Qu’est-ce que concentrer son attention ?

Attention et Concentration.

1. Vous regardez un film; vous assistez à une pièce de théâtre; vous écoutez un concert : vous faites attention tout naturellement puisque ces vues et ces sons vous plaisent. Cette forme d’attention est spontanée; elle n’exige aucun effort. Mais d’autres formes de l’attention sont difficiles. Ainsi étudier un sujet, résoudre un problème. Elles nécessitent une véritable éducation, dont nous allons vous exposer les principes.

Il y a attention et attention; nous avons considéré d’abord l’attention ordinaire qui consiste à percevoir des faits consciemment et à dessein. C’est là un premier degré, mais dès l’instant que vous faites un effort intense, que vous aiguillez vos facultés dans la même direction et sur un même objet, vous concentrez votre attention : tel est le degré supérieur de l’attention.

Mouvement et Immobilité.

2. Ne croyez pas pourtant que fixer votre attention et concentrer votre esprit sur un point, ce soit l’immobiliser sur ce point. C’est seulement exercer un contrôle conscient et voulu sur ses mouvements, de manière à ne l’occuper que des sentiments et des idées qui vous intéressent à ce moment. L’exemple suivant vous fera comprendre comment fonctionne le mécanisme intellectuel.

Supposons par exemple qu’il s’agisse de savoir si vous devez construire une serre dans votre jardin. Le désir vous en est venu dans le train; la vue d’une nouvelle serre qu’on bâtissait a fusionné tous vos vagues souhaits antérieurs, et vous avez senti qu’il vous fallait aussi une serre. Vous vous demandez d’abord si vous pouvez faire cette dépense. Vous tracez quelques chiffres sur un papier et vous émergez de vos calculs le visage triomphant. Maintenant, il y a les frais d’entretien : le chauffage en hiver, les réparations, la peinture, etc.

Quelques opérations de plus et vous aboutissez à une autre décision favorable. Vous devez enfin songer au coût des plantes, des fruits et des fleurs que vous cultiverez. Après avoir étudié ces divers points et d’autres semblables, vous constatez que vous pouvez, sans extravagance, vous offrir une serre et vous décidez d’aller voir un entrepreneur.

Le Cercle des Idées en Corrélation.

3. Que s’est-il passé dans votre esprit pendant que vous concentriez vos pensées sur toutes ces possibilités ? N’insistons pas sur les idées, les espoirs et les doutes qui le traversèrent momentanément, tandis que vous cherchiez la solution du problème; ils ne sont pas sans importance, mais ils ne concernent pas directement le sujet. Ce qui importe, c’est que vous étiez déterminé à réfléchir à la question de la serre jusqu’à ce que vous l’eussiez résolue : pour y parvenir, vous n’avez point fixé votre esprit sur un seul et même détail; vous l’avez, au contraire, dirigé d’un aspect du sujet sur un autre, ramené au premier, appliqué à un troisième, et ainsi de suite.

Bien loin d’immobiliser votre esprit, vous l’avez fait voyager; c’est en cela qu’a consisté votre volonté d’attention.

Un diagramme va rendre notre explication plus claire. « Concentrer » sa pensée ne signifie pas : l’absorber sur un point unique, mais : examiner tour à tour des idées différentes qui ont toutes un lien commun.

Exprimons cette image par des lignes divergentes à partir d’un point de départ unique; par exemple, dans un cercle, par des rayons ayant tous le même centre. L’esprit est « concentré », dans la mesure où ses idées ont un « centre » commun, duquel l’on passe de d’une à l’autre. Notez que la comparaison des rayons, c’est-à-dire des idées, A1, A2, A3 A4 , , etc., fait de mieux en mieux connaître le contenu du cercle envisagé.

Dans cette figure, le cercle représente l’espace dans lequel l’esprit se meut librement parmi les divers aspects du problème. A, le centre du cercle, est le problème lui-même : A, serre; « être ou ne pas être » ? Il est manifeste que vous ne résoudrez rien en fixant votre attention sur le problème même lorsque celui-ci présente quelque complexité. Au bout de quelques instants, au lieu de réfléchir davantage, votre esprit se vide : vous ne pensez plus du tout. Les Hindous extatiques, en fixant leur regard sur le trou d’une serrure -ou sur leur nombril tombent de la sorte en catalepsie, à la façon des alouettes qui ont été fascinées par un miroir. Ce n’est pas ainsi que l’on résout un problème, car non seulement l’idée de la solution n’apparaîtrait jamais, mais le sens du problème nous échapperait presque aussitôt. L’esprit meurt d’inanition, s’il ne s’alimente en considérant, tantôt simultanément, tantôt successivement des objets différents. En fait, chaque problème se compose de plusieurs parties, et chacune d’elles doit à son tour retenir notre attention. Vous pouvez donc sagement aller de A à A1, qui représente les frais de construction. Ce qui signifie que vous oubliez momentanément la serre pour ne penser qu’à l’argent dont vous disposez.

Quand ce point est réglé, vous revenez immédiatement à A, et, presque instantanément, vous vous trouverez à A2, c’est-à-dire aux frais d’entretien. Vous vous rappelez que Bernard, votre ami de Meudon, vous a fait, à ce propos, un relevé de ses dépenses annuelles; mais vous croyez pouvoir employer un mode de chauffage moins coûteux, et votre esprit voyage jusqu’à un magasin du faubourg Saint-

Antoine, où vous avez vu un appareil de chauffage qui vous conviendrait parfaitement. Vous reportant alors aux dépenses, vous effectuez votre total, et vous voyez que vous pourrez faire face au devis. Revenu à A, vous sautez à A3, puis à A4 et ainsi de suite. Encore n’avons-nous pas énuméré tous les détails, car ceux que nous avons examinés suffisent à notre but, qui est de vous faire comprendre la marche de la pensée attentive.

Cet exemple illustre bien les deux conditions d’un travail fructueux de l’intelligence : explorer un certain nombre d’idées connexes, les comprendre par leur connexion même; mais ne pas s’évader de ce cercle, car ce serait sortir du sujet. Il y a donc un élément de stabilité, puisqu’on reste à l’intérieur d’un seul et même ordre de considérations, et un élément de diversité ou de changement, puisqu’on envisage tour à tour les multiples aspects du sujet.

Les Objets de la Concentration.

A) Attention Extérieure ou Observation.

Vous retrouveriez les mêmes conditions de l’attention, si vous examiniez par quel processus nous observons un objet extérieur. D’où vient que par notre attention plus de lumière se trouve répandue sur la chose considérée ? D’où vient que par suite nous y apercevons peu à peu en nombre croissant des détails jusqu’alors insoupçonnés ? C’est parce que, sans détourner nos yeux de l’objet, nous le regardons successivement sous divers aspects, nous l’interprétons par rapport à des idées très différentes, mais qui ont toutes ce caractère commun de correspondre à ses faces diverses, à ses attributs et qualités.

La Leçon 3 vous a déjà appris à observer ; vous savez déjà que la perception est l’une des applications de la concentration de l’esprit. Voici sur ce point un exemple typique.

Halleck raconte qu’on dit un jour aux élèves d’une grande école, qui avaient tous vu des vaches : « Voyons, combien d’entre vous savent si les oreilles d’une vache se trouvent au-dessus, au-dessous, derrière ou devant ses cornes ? Seuls les élèves qui sont certains de la position, et qui sont prêts à donner cinq francs aux pauvres s’ils se trompent, lèveront la main. » Il n’y eut que deux mains de levées. Leurs possesseurs avaient dessiné des vaches, et avaient été, par suite, forcés de concentrer leur attention sur les divers caractères de ces animaux. Quinze élèves étaient sûrs d’avoir vu des chats grimper aux arbres et en descendre. Ils déclarèrent à l’unanimité que les chats montaient la tête la première. Mais, quand ils durent se prononcer sur la manière dont s’effectuait la descente, la plupart d’entre eux se montrèrent persuadés que les pauvres animaux descendaient comme on ne les a certainement jamais vu descendre. Il eût suffi de remarquer le mode d’implantation des griffes chez les félins pour pouvoir répondre à la question sans même avoir spécialement étudié le comportement des chats.

Même les jeunes domestiques de ferme, qui ont souvent vu des vaches et des chevaux se lever, savent rarement si ces animaux se dressent d’abord sur leurs jambes de devant ou sur celles de derrière, et si les habitudes à cet égard de l’espèce bovine sont les mêmes que celles de l’espèce chevaline. Autre exemple encore : les feuilles de l’orme offrent une particularité que nous devrions tous remarquer la première fois que nous les voyons; pourtant 5 % seulement des élèves purent la reproduire, bien qu’elle soit facile à dessiner.

Il ne suffit donc pas de vivre pour voir ce qui mérite d’être vu. En général, nous ne percevons qu’une très petite partie des choses qui frappent nos sens à toute heure du jour. Il faut vouloir voir; pour donner des résultats satisfaisants, la perception doit faire appel à la volonté, afin que celle-ci fixe et soutienne l’attention.

b) Attention Intérieure ou Réflexion.

Elle a recours au même genre d’activité mentale que l’observation, car on ne peut pas résoudre un problème, prendre une décision, retrouver un fait dans la mémoire, sans faire un choix parmi les idées qui s’imposent à l’esprit à chaque moment donné, sans retenir et mettre en évidence les unes et écarter les autres. Bref, il en est de même pour la réflexion qu’il en a été pour l’observation : il ne suffit pas de l’alimenter et de lui donner une vie intense, il faut encore la diriger, la guider, et on y arrive par la concentration de l’attention.

Les Mobiles de la Concentration.

L’Intérêt

C’est grâce à l’intérêt que l’attention active est ordinairement provoquée, c’est-à-dire que l’élément émotionnel en est la force motrice. De même que l’intérêt éveille l’attention, il existe aussi un intérêt issu de l’attention. Bien des gens ont appris à aimer le bridge. Au premier abord, le jeu ne les intéressait pas, ils n’y jouaient que pour se conformer à la vogue du moment. Mais, lentement, l’intérêt commença à croître. Bien qu’en premier lieu l’attention eût créé l’intérêt, ce fut ensuite l’intérêt qui soutint l’attention. En tout cas, plus votre intérêt est vif, plus votre puissance de concentration est grande.

Cet intérêt se manifeste sous diverses formes dont nous allons indiquer sommairement les principales. En premier lieu, la curiosité.

a) La Curiosité

De même que pour être bon observateur il faut désirer savoir, de même pour être fructueusement attentif vous ne serez jamais assez curieux. Vous ne découvrirez rien si vous ne cherchez point. Mais réciproquement vous ne chercherez que si vous avez en tête quelque notion -fût-ce une prénotion -de ce que vous poursuivez. Avoir de temps à autre des idées « directrices », qui inspirent une investigation, une tentative, un travail, voilà ce qui permet à un homme de se renouveler, de s’agrandir, de se faire.

  1. b) L’Utilité.

Un autre facteur de l’intérêt est l’utilité. En règle générale, la plupart ne font attention aux personnes, aux choses, aux circonstances que dans la mesure où elles se raccordent à leur métier ou à leurs préoccupations d’une manière ou d’une autre. Le point de vue utilitaire est ainsi un excitant de l’attention ; et plus l’objet de l’attention présente d’utilité directe ou possible, plus l’attention est forte et concentrée. Une excellente attitude sera de supposer que tout ce qu’on voit ou entend a une utilité pour soi-même, sinon tout de suite, du moins plus tard, un jour ou l’autre

c) La Nécessité.

Autre excitant encore : la nécessité professionnelle. Quiconque veut réussir dans cette voie, doit avoir une attention sans cesse éveillée, afin de discerner les défauts, chercher les améliorations, augmenter le rendement du travail. L’attention continue est l’une des principales qualités d’un bon ouvrier, d’un bon vendeur et d’un bon homme d’affaires, tout autant que d’un bon ingénieur ou d’un bon peintre. Les exigences professionnelles sont parmi les formes d’intérêt les plus actives.

d) Le Danger.

A cette cause continue s’ajoute pour chacun de nous, surtout dans les circonstances si complexes de la vie moderne, une cause temporaire d’attention : le danger. Ce n’est pas seulement en haute montagne ou en conduisant une automobile, mais aussi en traversant les rues, en se promenant sur une route qu’on est exposé, de nos jours, au danger. Celui-ci détermine en nous une activité neuromusculaire plus rapide, avive notre attention et précipite nos mouvements. L’intérêt vital nous commande alors les perceptions à enregistrer et les gestes à faire.

Tous ces facteurs concourent à augmenter la puissance de notre attention.

L’Habitude.

Nos Leçons précédentes vous ont montré qu’en exerçant la mémoire, on la développe, qu’en observant souvent on devient observateur. Il en est de même pour l’attention. On prend l’habitude d’être attentif d’une façon générale ou pour certaines choses pour lesquelles on a tendance à être distrait. Ainsi, celui qui se livre à des études exigeant une attention soutenue sera plus capable de concentrer son esprit sur n’importe quel sujet mental qu’un autre homme, dont le travail mécanique dispense l’attention de toute contrainte. Les choses pour lesquelles on a tendance à être distrait sont celles qui ne nous intéressent pas; eh bien! En les abordant souvent, elles finissent généralement par devenir intéressantes. En tout cas, on arrive, grâce à l’habitude, à un pouvoir de fixation et à une économie d’efforts toujours croissants.

La Volonté.

Mais en dehors de l’intérêt et de l’habitude, il existe encore un troisième mobile de l’attention dont on ne saurait trop mettre en évidence la valeur. C’est l’effort de la volonté. C’est cette « force additionnelle » qui est l’expression la plus intime de notre « moi » conscient et agissant. C’est elle qui pèse sur nos décisions et c’est grâce à elle que notre attention peut s’arrêter sur un sujet voulu en faisant front aux courants de l’affectivité ou de l’habitude. Quoi qu’en pensent ses adversaires, les déterministes et les matérialistes, le fait est que leurs doctrines restent dans l’obscurité de l’incertitude théorique tandis que le sentiment de la volonté libre existe et qu’il est le facteur le plus indispensable et le plus puissant de tout progrès individuel et collectif.

reussite_7j_memoire_concentration_L

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *