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L’idée qui remue l’intestin

Preuves de l’action de la pensée sur l’intestin : l’émotion qui donne la diarrhée ; les pilules de mie de pain qui purgent.

La cure de la constipation par la rééducation motrice intestinale. Expériences qui démontrent l’action de la volonté sur l’intestin. Comment les réaliser sur soi-même. Une curieuse expérience de Sollier.

La musculature intestinale est, comme celle de l’estomac, très sensible à l’idée. Si l’émotion donne la diarrhée, c’est peut-être presque autant par stimulation motrice de l’intestin que par stimulation sécrétoire.

Avoir un intestin bien réglé c’est s’imposer chaque jour une heure fixe pour exécuter la fonction

Une des causes fréquentes de la constipation, c’est l’absence d’heure fixe pour se présenter à la selle. À ne pas se contracter tous les jours à la même heure, le muscle intestinal perd l’habitude de fonctionner.

Qui veut avoir un intestin bien réglé doit s’imposer chaque jour une heure fixe pour exécuter la fonction. On s’éveille à heure fixe, on se lève de suite, on déjeune puis, invariablement, le petit endroit.

La présentation à heure fixe vaut beaucoup mieux que le meilleur des laxatifs et guérit, on peut dire toujours, les paresses intestinales les plus invétérées. Elle est une magnifique suggestion motrice.

Les pilules de mie de pain, et quantité de remèdes que le médecin emploie souvent, doivent leur pouvoir laxatif à l’idée. N’importe quel produit peut donner des coliques, c’est-à-dire créer des con­tractions intestinales douloureuses, si l’on croit qu’il peut donner la colique.

Une de nos malades qui croyait s’être empoisonnée (elle croyait avoir avalé de la strychnine, alors qu’elle avait, en réalité, bu du sirop d’écorce d’orange amère), eut des coliques terribles, tant que nous ne lui eûmes pu démontré, en buvant nous-même au même flacon, qu’elle s’était lourdement trompée.

Ce que la suggestion réalise, la volonté consciente peut le réaliser

Combien de constipations rebelles, de cause musculaire, avons-nous améliorées ou guéries par rééducation motrice de l’intestin, nous ne saurions le dire.

Nous nous efforçons d’abord de prouver à notre constipé que nous pouvons, par simple affirmation, faire apparaître dans son colon des contractions. Nous lui faisons sentir ces contractions sous sa main posée sur le ventre.

Lorsqu’il a acquis la certitude expérimentale que son intestin remue par l’effet de notre suggestion, nous l’aidons à produire le même résultat par autosuggestion : « Vous pouvez, par vos propres énergies nerveuses, faire mouvoir vous-même votre intestin…, essayez… ».

Et le patient ayant réussi, nous l’engageons à se livrer, régulièrement chaque matin, au moment où il s’efforce d’exécuter sa fonction, à une sorte de gymnastique interne qui imposera au colon des ondes contractiles allant lentement, régulièrement de la région droite de l’abdomen (cœcum), à la région gauche (rectum), et montant d’abord verticalement vers le foie, puis traversant l’abdomen horizontalement au niveau de l’ombilic pour redescendre enfin vers la fosse iliaque droite.

Ce que la suggestion réalise, la volonté consciente peut le réaliser.

Un organe sain obéit mieux qu’un organe malade

Au cours de la série de Conférences 1922-1923, faite à l’Institut de Médecine Naturelle, nous avons exposé qu’on peut, par un entraînement assez facile, parvenir à faire mouvoir son gros intestin presque à son gré.

On choisit un moment où l’on sent dans la partie droite du gros intestin (dans le cœcum et le colon ascendant) la présence de quel­ques gaz, présence qui se manifeste par une sensation de gêne, de tension, à l’endroit en question, et qui se fait voir par une saillie plus ou moins ovoïde sur la paroi abdominale. S’allonger sur le dos, mettre à plat une main, à nu sur le cœcum.

S’assurer que la région est bien immobile. Alors, et sans bouger la main, et sans contracter le moins du monde la paroi (car ce serait tricher), envoyer mentalement au colon ascendant un ordre de contraction.

Se dire, par exemple : « sous ma main, mon intestin se contracte ; il pousse les gaz en haut… ». Si l’on sait se servir de sa pensée, une onde con­tractile ne tarde pas à se créer, qui chasse devant elle les gaz.

Quand on a l’habitude, on peut, à son gré, créer une onde con­tractile dans un sens, l’arrêter à peu près où l’on veut, par exemple à l’angle du colon ou au milieu du colon transverse. On peut même créer une onde inverse, allant du colon descendant vers l’ascendant. Cette expérience est plus difficile.

Les gens à gros intestin très mou, trop mou, réalisent difficilement ces curieux essais. Nous avons d’autre part constaté que certains, qui réalisent assez facilement des mouvements à volonté dans leur colon lorsqu’ils ont un intestin à peu près normal, ne peuvent plus les réaliser s’ils font une crise de fermentation, d’entérite ou de cons­tipation un peu sévère. Cela, d’ailleurs, se conçoit : un organe sain obéit mieux qu’un organe malade.

L’action que peut exercer la pensée sur l’intestin

Voici maintenant une curieuse observation due à Paul Sollier, qui vient à l’appui de ce que nous venons de dire sur l’action que peut exercer la pensée sur l’intestin. Le fait que la malade de Sollier a « vu » le phénomène se produire, ne change rien au phénomène lui-même.

« La malade dont il s’agit, dit Sollier, avait avalé au mois de mars 1912 une épingle. Toutes les tentatives pour la lui faire rendre avaient échoué. Un jour, où je lui disais, au cours d’une séance d’hypnose, de réveiller la sensibilité de son intestin, de la sentir, elle s’arrêta tout à coup en disant que « ça la piquait ». J’insistai.

Elle fit encore quelques mouvements et s’arrêta de nouveau en disant que « ça lui faisait réellement trop mal… ». Mais je la vois très bien (continue la malade), ce n’est pas la petite épingle que j’ai avalée il y a 2 mois, c’est celle que j’ai avalée il y a 6 mois, je la recon­nais.Mais je croyais bien l’avoir rendue depuis longtemps. Elle est piquée dans mon intestin de telle façon qu’elle ne pourra plus sortir. Je souffre beaucoup.

J’interrompis la scène.

« Le lendemain, je rendors la malade et la questionne à nouveau. Elle me décrit, comme la veille, la situation exacte de l’épingle. Je lui demande alors si elle peut la déplacer. Elle fait quelques mouvements et me dit que c’est très difficile, car chaque mouvement l’enfonce davantage.

« Il faudrait, me dit-elle, que je fasse remuer mon intestin en sens inverse, et c’est très difficile. » – « Essayez ! » Elle fait d’autres mouvements et me dit : « Elle bouge, je l’ai fait bouger d’un centimètre, elle commence à ressortir, mais ça saigne et je n’ose plus bouger. »

J’arrête la séance. Journée mauvaise avec hoquets, nausées, sensation de douleur et de chaleur dans l’abdomen. »

« Le 3è jour, je la rendors. Elle me dépeint tout l’intérieur de son ventre rouge. Je lui dis de faire partir l’épingle de la place occupée. Elle fait des efforts…

« Je comprends à ses explications qu’elle est obligée de faire faire à son intestin des contractions anti-péristaltiques. Elle me dépeint les positions successives que prend cette épingle : elle se repique, elle s’accroche, elle tourne, elle bouge, elle se heurte à la paroi, etc.

« Enfin, après 15 minutes environ, elle est sortie. Elle est maintenant libre dans l’intestin, mais il faut que je la fasse descendre. – J’arrête la séance.

« Le 5è jour, je recommence. Elle me dit que l’épingle est passée dans le gros intestin. Enfin, le 6è jour, je l’endors et lui dis de faire avancer l’épingle… Je lui fais administrer un lavement pour en faciliter l’expulsion…, et elle rend cette épingle »