Suis-je seul à souffrir ?

Cette fois-ci c’est moins une question qu’une sensation impossible à congédier, une quasi-certitude : on est seul à souffrir ce que l’on souffre, seul à supporter ce que l’on ne supporte plus.

À une époque, je m’imaginais que les autres étaient comme ci (forts, heureux), tandis que moi j’étais comme ça (à vif et quelque peu maudite). Eux jouissaient de la vie, ils la croquaient à pleines dents comme des jeunes dans une publicité pour soda ; moi j’étais exilée loin, très loin de cette belle image. Perdue dans les couloirs labyrinthiques de mon désarroi, je m’y croyais sans compagnie, et la croyance que j’étais seule à mariner dans l’impuissance, les larmes et l’angoisse jetait du sel sur mes blessures émotionnelles.

Vous aussi, vous vous croyez seul à être faible, seul à avoir mal ?

Il est temps de changer de perspective ; ce chapitre vous y aidera. La souffrance des autres

Regardez tous ces gens que vous ne regardez pas d’habitude, parce que leur main tendue, leur gilet jaune, leur pauvreté noire sous les ongles, leur décrépitude ou leur handicap vous mettent mal à l’aise. Aimeriez-vous vraiment être à leur place ?

Moi non plus…

Et maintenant, regardez ces gens qui ont « tout ». Vous pensez qu’ils ont de la chance ?

Souvenez-vous que pour eux aussi, le temps s’écoule inexorablement dans un seul sens. Qui sait si derrière leur sourire, ils ne sont pas plus angoissés que vous ne l’êtes ?

Ils ont plus à perdre que vous, et ils sont sûrs de le perdre. Leur jeunesse, leur beauté, leur richesse, leur célébrité leur coulent entre les doigts comme du sable entre les dents d’un râteau d’enfant quand que le soleil disparaît à l’horizon gris-mauve et que les vacanciers désertent la plage mélancolique… De leur bonne fortune ils ne sont que locataires, et comme le propriétaire augmente le loyer tous les ans, un jour ou l’autre ils se retrouveront à la rue. 59 Marre de la vie ?

Et c’est sans parler de tous ceux qui font semblant d’être heureux. Ils rient, ils chantent, ils affichent un sourire éclatant, une joie de vivre théâtrale, puis le soir venu leur masque tombe et ils voient dans le miroir de leur salle de bain le reflet tragique de tout ce qui leur manque. Ils ont réussi à convaincre leur public que leur sort est digne d’envie, qu’ils ont « tout », mais la solitude leur renvoie sans ménagement leur vide et leur détresse à la figure.

Voudriez-vous vraiment être, comme eux, un imposteur ?

Moi non plus… Pas le dernier dodo

Mais peut-être que, tout en ayant conscience que d’autres êtres humains souffrent sur cette planète, vous croyez être seul à avoir ces problèmes ou ces défauts-là ?

Vous avez vu en vous quelque chose que vous considérez comme une tare, faille invisible qui ne se voit pas comme le nez au milieu de la figure, et vous vous imaginez être le seul à l’avoir parce que vous ne l’avez pas encore identifiée chez quelqu’un d’autre.

Rassurez-vous : je vous garantis que d’autres ont exactement les mêmes difficultés ou imperfections que vous.

Cette prise de conscience est devenue facile de nos jours, grâce aux forums d’Internet. On s’aperçoit en les consultant qu’il y a toujours plus d’une personne à être touchée par n’importe quel embêtement, y compris les plus exotiques, les plus insolites. La peur des poupées, la conviction d’être un vampire ou un extraterrestre, les fantasmes de meurtre, les pieds à six orteils, l’haleine de chacal… des centaines, des milliers d’individus sont concernés.

Même en essayant très fort, vous ne pourriez pas avoir de travers strictement personnel qui vous soit réservé. D’ailleurs les personnes qui vous entourent ont des lacunes, elles aussi… Elles réussissent peut-être à faire bonne figure devant vous, mais ne s’en demandent si leurs corps ou leurs états d’âme sont légitimes, corrects.

Si, donc, vous vous croyiez seul de votre espèce, maintenant vous savez que vous n’êtes pas le dernier dodo. Au contraire. Au jeu des sept familles, on vous retrouve dans plusieurs. 60 Foire aux questions Levez les yeux

Maintenant, si vous le voulez bien, je vous demande de prendre de la hauteur, et d’envisager votre vie dans une perspective un poil plus cosmique.

Dans le ciel obscur peuplé de milliards de galaxies, de trous noirs à la pelle et d’étoiles à désespérer tous les comptables, malgré sa beauté surnaturelle notre planète n’est qu’un grain de poussière bleu.

Sur cet atome azuré qui tourne et vire miraculeusement dans l’espace, les générations se succèdent comme des vagues sur un rivage. Le monde se fait tout neuf pour les bébés tout neufs, vieux et usé pour les vieillards. Sa diversité lui permet toutes les métamorphoses, et à chacun il présente l’écho de son visage. Pour celui qui pleure, il pleut ; pour celui qui rit, tout rit avec lui : le soleil, le vigile de l’hypermarché, la truite arc-en-ciel et la vache qui rit.

Alors je vous en prie, ne soyez pas dupe de ce jeu de miroir.

À côté de chaque douleur il y a une joie, comme à côté de chaque explosion de fou-rire, de chaque jubilation contenue, quelque chose d’autre. Tandis que Barnabé se recroqueville sur son chagrin, juste à côté Sylvère et François se marrent – et le jour où, euphorique, vous éclaterez de rire et de bonheur, non loin de vous d’autres verseront des pleurs…

Un concert symphonique nous entraîne tous, et nous pouvons jouer notre rôle sans nous apercevoir que d’autres chantent joyeusement ou sanglotent à nos côtés, ou nous pouvons lever les yeux de la partition et prendre conscience que nous ne sommes pas seuls et ne l’avons jamais été.

                        reussite_7j_joie_vivre_L

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