Les avantages de la concentration de l’esprit

On ne les Connaît Pas Assez.

1. On ne se rend pas assez compte des avantages qui découlent d’une réelle maîtrise de l’attention et combien il importe de faire des efforts dans cette direction.

L’attention nous fait apercevoir, dans la réalité ou dans nos pensées, une foule d’éléments, de détails qui peuvent avoir une grande importance, et qui, sans elle, nous échappent Faute d’attention, vous avez « vu », mais non « regardé »; « entendu », mais non « écouté »: vous êtes donc plus mal informé que celui qui sait remarquer. Si, au contraire, votre attention est en éveil, vous distinguez infiniment plus d’aspects de la réalité. Voici un exemple typique :

Vous donnez à une caisse une pièce de monnaie, mais on vous la refuse. Pourquoi ? Elle est de plomb, non d’argent. Vous l’aviez d’abord acceptée, ensuite donnée -non sans la voir, mais sans la remarquer.

Un coup d’oeil, maintenant que votre attention a été attirée sur la couleur de cette pièce, vous suffit pour la reconnaître fausse. Il vous a manqué jusqu’ici la défiance, c’est-à-dire l’idée d’observer et de distinguer. Dorénavant, vous vous direz : « Attention à la monnaie que je reçois; il pourrait s’y glisser de fausses pièces. » Si vous aviez eu ainsi l’esprit en éveil, vous auriez aussitôt refusé la pièce.

La Concentration et l’Unité de l’Esprit.

2. La concentration de l’esprit assure le développement et l’unité de toutes les opérations mentales.

Le premier avantage de la maîtrise de l’attention, et le plus évident, c’est qu’elle assure la coopération harmonieuse de toutes les fonctions mentales et leur maximum de puissance. En effet, lorsqu’on soutient son attention, on exerce inconsciemment sa mémoire, en se rappelant les objets et les idées semblables à ceux qu’on examine. On se sert également de son imagination pour concevoir des améliorations par des changements. On observe, on compare, on différencie, on juge les hypothèses pour les accepter ou les rejeter.

La Concentration et le Savoir.

3. La concentration de l’esprit permet d’acquérir des connaissances précises.

La maîtrise de l’attention a un second avantage : elle donne des connaissances précises. L’oeil peut voir bien des choses sans que le spectateur les perçoive réellement; celui-ci a conscience qu’elles existent, mais il ne pourrait les décrire. Pensez à l’embarras où vous seriez si l’on vous invitait à dessiner dans tous ses détails, de mémoire, la façade de la maison que vous habitez ou même le pan de mur qui se trouve en face de votre lit ou de votre bureau. A plus forte raison, songez combien il est difficile de donner le signalement exact d’une personne que l’on vient de voir cinq minutes avant l’instant présent. On ne perçoit bien, et par suite on ne retient bien, que ce à quoi on a fait attention.

La Lecture des Documents.

4. On lit trop souvent les actes des hommes de loi simplement pour remplir une formalité; quelquefois, parce qu’on a pleine confiance en leur intégrité; parfois, parce que l’heure est mal choisie pour cette lecture; d’autres fois, parce que le temps presse pour les signatures. Mais, plus tard, quand les ennuis commencent et que le contrat est sorti du coffre-fort, les effets de ce manque d’attention deviennent pénibles sinon même désastreux. On a agi de telle ou telle manière, en croyant que le contrat renfermait telle ou telle clause; en fait, cette clause n’était pas dans le contrat, ou était libellée autrement qu’on ne le supposait. La mémoire était mal informée, parce que la volonté d’attention n’était pas intervenue au moment voulu, ou n’avait pas eu la force nécessaire.

Il arrive qu’on paie très cher, pendant toute sa vie, un défaut d’attention de cette sorte. Donc, prenez l’habitude de lire avec le plus grand soin tous les actes et contrats, en en pesant chaque mot et en prenant tout votre temps, sans égard à l’impatience possible des assistants.

La Concentration et la Mémoire.

5. La concentration de l’esprit accroît la puissance de la mémoire.

Un quatrième avantage de la maîtrise de l’attention, c’est qu’elle accroît la puissance de la mémoire. Rien d’étonnant à cela: nous oublions beaucoup, parce que nous n’avons jamais réellement su ce que nous désirons nous rappeler. La première impression du fait, de l’idée ou de la personne était indécise, à peine « esquissée ». Rien de défini, rien d’intense. Nous n’avions pas cherché à obtenir une connaissance profonde et précise. On peut admettre comme règle générale que sans attention il n’y a pas de mémoire. Vous ne pouvez vous rappeler ce que vous n’avez jamais su. Quand l’expérience originale est vague, le souvenir est vague aussi.

Ici encore, vous rencontrez l’élément moral dans l’éducation mentale : vous récoltez ce que vous avez semé. Si vous « semez » de la négligence, vous ne pouvez espérer « récolter » de la précision. Si vous « semez » de l’inattention, vous ne devez pas vous attendre à «moissonner » une abondante récolte de souvenirs. Si vous « semez » de l’indifférence à la vie, il ne faut pas compter recueillir les fruits d’une belle sensibilité.

Pour obtenir le meilleur de ce que le monde nous offre, ses bénéfices extérieurs aussi bien que ses expériences intimes, il faut vivre en faisant attention. Les richesses inestimables de la mémoire dépendent de notre effort consciencieux pour faire attention. Nous sommes tous responsables de la puissance de notre mémoire. Certes, nous sommes inégalement doués de mémoire, mais la mémoire qui se réduit à une empreinte extérieure est celle qui vaut le moins : elle s’efface très vite. « Ce qui m’est entré par une oreille -disent certaines personnes -est sorti par l’autre. » La mémoire qui ne risque guère de s’effacer, la mémoire sûre et fidèle, c’est celle que nous assure la compréhension intellectuelle consécutive à un effort d’attention. Quand vous avez compris, vous retenez.

Cette mémoire intellectuelle porte non pas, comme la mémoire sensible et passive, sur le concret, mais sur l’abstrait. On peut être un esprit observateur sans être un esprit pénétrant; être sensible à la forme extérieure des choses, à leur aspect pittoresque, sans les comprendre. Ce qui doit être compris, c’est l’abstrait : l’intelligence atteint ce que les sens ne perçoivent pas; et elle le retient sans avoir à

exécuter de prouesse mnémotechnique. Ainsi du Cours Pelman : il serait bien inutile aux élèves qui n’y verraient et n’en feraient qu’un exercice de mémoire; quand, par contre, il a été compris, il ne risque plus d’être oublié.

La concentration permet l’interprétation des données actuelles par les souvenirs antérieurs. Sans ces idées préconçues, ou plutôt déjà possédées, l’objet que vous considérez n’est rien pour vous : il est incompris, comme inexistant. En soi, la concentration ne projette aucune clarté; mais un projecteur ne peut lancer dans le ciel son faisceau lumineux sans l’aide d’un mécanisme qui permet la formation de la lumière et du foyer. C’est précisément le rôle que joue la concentration : elle fait sortir des ténèbres de l’inconscient des éléments qui deviennent lumineux. Comme ces usiniers qui font eux-

mêmes leur lumière, par un appareillage électrique, vous pouvez éclairer à vous seul vos actes, vos idées. Quelle sûreté plus grande dans la vie ! Quelle économie de forces ! Et combien d’échecs seront évités ! Allons, que votre devise, comme celle de Goethe, soit : Plus de lumière !

La Concentration et l’Originalité.

6. La concentration de l’esprit permet de développer l’originalité et de faire des découvertes.

Enfin, la maîtrise de l’attention favorise les découvertes et développe l’originalité. Les nouvelles idées sont fréquemment imprévues et spontanées. On en conclut trop souvent que ce sont de pures inspirations, et qu’elles sont par conséquent hors de notre contrôle. Il n’en est rien. Il est rare qu’un homme ait des idées vraiment originales sur les choses auxquelles il a peu pensé, et qu’il ne connaît pas. Si le maréchal Foch recueillit sur le champ de bataille des inspirations, des idées, qui découvraient une nouvelle méthode de guerre, ce fut parce qu’il était profondément versé dans les questions de stratégie et de tactique.

Il en est de même dans toutes les spécialités, des plus humbles aux plus élevées : il faut savoir beaucoup pour trouver du nouveau, il faut faire attention à des milliers de détails déjà connus avant de discerner celui que personne n’avait vu. C’est grâce à l’accumulation d’observations attentives des ouvriers et des ingénieurs que la bicyclette, l’automobile, l’avion se sont continuellement modifiés et améliorés.

La Marque des Grands Esprits.

7. C’est un lieu commun en psychologie que l’une des principales différences entre un esprit de grande envergure et un esprit médiocre, c’est la puissance de l’attention. Les hommes, comme Pasteur, dont les noms sont associés à des conceptions profondément originales, ont été remarquables par leur aptitude à oublier, pendant des heures parfois, les données de la vie courante, et à consacrer entièrement leur esprit à la solution d’un problème.

A ceux qui le complimentaient sur son génie, Newton répliquait que, s’il avait fait quelques découvertes, il le devait plus à sa force d’attention qu’à tout autre talent.

Les Qualités de l’Expert.

8. Il importe de savoir acquérir de nouvelles habitudes. Car ce sont de nouvelles aptitudes. L’homme expérimenté, « l’expert », c’est celui qui est dressé, par son expérience et ses connaissances précises, à remarquer tout ce qui fournit des renseignements sur la nature ou la valeur d’un objet; c’est un homme « attentif » à certains indices, auxquels ne prend aucunement garde le commun des mortels. Cette compétence est affaire d’habitudes; c’est par habitude qu’on sait « voir », qu’on est capable d’attention.

L’expert est devenu maître en matière de discernement. Il est averti de la présence de circonstances nouvelles, parce qu’il n’ignore aucune des analogies et des différences concernant son sujet; et son habileté est le résultat direct de ses efforts d’attention.

S’il s’est adonné à l’étude des essences forestières, il reconnaît les arbres à leur silhouette, même en hiver. S’il est versé dans la musique, il sait apprécier les diverses interprétations d’une sonate pour piano, et peut en signaler le fort et le faible, alors qu’ils auraient échappé le plus souvent à une oreille mal exercée.

Efforcez-vous d’être un Maître.

9. La plupart d’entre nous peuvent être des experts en quelque chose. Pour cela, il faut contracter l’habitude de faire attention même aux plus petits détails. Vouloir être un maître dans une sphère de connaissances, si humble qu’elle soit, c’est avoir le respect de son intelligence et de sa personnalité. Ce n’est point de l’égoïsme, de la vanité, ou une arrogante assurance, mais le fier désir de justifier son existence en la mettant au service d’un idéal. Ayez sans cesse devant vous cet idéal « Etre un Maître », et pour y arriver, prenez l’habitude de l’attention.