Les variétés de la discipline pelmaniste

Trois facteurs principaux différencient la discipline Pelmaniste : l’âge, le sexe, la fonction sociale.

L’Age.

La règle qui convient à la maturité ne peut pas être celle que l’on prescrit à l’enfance. La vieillesse ne saurait se comporter comme les jeunes. Ce sont là des banalités, mais on n’en tire pas toujours les conséquences nécessaires, et beaucoup de crises douloureuses s’ensuivent.

Nombreux sont les hommes qui manquent d’initiative, de confiance en eux-mêmes, simplement parce qu’ils ont gardé, ineffaçables, les impressions d’une enfance qui fut comprimée. Certes, il faut faire obéir les enfants, mais les parents dépassent souvent le but, par exemple s’ils traitent un garçon de quinze ans comme un gamin de huit ans : ils en font, alors, ou un révolté, ou un pusillanime. La plupart des timides portent le poids d’une éducation maladroite.

Nombreuses les femmes non mariées qui restent, à quarante ans, ce qu’elles étaient à dix-huit. Or, la réserve qui sied à une jeune fille choyée par ses parents devient faiblesse chez la même personne, qui plus tard, seule dans la vie, doit faire face aux nécessités de l’existence.

Quant aux vieillards qui se comportent en jouvenceaux, la comédie se charge de railler leurs travers.

Il n’y a pas « d’âge critique », moralement parlant; tous le sont, et qui de son âge n’a pas les mérites, de son âge a tout le malheur.

Vis-à-vis de l’enfance et de l’adolescence, le Pelmanisme coïncide avec l’éducation. Nous laissons à nos adeptes le soin d’adapter aux jeunes êtres qui leur sont chers les principes de notre méthode. Pour mener à bien cette mission délicate, il faut savoir concilier, comme nous venons de vous y convier, la rigueur et la souplesse de la règle. L’enfant changeant beaucoup plus vite que l’adulte, c’est à son égard, plus encore que vis-à-vis de nous-mêmes, qu’il importe d’approprier la discipline aux besoins.

Cette oeuvre de longue haleine requiert à la fois de l’autorité et un grand respect de la personne de l’enfant. Elevez vos fils, vos filles, pour eux, non pour vous. Rompez-les à une discipline, mais faites leur confiance tout en les guidant, préparez-les à la liberté. Donnez-leur le goût de l’initiative, mais aussi le sens de l’ordre. Pensez que pour leur faire tout le bien qu’ils attendent de vous, il importe que vous évitiez de leur causer beaucoup de préjudices, fût-ce avec la meilleure intention du monde. Il vous faut infiniment de vigilance et de tact pour les doter de santé physique et morale, non seulement quand ils ont la faiblesse des premières années, mais pendant la crise de l’adolescence et en vue de leur établissement.

La technique de l’hygiène morale et du déversement spirituel à l’âge adulte est l’objet propre du Pelmanisme. Le cap difficile à franchir est le choix d’une profession. Le sentiment ayant, comme nous le savons, une importance foncière dans notre existence, le choix d’une compagne ou d’un compagnon pour la vie, la fondation d’un foyer, voilà encore des sauts dans l’inconnu, des circonstances où le plus réfléchi, le plus désireux de liberté donne accès dans son avenir à une foule de hasards. Dans tous ces cas, une mûre réflexion est nécessaire, mais ne saurait suffire: il faut prévoir jusqu’à l’imprévisible, accepter de bon coeur le risque de méprises et de mécomptes, non pas sacrifier les principes essentiels de la morale ou de l’autonomie personnelle, mais consentir à des compromis, acceptables s’ils ne sont pas des compromissions. La vie est faite de concessions -non pas avec l’honneur, mais avec autrui et avec nous-mêmes. Dans la navigation incertaine sur cette mer mouvante, nos principes doivent être pour nous une boussole, ainsi qu’une carte marine.

La vieillesse encore est un âge difficile. La nature exige d’elle de mélancoliques renoncements, elle lui inflige de cruelles infirmités. Il appartient à la technique psychologique de retarder le plus possible la décroissance des facultés: ici comme à l’égard du corps, un exercice méthodique conserve, prolonge les fonctions normales. Souvent les personnes âgées tirent un excellent parti de notre méthode, car la vie s’est chargée de leur inculquer cette conviction, qu’il faut savoir profiter de l’expérience. Le vieillard a la sagesse plus facile que l’homme jeune, mais il en a grand besoin pour supporter ses maux sans espoir et pour faire cependant non pas figure morose, mais visage souriant et serein.

Le Sexe.

10. La vie moderne rapproche femmes et hommes dans les mêmes emplois ou travaux, et le Pelmanisme est bien en harmonie avec les exigences contemporaines, car il prétend adapter aussi bien un sexe que l’autre aux conditions du succès. Travail, méthode, initiative à la fois prudente et hardie : voilà ce qui décide de la réussite pour tout individu humain. Jeunes filles qui devez lutter pour conquérir une situation, il vous faut la plupart des qualités qu’on exige de vos frères; et même davantage, car vous devez, bon gré mal gré, supporter le poids du préjugé qui fait encore accorder, si souvent, la préférence au travail masculin sur le travail féminin.

Ce n’est pas à dire que vous deviez calquer votre vie sur celle de d’homme. L’opinion comme la littérature ont fait justice de ce féminisme qui méconnaissait les fonctions propres, les capacités originales de la femme et sa permanente destination. Le vrai droit de la femme, c’est de n’être ni méprisée, ni adulée, mais estimée, respectée, libre de posséder et d’agir à l’égal de l’homme. Ceci ne compromet en rien la vocation sentimentale de son sexe, l’idéal esthétique dont il est l’objet, ni ce qui importe le plus -quand les circonstances le permettent -la sublime, fonction de la maternité.

11. Notre point de vue Pelmaniste permet de surmonter le prétendu antagonisme des sexes. A travail équivalent, rétribution égale. Mais il y a des tâches où l’un des sexes se montre, en général plus apte que l’autre; c’est pour chacun, pour chacun de vous, votre véritable intérêt d’y viser. Dans bien des cas d’organisation intérieure d’une maison de commerce comme d’une maison familiale -rien ne vaut le jugement féminin. Par une intuition sûre et prompte, les femmes se montrent souvent excellentes conseillères. Voilà les fonctions qu’il leur faut ambitionner, celles aussi que les directeurs d’entreprise avisés gagneraient à leur confier -à celles, bien entendu, qui ont acquis de l’expérience et une compétence technique. Par contre, il est concevable que l’homme doive se réserver non seulement les besognes les plus dures, mais celles qui supposent, à proprement Parler, de la spéculation, autrement dit un calcul abstrait, une précision à longue échéance -aptitudes intellectuelles généralement plus masculines que féminines.

Cette répartition des vocations n’entrave en rien les progrès que peut faire faire à chaque sexe une juste appréciation des mérites de l’autre. Que les jeunes hommes acquièrent, dans la société féminine, plus de goût, des sentiments plus délicats, le désir d’une culture plus affinée. A l’inverse, les camaraderies masculines enseigneront aux jeunes filles et jeunes femmes le prix de l’effort, la valeur de la lutte, l’attrait des coups d’audace qui ne doivent pas être des coups de tête, la puissance de la pondération, -toutes qualités qui leur deviennent indispensables lorsqu’elles sont seules dans la vie.

La Fonction Sociale.

12. Les individus se différencient encore par le rôle qu’ils jouent dans la société. Le pli professionnel s’imprime dans l’attitude physique, dans le caractère. « Vous êtes orfèvre, M. Josse ! »

Nous trouvons le médecin apte à l’observation des symptômes extérieurs, l’ecclésiastique expert à l’examen de conscience; mais ces capacités ont leur contrepartie : on a les défauts de ses qualités, naturelles ou acquises. Il s’ensuit qu’un artiste a peu à apprendre de nos leçons III et VII, un juriste de nos leçons VI et VIII, un lettré de nôtre leçon X; mais que chacun a intérêt à posséder quelque chose des aptitudes qui, professionnellement, lui font défaut.

Qui que vous soyez, devenez davantage ce que vous êtes, mais cultivez la curiosité de ce que vous n’êtes pas. Personne, à beaucoup près, ne saurait réaliser l’ensemble des aptitudes humaines. La maturité a exigé de nous bien des sacrifices : nous avons dû faire taire maintes demi-vocations pour nous limiter à notre carrière définitive. Gardons du moins une sympathie intellectuelle pour ce que nous ne sommes pas et que nous aurions pu devenir. Que le médecin et l’homme d’affaires ne haïssent pas la poésie sous le prétexte qu’en eux le poète est mort jeune. Que celui qui a perdu la foi n’y substitue pas un fanatisme de négation et d’intolérance. Il n’y a d’ouverture d’esprit, donc de liberté, de puissance spirituelle que si, dans la mesure du possible, « rien d’humain ne nous est étranger ».

La plus grande différence entre les hommes, résultant de leur fonction sociale, tient au fait que les uns paraissent voués à l’obéissance, les autres au commandement. Certes, en toute entreprise ou organisation, il faut un chef, et de dociles travailleurs. Mais n’en concluez pas que l’initiative sied uniquement à des privilégiés. Le bon ouvrier ou employé est celui qui s’intéresse assez à sa tâche pour s’ingénier à la remplir de son mieux : qu’il ne craigne pas de donner au chef des suggestions, avec la déférence requise; le chef s’honorera en récompensant une telle preuve de zèle intelligent. Ne croyez pas surtout qu’une personne soit vouée par fatalité aux besognes inférieures. Vous ne pouvez pas ignorer que bien des chefs sont sortis du rang, dans le monde du travail plus encore que dans l’armée. Le Pelmanisme permet justement à chacun de créer en soi l’étoffe d’un chef. Aucune servitude irrémédiable ne pèse sur vos épaules : non seulement vous avez le droit d’espérer, car l’avenir n’est interdit à personne, -mais vous pouvez, dans une large mesure, décider de votre sort, en dotant votre volonté des mérites qui forcent le succès.