements et à leurs plaisirs.

Beaucoup de personnes semblent croire qu’il est déshonorant de ne pas avoir un gros revenu, et que le bonheur de la vie consiste à dépenser beaucoup d’argent pour des objets de luxe. Mais, après tout, qu’est-ce que la fortune rapporte le plus souvent ? Le malheur, une mauvaise santé, grâce aux excès de table ou de plaisirs.

Ne soyez pas l’esclave d’une fausse économie

D’autre part, beaucoup de personnes se privent de jouissances parce qu’elles sont les esclaves d’une fausse économie et d’un travail excessif. Une économie mesquine, frisant l’avarice, les prive de tout, même dans leur propre foyer.

Elles voient partout de la dissipation, conseillent à chacun de ne pas trop user de ceci ou de cela, et rendent leurs alentours malheureux.

Je connais un homme qui, à force de répéter dans son ménage qu’on emploie trop de beurre et trop de viande, fait du moment des repas une terreur pour sa famille. Sa femme et ses enfants n’osent acheter des souliers ou tout autre article d’habillement, tant le chef de la famille fait de difficultés et d’objections à chaque achat.

Un des plus vilains traits des maris avares est la censure qu’ils aiment à exercer sur les dépenses de leur femme, leur enlevant ainsi toute joie et tout intérêt pour le bien du ménage. S’il arrive à la femme de faire un mauvais marché, le mari se fâche si fort qu’elle en est malheureuse, tandis que lui-même fait toutes espèces de folles dépenses, et apporte parfois à la maison des objets absolument inutiles qui représentent de l’argent gaspillé.

Un mari de ma connaissance ne demande jamais à sa femme ce dont elle peut avoir besoin dans la maison, et ne lui donne jamais d’argent pour acheter elle-même ce qui lui manque. Par contre, il achète des meubles chez des marchands de bric-à-brac, et, dans des ventes aux enchères, toutes sortes d’objets absolument hors de saison. Et cependant la femme n’ose pas critiquer son mari.

Il achètera, par exemple, toute la collection des livres d’un auteur, parce qu’il les a obtenus à bon marché, alors que cette collection ne renferme peut-être pas un volume qui intéresse les membres de la famille, et que sa femme sache parfaitement que quelques volumes, choisis parmi les bons auteurs, auraient bien plus de valeur que toute la collection de rebut apportée par son mari.

Il n’y a peut-être pas de qualité qui soit plus mal comprise que l’économie. Et ceci est tout particulièrement vrai en ce qui concerne le foyer. Une fausse économie est fatale à sa joie. Chez plusieurs, l’économie devient du fétichisme. Une multitude de choses qui ne serviront jamais et qui devraient être détruites sont remisées dans des greniers et des armoires.

Ne vous privez pas des conforts sous prétexte de faire des économies

J’ai présent à la mémoire un intérieur où l’atmosphère de pauvreté et de privations prédomine. La famille n’a aucun des conforts de la vie. De fausses idées sur l’épargne ont infesté chacun de ses membres, au point qu’il est vraiment pénible de leur rendre visite.

Je dînais chez eux, dernièrement, lorsque le petit garçon, âgé de 6 ans, fit remarquer qu’on servait du maquereau parce qu’il coûtait meilleur marché que les autres poissons. Même les petits enfants se préoccupaient du prix des denrées devant les hôtes !

Beaucoup d’hommes laissent leurs femmes se surmener pendant les premières années du mariage, dans le but d’économiser quelque argent qui leur permettra de tenir un certain rang. Puis, lorsqu’ils prospèrent ensuite, ils ont honte de leurs femmes parce que le rude travail auquel elles se sont astreintes, et leur oubli d’elles-mêmes, ont détruit leur éclat, qui les rendait attrayantes. Alors le mari se figure que sa femme n’est plus assortie avec lui, et il se divorce pour épouser quelque jeune fille plus jolie qui pourra briller en société.

Les maris égoïstes

J’ai vu, à Washington, des hommes qui se sont élevés sur l’échelle sociale et sont devenus membres du Congrès, grâce à une économie rigoureuse dont ils ont eu beaucoup moins à souffrir que leurs femmes. Je les ai vus dans les réceptions publiques, où ils auraient dû être fiers de conduire leurs épouses, non seulement éviter de les y introduire, mais encore se dévouer à des femmes plus jeunes et plus attrayantes.

Il n’y a pas longtemps, dans une réception, je vis un multimillionnaire, sorti de la plus extrême pauvreté, et dont la femme a sacrifié sa beauté, sa grâce et ses charmes dans la lutte terrible qu’ils ont dû soutenir pour arriver à la position qu’il occupe. Elle avait un doux visage, mais l’expression en était triste. Il révélait un caractère, mais n’avait plus rien de ce qui plaît aux hommes.

Le mari était très correctement vêtu ; il paraissait frais et vigoureux, car sa constitution était beaucoup plus solide que celle de sa femme. Il était si occupé à converser et à rire avec des femmes plus jeunes et plus gracieuses, qu’il en oubliait de prendre le temps de les présenter à sa pauvre femme, qui semblait pleinement consciente d’avoir perdu l’attrait qu’elle avait autrefois pour son mari, grâce aux années de dur labeur et d’économie qu’elle avait dû supporter. 2 fois seulement, de toute la soirée, je vis cet homme présenter quelqu’un à sa femme, et comme par acquit de conscience.

Il semblait à peine possible que cette femme, si peu mondaine en apparence, et chez laquelle la joie de vivre paraissait éteinte, fût l’épouse de cet homme beau et attrayant qui, soit dit en passant, ne s’était pas tué de travail pour parvenir à la position qu’il occupait.

L’égoïsme et l’économie exagérée détruisent le bonheur

Je pus me renseigner sur l’histoire de ce couple, et j’appris que leur fortune était due bien plus à la sagacité, au dur travail et à l’oubli d’elle-même de la femme, qu’à l’habileté du mari. Et, maintenant que celui-ci possède la fortune, il met pratiquement son épouse de côté. Il court le pays en automobile ; sa société est très recherchée parce qu’il dépense sans compter, mais sa pauvre femme, sauf en de rares occasions, reste seule à la maison.

C’est ainsi qu’il conserve son attrait physique et sa robustesse, et maintenant qu’ils sont au faîte de leur prospérité, au moment de jouir de ce qu’ils possèdent, la femme est déjà “finie”. Elle paraît âgée, quoiqu’ils soient du même âge, tandis que lui est dans la fleur de sa virilité.

Sa jeune épouse a été trop peu égoïste, trop dévouée, trop anxieuse d’économiser et d’aider son mari à s’élever, pour économiser ses forces et conserver sa beauté. Elle lui a tout donné, et il ne l’apprécie plus. Ainsi l’égoïsme et une économie exagérée ont détruit le bonheur de leur âge mûr.

De nos jours, les foyers sont sollicités par Charybde et Scylla, – en péril d’être entraînés dans le gouffre de l’extravagance, ou d’être mis en pièces sur le roc d’une fausse économie.

Le bonheur du foyer consiste à poursuivre sa course sur la mer plus calme du contentement d’esprit, de la simplicité, et d’une saine jouissance de la vie.