Peut-on sortir définitivement de la dépression

À cette question, beaucoup de spécialistes (médecins, psychiatres) répondent d’une manière évasive un tantinet inquiétante.

Ils disent que la dépression est souvent un trouble chronique ; que si on prend le problème à temps il se soigne bien, mais que soigner n’est pas guérir ; qu’un épisode dépressif prédispose à d’autres ; qu’on peut stabiliser et atténuer un état dépressif, mais que la dépression est une maladie récidivante…

Il y a aussi les attentes négatives qu’on se mitonne soi-même, sans les spécialistes. Lorsqu’on se sent abattu on a tendance à oublier le commencement de sa misère morale, qui se perd dans les brumes d’un passé qui semble lointain même s’il ne l’est pas, et on n’a pas moins de difficulté à envisager sa fin.

Alors, peut-on dire non seulement bye-bye, mais adieu, à la dépression ?

Peut-on s’extraire une bonne fois pour toutes de ce sinistre cul-de-sac, de ce macabre nid à cafards ?

Vous êtes sceptique ?

Alors permettez-moi de vous poser une question. À votre avis, comment sait-on que le pic du Midi est accessible ?

Parce que des individus ont gravi ses pentes, vous avez raison. (Notez que j’ai choisi un sommet modéré qui ne dépasse pas les 3000 mètres. C’est important pour la suite de la démonstration.) Un observatoire astronomique a d’ailleurs été construit là-haut, d’où l’on peut contempler les étoiles et les gypaètes barbus.

Il en va de même avec la dépression : on sait qu’il y a moyen d’en sortir pour ne plus y revenir parce que des gens l’ont fait. Certains se sont même installés en hauteur. Pas au septième ciel – à mon humble avis ceux qui prétendent avoir les deux pieds solidement plantés dans l’azur affabulent – mais bien au-dessus du niveau de l’amer.

Heureusement pour nous, ces individus n’ont pas jugé que leur expérience relevait de l’indicible, et leurs témoignages sont éparpillés sur la toile. J’en ai recueilli quelques-uns pour vous. Ce bouquet devrait vous encourager à grimper vers votre propre floraison d’aigles et d’étoiles :

« Je suis heureuse, je suis bien, je suis contente d’être ce que je suis, et ça, je vous assure, je ne pensais pas que ça pouvait m’arriver. »  « Pour la première fois depuis dix ans, j’ai la liberté d’être à nouveau moi- même. Je ne pourrais pas être plus heureuse que je ne le suis. »

« Je ne prends plus de médicaments et je me sens en bonne santé, calme, satisfait, armé pour faire face à la vie et à ses défis. Je sais maintenant que mon bonheur dépend complètement de moi. »

« Auparavant, j’étais très vulnérable à la dépression ; aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. Si quelque chose de négatif m’arrive, je me mets tout de suite au travail pour résoudre le problème ou le contourner le problème. »

« Quand les gens découvrent l’histoire de ma vie – la violence, les viols, les deuils – ils n’arrivent pas à croire que j’ai vécu toutes ces choses horribles. J’ai l’air tellement heureuse… J’ai fait le choix de ne pas laisser ces événements me tirer vers le bas. »

« Se guérir soi-même de la dépression, c’est comme se sortir d’un puits. Au début, il y a beaucoup de résistance, c’est très difficile. Petit à petit, vous gagnez du terrain. Et au fur et à mesure que vous montez, ça devient de plus en plus facile et rapide… »

« J’ai réalisé que je faisais des choix qui m’enfonçaient dans la dépression et que je pouvais faire d’autres choix qui me conduiraient au bonheur. J’ai commencé à faire ces choix, et depuis cette époque je n’ai plus jamais souffert d’un épisode dépressif majeur. »

« De temps en temps, je me réveille un peu déprimée, mais c’est rare, et je chasse ce sentiment sans difficulté. J’ai aussi appris à supporter des états d’âme qui peuvent être douloureux (états d’âme causés par les circonstances) sans y succomber pour autant. Je ne suis pas ma dépression. Ma dépression n’est qu’une émotion ; elle ne peut plus m’arrêter. »

« Je me sens bien. Je suis heureux les trois quarts du temps, et c’est comme ça depuis un bon moment. J’ai ma propre entreprise maintenant, et elle marche bien. Je suis extrêmement motivé pour réussir et améliorer ma vie. Je suis définitivement guéri de la dépression et je sais que je ne serai plus jamais déprimé, parce que je sais comment empêcher toute rechute. »

« Quand l’obscurité commençait à m’envahir, je me recroquevillais sur moi-même et la laissais m’engloutir pendant des jours, des semaines, des mois. Maintenant, quand l’obscurité arrive, je lui tourne le dos, et je marche, ou je lis, ou je fais le ménage… au lieu d’être triste ou angoissée. C’est comme si j’entendais toc, toc à la porte de mon esprit. Je l’ouvre, et la dépression est là, avec sa valise, prête à entrer et à s’installer. Maintenant, je ne prends plus la peine de discuter avec elle ou d’avoir peur. Je lui dis seulement : « Tu ne peux pas entrer ici. J’ai mieux à faire. » Et je claque la porte. Et ça marche ! J’ai choisi de ne plus être déprimée. »

Vous vous sentez une exception ?

Les hommes et les femmes dont vous venez de lire les témoignages avaient eux aussi l’impression d’être étrange et étrangers, radicalement différents des autres.

Vous avez la sensation d’être maudit ?

Eux aussi se croyaient victimes du mauvais sort, prisonniers des rets d’une fatalité tenace.

Vous pensez que vous êtes fichu ?

Eux aussi fouillaient dans leurs poches et n’y trouvaient ni espoir ni force intérieure.

Et pourtant, maintenant, leur vie est belle et leur moral au beau fixe (dans les limites de ce que permet la condition humaine). Ils s’en sont sortis, je m’en suis sortie : vous pouvez vous en sortir.

Depuis que le monde existe, des hommes et des femmes surmontent des obstacles apparemment insurmontables, obstacles intérieurs ou extérieurs, et passent du désarroi et de la souffrance au bonheur et à la paix. Vous n’avez peut-être jamais assisté à une telle transformation – la plupart du temps elle est trop discrète pour faire la une des journaux –, mais elle n’en a pas moins lieu tous les jours partout dans le monde.

La prochaine fois que le découragement tentera de vous mettre le grappin dessus, relisez ces témoignages saturés de bon sens et d’optimisme – deux compagnons inséparables, quoique le premier, souvent dédaigné comme archaïque ou naïf, soit de nos jours moins apprécié que le second.

À ces preuves lumineuses, il n’appartient qu’à vous d’ajouter, peut-être bientôt, la vôtre. Vos plus beaux souvenirs  La deuxième preuve que la dépression est réversible, autrement dit que vous pouvez être heureux, c’est que vous l’avez déjà été. Même si ça n’a été que pendant de brefs instants, vous avez déjà ressenti cet état de contentement et de paix, cette joie sans mélange.

En voyage, vous savouriez un calme inhabituel. Les problèmes et les soucis ne vous avaient pas suivi ; le dépaysement et l’anonymat vous offraient une bouffée d’innocence, un soulagement, une trêve.

À un autre moment, libre du passé comme de l’avenir, vous contempliez avec une gratitude émerveillée une vallée riante, une plage méditerranéenne, un joyau médiéval couleur d’ambre serti dans la verdure, un autre petit village tout aussi idéal, mais celui-ci blanc comme neige, éclatant de candeur sous le ciel grec, paysages émouvants comme une réminiscence du paradis terrestre ou la très belle promesse d’un paradis futur.

Ou, les yeux clos, vous écoutiez les cris des hirondelles, savourant la paix ineffable de l’été qui vous enveloppait comme une caresse, tandis que le soleil baignait tendrement vos paupières. La tristesse et la douleur s’étaient évaporées, comme la trace humide de vos pieds nus sur le bord brûlant de la piscine dont, tout à l’heure, vous fendiez l’onde.

Ou, les yeux ouverts, vous regardiez passer un nuage dans l’encadrement d’une fenêtre, et la lente et silencieuse douceur de son passage ouvrait en vous une route de lumière vers le calme. Le temps s’écoulait comme un fleuve et vous vous sentiez en harmonie avec son flux égal, sans secousse.

Ou, en tête-à-tête avec lui ou avec elle, vous lui confiez le fond de votre cœur. Dans un monde dur, un univers impitoyable et glacial, s’ouvrait le réconfort d’une bulle de respect et de chaleur. Ce moment privilégié marquait la fin de la solitude et le début d’une ère nouvelle, faite d’empathie et de fou-rires.

Ou vous attendiez les grandes vacances, l’arrivée de votre meilleur ami, un repas exceptionnel dont les arômes chatouillaient vos narines, le commencement d’un film dont vous guettiez depuis longtemps la sortie sur les écrans… Bientôt, très bientôt, vous alliez saisir l’objet de votre désir. Dans l’intervalle, votre cœur imaginait l’instant espéré en battant la mesure d’une délicieuse anticipation, et cette attente c’était déjà du bonheur, d’autant plus doux et pur que rien de concret ne s’y mêlait encore.

Ou bien vous aviez reçu une surprise, un cadeau, un lot petit ou gros : un tour de manège supplémentaire, un vélo jaune canari, un voyage en Corse, un sourire éblouissant, une seconde chance… Du coup, à l’instar de n’importe quel veinard, vous vous sentiez riche et confiant, presque béni.

Ou peut-être qu’il s’agissait moins d’un heureux hasard que de vos efforts : le problème de mathématiques sur lequel vous cogitiez depuis trois jours vous livrait enfin ses secrets ; l’appareil réparé par vos soins fonctionnait à nouveau ; quelqu’un admirait votre travail et vous en faisait part ; vous découvriez votre nom sur la liste des reçus.

Pour une raison ou une autre, une bouffée de fierté redressait votre colonne vertébrale, et vous savouriez votre réussite.

Quiétude et sérénité ou joie triomphante, moment de partage et d’amour ou promesse d’un proche délice, légèreté insouciante ou victoire enivrante : quelle que soit la forme qu’ait prise votre félicité, vous l’avez vécu. Ce qui signifie que vous pouvez être heureux à nouveau – mais cette fois-ci d’une manière moins fugace et fragmentaire, et donc plus satisfaisante.

Vous dites que ce bonheur n’a aucune raison d’être plus pérenne que celui que vous avez connu avant ?

Je respecte votre scepticisme. Mais je ne le crois pas justifié. Votre bien- être à venir sera plus durable que votre félicité passée pour une bonne, pour une excellente raison : vous allez le construire sur des bases plus solides.

L’histoire bien connue des trois petits cochons illustre à merveille l’importance vraiment cruciale de procéder de cette manière.

Par insouciance et paresse, les deux premiers petits cochons bâtirent à la va-vite leurs logis en paille et en branchages, mais ils n’y vécurent pas heureux longtemps : le Grand Méchant Loup survint, qui éparpilla de son souffle ces piètres refuges et les croqua tout cru.

Le troisième cochonnet eut une attitude, et donc un sort, différents. Il médita, planifia, retroussa son groin à défaut de ses manches, et, petit à petit, à force de travail et de réflexion, éleva une résidence tout aussi bien pensée et exécutée qu’un château fort… Un abri, sinon antitout, du moins antiatomique et antiloup.

Résultat ?

Lorsque survint le Grand Méchant Loup affamé (affamé, car les deux petits cochons n’étaient plus qu’un souvenir depuis longtemps), celui-ci s’époumona en vain : face aux assauts de la tempête bête et brutale que le prédateur déchaîna, la consécration d’efforts intelligents – vous avez compris que je parle de la maison du troisième petit cochon – resta impassible et imperturbable.

Vous n’êtes pas sûr de voir où je veux venir ?

Alors passons par une autre parabole.

Ceux qui marchent dans la campagne sans guide et sans repère n’évitent pas les chiens méchants, ni les décharges sauvages, ni les impasses pleines de ronces et les marécages glauques. Par contre, dès que vous vous munissez d’une carte et que vous comprenez où vous êtes et où vous voulez aller, vous rejoignez sans encombre les coins les plus verts, les plus lumineux.

Là, loin de toute angoisse, à l’image de reines de beauté rustiques et couronnées, des vaches bicolores broutent dans des champs émaillés de pâquerettes tandis que des papillons jaune-citron virevoltent coquettement autour de leurs cornes…

Résumons-nous.

À l’instar des deux premiers porcelets dans leurs chaumières éphémères, vous avez déjà été heureux par hasard, sans trop savoir pourquoi ni comment. Quand vous aurez la carte, la boussole et le plan, et que vous suivrez le plan, vous le serez bien davantage. Le savoir que vous allez acquérir en lisant ce livre (et d’autres que je vous conseillerai) va affûter votre regard et vos choix. Ce qui vous permettra de planifier et construire votre bonheur, qui sera alors un abri sûr contre les ennuis à crocs pointus et les désagréments poilus. Tous les jours des miracles

Vous dites que vous n’avez jamais été satisfait une seule seconde au cours de votre vie ?

Je crois plutôt que vous avez oublié le versant éclairé de votre passé à force de vous obnubiler sur son côté sombre, mais soit. Admettons que vous n’ayez jamais été heureux.

Est-ce que tout est fichu ? Pas du tout.

Même dans ce cas, vous n’êtes pas condamné au malheur.

Même dans ce cas, vous pouvez sortir de la dépression et trouver ce que vous désirez, ce que vous cherchez.

Vous voulez savoir ce qui me permet d’en être sûre ?

La marche de l’univers.

Chaque matin, la lumière de l’aube triomphe des ténèbres nocturnes ; chaque jour, dans quelque partie du globe, la terre morte ressuscite pour se tapisser d’une végétation luxuriante ; chaque jour, des bébés voient le jour et leur mère est là pour eux, aussi avide de boire des yeux leur petit minois chiffonné que si c’était la huitième merveille du monde ; chaque jour, une métamorphose invraisemblable à laquelle j’ai déjà fait allusion change des bestioles n’ayant rien de bien sexy en créatures ailées et poétiques diaprées des plus belles couleurs ; chaque jour, la nourriture dont nous avons besoin pour continuer à vivre et aimer arrive dans notre bouche par un enchaînement complexe de causes et d’effets que nous ne maîtrisons pas, comme si elle nous était mystérieusement et souverainement destinée par le sort.

Autant d’événements stupéfiants qui ne paraissent normaux que parce qu’ils se répètent… Les miracles ne sont pas l’exception. Ils sont la règle.

Si notre planète était un tout petit peu plus proche ou plus éloignée du soleil, elle serait inhabitée et inhabitable ; si un champ magnétique ne la protégeait pas, des météorites gigantesques aplatirait ses habitants en crêpes ; si les océans n’étaient pas salés, les poissons y pourriraient avec d’effroyables conséquences pour tout ce qui vit ; si l’eau ne se dilatait pas quand elle gèle, rien n’y survivrait ; si des montagnes ne stabilisaient pas la croûte terrestre, les séismes ne nous laisseraient pas de répit ; si les tyrannosaures étaient encore là, ils ne feraient de nous qu’une bouchée ; si nous ne pouvions nous nourrir que de caviar, d’edelweiss ou de diamants, nous mourrions de faim ; si nos ongles étaient plus mous, nous ne pourrions pas faire grand-chose de nos dix doigts ; s’ils étaient plus durs, nous ne pourrions pas nous gratter sans nous griffer jusqu’au sang ; etc.

En la compagnie de tant d’heureux et incroyables hasards, la métamorphose qui change un dépressif en optimiste n’est qu’un miracle parmi d’autres.

Chaque jour, des âmes esseulées trouvent leur âme sœur ; chaque jour, des pauvres deviennent riches ; chaque jour, des couples séparés renouvellent leur amour et leurs noces ; chaque jour, des hommes et des femmes en détresse reçoivent, avec un soulagement indicible, l’aide dont ils ont besoin ; chaque jour, des problèmes apparemment insolubles sont résolus au mieux pour toutes les personnes concernées.

Si vous regardez les informations tous les jours (ce que je vous déconseille) vous avez probablement l’impression inverse, l’impression que les cataclysmes succèdent aux catastrophes sans le moindre intervalle…

Et c’est vrai.

Mais dans ce vaste monde, il y a de la place pour tout comme pour tous : les femmes comme les hommes, les noirs comme les blancs, les petits comme les grands, les gros comme les maigres, les gentils comme les méchants, mais aussi la joie comme la souffrance, le bonheur comme la tragédie, la perte comme le gain faramineux.

La vie est une échelle, dit un proverbe bulgare : les uns montent, les autres descendent. Tandis que des tyrans dégringolent dans les égouts et que des Bernard Madoff échouent en prison pour cent cinquante ans, des solitaires, des canards boiteux et des Susan Boyle compensent de manière spectaculaire leurs échecs et humiliations passés.

Vous aussi, vous pouvez prendre votre revanche.

Et vous pouvez faire encore mieux : vous pouvez vous libérer de tout désir de revanche. Lorsqu’on se détache enfin de ce que pensent les autres pour se donner le droit inconditionnel de vivre, l’existence devient légère et l’atmosphère se paillette de lumière. Choix et destinée

La quatrième raison, et la principale, pour laquelle la dépression est réversible et le bonheur, accessible, c’est que…

Mais avant de poursuivre, je dois vous prévenir.

Ce que j’ai à vous dire va probablement vous sembler discutable, ou même absurde. Ne le refusez pourtant pas en bloc ; prenez-le comme une hypothèse de travail. À mesure que vous avancerez dans la lecture de ce livre, cela vous paraîtra de plus en plus plausible – jusqu’à ce que vous compreniez que c’est une vérité aussi irréfutable que 1 + 1 = 2.

Je disais donc que la quatrième raison, et la principale, pour laquelle la dépression est réversible et le bonheur, accessible, c’est que…

Mais attendez encore un peu.

Avant d’aller plus loin, permettez-moi d’attirer votre attention sur un point. Beaucoup de spécialistes prétendent que nos états d’âme et nos émotions sont déterminés par des paramètres sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir ; c’est aussi ce que nous avons spontanément tendance à croire. Mais en réalité, les circonstances sur lesquelles notre volonté ne peut strictement rien ne jouent pas le rôle principal dans notre évolution intérieure. Dans notre coefficient de satisfaction, l’incontrôlable sous toutes ses formes est un facteur bien moins important qu’on ne l’imagine a priori. La plupart de nos sentiments ne sont pas la conséquence directe d’événements extérieurs.

La preuve ? Il y en a mille.

Les personnes qui, suite à un accident, perdent l’usage de leurs jambes retrouvent après quelques années la joie de vivre qui était la leur. D’une manière comparable, la plupart des gagnants du loto redeviennent rapidement aussi pauvres et démoralisés qu’avant d’avoir « de la veine » – qui, par conséquent, n’en était pas. Et inversement, lorsque les millionnaires qui se sont faits eux-mêmes sont confrontés à la faillite et à l’échec, ils gardent une attitude combative et optimiste et récupèrent, ou dépassent, le niveau de prospérité qui était le leur antérieurement.

Ne vous laissez donc pas impressionner par ces grands événements terrifiants auxquels nous ne pouvons pas grand-chose, comme les catastrophes climatiques, les deuils ou les chagrins d’amour. À long terme, ce ne sont pas eux qui décident de notre avenir intime, pas eux qui fixent notre degré intérieur de satisfaction ou de mauvaise humeur, d’anxiété ou de quiétude.

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet.

La quatrième raison, et la principale, pour laquelle la dépression est réversible et le bonheur, accessible, c’est que nos choix déterminent notre futur. Ils sont autant de coups de ciseau avec lesquels nous sculptons le marbre de nos vies.

Qu’on en ait ou non conscience, chacun est l’artisan de son bien-être et de son infortune, l’auteur de sa destinée, le maître de son devenir. La seule personne que vous êtes destiné à être est celle en laquelle vous vous changez en décidant ce que vous décidez.

Ce point est tout à fait crucial ; si de ce livre, vous ne reteniez que celui- là, ce serait déjà quelque chose.

— Mais (dites-vous) je n’ai pas choisi ma désastreuse enfance ! Je n’ai même pas choisi de naître !

Vous avez raison de le souligner car l’idée que nous sommes maîtres et auteurs de notre destinée est, de nos jours, élargie outre mesure et poussée jusqu’à l’absurde.

Ainsi d’après les gourous du Nouvel-Âge nous créerions de A à Z notre propre réalité, contrôlant le déroulement de notre existence à un niveau surnaturel et métaphysique.

C’est nous qui, avant de naître, aurions décidé d’avoir le nez en trompette ou les pieds plats. Nous voulions débarquer dans telle ou telle famille parce que nous savions qu’avec des parents pareils nous apprendrions la compassion, le système D, et à jouer du youkoulélé.

La seule chose qui nous empêcherait de prendre conscience qu’absolument toutes les circonstances de notre vie, nous les avons choisies, serait l’oubli. Nous serions non seulement des aigles se prenant pour des dindons – jusque-là d’accord – mais des êtres tout-puissants jouissant d’une liberté illimitée dont ils auraient perdu la clef… autrement dit, des dieux amnésiques souffrant d’un complexe d’infériorité.

Un dieu qui fut d’abord une goutte de sperme, qui va aux toilettes plusieurs fois par jour, qui s’escrime avec des savonnettes à la lavande et des sticks à l’aloès pour ne pas puer, qui devient gâteux quand il devient vieux, qui a peur des araignées, de l’orage, du fisc ou d’autre chose, et en tous les cas de quelque chose, qui ne peut pas se passer de nourriture et qui n’est même pas capable d’éviter la mort, est-il vraiment un dieu ?

Moi aussi j’ai un doute…

Vous avez raison de le dire : notre libre arbitre est limité. Prétendre le contraire, c’est plaquer la saine logique pour convoler (civilement, car à l’église c’est encore un peu compliqué) avec le père Noël.

Mais cela annule-t-il notre pouvoir personnel ? Pas du tout.

En effet par nos choix d’adultes nous n’en façonnons pas moins l’essentiel : notre malheur ou bonheur d’aujourd’hui et de demain. La plus petite de nos décisions est souvent plus déterminante pour la suite de notre existence émotionnelle que la plus grande chance ou malchance qui nous arrive sans que nous y soyons pour quelque chose.

À terme, ce qui compte pour votre avenir moral comme pour votre avenir tout court, c’est ce vous faites et dites, ainsi que toutes les paroles et actions dont vous vous abstenez, autrement dit le chemin que, librement, vous empruntez…

Voici un témoignage – tiré d’Internet, comme la plupart de ceux que vous lirez dans ce livre – qui vous aidera à vous en convaincre :

« D’où vient le bonheur ? Il ne nous est pas donné en cadeau par une bonne fée, mais résulte plutôt de certaines décisions que n’importe qui peut prendre. J’avais vingt et un ans, j’étais misérable, désespéré, mais j’ai appris quelles sont les choses qui feraient mon bonheur et j’ai relevé le défi : j’ai assumé la responsabilité de les faire. Ce n’est pas de l’égoïsme. Seuls les gens vraiment heureux ont la liberté d’être généreux. Ce n’est pas faire preuve de superficialité ou d’égocentrisme que de vouloir être heureux, c’est plutôt le premier pas qui conduit à une existence digne d’être vécue. Maintenant, je suis bien dans ma peau et j’aime la vie qui est la mienne. Vous pouvez faire ce choix vous aussi. C’est du travail, mais ça vaut le coup ! »

Les actes que nous accomplissons et ceux que nous ne faisons pas, les paroles que nous prononçons et celles que nous n’énonçons pas, tous nos choix et non non-choix sont des pas qui nous mènent inévitablement dans une direction ou une autre. Même quand on a la sensation de stagner, que l’on croit faire du surplace, on se déplace.

Vers où ? Tout est là.

Ce peut être vers plus de faiblesse, de souffrance, de maladies et d’angoisse comme ce peut être vers plus de force, de calme, de gaieté et d’amour.

On peut avoir l’impression de ramer à fond de cale – et quand on l’a, on ne respire pas précisément la joie de vivre – mais en réalité nous tenons toujours la barre. C’est nous qui donnons le cap, dirigeant notre navire vers des récifs naufrageurs, le triangle des Bermudes ou (mieux) vers la rade d’une île idyllique.

Et nous ne faisons pas que naviguer car dès que nous mettons pied à terre, nous nous mettons illico à semer frénétiquement, à l’instar de l’effigie des anciens francs.

Quoi, au fait ? Tout dépend de ce qui prédomine en nous.

Quand les vieux réflexes nous dominent, c’est l’angoisse, la tristesse, la confusion, le négativisme et l’isolement que nous semons. Avec le temps, ces graines poussent et donnent naissance à des orties, des amanites phalloïdes et des nains de jardin hideusement kitsch qui ne ressemblent ni à Simplet, ni à Atchoum, ni à Prof, ni à Timide, ni à Dormeur, et encore moins à Joyeux. Juste à Ronchon.

Par chance, en ce monde rien ne dure éternellement, et un jour – un beau jour même si les douze coups de minuit sonnent solennellement tandis que la foudre déchire l’obscurité mouillée – au cours d’une lecture éclairante et transformatrice, nous prenons conscience de notre erreur et nous commençons à nous mettre au travail. Sérieusement.

C’est ce que vous faites actuellement.

En cet instant bien précis, vous êtes en train de planter dans votre esprit, et donc dans votre existence, des graines de force, de calme, de joie et d’amour.

Si vous les arrosez, un jour ou l’autre ces semences se changeront en sveltes arbrisseaux qui, devenus arbres touffus, donneront des fruits pourprés, veloutés et juteux. C’est alors qu’un oiseau d’une beauté et surtout d’une couleur extraordinaires se posera dans leurs feuillages pour les picorer allègrement. Cet oiseau, d’un bleu paradisiaque de lagon bleu, est celui du bonheur.

Que cela vous saute aux yeux ou non, apprendre que nous sommes les artisans de notre malheur et de notre bonheur est une bonne nouvelle. N’ayons pas peur des mots : une excellente, merveilleuse et génialissime nouvelle.

Découvrir que nous sommes le Michel-Ange – plus ou moins doué, certes, mais c’est en sculptant qu’on devient sculpteur, de même que c’est en forgeant qu’on devient forgeron – de notre existence ne doit-il pas nous mettre du baume au cœur et du cœur à l’ouvrage ?

Nous ne sommes pas les victimes passives des circonstances mais des artistes, des créateurs. Notre destinée est entre nos mains.

Et je vous rappelle au passage que les retombées de notre libre arbitre débordent notre seule vie : notre histoire étant reliée à celle de nos semblables par mille petits fils invisibles, mille fibres sensibles, chacune de nos décisions rejaillit au-delà de notre périmètre étroitement personnel… Malgré les apparences, il s’agit là encore d’une bonne nouvelle.

Souvenez-vous aussi que tous nos choix comptent, y compris les minuscules. Même eux ont un enjeu ; même eux sculptent notre existence. Ceux que nous prenons sans réfléchir, souvent de manière automatique, semblent mineurs, mais n’en ont pas moins des répercussions majeures sur notre destinée.

En Turquie, à une époque où des machines à roues et à moteur n’avaient pas encore supplanté les fougueux destriers, les haridelles et les bidets, circulait un dicton dont, aujourd’hui, la sagesse intemporelle n’a pas cessé d’être vraie :

Un clou peut sauver un fer, un fer un cheval, un cheval un cavalier et un cavalier un pays.

Peut-être ferez-vous demain un geste, par exemple donner de l’argent à un pauvre, sourire à une mamie, offrir un livre utile à quelqu’un ou lui dire une vérité qu’il eût été nettement plus facile de passer sous silence, qui attirera par un enchaînement impossible à prévoir comme à saisir une chance extraordinaire dans votre vie et sauvera même d’autres existences : petite cause, grand effet.

Bref, le facteur le plus déterminant dans votre destinée, c’est vous.

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