Les chakra. Les centres de force chez l’homme

Le mot Chakra est sanscrit et signifie une roue ; il est encore employé dans divers sens subsidiaires dérivés et symboliques, tout comme son équivalent anglais. Si nous parlons de la roue du destin, le bouddhiste parle de la roue des vies et des morts, et il donne au premier grand sermon par lequel Notre Seigneur le Bouddha exposa sa doctrine, le nom de Dhammachakkappavattana Soutta (chakka étant en pali l’équivalent du sanscrit chakra), rendu poétiquement par le professeur Rhys Davids en ces termes : « qui met en mouvement la roue du char royal d’un empire universel de vérité et de justice ». C’est exactement l’idée que suggère cette expression au pieux bouddhiste, bien que la traduction littérale soit : « la révolution de la roue de la Loi ». Nous emploierons ici le mot chakra dans un sens particulier pour désigner une série de tourbillons rotiformes qui existent à la surface du double éthérique de l’homme.

EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES

Comme cet ouvrage tombera sans doute entre les mains de personnes non familiarisées avec la terminologie théosophique, peut-être ferons-nous bien de donner ici de brèves explications préliminaires.

Dans les conversations superficielles ordinaires un homme mentionne parfois son âme, donnant ainsi à penser que le corps par lequel il s’exprime est l’homme véritable et que cet objet nommé l’âme est une possession ou apanage du corps, une espèce de ballon captif flottant au-dessus de lui, mais se rattachant à lui sans que l’on sache comment. Tout cela est imprécis, inexact, trompeur et diamétralement le contraire de la vérité. L’homme est une âme qui possède un corps – et même plusieurs corps, car sans compter le véhicule visible dont il se sert pour agir dans ce bas

monde, il en a d’autres, invisibles pour la vue ordinaire, dont il se sert pour agir dans les mondes émotionnel et mental ; mais pour le moment nous ne nous occuperons pas de ceux-ci.

Au cours du dernier siècle, nos connaissances relatives aux plus petits détails du corps physique ont fait d’immenses progrès ; les étudiants en médecine sont maintenant familiarisés avec leur infinie complexité.

LE DOUBLE ÉTHÉRIQUE

Mais, naturellement, ils ont dû limiter leur examen du corps à la partie dont la densité est suffisante pour la rendre visible ; presque tous, probablement, ignorent l’existence du type, de matière, physique encore bien qu’invisible, appelée en Théosophie matière éthérique. (L’emploi de ce terme ne doit pas nous amener à confondre la matière physique supérieure avec le véritable éther de l’espace – éther dont la matière est la négation même.) Cette partie invisible du corps physique présente pour nous une grande importance, car c’est le véhicule emprunté par les courants de vitalité qui maintiennent en vie le corps ; sans ce pont transmettant les ondes mentales et émotionnelles de la matière astrale à la matière physique visible et plus dense, l’ego ne pourrait faire usage de ses cellules cérébrales. Pour le clairvoyant, le corps en question est nettement visible, sous l’aspect d’un brouillard faiblement lumineux, d’un gris violacé, interpénétrant la partie dense du corps et le dépassant très légèrement.

La vie du corps physique est une vie de changements perpétuels, et pour subsister il a besoin d’être alimenté par trois sources distinctes : il lui faut des aliments à digérer, de l’air à respirer, et de la vitalité sous trois formes pour l’absorber. Cette vitalité est essentiellement une force, mais quand elle se voile de matière elle nous semble être un élément chimique très raréfié ; elle existe sur tous les plans, mais pour l’instant nous n’envisagerons que sa manifestation dans le monde physique.

Pour la comprendre, il faut posséder quelques notions sur la constitution et la disposition de cette partie éthérique de nos corps. Il y a bien des années, j’ai écrit à ce sujet dans divers volumes. D’autre part, le colonel A.E. Powell vient de réunir toute la documentation jusqu’ici

publiée, sous la forme commode d’un petit livre intitulé Le double éthérique.

LES CENTRES

Les chakras, ou centres de force, sont des points de liaison par où l’énergie passe d’un corps ou véhicule humain à un autre. Toute personne légèrement clairvoyante peut facilement les distinguer dans le double éthérique, où elles se présentent en surface comme des concavités en forme de soucoupes ou comme des tourbillons. Leur développement est-il nul, ce sont de petits cercles d’environ cinq centimètres de diamètre, émettant chez l’homme ordinaire une faible lueur ; sont-ils, au contraire, éveillés et vivifiés, ils ressemblent à des tourbillons enflammés et scintillants ; devenus beaucoup plus grands, ils ressemblent à des soleils en miniature. Nous disons parfois qu’ils correspondent à peu près à certains organes physiques ; en réalité, ils se montrent à la surface du double éthérique qui dépasse légèrement les contours du corps dense. Supposez que vous regardiez directement dans le calice d’une fleur telle que le liseron, vous pouvez vous faire une idée de l’aspect général d’un des chakras. Dans chacun de ces derniers, la tige de la fleur est issue d’un point dans l’épine dorsale. On pourrait encore montrer dans celle-ci une tige centrale d’où naissent, à des intervalles réguliers, des fleurs dont les calices s’ouvrent à la surface du corps éthérique.

Les sept centres dont nous nous occupons en ce moment sont indiqués dans la première figure des hors texte.

TABLEAU I. – LES CHAKRAS DÉNOMINATION NOM SANSCRIT LOCALISÉ
Chakra racine ou fondamental Moulâdhâra. A la base de la colonne vertébrale.
Chakra de la rate ou splénique 1 Au-dessus de la rate.
Chakra du nombril ou ombilical Manipoura. Au nombril, au-dessus du plexus solaire.
Chakra du coeur ou cardiaque Anâhata. Au-dessus du coeur.
Chakra de la gorge ou du larynx Vishuddha. Au devant de la gorge.
Chakra du front ou frontal Ajnâ. Entre les deux sourcils.
Chakra du sommet de la tête ou coronal Sahasrâra. Au sommet de la tête.

Toutes ces roues sont en rotation perpétuelle. Dans la concavité ou bouche béante de chacune se déverse constamment une énergie du monde supérieur, une manifestation du courant vital issu du Deuxième Aspect du Logos Solaire, et que nous appelons la force primaire. Cette force, est d’une nature septuple, et toutes ses formes sont à l’oeuvre dans chacun des centres, bien que l’une d’elles prédomine habituellement sur les autres. Sans cet influx d’énergie, le corps physique ne pourrait exister. Les centres sont donc actifs chez tout le monde, bien que, chez les personnes non développées, leur mouvement soit en général comparativement indolent, juste assez prononcé pour offrir à l’énergie le vortex nécessaire, mais pas plus. Dans un homme plus évolué, ils luisent, une lumière vivante y palpite, si bien qu’ils sont traversés par un flot d’énergie infiniment plus considérable ; il en résulte pour l’homme des facultés et des possibilités additionnelles.

FORME DES TOURBILLONS

L’énergie divine qui, venant du dehors, se déverse dans chaque centre, met en action, perpendiculairement à elle-même (c’est-à-dire à la surface du double éthérique), des forces secondaires, dont le mouvement est ondulatoire et circulaire. C’est ainsi qu’un aimant entouré d’un conducteur électrique, et se déplaçant, produit dans ce fil un courant électrique dont le sens est perpendiculaire à l’axe de l’aimant. La force primaire elle-même, ayant pénétré dans le vortex, en rayonne de nouveau à angle droit, mais en lignes droites, comme si, le centre du vortex représentant le moyeu, les rais de la force primaire figuraient les rayons de la roue. Au moyen de ces rayons l’énergie semble attacher l’un à l’autre, comme par des grappins, les corps astral et éthérique. Le nombre de ces rayons n’est pas le même dans tous les centres de force, et détermine le nombre des ondes ou pétales présentés par chacun. C’est pourquoi, dans les ouvrages orientaux, ces centres ont été souvent décrits en termes poétiques comme semblables à des fleurs.

Chacune des forces secondaires qui tournoient dans la concavité en forme de soucoupe possède sa longueur d’onde particulière, comme la possède la lumière, d’une certaine couleur, mais au lieu de se mouvoir comme la lumière, en ligne droite, elle se propage en ondulations relativement grandes et de dimensions diverses, dont chacune est un multiple des longueurs d’onde plus petites qu’elle comprend. Le nombre des ondulations est déterminé par le nombre des rayons de la roue, et la force secondaire s’enlace au-dessous et au-dessus des courants radiants de la force primaire, tout comme l’osier qu’un vannier entrelacerait autour des rayons d’une roue de voiture. Les longueurs d’onde sont infinitésimales ; il en existe probablement des milliers dans une seule ondulation. Les forces tourbillonnant dans le vortex, ces oscillations inégales se croisent comme dans un clayonnage et déterminent ainsi l’apparence florale dont j’ai parlé. Peut-être la forme rappelle-t-elle davantage celle de certaines soucoupes ou vases peu profonds, de verre ondulé et irisé, comme on les fabrique à Venise. Toutes ces ondulations ou pétales chatoient comme le plumage du paon ou comme de la nacre, mais présentent individuellement une couleur particulière et prédominante, comme le montrent nos illustrations. Cet aspect nacré ou argenté est comparé dans les ouvrages sanscrits à la lueur de la lune sur les eaux.

Le premier centre, ou centre fondamental, situé à la base de la colonne vertébrale, possède une force primaire qui en émane suivant quatre rayons et, par conséquent, dispose des ondulations de façon à donner l’effet d’une division en quarts de cercle, alternativement rouges et orangés séparés par des creux. D’où l’impression qu’il est marqué du signe de la croix ; pour cette raison, la croix sert souvent à symboliser ce centre ; parfois aussi une croix enflammée représente le feu-serpent dont il est le siège. Quand il fonctionne avec vigueur, ce centre est d’un rouge orangé ardent et correspond de près au type de vitalité qui lui arrive du centre splénique. On remarquera, d’ailleurs, que pour tout chakra il existe avec la couleur de sa vitalité une correspondance semblable.

Le deuxième centre, ou centre splénique, au-dessus de la rate, sert à spécialiser, subdiviser et dispenser la vitalité qui nous vient du soleil ; cette vitalité est de nouveau distribuée en six courants horizontaux, la septième variété se trouvant attirée dans le moyeu de la roue. Ce centre présente donc six pétales ou ondulations de couleurs différentes ; il est spécialement rayonnant, lumineux et semblable à un soleil. Dans chacune des six divisions de la roue prédomine la couleur d’une des formes de la force vitale : rouge, orangé, jaune, vert, bleu et violet.

Le troisième centre, dit ombilical, situé au nombril, c’est-à-dire au plexus solaire, reçoit une force primaire à dix rayons ; il vibre donc de telle sorte qu’il se divise en dix ondulations ou pétales ; il est étroitement associé aux sentiments et aux émotions de divers genres. Sa couleur dominante est un curieux mélange de plusieurs nuances de rouge, bien qu’il s’y trouve aussi beaucoup de vert. Les divisions sont alternativement surtout rouges et surtout vertes.

Le quatrième centre, ou centre cardiaque, situé au coeur, est d’un jaune d’or chaud ; chacun de ses quarts de cercle est divisé en trois parties, ce qui lui donne douze ondulations, car la force primaire lui donne douze rayons.

Le cinquième chakra, ou centre laryngé, est situé à la gorge, a seize rayons et, par conséquent, seize divisions apparentes ; il contient une certaine quantité de bleu, mais son aspect est argenté et étincelant ; il fait penser à la lumière de la lune éclairant une eau qui ruisselle.

Le sixième centre, ou centre frontal, situé entre les sourcils, semble comporter deux moitiés ; l’une est principalement rose, tout en contenant beaucoup de jaune ; dans l’autre domine une sorte de bleu violacé ; ces tons, ici encore, s’accordent avec leurs couleurs propres aux types de vitalité spéciaux qui vivifient le centre. C’est peut-être pour cette raison que les ouvrages indiens attribuent à ce centre deux pétales seulement ; mais si nous comptons les ondulations de même nature que celles des centres précédents, nous trouverons que chaque centre en contient quarante-huit, soit quatre-vingt-seize en tout, car sa force primaire présente ce même nombre de rayons.

Le passage subit de seize à quatre-vingt-seize rayons, puis la variation plus saisissante encore de quatre-vingt-seize à neuf cent soixante-douze entre le chakra et le suivant, nous indiquent que nous étudions maintenant des centres d’un ordre absolument différent de ceux que nous avons considérés jusqu’ici. Nous ne connaissons pas encore tous les facteurs qui déterminent dans un chakra le nombre des rayons, mais il est déjà évident qu’ils représentent des degrés de variations dans la force primaire. Avant de pouvoir en dire beaucoup plus, les observations et les comparaisons devront être faites par centaines – faites, répétées et vérifiées maintes fois. En attendant un point est acquis ; si des types de force plus nombreux suffisent aux besoins de la personnalité, quand nous arrivons aux principes humains supérieurs et plus permanents, nous constatons une complexité, une multiplicité qui exigent pour leur expression une sélection infiniment plus nombreuse des modifications de l’énergie.

Le septième centre, ou centre coronal situé au sommet de la tête, apparaît, quand son activité est devenue totale, comme le plus resplendissant de tous, abondant en effets chromatiques, indescriptibles et vibrant à une vitesse presque inconcevable ; il semble contenir toutes sortes de couleurs prismatiques, mais, en somme, le violet domine. Les livres indiens lui donnent mille pétales, et vraiment ce chiffre n’est pas très éloigné de la vérité, car les rayons de sa forme primaire, dans le cercle extérieur, sont au nombre de neuf cent soixante. Chaque ligne en est fidèlement reproduite dans notre frontispice, bien qu’il ne soit guère possible de donner l’effet individuel des pétales. Mentionnons encore une caractéristique étrangère à tous les autres chakras, c’est une espèce de tourbillon central et secondaire d’une blancheur lumineuse éclairée au centre par un ton d’or, activité mineure comportant douze ondulations qui lui appartiennent en propre.

Ce chakra s’éveille en général le dernier. Tout d’abord il est de même dimension que les autres, mais à mesure que l’homme progresse sur le Sentier de l’avancement spirituel, il augmente régulièrement jusqu’à ce qu’enfin il couvre, ou à peu près, tout le sommet de la tête. Autre particularité de son développement ; ce n’est d’abord qu’une dépression dans le corps éthérique, comme le sont tous les autres car, par lui comme par ceux-ci, la force divine se déverse du dehors vers l’intérieur ; mais, quand l’homme a compris qu’il est comme un roi de la lumière divine, prodiguant ses largesses à tous ceux qui l’entourent, le chakra se retourne, sa concavité devient, en quelque sorte, convexité ; il ne reçoit plus, il rayonne ; ce n’est plus une dépression, c’est une proéminence qui se détache de la tête comme un dôme, véritable couronne de gloire.

Nos illustrations montrent les chakras tels que les perçoit le clairvoyant assez évolué et intelligent qui, jusqu’à un certain point, les a déjà rendus actifs. Bien entendu, nos couleurs ne sont pas assez lumineuses ; aucune couleur terrestre ne le serait. Au moins les dessins donneront-ils une certaine idée de l’apparence présentée par ces roues de lumière. Ce qui précède aura fait comprendre au lecteur que, suivant les personnes, les centres varient en grandeur, en éclat, et que, chez une même personne, quelques-uns peuvent être beaucoup plus développés que les autres. Les dessins sont de grandeur naturelle, sauf pour le Sahasrâra ou chakra coronal, que nous avons dû agrandir pour montrer les détails étonnants qu’il présente. S’agit-il d’un homme possédant à un très haut point les qualités qui s’expriment par un certain centre, ce centre est non seulement très développé mais encore particulièrement lumineux ; il projette des rayons brillants comme de l’or. Nous en trouvons un exemple dans la représentation de l’aura de M. Stainton Moseyn, précipitée par Mme Blavatsky, et conservée dans la salle du sanctuaire, au quartier général d’Adyar.

Ces chakras se divisent naturellement en trois groupes : l’inférieur, le moyen et le supérieur ou, pourrait-on dire, le physiologique, le personnel et le spirituel.

Les chakras des deux premiers groupes, ne présentant que peu de rayons ou pétales, ont pour rôle principal de recevoir dans le corps deux forces auxquelles il est soumis à ce niveau physique ; l’une est le feu-serpent de la terre, et l’autre la vitalité solaire. Les centres du groupe moyen, numérotés 3, 4 et 5, concernent les forces qui atteignent l’homme par sa personnalité, par l’astral inférieur dans le cas du centre 3, par l’astral supérieur dans celui du centre 4, enfin par le mental inférieur dans celui du centre 5. Tous ces centres semblent alimenter certains de nos ganglions. Les centres 6 et 7 forment une catégorie à part ; ils se rattachent respectivement au corps pituitaire et à la glande pinéale et ne deviennent actifs que lorsque le développement spirituel a fait quelques progrès.

J’ai entendu suggérer que dans ces centres d’énergie, chacun des différents pétales représente une qualité morale et que le développement de cette qualité rendait le centre actif. Par exemple, dans le Dhyânabindu Upanishad, les pétales du chakra cardiaque représentent la dévotion, la paresse, la colère, la charité et autres qualités semblables. Aucun fait ne m’a permis encore de le vérifier avec certitude ; d’ailleurs, on ne voit pas bien comment cela pourrait être, car l’aspect des centres est dû à certaines forces faciles à reconnaître, et les pétales d’un centre quelconque sont actifs ou non suivant que ces forces ont été ou non éveillées, et leur développement ne semble pas avoir plus de rapport avec la moralité que le développement du biceps. J’ai certainement rencontré des personnes dont certains centres étaient en pleine activité, bien que leur avancement moral ne fut pas exceptionnel. Au contraire, chez d’autres personnes d’une haute spiritualité et de la plus noble moralité possible, ces centres étaient à peine vitalisés ; il ne semble donc pas qu’il y ait entre les deux développements un rapport nécessaire.

Pourtant certains faits observables ont pu servir de base à cette idée assez curieuse. La ressemblance à des pétales est bien causée par les mêmes forces tournoyant autour du centre et passant alternativement au-dessus et au-dessous des rayons, mais ces rayons diffèrent par leur caractère parce que l’énergie, en faisant irruption, se divise en parties ou qualités constitutives et que, par suite, de chaque rayon émane une influence spécialisée particulière, bien que les différences soient légères.

La force secondaire, en franchissant chaque rayon, est, dans une certaine mesure, modifiée par son influence et, par suite, change légèrement de couleur. Quelques-unes de ces nuances peuvent indiquer une forme d’énergie favorable au développement de telle ou telle qualité morale et, quand cette qualité se confirme, sa vibration correspondante sera plus prononcée. Ainsi, pourrait-on supposer, le ton plus vif ou plus faible dénoterait que l’homme possède plus ou moins de cet attribut.

On constate souvent que les deux étages du Sahasrâra chakra ont été copiés, d’abord le dôme le plus grand, celui de 960 pétales, ensuite le dôme le plus petit en présentant douze, et s’élevant à son tour au-dessus du premier.

Elle figure aussi parmi les symboles chrétiens ; elle y est représentée par les couronnes portées par les vingt-quatre vieillards qui sans cesse les jettent au pied du trône de Dieu. Chez l’homme très développé, ce chakra coronal répand une splendeur et une gloire dont il est véritablement couronné. Et voici la signification de ce passage de l’Ecriture : tout ce que l’homme a gagné, tout le magnifique Karma qu’il fait, toute la merveilleuse énergie spirituelle dont il est la source, tout cela il le met perpétuellement aux pieds du Logos et le consacre à Son oeuvre. Il peut indéfiniment jeter sa couronne d’or, car elle ne cesse de se reformer, l’énergie jaillissant intarissablement en lui-même.

AUTRES MENTIONS

Les sept centres de force sont fréquemment décrits dans la littérature sanscrite, dans quelques-uns des petits Oupanishads, dans les Pouranas et dans les ouvrages tantriques ; de nos jours beaucoup de yogis indiens en font usage. Un ami au courant de la vie intérieure de l’Inde m’assure qu’il y connaît une école qui se sert couramment des chakras ; les élèves de cette école sont au nombre de seize mille, répandus sur une grande partie du territoire. Nous devons de très intéressants renseignements à des sources hindoues ; nous essaierons, dans un autre chapitre, de les résumer et de les commenter.

Il semble aussi que certains mystiques européens aient connu les chakras. Nous en trouvons la preuve dans un livre intitulé Theosophia Practica, par le mystique allemand bien connu Johann Georg Gichtel, élève de Jacob Boehme, qui appartint probablement à la société secrète des Rose Croix. Ce livre parut d’abord en 1696, mais il est dit, dans l’édition de 1.736, que les figures, dont le texte est surtout la description, furent réimprimées une dizaine d’années seulement après la mort de l’auteur ; or, celle-ci eut lieu en 1710. Il ne faut pas confondre cet ouvrage avec un volume réunissant la correspondance de Gichtel sous un titre identique : Theosophia Practica ; le volume en question n’a pas reçu la forme épistolaire, mais contient six chapitres relatifs à la régénération mystique, doctrine si importante parmi les Rose Croix.

Gichtel, né en 1638, à Ratisbonne, en Bavière, fit ses études de théologie et de droit et exerça la profession d’avocat. Plus tard, devenu conscient d’un monde spirituel intérieur, il abandonna tout intérêt en ce monde et fonda un mouvement mystique chrétien. Son opposition à l’ignare orthodoxie de son temps lui attira la haine de ses adversaires ; en conséquence, il fut, vers 1670, banni et vit ses biens confisqués. Il finit par trouver un refuge en Hollande où il passa les quarante dernières années de sa vie.

Il considérait évidemment les figures données dans sa Theosophia Practica comme ayant un caractère secret ; elles semblent, pendant de longues années, avoir été réservées à un petit groupe de ses disciples. Elles étaient, dit-il, le résultat d’une illumination intérieure ou, sans doute, de ce que nous appellerions aujourd’hui facultés de clairvoyance. Gichtel, dans la page du titre, prévient que son livre est : « Une courte exposition des trois principes des trois mondes dans l’homme, représentés dans des tableaux montrant avec clarté comment et où ils ont dans l’homme leurs centres respectifs ; conformément à ce que l’auteur a découvert en lui-même grâce à la contemplation divine, et à ce qu’il a senti, goûté et perçu. »

Mais, comme à la plupart des mystiques de son temps, l’exactitude qui devrait caractériser l’occultisme et le mysticisme véritables fait défaut à Gichtel ; tout en décrivant les figures, il se permet, concernant les difficultés et les problèmes de la vie spirituelle, de longues digressions, souvent d’ailleurs fort intéressantes. Cependant, comme exposition de ses planches, son livre n’est pas réussi. Peut-être l’auteur n’osait-il pas en dire trop ; peut-être aussi voulait-il amener ses lecteurs à observer par eux-mêmes les choses dont il parlait. Nous jugeons probable que, grâce à sa vie très spirituelle, il était devenu assez clairvoyant pour voir ces chakras, mais sans comprendre leur caractère et leur rôle véritables, de sorte qu’en essayant d’expliquer leur raison d’être, il leur applique le symbolisme couramment employé dans l’école mystique dont il faisait partie.

Comme on le verra, Gichtel considère ici l’homme naturel et terrestre plongé dans les ténèbres ; son léger pessimisme à l’endroit de ses chakras n’est donc peut-être pas sans excuse. Il passe sans commentaire le premier et le deuxième (savait-il qu’ils se rapportaient principalement à des activités physiologiques ?), mais il voit dans le plexus solaire le siège de la colère, ce qui est exact. Dans son opinion, le centre cardiaque est rempli d’égoïsme, celui de la gorge d’envie et d’avarice ; enfin les centres supérieurs localisés dans la tête ne dégagent rien de meilleur que l’orgueil.

Il assigne également aux chakras certaines planètes : au centre fondamental la Lune, au centre splénique Mercure, au centre ombilical Vénus, au centre cardiaque le Soleil (notons pourtant qu’un serpent y est enroulé), au centre du larynx Mars, au centre frontal Jupiter, et au centre coronal Saturne. Il nous informe en outre que le feu réside dans le coeur, l’eau dans le foie, la terre dans les poumons et l’air dans la vessie.

Détail à noter : l’auteur dessine une spirale qui, partant du serpent dont le coeur est entouré, passe successivement par tous les centres, mais on ne trouve aucune raison particulière déterminant l’ordre dans lequel cette spirale les atteint. Le symbolisme du chien qui court n’est pas expliqué ; nous sommes donc libres de l’interpréter à notre guise.

Plus loin, Gichtel nous donne une illustration de l’homme régénéré par le Christ, et qui a entièrement écrasé le serpent ; le Soleil est ici remplacé par le Sacré-Coeur, affreusement sanglant.

Pour nous, cependant, l’intérêt de ce dessin ne se trouve pas dans les interprétations de l’auteur, mais dans le fait qu’il prouve, sans possibilité de doute, que, parmi les mystiques du XVIIème siècle, il y en avait qui connaissaient l’existence et la position des sept centres du corps humain.

Nous trouvons encore dans les rituels maçonniques la preuve des connaissances possédées bien avant notre époque, les points saillants de ces rituels remontent à un temps immémorial ; les monuments démontrent que ces points étaient connus et pratiqués dans l’Egypte ancienne ; ils nous ont été fidèlement transmis ; les francs-maçons les trouvent parmi leurs secrets ; en les utilisant ils stimulent certains de ces centres, à l’occasion et dans l’intérêt de leurs travaux, bien qu’ils ignorent à peu près tout ce qui se passe au delà des limites de la vision normale. Il va sans dire qu’ici les explications sont impossibles, mais dans Le Côté Occulte de la Franc-maçonnerie, j’ai dit à ce sujet tout ce qui est permis.