Les joies de l’amitié

Il n’est pas de trésor, de bien plus précieux,
Plus pur que l’amitié. Qui connaît sa puissance ?
Ami, écoute-moi. Elle est la confiance,
Et la sécurité ; c’est le bonheur pour 2 ;
C’est, pour des cœurs unis, une solide armure ;
c’est la richesse la plus pure.

“J’irais en enfer, s’il existe un tel lieu, avec un ami de mon choix, mais je ne voudrais pas aller au ciel, malgré toutes les descriptions que j’en ai lues, si cet ami devait rester dehors”, disait le Dr Minot J. Savage au cours d’un sermon sur les bienfaits de l’amitié.

L’intimité que crée l’amitié révèle les secrets profonds de nos cœurs.

Y a-t-il quelque chose de plus sacré dans ce monde que l’amitié dévouée et sans égoïsme, et cependant, y a-t-il une chose que nous négligions autant de cultiver et de conserver ?

Cultivez en vous des qualités attrayantes et aimables

Une des raisons pour lesquelles tant de personnes ont si peu d’amis, est qu’elles donnent peu et attendent tout des autres. Si vous cultivez en vous des qualités attrayantes et aimables, les amis viendront en foule.

Bien des gens s’occupent de toutes espèces de choses et ne donnent à leurs amis que des bribes de leur temps, quand ils devraient au contraire en faire une affaire importante. Nos amis n’en valent-ils pas la peine ?

Y a-t-il rien de plus beau dans ce monde que la certitude de posséder des amis loyaux, dont l’affection ne sera influencée ni par la fortune, ni par la pauvreté, des amis qui nous aiment encore plus dans l’adversité que dans la prospérité !

Ah ! il n’y a rien qui stimule, qui aide et rende heureux comme un véritable ami. Cicéron pouvait bien dire : “Ceux qui enlèveraient l’amitié de la vie feraient tout aussi bien d’enlever le soleil du monde, car nous n’avons rien reçu de meilleur des dieux immortels, rien de plus délicieux.”

Ce que les amis nous apportent

Qu’il fait bon d’avoir des amis enthousiastes qui s’occupent toujours de nos intérêts, qui travaillent pour nous en tout temps, qui nous supportent, nous défendent en notre absence, qui masquent nos points faibles, arrêtent les médisances, détruisent les mensonges qui nous nuiraient, corrigent les impressions fausses, essayent de nous maintenir dans le bon chemin, surmontent le préjudice causé par quelque erreur commise ou quelque mauvaise impression faite dans un moment défavorable, qui sont toujours occupés à nous aider ou à nous encourager !

Quelle triste figure nous ferions, la plupart d’entre nous, sans nos amis ! Quelle triste réputation nous aurions sans nos amis qui ont paré les coups, et nous ont prodigué le baume qui adoucit les cruelles blessures faites par le monde ! Beaucoup d’entre nous seraient aussi plus pauvres financièrement, sans les amis qui nous ont envoyé des clients ou procuré des affaires, et qui nous ont toujours favorisés de tout leur pouvoir.

Oh ! quel bienfait sont nos amis pour nos idiosyncrasies, nos déficits, et en général tous nos manquements ! Comme ils savent couvrir nos fautes et nos défauts du manteau de leur charité !

Que ce monde serait triste et froid, vide, insipide, stupide, sans les amis qui croient en nous-mêmes quand tout le monde nous accuse, qui nous aiment, non pour ce que nous possédons, mais pour ce que nous sommes !

Ceux qui nous apprécient, qui accroissent au lieu de la détruire notre confiance en nous-mêmes, doublent notre énergie et notre force. En leur présence, nous nous sentons capables de tout.

La merveilleuse influence

C’était un des secrets de la merveilleuse influence qu’exerçait Phillips Brooks. Plein d’une foi invincible dans les possibilités renfermées en tout homme, il éveillait dans le plus médiocre jeune homme la force qui dormait en lui, à tel point que celui-ci se sentait presque un géant en sa présence, et trouvait en lui-même le courage de faire des choses dont il ne se serait jamais cru capable.

Il avait l’heureuse faculté d’éveiller chez les autres le sentiment de leur dignité innée – un sentiment aussi différent de l’égoïsme que la lumière est différente des ténèbres –, de fortifier leur confiance en leurs propres forces, d’éveiller leur enthousiasme pour la poursuite du bien.

Il faisait sentir à ceux qui entraient en contact avec lui que c’est vil et méprisable de regarder en bas quand on peut regarder en haut, de ramper quand on peut s’élever, de faire le moins quand on peut faire le plus. En sa présence, les timides devenaient audacieux, les vacillants trouvaient leur équilibre, les négatifs devenaient positifs.

Qui pourra estimer la valeur d’une influence pareille ? Nos meilleurs amis ne nous font jamais sentir notre infériorité ou nos faiblesses. Au contraire, ils nous aident toujours à nous élever, à aller de l’avant.

Nos vrais amis s’occupent de nous

Oh ! comme un ami a su changer la vie de plusieurs d’entre nous ! Combien de personnes ont été préservées du désespoir et du découragement par un ami loyal et fort ! Combien d’hommes et de femmes ont été sauvés du suicide par la pensée que quelqu’un les aimait, croyait en eux ; combien ont préféré souffrir des tortures, plutôt que de déshonorer ou de désappointer leurs amis ! La pression d’une main amie, ou une parole encourageante, amicale, ont souvent été le point tournant d’une vie.

Qu’y a-t-il de plus sacré au monde que nos amitiés ? Une des choses les plus touchantes que je connaisse est la manière dont un ami exerce ses bons offices envers celui qui ne sait pas être un ami pour lui-même, celui qui a perdu le respect, la maîtrise de soi-même et s’est ravalé au rang de la brute ! Ah ! c’est un vrai ami que celui qui prend ainsi soin de nous quand nous ne savons plus prendre soin de nous-mêmes !

J’ai connu quelqu’un qui est ainsi resté l’ami d’un homme devenu l’esclave de la boisson et de toutes sortes d’autres vices, à tel point que même sa famille l’avait abandonné. Cet ami le suivait dans ses nuits de débauche, et plus d’une fois le sauva de la mort, alors qu’il était dans un tel état d’ébriété qu’il ne pouvait plus se tenir debout.

Combien de fois cet ami quitta sa demeure pour l’aller chercher dans les bouges, pour le préserver de tomber entre les mains de la police, et l’empêcher de mourir de froid quand tout le monde l’avait abandonné ! Ce grand amour releva enfin l’homme tombé, qui put recommencer sa vie décente et rentrer dans sa famille. Aucune fortune peut-elle égaler une semblable amitié ?

Rien ne peut égaler les délices suprêmes

Que savent éveiller les sources de l’esprit ;

Bienheureux l’ignorant, par son ami instruit ;

Heureux aussi celui qui sait, parce qu’il aime.

L’amitié qui recule devant la nécessité de dire la vérité, et ne peut souffrir de causer de la peine quand la justice le réclame, ne peut égaler celle qui est absolument juste, franche et sincère. La sincérité est la base de l’amitié.

Il y a dans l’amitié un baume qui peut guérir des milliers de blessures

Beaucoup de personnes semblent croire que leurs amis sont un simple incident de leur vie, qu’il ne vaut pas la peine de faire des sacrifices pour les conserver. Le résultat est que leurs vies sont infructueuses et peu satisfaisantes.

Nul ne vit, dans le vrai sens du terme, s’il n’a plusieurs amis. Nul ne peut recevoir beaucoup de la vie s’il la passe absolument seul. C’est le contact vital, la douce et agréable communion avec nos semblables, qui donnent à notre vie sa valeur.

Une des raisons pour lesquelles tant de gens sont désappointés de ce que leur vie leur apporte, c’est qu’ils n’ont jamais cherché à se faire des amis.

Quelqu’un a très bien dit que le bonheur est le besoin de donner, tandis que le malheur est le besoin de recevoir.

L’amitié est un échange des qualités du cœur ; elle ne profite pas à un seul. Il ne peut y avoir de réelle amitié sans réciprocité. Nul ne peut, en recevant tout et en ne donnant rien, ou en donnant tout et en ne recevant rien, s’attendre à éprouver toutes les joies et l’enrichissement que procure une vraie amitié.

“Plus d’un cœur est affamé et misérable, simplement parce qu’il n’a pas d’amis. Il y a dans l’amitié un baume qui peut guérir des milliers de blessures. Il y a dans la tendre sympathie d’un ami une puissance qui peut dissiper le désespoir, et faire luire le soleil de l’espoir, de telle sorte que la vie en soit transformée.”

Combien d’hommes et de femmes, affamés d’affection, s’en vont dans la vie avec une sensation d’isolement, simplement parce que quelque chose dans leur personnalité repousse ! Ces personnes sont ordinairement fières et très sensibles, et elles s’étonnent de ce qu’on les évite, mais elles n’ont jamais pris la peine de s’étudier elles-mêmes, et d’en trouver la raison.

Donnez le meilleur de vous-même à tout individu, en toute occasion

L’amitié a pour base l’admiration. Beaucoup de gens ne peuvent avoir de grandes amitiés parce qu’ils n’ont pas eux-mêmes les qualités qui attirent les nobles qualités des autres. Si vous êtes intolérant, si vous manquez de charité, de cordialité, si vous êtes étroit, peu sympathique, vous ne pouvez vous attendre à ce que des caractères généreux, au cœur large et noble, puissent vous aimer.

Un heureux tempérament, le désir de répandre la joie et la gaîté autour de soi, d’aider les autres, sont de puissants facteurs d’amitié. Les vertus qui enrichissent le cœur proviennent d’une disposition à la douceur, d’une âme ensoleillée et bienveillante. Il y a des personnes qui répandent le soleil et la joie partout où elles vont ; elles font fuir les ténèbres et illuminent les cœurs meurtris.

Combien nous hâterions le millenium si nous pouvions seulement voir un frère dans la plus misérable créature humaine, si nous pouvions considérer les autres comme la Charité le fait, elle qui sait voir Dieu dans le plus vil des hommes, un philanthrope dans le plus misérable, un héros dans le plus grand lâche, et qui dit toujours : “Ne condamnez pas cet homme ; il y a en lui quelque chose de divin qui peut être éveillé.”

Si vous voulez être heureux, cultivez une nature ouverte, des manières aimables et gaies, un esprit joyeux ; ne soyez pas avare de vos louanges, de votre cordialité, de votre aide. Donnez le meilleur de vous-même à tout individu, en toute occasion. Apprenez à dire aux gens des choses agréables, faites des actions généreuses, et vous serez surpris de voir combien votre vie s’élargira, comme votre âme se répandra, et à quel point tout votre être sera enrichi et ennobli.

Ne craignez pas de dire à vos amis que vous les aimez. Parlez-leur des qualités que vous admirez en eux. Ne présumez pas trop de vos affections. Ne permettez pas qu’elles soient mises à l’épreuve par de trop longues absences sans communications. Voyez vos amis le plus souvent possible.

C’est seulement celui qui perd sa vie, qui la donne royalement aux autres, qui la trouve. Ce sont les semailles qui donnent la plus riche moisson. L’homme qui reçoit tout ce qu’il peut, et ne donne rien, ne connaît pas les vraies richesses. Il ressemble au fermier qui trouve que son grain a trop de valeur pour le semer dans la terre et préfère le garder dans son grenier ; il agit ainsi parce qu’il ne sait pas voir la moisson dans la semence. La question n’est pas de savoir combien nous avons reçu dans ce monde, mais combien nous avons aidé les autres à recevoir.

Le succès ne vaut rien sans les amis

L’homme le plus riche qui ait vécu sur le continent américain est peut-être Abraham Lincoln, parce qu’il s’est donné lui-même à son peuple. Il n’essaya pas de vendre son habileté au plus offrant. Les gros dividendes n’exerçaient sur lui aucun attrait.

Lincoln vit dans l’histoire parce qu’il pensait plus à ses amis – et tous ses compatriotes étaient ses amis – qu’à son porte-monnaie. Il s’est donné lui-même à son pays, comme un sage fermier donne sa semence à la terre, et quelle moisson est issue de cette semence ! Personne n’en verra la fin.

Un des plus tristes effets de la vie intensive américaine est le terrible massacre d’amitiés que font nos chasseurs de dollars.

Y a-t-il rien de plus triste que d’avoir beaucoup d’argent mais point de vrais amis ? Que vaut cette chose que nous appelons le succès si nous lui avons sacrifié nos amitiés, les choses les plus sacrées de la vie ? Nous pouvons avoir beaucoup de connaissances, mais les connaissances ne sont pas des amis. De nos jours, il ne manque pas de gens riches qui ne connaissent pas le luxe d’une vraie amitié.

Soyez riche en amis

La capacité de se faire des amis est le meilleur témoignage rendu au caractère. Nous avons instinctivement confiance en ceux qui tiennent à leurs amis, envers et contre tout. C’est l’indication qu’ils possèdent de splendides qualités. Les gens mauvais sont incapables d’avoir de vrais amis.

C’est à l’effet qu’ils produisent sur le caractère qu’on peut estimer les amis à leur réelle valeur. Le Dr Hillis dit que “la destinée est influencée par l’amitié ; la fortune d’un jeune homme est faite ou compromise, suivant les compagnons qu’il choisit.”

Notre caractère est influencé par les amis auxquels nous nous attachons. Nous arborons leurs couleurs, nous acquérons leurs qualités, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. “Les hommes deviennent faux, dit Charles Kingsley, quand ils vivent avec des menteurs, cyniques, lorsqu’ils vivent avec des blasphémateurs, affectés, quand ils sont en contact avec des gens affectés ; ils prennent l’expression des visages avec lesquels ils vivent.”

Nous ne possédons que ce que nous donnons. Nos amis sont la moisson de l’affection que nous avons semée. Si la semence est pauvre, la moisson sera pauvre. L’homme qui est riche en amis a semé richement de la sympathie, de l’intérêt, de l’admiration, de l’aide, de l’amour.

“Nos amis, s’ils sont nombreux et sincères, peuvent ajouter bien plus à la richesse et au bonheur de notre existence, que toutes les richesses des Indes.”

“Le but de l’amitié, disait Sénèque, est d’avoir quelqu’un qui me soit plus cher que moi-même, et pour le salut duquel je donnerais joyeusement ma vie. Seuls, les hommes sages peuvent être des amis ; les autres ne sont que des compagnons.”

“L’amitié est une voie ouverte au bonheur. J’ai toujours pensé, dit Ella Wheeler Wilcox, qu’une riche nature est capable de cultiver plusieurs vraies amitiés. Un ami vous est cher pour une raison, l’autre pour une autre raison.

Comment reconnaître les amis qui ne sont pas sincères

“Les amitiés sont la bibliothèque du cœur. L’ami sérieux est le livre de philosophie ; l’ami gai, le livre de l’esprit ; et le poète, l’auteur et l’historien y sont aussi représentés. De même que, dans notre bibliothèque, aucun livre ne nuit à l’autre, ainsi aucun ami ne peut nuire à l’autre dans notre cœur.”

“Mais vous pouvez rencontrer des amis qui ne sont pas sincères, et dont l’amitié n’est qu’un nom, me dit le pessimiste. Vous aurez des désillusions, et elles vous seront plus amères qu’aucune amitié ne pourrait vous êtes douce. Restez seul avec vous-même, et évitez de vous livrer à une rêverie inutile.”

“En dépit de tout, je poursuivis ma route et formai bien des liens d’amitié. Quelques-uns furent brisés et je souffris ; mais j’appris une grande vérité, qui est toujours restée gravée dans mon cœur : être un véritable ami, et se sentir digne d’une vraie amitié, voilà la route qui conduit au bonheur vrai et durable.”

Saurais-tu distinguer un véritable ami
Du flatteur dangereux qui n’est qu’un ennemi ?
Écoute : Quand, un jour pour toi sonnera l’heure
Où le chagrin viendra s’asseoir à ta demeure,
L’ami toujours fidèle essuiera tes yeux ;
Pour veiller, pour souffrir, vous serez toujours deux.
(Imité de Shakespeare par L. Dunand.)