Les jouissances de l’appétit

“Le plus grand plaisir de la table ne provient pas de mets coûteux, mais de vous-mêmes.” HORACE

“Mieux vaut de l’herbe pour nourriture, là où règne l’amour, qu’un bœuf engraissé si la haine est là.” SALOMON

“Un regard joyeux fait de chaque plat un festin.” Georges HERBERT

“Des repas troubles procurent une mauvaise digestion.” SHAKESPEARE

Combien de gens se mettent à table pour faire connaissance avec la colique, la dyspepsie ou quelque autre maladie de la même espèce, grâce à leur ignorance complète des lois de la diététique, leur mauvaise humeur, leurs querelles, au lieu d’apprendre, et de démontrer par l’exemple, les bienfaits de la prière de la reconnaissance envers le Créateur de la nourriture, et la joie du repas pris en commun.

“Chaque bouchée de nourriture signifie dégénération ou régénération.” Cette épigramme renferme une grande vérité.

L’art de bien manger

Je ne connais rien qui soit plus en rapport avec le bien-être humain que l’art de bien manger, de manger les choses les meilleures de la façon la meilleure, en quantité exacte, au moment voulu. De l’hygiène alimentaire dépend notre bien-être, notre bonheur et notre longévité.

Quoique vous preniez une bonne nourriture en suffisance, il ne s’ensuit pas toujours que vous soyez bien nourris.

Il arrive souvent que grâce à la diminution de l’efficacité des sucs digestifs ou à l’empoisonnement mental causé par la crainte, les soucis ou d’autres troubles de l’esprit, certains tissus souffrent sérieusement de la faim, même lorsque vous avez absorbé une nourriture suffisante.

Les aliments les plus appétissants, même si nous sommes en bonne santé, ne sont pas bien digérés, bien assimilés, si nous les prenons quand nous sommes éprouvés par une grande anxiété ou des pressentiments de malheur.

La condition de l’esprit modifie très sérieusement la nutrition. Notre humeur, nos émotions, notre attitude mentale, nos joies, nos chagrins influent sur le processus digestif.

Les organes de la digestion, – le foie et l’estomac, par exemple, – dépendent à tel point de l’harmonie, que s’il existe en nous la moindre discordance, ils ne peuvent agir normalement, et la digestion se trouve compromise.

L’attitude mentale et la digestion

Un spécialiste russe, le Dr Pawlaw, a fait des expériences sur des chiens et des chats. Il a trouvé que lorsque ces animaux étaient, pendant qu’ils mangeaient, irrités, grondés ou chicanés, les sucs gastriques s’affaiblissaient ou même cessaient d’être sécrétés, et qu’ils étaient, en tout cas, d’une qualité inférieure.

Il est bien reconnu que les victimes de la crainte, de la jalousie, de la mélancolie ou de toute autre discorde mentale, sont mal nourris pour la même raison. Leurs sucs digestifs sont dilués, faibles, manquent de pepsine et des acides si nécessaires pour dissoudre les aliments solides.

Les spécialistes déclarent que l’attitude mentale, au moment du repas, exerce une grande influence sur le corps. Si l’esprit est troublé, fatigué, s’il souffre des effets aigus des passions, la digestion est imparfaite ; la nourriture est mal digérée, des poisons sont engendrés, et la débilité générale s’installe.

Je connais une mère dont l’état d’esprit est souvent très préjudiciable à son bébé. La crainte, l’inquiétude, tout ce qui la rend soucieuse a une répercussion sur le bébé, aussi bien que la nourriture qu’elle prend.

Un choc causé par un télégramme ou une lettre renfermant de mauvaises nouvelles peut arrêter complètement la digestion, qui ne pourra être rétablie que lorsque l’esprit aura recouvré sa tranquillité.

Si nous pouvions examiner l’estomac après un semblable choc, nous verrions que l’écoulement des sucs des follicules digestifs est suspendu ; ces follicules semblent desséchés et fiévreux, et privés, pour un temps, de leur pouvoir digestif.

Cela provient de ce que l’appareil digestif est en rapport très étroit avec le cerveau. En cas d’accident ou de terreur soudaine, celui-ci envoie aux organes de la digestion comme un commandement d’interrompre leur travail.

Quelques personnes s’empoisonnent elles-mêmes mentalement pendant leurs repas, au point de ne pouvoir digérer leur nourriture. Il est toujours dangereux de se quereller, de se mettre en colère, mais plus particulièrement lorsqu’on est à table.

De la bonne humeur pour une bonne digestion

N’amenez pas vos soucis à la table de famille, car il n’y a rien qui trouble plus facilement la digestion qu’un esprit préoccupé.

Les plus grandes autorités médicales sont d’accord pour dire qu’il ne faut pas manger lorsque l’esprit est agité ou inquiet, qu’il est de la plus grande importance de venir joyeux à table, de ne manger que lorsqu’on est de bonne humeur.

Elles disent aussi qu’il faut éviter la discorde mentale, le soir, surtout, quand on va se mettre au lit, parce que la mauvaise influence d’un esprit troublé sur la digestion et l’assimilation empêche le sommeil rafraîchissant.

En résumé, quelque malheureux, soucieux ou inquiet que vous puissiez être à d’autres moments de la journée, il est absolument nécessaire que vous soyez aussi heureux et harmonieux que possible pendant les repas et les heures ou s’opère la digestion.

Autrement les sucs digestifs ne posséderont pas les qualités requises, et tout votre organisme en souffrira. Les soucieux chroniques ne digèrent jamais bien.

Il vaut donc la peine de faire un effort pour acquérir l’habitude de la bonne humeur pendant les repas et avant d’aller nous coucher, car elle exercera la plus heureuse influence sur notre santé. 2 endroits où les soucis ne sont pas admis

Posez-vous donc la règle que, quoi que ce soit qui ait pu vous troubler, vous fatiguer pendant votre travail, dans la journée, il y aura 2 places où les soucis ne seront pas admis : votre salle à manger et votre chambre à coucher.

Placez dans ces 2 endroits un écriteau sur lequel on lira en grandes lettres : Aucun souci, aucun ennui, n’est admis ici. Ce lieu est consacré à la joie et au contentement, à la paix et à l’harmonie.

Faites en sorte que votre salle à manger soit un lieu de détente et d’amusement

La salle à manger devrait être considérée comme un lieu où règnent la gaîté, le badinage. Faites-vous un point d’honneur d’y apporter vos meilleures plaisanteries, vos histoires les plus amusantes. Ne les réservez pas pour votre club ou pour la table des autres. Ne craignez pas de rire en mangeant. Ne contraignez pas vos enfants à rester immobiles et sérieux. Laissez-les rire et plaisanter tant qu’ils veulent.

Cela vaut 10 fois mieux que l’indigestion et la dyspepsie. Faites de la salle à manger un lieu de détente et d’amusement. Que chacun laisse dehors ses haines, ses jalousies, ses soucis, et que la cloche du dîner soit le signal de la joie et du contentement.

Les repas sont destinés à nous procurer du plaisir

La sensation agréable que nous éprouvons à la pensée de manger quand nous avons faim, que notre palais est chatouillé délicieusement par l’odeur des apprêts culinaires, le bien-être que nous ressentons en prenant notre repas, indiquent que les repas sont destinés à nous procurer du plaisir.

Horace Fletcher dit que peu de personnes connaissent la jouissance réelle qu’un individu affamé éprouve en mangeant une croûte de pain. Il dit que, souvent, il mange un morceau de pain sec très lentement, en le mastiquant bien, et trouve du goût à chaque bouchée.

Chaque fois que vous vous asseyez pour prendre votre repas, pensez combien est merveilleux le miracle de la nutrition, et réalisez que la fonction que nous accomplissons en mangeant a été créée pour que nous en ayons de la joie.

Nous devrions nous approcher de chaque repas avec respect, en l’appréciant, et dans notre meilleure disposition.

Nous devrions nous dire : “Je vais, en mangeant, emmagasiner de la vie, de la force et de la vigueur fournies par le soleil et réglées par un Pouvoir plus grand que celui du soleil.” Faites de l’acte de manger une fête mentale et spirituelle

Le miracle perpétuel que la Nature opère dans notre corps par l’action de la nourriture, de l’air pur et du sommeil étonnerait un ange ; cependant nous n’y pensons jamais. Beaucoup de gens semblent croire qu’ils ont été créés une fois pour toutes.

Ils ne réalisent pas qu’ils se recréent eux-mêmes avec chaque bouchée qu’ils avalent, avec chacune des bouffées d’air qu’ils respirent; que la vie est une perpétuelle récréation, et que si cette puissance créatrice nous était retirée, une seule seconde, notre vie s’éteindrait immédiatement.

Il n’y a rien de plus beau, de plus merveilleux que la transformation du pain, de la viande, des légumes ou du fruit en tissus vivants ; rien de plus étonnant que les choses en apparence inertes que nous avalons puissent, en très peu de temps, penser, agir, vivre et créer.

Mais combien peu d’entre nous pensent à ces miracles ! La majorité des gens mangent par nécessité, et n’en retirent qu’une satisfaction animale. Au lieu de faire de l’acte de manger une fête mentale et spirituelle, un sacrement de l’âme, ils n’y voient qu’une fonction purement corporelle.

Il est regrettable que la belle coutume de rendre grâce avant le repas soit tombée en désuétude, car quoiqu’on ait souvent dît que ce n’était qu’un acte fait pour avoir l’esprit tranquille, elle était cependant une halte d’un instant qui nous procurait l’occasion de penser à ce que nous allions faire, et d’exprimer une pensée de gratitude au Créateur de tout ce dont nous jouissons.

N’oubliez pas de penser au Créateur lorsque vous mangez

Mais en dehors de tout ce que renferme de merveilleux et de sacré l’acte de manger, le fait qu’il renferme aussi une re-création entre bien rarement dans la tête des gens.

La prochaine fois que vous mangerez, ne fût-ce qu’une pomme ou une orange, pensez à l’Intelligence merveilleuse qui l’a préparée pour vous. Considérez que la même puissance créatrice, qui a fait ces fruits délicieux, a aussi adapté vos sens, votre être physique, pour qu’ils puissent en jouir.

De même, toutes les fois que vous verrez un beau visage, un beau paysage ou toute autre belle chose, souvenez-vous que c’est la Puissance qui vous a créés qui a fait ces choses pour réjouir votre vue.

La prochaine fois que vous vous assiérez pour prendre votre repas, à haute voix ou silencieusement, offrez à votre Créateur l’hommage de votre gratitude et de la jouissance que vous éprouvez.

Vous serez surpris de constater combien votre nourriture vous profitera mieux si vous lui adjoignez l’appréciation de l’amour de Celui qui vous la fournit et une douce gaîté, si vous prenez l’habitude de considérer un repas comme la participation à un sacrement, comme quelque chose qui recrée votre vie, renouvelle votre pensée, votre vigueur, et vivifie en les augmentant toutes vos facultés.

Que faut-il apprendre aux enfants ?

On devrait apprendre aux enfants ce que cela signifie que de se mettre à table dans la vraie attitude mentale. On devrait leur enseigner à prendre leur nourriture avec gratitude, amour et bonne humeur.

Cela aurait une merveilleuse influence sur leur santé, leur bien- être général et leur bonheur.

Si les pères de famille comprenaient ces choses, ils ne se permettraient pas de lire leur journal pendant le repas ou d’apporter à la maison les préoccupations de leurs affaires, et d’en parler à table.

Et les mères ne se borneraient pas à commander à leurs enfants de se bien tenir et de ne pas parler, ni rire aux repas. Les querelles, les reproches, les picoteries pendant le repas seraient considérés comme des péchés. On ne se permettrait pas mieux ces choses qu’on ne se les permet dans un temple.

Nous ne devrions jamais perdre de vue le fait – et nous devrions l’inculquer à nos enfants, à la maison et à l’école – que le processus digestif suit le processus mental, et coïncide avec lui.

Si nous entretenons avec persistance des pensées de joie, de contentement, de bienveillance, qui travailleront toujours en nous pour maintenir notre santé et pour produire l’harmonie, la sérénité et l’équilibre, nous assurerons notre santé mentale.

D’autre part, des pensées discordantes, inharmonieuses, se manifesteront dans le corps sous différentes formes, telles que le rhumatisme, la dyspepsie, les maux de tète, etc.

Il nous faut un repas attrayant à la vue et agréable au palais

L’appétit est aussi puissamment affecté par notre humeur et par la vue. Un soudain accès de colère nous enlève l’appétit, quelque envie que nous ayons eu de le satisfaire. La découverte, dans nos aliments, de choses qui dégoûtent, produit le même effet.

En voyage, nous avons tous expérimenté combien du nappage sale, dans un hôtel ou un restaurant, nous enlève l’appétit, combien vite une mouche ou quelque insecte trouvé dans le lait nous ôte l’envie de le boire !

Considérez quelle puissance possède la pensée pour qu’elle puisse ainsi occasionner la suspension ou la complète cessation du processus digestif !

Beaucoup de personnes sont plus ou moins affectées par l’apparence et l’arrangement de la table ou de l’endroit où elles mangent.

Impossible, par exemple, de trouver la nourriture bonne et d’avoir du plaisir à la manger dans un restaurant plein de mouches ; et cependant nous prendrions cette nourriture avec plaisir dans un hôtel de première classe, lorsqu’elle serait servie dans de la porcelaine fine, au milieu de corbeilles de fleurs.

Non seulement notre appétit est augmenté par un milieu attrayant, mais notre santé en est aussi fortifiée, car un environnement plaisant a une influence qui égaye et qui élève l’esprit.

La table, la porcelaine, le nappage, tout ce qui est associé à notre repas devrait être aussi propre et agréable à la vue que possible. Même un repas, composé de pain, de fromage et de lait, peut être servi de façon à solliciter l’appétit.

Une nappe peut être propre, même si son tissu est rude ; s’il n’y a ni verres taillés, ni porcelaine, les plats peuvent être sans éraflure, ni taches ; et si la maison se trouve à la campagne, la table peut être décorée de quelques simples fleurs des champs qui ajouteront au repas une grâce que n’aura pas une table plus riche, où le goût manquerait.

Quoique tout ce qui est possible doive être fait pour rendre le repas attrayant à la vue et agréable au palais, l’appétit ne doit cependant pas être indûment stimulé, car cela conduirait à une alimentation trop copieuse, alors que l’estomac demande peut-être à avoir du repos.

Par conséquent, il faut bannir les apéritifs qui font manger trop et semblent fortifier l’estomac quand au contraire ils le ruinent. Il ne faut jamais forcer l’appétit

Tout ce qui tend à forcer l’appétit est mauvais, et même dangereux. Les mères ne savent pas le mal qu’elles font lorsqu’elles forcent leurs enfants à manger quand ils n’en ont pas envie, en leur disant que s’ils ne mangent pas ils ne grandiront pas ou n’auront point de force.

La plupart de nos maux sont accrus par une nourriture trop copieuse quand nos organes souffrent déjà de plénitude ou ne sont pas en état d’absorber autant.

La Nature nous avertit quand nos tissus sont suffisamment nourris ou qu’ils ne sont pas en état de prendre de la nourriture. Chaque cellule du corps réclame quand elle sent le besoin d’être nourrie.

Mais afin d’éviter le danger de ne pas suivre les avertissements de la Nature, nous devons manger très lentement et bien mastiquer nos aliments.

Quand nous mangeons trop vite, la salive et les autres sucs gastriques n’ont pas le temps de dissoudre la nourriture, et les cellules qui réclamaient la nourriture n’ont aucun moyen de déterminer quand l’estomac en contient suffisamment. Alors l’appareil digestif est obligé de faire un travail inutile qui le fatigue. Il suffit d’obéir à l’appel de la Nature

La Nature connaît son affaire mieux que nous, et si nous obéissons à son appel, non seulement elle nous dira combien nous devons manger, mais quand nous devons manger.

Nous avons tous expérimenté que la salive nous vient à la bouche quand nous avons faim lorsque, rentrant peut-être d’une bonne promenade, nous sentons le fumet des aliments.

C’est l’appel de la Nature qui nous convie au repas. Mais combien de personnes prennent leur repas uniquement parce qu’il est l’heure de manger, sans éprouver aucun appétit !

La régularité dans les repas a une grande importance, mais il vaut mieux supprimer un repas, en se contentant de quelque chose de très léger, comme un verre de lait, une orange ou un autre fruit, que de prendre un repas uniquement parce qu’on a l’habitude de manger à cette heure-là.

L’ignorance de nos besoins physiques ou de la merveilleuse construction de notre corps et des lois qui président à sa croissance et à son entretien, est un des grands ennemis de l’humanité.

Une multitude d’hommes et de femmes pourraient, s’ils étaient instruits sur ces questions, doubler ou tripler leur habileté, leur originalité, leurs capacités, leur puissance cérébrale et leur bonheur. Comment faire pour avoir un corps en parfaite santé ?

Pour atteindre le plus haut type d’homme ou de femme, il est aussi nécessaire de cultiver le corps, de développer sa force et sa beauté, qu’il l’est de développer l’intelligence et de l’élever à sa plus haute puissance.

Et puisque le corps est renouvelé, recréé par la nourriture que nous prenons, il est facile de voir quel rôle important elle doit jouer dans notre existence.

Pour avoir un corps en parfaite santé, on doit posséder un esprit gai, optimiste, sain. Tous 2 dépendent dans une grande partie de ce que nous introduisons dans notre estomac.

L’amour, la paix, la joie, la gaîté, la bonté, le contentement, la sérénité, le dévouement, tous ces attributs mentaux, en maintenant l’harmonie entre toutes les fonctions, produisent un corps robuste et sain. Tous ceux qui le veulent peuvent obtenir ces attributs par la pensée juste et par une bonne alimentation.