Les destructeurs de la joie du foyer

“Nous avons des attentions pour les étrangers et des sourires pour nos hôtes, mais nous réservons souvent notre ton amer pour ceux que nous aimons le plus.”

Bon garçon en société et bouledogue dans sa maison

Ne connaissez-vous aucun de ces hommes qui sont charmants en société, affables avec les étrangers, aimables dans leurs bureaux ou leurs affaires et qui, dès qu’ils sont chez eux, jettent le masque, ne prennent plus aucun souci de surveiller leur ton ou leurs manières, et critiquent et blâment tout ce qui ne leur convient pas ?

Nous avons certainement tous rencontré cet homme, bon garçon en société et bouledogue dans sa maison.

Cette espèce de bouledogue est un curieux animal. Je l’ai vu au fort d’un accès de rage, alors qu’il semblait ne plus se posséder, devenir, en un instant, doux comme un mouton quand la sonnette de la porte d’entrée annonçait une visite, prouvant ainsi qu’il savait se maîtriser lorsque sa vanité ou son amour-propre étaient en jeu.

Nous le voyons souvent à son foyer, muet, fermé, sombre, hargneux ; il ne fait aucun effort pour se rendre agréable aux repas. À son club, ou aux affaires, même si les choses ne vont pas comme il le voudrait, il se sent obligé de se surmonter, car il est trop orgueilleux pour se montrer tel qu’il est ; mais quand il est chez lui, il pense que rien ne l’oblige à se rendre agréable, qu’il a le droit de faire ce qui lui plaît, et d’être aussi maussade qu’il le désire. Il ne fait aucun effort pour se maîtriser.

Une telle grossièreté est un des destructeurs les plus communs de la joie du foyer.

Le mari est plus égoïste et plus indifférent au bonheur domestique

Sans doute la femme a souvent aussi des torts ; cependant elle fait certainement plus d’efforts que l’homme pour maintenir la paix du foyer. Le mari est plus égoïste, et plus indifférent au bonheur domestique ; il laisse volontiers à sa femme la responsabilité de créer un intérieur heureux et d’y entretenir la joie.

“S’il y a des femmes qui ne savent pas être de vraies compagnes pour leurs maris, il y a bien plus d’hommes qui, pour une raison ou pour une autre, ne leur en offrent pas l’occasion”, écrit Mme John Logan.

La plupart des hommes ne comprennent pas la soif de sympathie et le désir d’intimité qu’éprouvent les femmes. Une femme ne peut pas plus vivre une vie normale, quand son mari lui témoigne de l’indifférence, que la rose ne peut répandre son parfum et offrir sa beauté sans les rayons du soleil. C’est sans doute la raison pour laquelle tant de femmes cherchent ailleurs la sympathie que leurs maris leur refusent.

Beaucoup d’hommes pensent que pourvu qu’ils ne battent pas leurs femmes, pourvu qu’ils les nourrissent et les habillent, elles doivent s’estimer heureuses. Mais ces choses ne peuvent assurer le bonheur du genre de femme que vous voudriez pour épouse, ami lecteur.

L’atmosphère de critique et de sévérité tue la joie

Il arrive souvent qu’un homme épouse une jeune fille jolie, gaie, brillante, qui le charme par ses réparties ; puis, au bout de peu de temps, on constate un changement complet dans le caractère de la jeune femme, changement provoqué par les perpétuelles observations de son mari, qui, s’il ne la brutalise pas, la comprime par ses critiques sévères et ses exigences déraisonnables. Cette atmosphère de critique et de sévérité tue la joie, et la jeune femme perd tout naturel et toute spontanéité.

Pensez à ce que souffre une jeune épouse qui sent sa gaîté et sa vivacité l’abandonner. Sa beauté et sa jeunesse se fanent, car son expansion est comprimée par un entourage réfrigérant et sans amour.

Quelqu’un me racontait dernièrement que, pendant un séjour de plusieurs mois dans une maison amie, il n’avait jamais vu le mari donner la moindre marque d’affection à sa femme, quoique celle-ci fût, à tous égards, bien supérieure à son mari.

Elle a traîné, pendant plus d’un quart de siècle, une misérable existence aux côtés d’un époux absolument indifférent à son confort, à son plaisir ou à son bonheur. Il ne lui offre jamais de sortir avec lui, et nulle part on ne les voit ensemble. Jamais il ne semble penser qu’elle peut avoir besoin d’un changement, d’une distraction, d’une vacance. Quand il voyage, il est seul ou en compagnie d’amis. Et cependant, cet homme n’est ni méchant, ni cruel ; il est seulement indifférent ; il n’aime pas sa femme.

Le vrai amour se préoccupe avant tout du bonheur de l’autre

Pour beaucoup de femmes, l’indifférence est pire que la cruauté, si le mari, quelque cruel qu’il soit, leur témoigne par moments un peu d’affection. Une complète indifférence est la chose qu’un cœur de femme peut le moins supporter; elle en souffre extrêmement.

L’indifférence et la cruauté sont des formes tangibles de l’égoïsme. D’une façon moins évidente, peut-être, cet amour de soi-même, que beaucoup d’hommes confondent avec l’amour pour leur femme, l’est aussi. C’est une sorte de projection d’eux-mêmes qu’ils aiment dans leur femme. Ils pensent plus à leur propre confort, à leur propre bien-être, à leurs propres plaisirs qu’au vrai bien-être de leur femme.

Et ces hommes ne croient pas être égoïstes dans leur vie conjugale ; ils croient réellement être généreux ; mais leur vie est tellement concentrée sur eux-mêmes, qu’ils ne peuvent considérer leur femme en dehors d’eux. Le vrai amour, cependant, se préoccupe avant tout du bonheur de son objet et non du sien propre.

Pour beaucoup d’hommes, le roman cesse au mariage

Il est heureux pour le monde que l’amour de la femme ne soit pas aussi égoïste que celui de l’homme ; sans cela, le monde retournerait bientôt à la barbarie.

Quand une femme a tout donné à un mari qui, avant le mariage, était tendre et affectueux, qui avait des égards et des attentions généreuses pour elle, elle ne peut s’empêcher de souffrir quand, après, il se montre indifférent, et n’a plus pour elle ces petites attentions qui faisaient sa joie.

Il semble impossible qu’un homme qui a pu être si affectueux, si bon et si plein d’égards lorsqu’il cherchait à obtenir l’objet de ses vœux, puisse devenir si indifférent et si cruel lorsqu’il le possède !

Pour beaucoup d’hommes, le roman cesse au mariage, comme l’intérêt du chasseur disparaît lorsqu’il a tué le gibier.

J’ai vécu dans la maison d’un couple où le mari témoignait la plus complète indifférence pour sa femme, et la traitait plus comme une domestique que comme une épouse. Si elle disait qu’elle avait mal à la tête ou se sentait peu bien, il ne lui témoignait aucune sympathie, mais la poursuivait de remarques sarcastiques.

Il n’essayait jamais, en aucune façon, de la soulager de son fardeau, et ne lui témoignait aucune attention. Il n’était pas même poli avec elle. Il ne prenait aucune responsabilité dans l’éducation des enfants ou dans la direction du ménage.

Il passait la plupart de ses soirées au club ou dans la compagnie de femmes qu’il trouvait plus attrayantes que la sienne, et avec lesquelles il dépensait sans compter, tandis qu’il était extrêmement avare avec son épouse, et lui faisait rendre compte de chaque sou qu’elle dépensait.

Il amenait même parfois ces femmes chez lui, et sa compagne, tout en souffrant le martyre, essayait de les recevoir gracieusement et aimablement.

La souffrance des femmes

S’il y a une personne à plaindre dans le monde, c’est la femme qui donne son amour et se sacrifie perpétuellement pour ne recevoir en retour que de l’indifférence, de la négligence, et même de la cruauté.

N’est-il pas criminel, pour un homme, de prendre une jeune fille belle, affectueuse, gaie, de l’arracher à la demeure paternelle, après lui avoir fait goûter le temps délicieux des fiançailles, puis de lui enlever toute gaîté et de glacer son amour par une indifférence et un égoïsme coupables ?

Peut-il y avoir un désappointement plus terrible, pour une femme, que voir son rêve d’amour s’évanouir, et le bonheur de son foyer s’éteindre sous les glaces d’une froide et cruelle négligence ?

Si la paix a été troublée, rétablissez-la avant l’heure du sommeil

La jalousie et les soupçons empoisonnent aussi l’atmosphère de la famille. La joie du foyer ne peut exister où ils règnent.

Au seuil de leur vie conjugale, les jeunes époux devraient prendre la résolution de ne jamais laisser le soleil se coucher sur leur colère. Les amoureux s’imaginent volontiers qu’ils ne se querelleront jamais.

Cependant, la plupart des maris et des femmes ont parfois, entre eux, de petits différends, qui n’ont pas beaucoup d’importance, pourvu qu’ils s’astreignent à suivre cette simple règle : ne jamais se coucher sans être en bonne harmonie. Si la paix a été troublée, qu’ils la rétablissent avant l’heure du sommeil. Si l’un a dit ou fait quelque chose qui a chagriné l’autre, qu’il le confesse et en demande pardon, avant de mettre sa tête sur l’oreiller.

“Nous nous offensons trop facilement, écrit quelqu’un. Je connais des ménages où la désunion se met entre le mari et la femme pour des bagatelles. Le mari part pour son travail sans embrasser sa femme, il en est malheureux tout le jour ; et la femme, à la maison, n’est pas moins malheureuse que lui. Ils ont oublié le temps où elle personnifiait tout ce qui était beau et bon, et où lui était le seul héros parmi tous les hommes. Pour un rien, ils nourrissent de mauvaises pensées l’un à l’égard de l’autre ; cela vaut-il vraiment la peine de compromettre ainsi tout le bonheur d’une journée ?

“Que c’est petit et mesquin ! Si ces époux voulaient seulement prendre le temps de réfléchir, ils auraient honte d’eux-mêmes, se demanderaient pardon, et se mettraient à répandre le soleil et la paix dans leur foyer, au lieu de s’offenser mutuellement pour des choses sans importance de quelque côté qu’on les considère.”

Une femme se fane rapidement

“Tu as été la meilleure mère de la terre !” criait un fils à sa mère, alors qu’elle était sur son lit de mort. Cette veuve avait beaucoup peiné et lutté pour élever son garçon. Cependant, c’était la première fois que son fils reconnaissait qu’elle avait été une bonne mère. Elle tourna vers lui ses yeux mourants, et lui dit : “Pourquoi ne me l’as-tu pas dit plus tôt, John ?”

Pensez quel encouragement cela aurait été pour cette pauvre femme, si son fils lui avait montré son amour, et lui avait dit qu’il appréciait ses efforts ! Comme cela aurait illuminé et ensoleillé sa vie si dure !

Pensez à ce qu’est la vie d’une femme qui a une douzaine d’enfants, ce qu’elle doit supporter et endurer lorsqu’elle n’a pas les moyens de se faire aider, et que tout l’ouvrage du ménage retombe sur elle ! Être enfermée, dans la maison, année après année, sans aucune distraction ! Combien de temps un homme supporterait-il une existence pareille ? Comment conserverait-il sa bonne humeur dans une semblable situation ? Quelques jours sans sortir de la maison, c’est tout ce qu’un homme peut supporter, surtout si son repos est troublé par le bruit des enfants.

Peu d’hommes comprennent combien rapidement une femme se fane, s’use et perd sa gaîté lorsqu’elle doit travailler comme une esclave, tout le jour, et encore tard le soir, pour subvenir aux soins à donner à une nombreuse famille. Parce qu’une femme fait tout ce qu’elle peut pour aider son mari, ce n’est pas une raison de permettre qu’elle ruine sa santé et perde le goût de vivre.

Mari, occupez-vous un peu plus de votre femme

Il n’y a rien de plus fatigant, rien de plus exaspérant, rien qui use davantage que le travail monotone et pénible du ménage. L’homme a des occupations variées dans la journée, mais la femme est esclave à la maison ; elle a rarement des distractions. Comment pourrait-elle conserver sa joie, si nécessaire cependant pour les enfants ?

Bien des hommes rentrent chez eux de mauvaise humeur, et s’étonnent de ce que leur femme n’est pas, après une journée d’un travail qui use les nerfs, aussi gaie et aimable qu’ils le voudraient. Et que font-ils pour lui rendre la soirée agréable ? Combien de fois, dans une année, cherchent-ils à lui procurer quelque délassement ? Quand lui accordent-ils des vacances ? Depuis combien de temps ne lui ont-ils plus offert quelques fleurs, un joli livre ou quelque petit présent qui lui prouveraient que son mari a pensé à elle ? Combien de fois de tels hommes renoncent-ils à leur club ou à leur société pour rester à la maison et aider leur femme dans les soins à donner aux enfants, ou pour lui rendre la soirée agréable ?

Enseignez aux enfants à venir toujours à table de bonne humeur

Le foyer a le malheur d’être l’endroit où tous les membres de la famille se rencontrent harassés, de mauvaise humeur, après leur journée de travail. Les enfants sont fatigués de l’école ou du jeu, le père a eu des ennuis au bureau, la mère a eu des soucis de ménage. Et le père, qui a dû faire face à toutes les difficultés de la journée, ne se sent plus astreint chez lui à la même retenue qu’à ses affaires, et laisse trop souvent libre cours à son énervement.

Plus d’un homme ne donne ainsi à sa famille que les restes de son énergie et de son amabilité. Comment s’étonner que les enfants le fuient, qu’ils ne s’élancent pas au devant de lui pour sauter dans ses bras et l’embrasser ? Ils en ont peur, et savent qu’en sa présence ils doivent se tenir tranquilles, sous peine d’être chassés de la chambre ou envoyés au lit.

Faites des repas une occasion de réjouissance, de telle sorte que chacun des membres de la famille les considère comme le plus heureux moment de la journée, celui où l’on jouit d’une agréable conversation, d’une gaîté de bon aloi.

Enseignez aux enfants à venir toujours à table de bonne humeur, et à ne dire que des choses agréables. Si cette bonne habitude était inculquée à tous les enfants, la vie de famille serait révolutionnée, et les médecins n’auraient bientôt plus d’ouvrage !

Prenez la résolution de faire de votre foyer l’endroit le plus heureux de la terre

Dans quelques familles, la conversation à table est si agréable que c’est un vrai plaisir d’y dîner. On est sûr de passer là un joli moment. C’est, parmi ses membres, une aimable rivalité à qui dira la meilleure histoire ou la plaisanterie la plus spirituelle. Dans cette famille, personne ne souffre de dyspepsie.

Faites-vous un devoir de prendre un moment de repos et d’agrément après le dîner ou après le souper. Que votre présence dans la maison soit pour les enfants le meilleur moment de leur existence. Prenez la résolution de faire de votre foyer l’endroit le plus heureux de la terre, un lieu si attrayant que vos enfants préfèrent y passer leurs soirées plutôt que partout ailleurs.

N’ayez pas peur d’un peu de bruit, ou de quelques dégâts occasionnels. Cela vaut infiniment mieux qu’une enfance comprimée, que la dyspepsie et les notes du docteur. La croissance de plus d’un enfant a été entravée, dans le but de ménager le mobilier ou ses vêtements.

La plupart des hommes emploient, pendant la journée, la crème de leur énergie et de leur amabilité, et n’apportent à la maison que le lait écrémé et parfois aigre ! Alors ils s’étonnent que la femme ne soit plus aussi aimable qu’autrefois ! Ils ne se rendent pas compte quelle infime part d’eux-mêmes ils lui apportent, et ils voudraient récolter les mêmes fruits que lorsqu’ils se donnaient à elle tout entiers.

Leur dépression et leur humeur sombre ne peuvent éveiller chez elle son ancienne gaîté et son gentil bavardage ; elles paralysent les jeux des enfants ; elles étouffent la joie du foyer.

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