Les éléments du subconscient

Qu’est-ce que le Subconscient ?

1. Il y a deux parts dans l’activité de votre esprit ; celle dont vous vous rendez compte, qu’on appelle consciente, et celle qui demeure normalement hors de votre perception, de votre contrôle immédiat et direct, qu’on nomme subconsciente. La conscience se limite à la pensée, à la perception, à l’action présente. Mais le reste – votre passé, vos habitudes, vos sentiments – tant qu’il est inaperçu, est à côté de la conscience et constitue le subconscient. Les mêmes faits peuvent, selon les circonstances, rester dans le subconscient ou apparaître dans la conscience. Vous connaissez la date de l’Armistice, mais elle ne revient dans votre conscience que si une occasion extérieure la fait surgir. Vous aimez votre mère: ce sentiment est en vous continuellement ; mais il ne se manifeste à vous et ne s’exprime que lors de certains événements. Vous voulez aller à un rendez-vous d’affaires fixé le matin par téléphone pour 5 heures du soir ; votre volonté ne se présente à vous consciemment et ne se traduit en acte qu’à l’approche de l’heure fixée.

Où donc étaient cette idée, ce sentiment, cette volition ? Ils étaient en réserve dans votre subconscient et ne se sont imposés à votre attention qu’au moment déterminé par les circonstances extérieures ou par votre volonté.

*. Si, en dépit de notre effort pour atteindre à la simplicité – dans un domaine complexe par définition – le lecteur éprouve quelque difficulté à comprendre le premier chapitre de cette Leçon, qu’il veuille bien cependant poursuivre son étude ; le deuxième chapitre tout pratique ne lui sera pas ardu. Après l’avoir assimilé, il devra revenir à la première partie qui, cette fois, sera bien comprise. Il faut toutefois se garder de commencer par la seconde partie.

Il y a ainsi en vous tout le monde caché, d’une richesse et d’une variété inestimables, qui obéit à des lois particulières et qui constitue la majeure partie de votre vie mentale. C’est souvent à votre insu qu’il influence vos tendances, vos pensées vos actions et détermine dans bien des cas vos échecs ou vos succès.

On voit combien il importe d’explorer le subconscient, d’en évaluer le contenu et d’en contrôler, dans la mesure du possible, le jeu, d’autant plus riche qu’on est plus sensible et plus cultivé.

La psychologie classique cartésienne, comme tout notre classicisme, s’est montrée peu favorable à l’idée d’un subconscient psychologique. La tradition rationaliste eût volontiers abandonné le subconscient aux mystiques, et tenu pour purement physiologiques les faits de pensée subconsciente. Mais tour à tour Leibnitz, les Romantiques, Hartmann, Charcot, Pierre Janet, Freud ont signalé le rôle immense joué dans

l’esprit par une activité, psychique qui échappe plus ou moins à la conscience.

Voyez ce qu’est devenue notre civilisation européenne depuis la découverte de l’Amérique. Eh bien ! Vous ne pouvez vous faire qu’une faible idée des transformations qui ont bouleversé la psychologie et la pédagogie depuis qu’on a systématiquement exploré et exploité ce

Nouveau Monde: le Monde Intérieur.

Réaction du Conscient et du Subconscient.

2. Tantôt le conscient s’enrichit directement au contact du monde extérieur (impressions, sensations, etc.), tantôt il puise les éléments dont il a besoin dans le trésor du subconscient. Rappelez-vous que parmi les éléments qui constituent le subconscient, un grand nombre n’y sont arrivés qu’en passant d’abord par la conscience.

Si vous cueillez une rose, vous éprouvez des sensations directes de couleur, de forme et d’odeur ; en outre ressuscitent en vous non seulement toutes sortes d’autres sensations antérieures, mais aussi des idées subconscientes, plus ou moins précises. Cette rose peut vous faire penser aux parfums de l’Orient, à une jeune fille nommé Rose, à Ronsard et à son célèbre sonnet.

Entre le conscient et le subconscient se produit un perpétuel mouvement d’échanges. Le moindre fait déclenche un certain nombre d’idées et de souvenirs qu’on doit apprendre à évoquer ou à rejeter selon les besoins du moment. Il arrive en effet que les données subconscientes risquent de vous submerger par leur masse ou de fausser votre jugement en substituant malgré vous à l’expérience directe.

Lorsque vous faites une observation ou décidez l’exécution d’un acte, ne croyez pas que seules vous dirigent les données conscientes ; vous êtes assailli par toutes sortes d’impressions subconscientes dont vous risquez d’être le jouet. Pour n’être pas dupe du subconscient, vous devez vous rendre compte dans quelle mesure les évocations subconscientes ont pu déterminer votre réaction aux circonstances.

Comment se Manifeste le Subconscient.

3. Le subconscient est actif à chaque moment de la vie mentale, mais c’est bien souvent une activité cachée. Nous n’en apercevons que les résultats, et ceux-ci seulement lorsqu’ils émergent dans notre conscience. Gardez-vous donc d’identifier conscience et esprit. Considérez toujours que votre conscience claire n’atteint qu’une fraction extrêmement restreinte de votre vie mentale. Mettre en évidence l’activité cachée du subconscient dans la mémoire, l’habitude, le commandement de soi-même, la suggestion, l’intuition, les tendances, la vie affective, le sommeil.

Le Subconscient, Antichambre de la Mémoire.

4. Les connaissances de toute sorte que nous avons accumulées au cours de notre vie ne sont pas toutes également et en même temps présentes dans notre conscience. Supposons que vous sachiez cent mille faits de détail, par exemple cent mille mots de diverses langues mortes et vivantes: ces mots sont en vous sans que vous en preniez souci ; vous ne les faites apparaître dans votre conscience qu’au moment où vous en avez besoin. Il en est de même de tous les articles d’un commerce (de quincaillerie par exemple), des prix de toutes vos marchandises, des adresses de vos clients, etc., etc…

Toutes ces connaissances sont emmagasinées en vous-même, dans votre subconscient, qui est comme l’antichambre de votre mémoire.

Certains faits ainsi mis en réserve y sont depuis longtemps sans que vous vous en doutiez. Tels sont vos souvenirs d’enfance: ils sommeillent en vous et ne surgissent que par hasard ; car, en règle générale, ils n’ont pas d’intérêt direct pour votre activité actuelle.

Certains souvenirs se présentent à la mémoire sur-le-champ, et pour ainsi dire automatiquement. Pour d’autres, le temps d’évocation est plus long: si on vous demande à brûle-pourpoint le nom d’un homme avec qui vous avez joué au tennis pendant toutes vos vacances il y a quatre ans, peut-être vous faudra-t-il un certain temps pour faire émerger ce nom des profondeurs de votre subconscient ; à plusieurs reprises vous croirez l’avoir présent à votre esprit: peut-être même ne se présentera-t-il à vous que plusieurs jours après, d’une manière inattendue. Dans ce cas, il s’est produit en vous tout un travail extrêmement complexe.

Notre mémoire est partiellement en dehors de notre contrôle immédiat et travaille en secret: mais on peut toujours, en éduquant son esprit, tirer parti de ce mécanisme interne et manoeuvrer le subconscient au profit du conscient, soit que l’on veuille mettre en pleine lumière ce qui était dans l’ombre, soit que l’on veuille repousser dans la réserve subconsciente ce dont on n’a pas besoin au moment considéré.

La Mémoire se sent Aidée par le Subconscient.

5. On sait qu’il arrive souvent en cherchant un nom propre de « l’avoir au bout de la langue ».

Cette impression est une preuve de l’existence du subconscient: « J’ai ce que vous cherchez, nous rassure-t-il ; regardez bien ici et là, vous le trouverez certainement. »

Dans d’autres cas, il s’agit de la résistance du subconscient aux fausses suggestions. Supposons que vous parliez d’une personne ou d’une ville dont vous avez complètement oublié le nom, vous sentez parfaitement que même avec le plus grand effort vous n’arriverez jamais à l’évoquer. Mais, si on vous propose un nom qui n’est pas celui que vous avez oublié, votre subconscient s’oppose à la suggestion et vous répondez: « Non, ce n’est pas ça. »

L’Habitude et l’Automatisme.

6. Toute action répétée tend à devenir automatique, c’est-à-dire à se produire sans le concours de la conscience et de la volonté. Les actions ce qu’on appelle habitude et ils sont à la base de tout apprentissage. Alors même qu’une action nous paraît être consciente, seule une partie infiniment petite est vraiment telle. Par exemple, on croit marcher d’une manière consciente quand on y fait attention, amis fût-ce au prix du plus grand effort, on n’aura jamais conscience de certains petits mouvements qu’on fait dans différentes jointures et qui étaient conscients jadis, dans l’enfance. Le cinéma au ralenti nous montre d’ailleurs combien complexe est le moindre mouvement.

Pour nous rendre compte de la place qu’occupent les cations subconscientes dans la vie quotidienne, citons un passage de William James: « Vaquer à sa toilette, ouvrir et fermer un placard, etc…, tous ces actes échappent à peu près complètement au contrôle de nos centres intellectuels. Qui peut dire au juste quelle chaussette, quel soulier, quelle jambe de pantalon il met les premiers ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord récapituler mentalement les actes et souvent même il faut les refaire. Ainsi de ces autres questions: quel est de mes volets celui qui s’ouvre le premier ? Dans quel sens s’ouvre ma porte, etc., etc…? Je ne sais pas: mais ma main le sait, qui ne se trompe pas. »

L’importance pratique de l’habitude est considérable. Songeons à c qui nous arriverait si le subconscient venait à nous manquer: « Si la direction de chaque acte, dit encore William James, exigeait toujours de la part de la conscience la même absorbante application, il est évident que toute l’activité d’une vie pourrait se borner à une ou à deux actions et que tout progrès serait impossible. S’habiller et se déshabiller suffiraient facilement à l’emploi d’une journée entière ; l’attitude du corps absorberait toute l’attention et toute l’énergie ; se laver les mains ou mettre un bouton coûterait ce que cela coûte à un petit enfant lors de son premier essai ; et de tels efforts ne pourraient que nous épuiser complètement. Songez à toute la peine qu’on se donne pour apprendre à un enfant à se tenir sur ses jambes, aux nombreux efforts qu’il doit faire lui-même, et comparez à cela l’aisance avec laquelle il ; se tient debout plus tard, inconscient d’un effort quelconque ».

Une foule de petits faits de la vie courante attestent d’ailleurs notre automatisme: Jean Petit vient de se faire un nouvel ami en la personne de Pierre Magnin, et celui-ci l’a invité à dîner le soir même à 7 heures. En arrivant à l’appartement de Magnin, Petit cherche d’un air distrait sa propre clé dans sa poche et va l’introduire dans la serrure, lorsqu’il se rappelle soudain qu’il n’est pas chez lui. « Quel idiot je fais ! » murmure-t-il, tandis qu’il remet la clé dans sa poche et sonne à la porte. Une partie de son esprit travaillait sans qu’il eût conscience de cette action.

Il y avait une porte à ouvrir et, sur le moment, il l’a prise pour sa propre porte. Vous ne manquerez pas de trouver dans votre expérience personnelle des cas analogues.

Le Commandement de Soi-même et ses Défaillances.

7. Vouloir, c’est donner des ordres à son subconscient ; la conscience est comme un chef qui commande à ses subordonnés ou à son personnel. Parmi les ordres qu’on se donne à soi-même, il en est qui doivent être exécutés tout de suite, par exemple écrire une lettre urgente ; et d’autres qui sont à exécuter dans un avenir plus ou moins lointain ; enfin dans l’habitude, l’ordre a été donné par la conscience au subconscient une fois pour toutes et l’acte se répète périodiquement. Une personnalité bien équilibrée est celle dont la conscience donne des ordres précis et dont le subconscient obéit au moment fixé.

Mais chez beaucoup d’individus, ce mécanisme n’est pas bien coordonné. D’où les distractions et les oublis: le subconscient n’a pas exécuté au moment voulu l’ordre donné par la conscience ; on voulait emporter son parapluie, éteindre la lumière en sortant, faire une visite ou une course urgente, mais le subconscient a manqué de déterminer les gestes nécessaires.

Ce manque d’exécution d’un ordre à échéance ne doit pas être confondu avec ce qu’on nomme un oubli de mémoire ; ce dernier est dû à un défaut d’observation, à une insuffisance d’attention, à une difficulté d’évocation.

La Suggestion.

8. Tout état de conscience, on l’a vu, est entouré d’une zone d’impressions, d’idées, de sentiments subconscients, qui jouent souvent dans la vie mentale un rôle plus important que cet état conscient lui-même. Ainsi s’expliquent les sympathies et les antipathies irraisonnées, la confiance et la défiance spontanées à l’égard d’autrui. C’est sur cette zone subconsciente qu’agit la suggestion.

Une conviction nette, forte et consciente donne le pouvoir d’influencer le subconscient de ceux qui ne se rendent pas compte des conditions de leurs sentiments et de leurs idées: on dit alors qu’ils sont suggestibles (la suggestibilité est en raison inverse de la précision des idées et de la force du sens critique).

La résistance à al suggestion varie selon les individus et les circonstances. Un développement coordonné de la personnalité, une confiance normale en soi, une maitrise éprouvée de soi l’augmentent. Par contre, d’autres facteurs la diminuent. On est plus suggestible dans les états de passion, d’émotion vive, de vanité, de présomption, de surmenage, de fatigue générale, bref dans les cas de moindre cohésion de la personnalité.

L’Intuition.

9. L’Intuition n’est pas un pouvoir surnaturel, un don miraculeux: c’est une connaissance qui semble être directe, mais qui est, en réalité, le résultat d’un travail subconscient. L’analyse permet toujours de discerner qu’elle a pour point de départ une accumulation subconsciente d’idées et de sentiments. Ils dorment en nous et n’apparaissent dans la conscience sous une forme coordonnée que sous l’influence d’une excitation extérieure ou intérieure. L’intuition joue un rôle considérable dans toutes les professions. Un médecin peut formuler son diagnostic en étudiant certains symptômes et en raisonnant à leur sujet d’une manière consciente ; mais s’il a beaucoup d’expérience, quelques indications suffisent pour mettre en marche les raisonnements subconscients et déterminer en quelques secondes un diagnostic exact.

Il faut donc que l’intuition se base sur des connaissances à la fois précises et nombreuses. Sinon elle est fausse. Les imaginatifs et les timides sont souvent victimes de la tendance à confondre le possible et le réel, la supposition et la certitude.

Les Tendances.

10. On appelle tendance une impulsion intérieure qui vous pousse vers l’action ou vers son objet. Une tendance peut être le fruit d’une décision volontaire et consciente, ou surgir d’une façon spontanée et inattendue. La faim, la soif, le besoin de se mouvoir qu’on éprouve à certains moments, la recherche de la société, la vocation artistique, la curiosité scientifique, le désir désintéressé d’aider son prochain ou de contribuer au progrès de l’humanité: voilà quelques tendances caractérisées.

Les tendances couvées à notre insu dans le subconscient nous apparaissent un beau jour déjà toutes formées, souvent pour nous surprendre par leur force mystérieuse. Nombreux sont les exemples que nous fournit l’histoire d’explosions de cette sorte: des personnes de condition modeste ont senti naître en elles, tout à coup, une tendance irrésistible à des exploits héroïques ; des coeurs paisibles ont été allumés soudain d’un feu sacré.

Les tendances jouent dans notre vie un rôle considérable qu’il importe de bien connaître. On peut distinguer celles qui se rapportent à la vie organique (besoins ou appétits) et d’autres qui se rapportent à la vie psychologique (inclinations, penchants). Ou bien on les divise en « égoïstes » et en « altruistes ». Pierre Janet les classe selon leur évolution en inférieures, moyennes et supérieures.

Le Pelmanisme, qui est avant tout pratique et qui a pour principe que tout doit aboutir à l’action, distingue: les tendances qui doivent être combattues et celles qui doivent être cultivées.

Les Sentiments.

11. La vie sentimentale est si chargée de subconscient que nous pouvons nous faire illusion du tout au tout sur ce que nous éprouvons réellement. Les romanciers, les dramaturges montrent qu’il arrive d’aimer la personne qu’on croit haïr. La passion est aveugle. Pour aimer Psyché, Eros ne doit pas la voir, et chez les Romains, Cupidon est représenté les yeux bandés.

Nous sommes tellement ignorants de nos sentiments exacts que souvent une autre personne se montre à cet égard plus perspicace que nous-mêmes. Un fait accidentel peut, à notre grande stupéfaction, nous révéler l’état dans lequel nous nous trouvons en réalité. Tel qui croit qu’une certaine personne lui est indifférente, blêmit si on lui annonce qu’elle a été victime d’un accident: et c’est ainsi qu’il est fixé sur ses propres sentiments.

Le tréfonds de notre affectivité se trouve si caché dans l’intimité de notre subconscient que la réflexion l’altère et que l’expression le trahit.

Impossible de contempler en plein soleil les brumes de matin ; impossible de décrire en un clair langage les incertitudes nocturnes. D’où la détresse de Sully-Prudhomme:

« Hélas ! A mes pensés le signe se dérobe,
Mon âme a plus d’élan que mon cri n’a d’essor.
Je sens que je suis riche, et ma sordide robe
Cache aux yeux mon trésor. »

Et encore:

« Quand je vous livre mon poème,
Mon coeur ne le reconnaît plus,
Le meilleur demeure en moi-même,
Mes vrais vers ne seront pas lus. »

Le Sommeil.

12. Si vous dormez huit heures sur vingt-quatre heures, le tiers de votre vie s’écoule dans le subconscient. La conscience que vous avez en dormant est beaucoup moins nette que celle d’un esprit « éveillé ». Certes, vous êtes conscient de vos rêves, mais si vous ne les oubliez pas dès le réveil, du moins vous n’en gardez pas longtemps la mémoire. Cet état de demi-conscience où nous plonge le sommeil ne détermine pas la formation d’une personnalité différente de la nôtre, car nos tendances profondes se trahissent dans nos rêves, et nous pouvons, en dormant, poursuivre une recherche, un travail qui nous occupait à l’état de veille.

Nos capacités peuvent même se trouver accrues pendant le sommeil. Des mathématiciens ont découvert ainsi la solution de problèmes vainement abordés pendant la journée. Un homme, ne pouvant se décider à acheter une propriété qui lui est offerte, prend la résolution de laisser « passer une nuit là-dessus »: et, le matin, quand il récapitule les « pour » et les « contre » de l’affaire, il voit plus nettement où se trouve son intérêt. Si on lui demande pourquoi il a cru bon de « dormir là-dessus », il dira probablement qu’un je ne sais quoi se produit pendant le sommeil, un je ne sais quoi que Julliot appelle un travail de maturation, et qui permet d’envisager le problème avec plus de clarté.

Les poètes, qui souvent éprouvent l’inspiration indépendamment de leur volonté, ont signalé bien des faits de ce genre, Goethe assure que pendant plusieurs années son talent créateur ne l’abandonna pas un instant: « Comme j’avais écrit le roman de Werther à peu près inconsciemment, à la manière d’un somnambule, je m’en étonnai moi-

même quand je le parcourus. »

Mon esprit, votre esprit, l’esprit de chacun a, pendant le sommeil et selon ses capacités naturelles ou esquisses, le pouvoir d’élaborer de façon originale les matériaux accumulés dans sa mémoire. Personne ne l’ignore: c’est dans le rêve que l’imagination se donne le plus libre cours. Mais voici quelque chose que tous ne savent pas: un esprit réfléchi et méthodique peut tirer parti utilement, quoique inconsciemment, de cette faculté constructive aux heures même de repos, où se détend sa pensée. Quand à l’élément d’absurdité qui se glisse dans nos rêves, nous le répudions aisément à l’état de veille, en éliminant tout ce qui ne s’accorde pas avec la réalité scientifique.

La Psychanalyse.

13. Les ordres de faits que nous venons de signaler: mémoire, habitude, rêve, suggestion, sentiment, montrent que les fonctions conscientes de l’esprit supposent une activité subconsciente dont seuls les résultats se laissent apercevoir. Nous sommes loin d’avoir inventorié tout ce qui subsiste inconsciemment dans notre esprit. Non seulement notre passé – par la mémoire, – et notre avenir – par les tendances, – sont pétris d’inconscient, mais notre conscience présente elle-même s’en trouve comme saturée. Ainsi l’attention, qui découvre progressivement plus de détails en une perception donnée, prouve que cette perception était pleine d’éléments réels, quoiqu’inaperçus. L’association des images ou des idées, les principes de coordination mentale opèrent en nous à notre insu. Rien de plus difficile que de satisfaire au précepte de Socrate: « Connais-toi toi-même. »

Chacun de nous, dans la connaissance immédiate qu’il a de lui-même par la conscience, croit se saisir tout entier. Ce que nous venons d’expliquer montre combien insuffisante est cette compréhension directe par « introspection », puisque nos états conscients supposent l’existence autour d’eux d’une immense activité psychique subconsciente, et en sont même tout pénétrés.

La psychologie moderne a par suite été amenée à aborder l’examen de cette partie obscure qui teint tant de place en nous. Les recherches de Pierre Janet sur l’Automatisme Psychologique (1889) ont ouvert cette voie nouvelle, que le maître n’a cessé d’élargir. Son exemple a suscité de la part du Viennois S. Freud une méthode originale, qu’a exploitée en divers sens toute une pléiade de psychiatres. Sans nous dissimuler les faiblesses ou les excès de cette méthode qui a fait grand bruit, nous devons en signaler l’intérêt.

La psychanalyse de Freud est une méthode d’exploration du subconscient. Quoiqu’elle ait pris son origine dans des recherches sur l’hystérie (Studien uber Hystérie, 1895), elle vaut en dehors des cas morbides et de l’hypnose, et s’applique à la psychologie morale (1). Il est malaisé de s’étudier soi-même, mais un psychanalyste professionnel dispose de mille procédés pour s’enquérir de l’état de votre subconscient. Certains tics, de menus actes de la vie courante, des lapsus de langue ou de plume, des hésitations, des erreurs de mots dans la conversation en apparence la plus insignifiante: voilà des indices. L’observation du sens que prennent les associations d’idées spontanées: voilà une autre source d’information. Les idées, les mots qui se présentent révèlent bientôt quelque chose des tendances foncières du sujet. L’analyse des rêves fournit encire une importante documentation, justement parce que les aspirations profondes de notre personnalité y transparaissent plus librement que dans la conscience de l’homme éveillé.

Dans cette investigation les moindres détails peuvent avoir une valeur de symptômes ; l’expert psychologue, procédant comme un juge d’instruction, ne saurait montrer trop d’ingéniosité pour réunir les éléments caractéristiques, décisifs, qui fixeront le diagnostic. L’extrême difficulté résulte de ce que la conscience la plus sincère cherche à se tromper elle-même, car elle craint de s’avouer ce qu’elle renferme exactement ; a fortiori, ce que renferme son subconscient. Qui n’a « chassé de son esprit » un souvenir fâcheux, une convoitise répréhensible ? Les obligations de la vie, les convenances sociales, l’éducation, la morale: autant d’influences puissantes, qui en grande partie brident nos instincts et les « refoulent » dans les profondeurs subconscientes d’où il leur est malaisé de se dégager.

Ces tendances profondes, plus ou moins inassouvies, sont ce qu’il y a d moins avouable, de moins noble en nous. Des littérateurs, des psychologues, ont révélé ce que peut renfermer de pervers « l’envers » des consciences les plus délicates, les plus probes. Freud exagère, sans doute, mais voit juste souvent, lorsqu’il dénonce la sensualité comme le ferment qui fait bouillonner en sourdine, amis furieusement, nos instincts. Contenus par la « censure » de la conscience normale, à l’état de veille, ils se rattrapent volontiers dans la rêverie et surtout le rêve, à travers le symbolisme bizarre et capricieux de l’imagination. Le songe, disait déjà Alphonse Daudet, est « une soupape ».

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