Intérêt et harmonie mentale

L’intérêt que vous éprouvez pour votre but active le développement de vos capacités mentales.

A. L’Intérêt donne à l’Esprit l’Unité d’action.

1. Voici un jeune homme qui, venant de terminer ses études, cherche à se créer une situation. Absorbé par la préparation de ses examens, il n’a pu jusqu’alors faire définitivement choix d’une carrière. Le moment est venu de se décider et c’est pour lui un grand souci. Il est attiré par diverses professions qui toutes ont leurs avantages et leurs

inconvénients. Entrera-t-il dans l’industrie automobile ? à la Bourse ? dans les assurances ? – Il essaye de peser impartialement le pour et le contre. Dans cette période d’indécision, pour ne pas dire de dispersion, son esprit n’a aucun point de concentration, et la force de l’intérêt est à peu près suspendue : elle ne s’exprime plus que par le désir de découvrir sa vocation réelle. Enfin, il se décide : il entrera dans une banque. Aussitôt une idée bien définie commande toutes ses facultés : il veut devenir un habile financier. Dès lors, pour réaliser cette ambition, son esprit d’observation, sa mémoire, son imagination, son jugement, sa volonté vont agir de concert. Nous ne disons pas qu’il n’aura aucune idée étrangère à sont travail (nous souhaitons au contraire qu’il en ait pour son bon équilibre mental), mais le fait de poursuivre un but va faire coopérer harmonieusement ses diverses facultés.

Par contre, si nous n’avons pas de but défini, nous travaillons par nécessité, mais sans goût, et, notre besogne achevée, nous ne savons comment « tuer » le temps. Notre vie, n’ayant pas de centre, se disperse ; nous n’avons ni méthode, ni plan. Nos facultés ne prennent aucun développement ; elles s’étiolent même et un jour vient où nous nous reconnaissons inférieurs à ce que nous étions autrefois. A peine nous avouons-nous ce que nous aurions pu devenir si, dès là jeunesse, nous avions adopté un but et une méthode.

B. L’Intérêt développe l’Attention.

2. Voici, en présence de M. X…, six personnages : un tailleur, un peintre, un psychologue, un médecin, un homme d’affaires et un …je ne sais quoi, car il ne s’intéresse à rien. Chacun des cinq premiers fera une remarque au sujet de M. X…relativement à ce qui l’intéresse. Ainsi le tailleur observera sans aucune peine la coupe du veston, la qualité du tissu ; le peintre examinera la physionomie, la couleur des ses yeux et du teint ; le psychologue, attentif à l’expression du visage, devinera le tempérament ou le caractère ; le médecin, même sans s’y appliquer, constatera les symptômes d’une maladie ; l’homme d’affaires apercevra, d’un coup d’oeil, la condition sociale. Mais celui qui ne s’intéresse à rien ne verra rien ; son regard glissera sans faire aucune remarque et après une vague impression ce sera, comme auparavant, le vide dans son esprit.

Rien de plus fréquent que la dispersion d’esprit ; elle résulte le plus souvent de l’absence de but, par conséquent d’intérêt.

Combien d’Etudiants nous disent : « Quand je m’assieds pour faire des comptes ou lire un livre, je ne puis concentrer mon attention sur mon travail, je pense à tout autre chose ; arrivé à la fin de la page, je dois recommencer ! J’ai tout autant de peine à suivre une conversation. Les gens me parlent, et, s’ils me demandent : « N’est-ce pas votre avis ?», je ne sais à quoi s’applique cette question ; j’étais dans les nuages.»

Nous cherchons alors à déterminer depuis combien de temps notre interlocuteur souffre de cet état d’esprit, et, un à un, nous obtenons les renseignements désirés. Enfin, nous posons la grande question : Quel est votre but dans la vie ? Vous laissez-vous vivre, ou avez-vous un plan, une ambition ?

« -Ma foi ! J’ai grand’ peur d’aller tout juste mon petit bonhomme de chemin. Certes, j’aimerais à augmenter mes revenus, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Pour ce qui est de l’ambition, il y a beau temps que je n’en ai plus. »

Forts de cet aveu, nous commençons à lui expliquer qu’on peut remédier à la dispersion de l’esprit, d’abord en reconstruisant sa vie intérieure sur une nouvelle base de désirs, puis en suivant avec décision la voie adoptée. Nous lui représentons que non seulement il doit désirer augmenter ses revenus, mais être bien déterminé à les augmenter de 4.000 ou 5.000 fr. par an. Peut-être lui sera-t-il difficile au début de se créer un mobile d’action ; mais, dès qu’il y aura réussi, il concentrera plus facilement son attention sur les détails de ses affaires ou sur les pages d’un livre. Il prendra de bonnes habitudes mentales, et ses pensées, au lieu de se poser, sans raison, ici et là, seront toutes dirigées sur les moyens d’augmenter ses profits et d’édifier de nouveaux projets. En outre, une discipline psychique – que nous esquisserons plus tard dans notre Cours – accomplira des merveilles pour le développement de ce que nous pourrons appeler les muscles mentaux.

Et, dans trois mois, cet homme, qui manquait de confiance en lui, nous dira qu’il ne se reconnaît plus : il n’aurait pas cru qu’une guérison pût être aussi rapide et aussi complète.

Des Buts trop Nombreux dispersent l’Attention.

Il faut Savoir se limiter.

3. Avoir un but précis concentre l’attention ; avoir trop de buts, et des buts trop différents, la disperse. Nous connaissons un homme qui s’occupait en même temps de trois affaires importantes, très différentes entre elles. De huit heures à dix heures du matin il travaillait à la première, de dix heures à midi à la deuxième, et de treize à vingt et une heures à la troisième. On a beau être bâti à chaux et à sable, une tâche aussi absorbante et quotidiennement renouvelée dépasse les forces normales. Cet étudiant en arriva, au bout de deux années, à un surmenage caractérisé. Il lui faillait lire une lettre deux fois pour en saisir le sens. Il lui arrivait souvent « d’être dans les nuages » pendant une entrevue fort importante. Il consulta son docteur qui l’engagea à se reposer quelque temps. Nous lui avons conseillé un remède plus énergique. Nous l’avons averti que s’il ne diminuait pas ses heures de travail et le nombre de ses occupations, non seulement maintenant, mais à l’avenir, son cerveau ne fonctionnerait plus du tout. Il fut obligé de ne conserver que deux de ses affaires et de placer un directeur à la tête de la troisième. Notons que le surmenage tient souvent à un manque de méthode. Il faut savoir se tracer un emploi du temps raisonnable, classer les questions selon leur importance et ne pas sacrifier l’essentiel aux détails.

Beaucoup de patrons ont le tort de vouloir faire tout par eux-mêmes et se fatiguent pour un infime profit, alors que sans inconvénient ils pourraient de devraient confier à des subordonnés les tâches secondaires.

Il y a donc une limite à l’effort, que chacun de nous doit connaître en ce qui le concerne. Cette limite est variable selon les individus.

Certaines personnes sont capables de poursuivre en même temps plusieurs sujets d’études ou de s’occuper activement de plusieurs entreprises. Mais, en règle générale, il suffit de sa profession et d’un ou deux buts secondaires pour remplir sa vie.

Sans doute, comme nous le disons souvent, un travail repose d’un autre ; mais c’est à condition que les deux séries d’activité soient très différentes et que l’on ne soit pas déjà épuisé. On peut concentrer son énergie sur une affaire commerciale pendant huit heures par jour et consacrer encore deux ou trois heures à apprendre des langues étrangères, à jouer d’un instrument, à étudier la théorie de la T.S.F., ou à rédiger des études d’histoire, ou de critique artistique. L’attention, quoique fixée pendant de longues heures sur les affaires, sera pourtant fraîche si ensuite on veut la concentrer sur d’autres sujets. Dans ces conditions, la deuxième occupation devient une « distraction », au sens supérieur du mot, et par suite un véritable repos mental. C’est ainsi qu’on peut éviter à la fois la dispersion de l’attention dans plusieurs directions, et le surmenage par excès d’attention sur un seul et même but.

N’avoir aucun but, c’est aller à la dérive ; en avoir trop, c’est gaspiller son énergie.

La Loi de l’Intérêt

4. Elle est claire et facile à formuler : plus votre intérêt est intense, plus votre attention est forte. C’est ainsi qu’il ya une attention spontanée en quelque sorte, qui se manifeste par exemple quand vous lisez un auteur qui vous plaît, ou quand vous écoutez une musique qui vous touche ; et d’autre part une attention voulue, qui s’exerce notamment au cours des travaux nécessaires à la profession ou au métier. Dans les deux cas, pourtant, la fatigue causée par la concentration de l’attention est d’autant moins grande que l’intérêt pour l’objet est plus profond et plus puissant.

Ainsi l’intérêt détermine, non seulement le degré de l’attention, mais aussi sa durée.

Le Génie et l’Attention

5. Il est à remarquer qu’un grand nombre d’écrivains ont été persuadés, et le sont encore, que le génie est dû plus à la concentration de l’attention sous une forme quelconque qu’au développement extraordinaire de facultés supérieures. Buffon à dit que le « génie n’est qu’une longue patience ».

« Entre un esprit ordinaire est celui de Newton, il n’y a, dit sir William Hamilton, qu’une différence importante : celui-ci est plus capable que celui-là de soutenir son attention…Le grand mathématicien anglais l’admettait lui-même avec une modestie égale à sa pénétration d’esprit. A ceux qui vantaient son génie, il répondait que s’il avait fait quelques découvertes, il le devait plus à son inlassable attention qu’à tout autre talent ».

Helvétius affirmait que ce n’était « qu’une attention prolongée ». Matthew Arnold soutint que c’était « surtout une question d’énergie ».

Mais ce ne sont là que des demi-vérités. La vérité entière est celle-ci : l’attention, la réflexion, l’énergie, l’effort mental – employez le terme que vous voudrez – prépare l’invention originale. Une nouvelle idée est enfantée par la sphère subconsciente de notre intelligence. C’est pourquoi on dit que la nouvelle idée nous « vient » ; elle fait son apparition momentanément, alors que, peut-être, l’esprit est occupé à quelque chose d’entièrement différent. Cependant, la valeur de l’attention n’en est pas diminuée ; elle en est plutôt accrue.

  1. L’intérêt développe la Mémoire.

2. La vigueur de la mémoire, comme celle de l’attention, dépend de l’intérêt qu’on éprouve et du but qu’on se propose. Le jeune étudiant en droit, qui espère entrer au Barreau, poursuit ses études avec entrain et désire, vivement passer ses examens. Etant intéressé, il est résolu à vaincre ; par suite, les difficultés de compréhension et de mémoire tendent à disparaître. S’il avait d’autres intérêts, ou s’il était indifférent aux résultats de son travail, il parcourrait distraitement ses livres de droit, son attention serait faible ; par suite, sa mémoire serait paresseuse et incertaine.

N’est-il pas notoire que nous nous rappelons les détails d’une affaire qui nous intéresse plus facilement que ceux d’une entreprise à laquelle nous sommes indifférents ? Un jeune homme de 25 ans se plaignait de son peu de mémoire dans les affaires. Il oubliait de mettre les lettres à la poste, négligeait les communications téléphoniques, ne se souvenait ni des commandes faites, ni des ordres reçus. Mais il se rappelait tout ce qui touchait au football : les dates des matches, les noms des équipes et des joueurs, les résultats exacts des parties. Il était à cet égard une vivante encyclopédie.

Il mettait tout son coeur dans le football et non dans les affaires. Où est notre coeur, là aussi est notre mémoire.

Examinez votre vie et cherchez ce que vous vous rappelez le mieux.

Ce sont les évènements, heureux ou malheureux, qui vous ont fait éprouver une vive émotion, ceux qui vous ont inspiré un intérêt profond. Un passage extrait d’une lettre de l’in de nos Etudiants vient à l’appui de cette observation :

« Les trois faits dont je me souviens le plus vivement, écrit-il, c’est le terrible accident où l’un de mes camarades se noya sous mes yeux (j’ai faillis me noyer moi-même) ; la soudaine exaltation morale que j’éprouvai sur une des montagnes de la Suisse ; et le profond étonnement que je ressentis lorsque, pour la première fois, je regardai par un télescope ».

La mémoire, cependant, peut se trouver amoindrie alors que l’intérêt reste intact. Il est indéniable, par exemple, que pendant une maladie la mémoire s’affaiblit, bien que notre intérêt reste aussi vif. De même un choc, le surmenage et bien d’autres causes accidentelles peuvent amener des troubles de la mémoire.

Il résulte de ce qui précède que l’intérêt est plus fondamental que le souvenir : Intérêt et But conditionnent l’Attention et la Mémoire.

  1. L’intérêt fait trouver des Idées.

2. En canalisant toutes les facultés mentales vers un but déterminé, l’intérêt élimine toutes les sollicitations du monde extérieur, de même que toute idée n’ayant pas trait au but qu’on s’est proposé.

Dans le domaine qui nous séduit, il rend nos idées plus nombreuses, plus puissantes, plus fécondes.

Il augmente ainsi le pouvoir créateur de l’imagination. Grâce aux forces qu’il vous donne, vous ne vous bornez plus à considérer ce qui touche étroitement à vos affaires, à votre profession, mais vous êtes amené à examiner également autour d’elles tout ce qui, à première vue, leur est étranger. Cet accroissement de nos idées en nombre et en qualité aboutit aux plus fructueux résultats.

Maxwell émit une théorie concernant les relations du magnétisme et de

l’électricité. Hertz, en tant que physicien, s’y intéressait aussi, et fit des expériences pour vérifier la théorie, ce qui le conduisit à la découverte des ondes hertziennes ou électromagnétiques. Marconi et Branly s’y intéressèrent à leur tour et aboutirent à certaines applications pratiques que de profondes réflexions leur avaient suggérées. C’est ainsi que fut découverte la télégraphie sans fil. Cet exemple met nettement en lumière le rôle de l’Intérêt, de l’Attention, de la Mémoire dans la naissance et le développement des Idées.

La Naissance et le Développement des Idées.

8. Les annales du génie montrent que dans presque tous les cas, l’originalité et les découvertes des grands hommes sont dues, d’abord à cette impulsion, sentiment ou émotion (quelque soit le nom que vous lui donniez) qui fait passer aisément de l’intérêt à l’action. Un exemple nous suffira. Finsen, le fameux spécialiste des cures de lumière, vit un chat reposant paresseusement sur un toit, en plein soleil. L’ombre d’un bâtiment voisin atteignit l’animal, qui se déplaça peu à peu pour s’exposer de nouveau aux rayons solaires. Il répéta la même manoeuvre plusieurs fois. Cette répétition attira l’attention de Finsen, dont l’intérêt croissait à mesure qu’il réfléchissait.

Il comprit que la lumière et la chaleur faisaient du bien au chat, mais comment et pourquoi ? Il se sentit à la veille de faire une grande découverte ; et, par la suite, ses nouvelles aboutirent à la fameuse cure Finsen.

Vous direz peut-être : N’est-ce point un cas où l’attention fit naître l’intérêt, plutôt que le contraire ? Non, car le savant commença par s’intéresser aux mouvements du chat, et c’est cet intérêt qui attira son attention sur le pourquoi du phénomène. On objectera que pour nous intéresser à une chose, il faut l’avoir d’abord aperçue. Certes : mais cette sorte d’attention au premier degré, spontanée, presque automatique, n’est pas l’attention concentrée, intense, dont nous nous occupons en ce moment.

Nous reviendrons plus tard sur l’attention qui se développe par la culture de l’esprit d’observation.

L’intérêt comme Stimulant.

9. N’avez-vous jamais entendu A… dire à propos de B…: « Je me demande où il trouve toutes ses idées ? » Cette remarque n’est point exempte de rancune et d’envie. A… fait de son mieux et cependant B…

le surpasse en tout. Pourquoi ? Probablement parce que B…est plus intelligent, ou plus laborieux, ou connaît mieux son métier. Mais il est également probable que A… n’a pas un aussi fort stimulant que B…et que, dès qu’il en aura un, les idées lui « viendront », aussi nombreuses et aussi fécondes que celles de son rival. Nous avons été étonnés de

l’extraordinaire habileté dont certains hommes sans instruction font preuve dans la conduite de leurs affaires. Ils peuvent commettre quelques bévues lorsqu’il faut de la précision dans l’expression et un goût sûr ; mais ils ont trouvé les idées essentielles, et les ont magistralement mises à exécution.

Ces hommes ont en eux la force, et cette force jaillit de leur enthousiasme pour leur oeuvre.

Appliquez ces exemples à vos propres affaires. Pourquoi êtes-vous quelquefois à court d’idées ? Deux raisons l’expliquent. Une période de stagnation, longue ou courte, suit presque toujours une période de création ; à l’exaltation mentale succède une sorte de dépression. C’est le rythme intellectuel. Mais la cause la plus grave, c’est que les feux de l’intérêt s’éteignent. Vous perdez votre force ; votre attention se relâche ; votre puissance de réflexion diminue, et vous n’obtenez plus que des résultats médiocres.

Le remède est simple : vivifiez, accroissez le stimulant et les idées viendront. La loi du stimulant a été formulée ainsi : « L’efficacité d’un sentiment, en tant que force agissante, est déterminée par son intensité et sa durée ».

Il faut que votre intérêt soit permanent et profond, sinon vous ne progressez pas ; vous êtes changeant, instable ; tantôt vous êtes tout feu, tout flamme, et tantôt froid et apathique. Si au contraire votre intérêt, quoique constant, reste tiède, il ne renferme aucune force, aucun « piment » et ne stimule en rien votre activité.

  1. L’intérêt accroît la Confiance en Soi

2. C’est là une question extrêmement importante et nous nous proposons de l’étudier à fond. Définissons d’abord la « confiance en soi». D’après le dictionnaire, c’est « la foi qu’on a en ses propres forces ; on compte sur la rectitude de son propre jugement et la compétence de ses propres facultés, sans aide étrangère ». Personne n’est absolument dépourvu de cette désirable qualité d’esprit et de caractère : il ya généralement une sphère (celle de nos affaires ou de notre profession) qui nous intéresse, que nous connaissons bien et où nous ne craignons point de parler et d’agir. Un cordonnier peut être d’une timidité extrême et sans aucun esprit d’initiative : mais, si vous vous avisez de le contredire lorsqu’il parle de cuir, il finira sans doute par oser vous dire que vous dites des sottises. Chacun de nous est assez sûr de lui lorsqu’il sait.

C’est de cette manière que s’accroît la confiance en soi. Vous connaissez votre sujet ou vous êtes en voie de le connaître, et votre hésitation naturelle cède le pas à votre expérience.

Cependant, même dans ce cas, il y a des gens qui n’osent soutenir leurs opinions : ils acceptent sans protester, l’énoncé des fais les plus absurdes et les plus faux. Que d’écoliers savent la réponse à faire et ont peur de lever le doigt et de parler ! Devenus hommes, ils conservent cette passivité et, quoique possédant le savoir et les capacités nécessaires pour réussir, ils hésitent sans cesse. C’est qu’ils sont de caractère réservé. Ils ont le secret désir d’arriver, mais ils ne sont pas entreprenants. Aussi se laissent-ils dépasser par les hommes les plus sûrs d’eux-mêmes.

Comment arriverez-vous à vaincre cette défiance de vous-même ? En provoquant un Sentiment sous la forme d’un Désir et en l’exprimant par un But défini. Lorsque vous demandez une faveur à un supérieur, votre dignité exige que vous le fassiez sans trembler et sans balbutier. Dites-vous à vous-même : « Cela doit finir. Cela n’est pas digne. »

Au premier abord, l’émotion coutumière reparaît quelle que soit la force de la résolution prise ; mais elle s’évanouira peu à peu.

Le Caractère et ses Effets

11. Notre caractère nous empêche donc souvent de progresser, surtout si la concurrence est grande. On voit des individus bien doués n’occuper qu’une place subalterne, tandis que d’autres, d’intelligence inférieure, accaparent la première place. C’est que ceux-ci sont supérieurs sur un point : ils sont énergiques et ils ont confiance en eux. On ne saurait les en blâmer ; on ne saurait blâmer davantage ceux que leur réserve tient à l’écart des batailles de la concurrence. Nous ne voulons pas que le monde soit peuplé d’arrivistes ne

cherchant que la satisfaction de leurs désirs égoïstes ; mais nous ne désirons pas non plus le voir encombré de timides, incapables de se frayer un chemin dans la vie. Nous apprécions, bien entendu, la valeur d’un caractère réservé, tel qu’il se manifeste dans la vie et les oeuvres d’un grand nombre d’idéalistes : et nous ne sommes pas aveugles aux mérites de ces individus énergiques qui acceptent avec calme les responsabilités des chefs. Mais si un homme d’esprit indécis désire pénétrer dans une sphère où il lui faut entrer en concurrence avec les autres, il ne doit pas s’attendre à ce que les règles de la lutte soient modifiées pour lui.

Il doit les accepter telles qu’il les trouve, lutter et vaincre. Cette manifestation d’énergie ne l’obligera nullement à cesser de se conduire en homme d’honneur.

De même que, dans un match nautique, les adversaires, tout en luttant de toutes leurs forces et de tout leur coeur, restent animés du plus pur esprit sportif, de même il peut y avoir dans toutes les sphères de la société une rivalité saine, qui reste soumise aux plus impérieuses exigences de l’honneur.

Quant à savoir si un homme doit obéir à son caractère ou le plier à ses besoins – c’est une question que cet homme, seul, peut résoudre. Nous avons connu des individus dont rien n’aurait pu transformer la timide réserve en puissante activité ; par contre, nous en connaissons beaucoup d’autres qui y sont parvenus. Ils étaient de nature renfermée et contemplative ; mais, par vouloir personnel, ils devinrent actifs, presque agressifs. Cependant, il y des chances pour que « l’intérêt-

Force » accroisse l’énergie de chacun et lui permette de trouver un système de développement adapté à son tempérament. Lors de la dernière guerre, bien des hommes et des femmes d’une grande retenue, poussés par le désir d’être utiles à leur pays, sont sortis de leur réserve habituelle. Les uns écrivaient des livres de propagande, d’autres faisaient des conférences, d’autres encore fondaient des hôpitaux pour les blessés. Chaque tempérament s’exprimait par le mode d’action qui lui convenait le mieux.

Votre intérêt, s’il est intense, trouvera sûrement le moyen de s’exprimer ; et à l’encontre même de votre caractère, il provoquera en vous de profonds changements.

L’intérêt engendre le Succès:

Confiance et Défense de Soi.

12. Sir James Barrie, l’écrivain anglais bien connu, avait été chargé d’écrire une pièce par M. Charles Frohman.

Lorsqu’il en remit le manuscrit, il dit : «Je suis sûr qu’elle n’aura aucun succès commercial, mais c’est l’enfant de mes rêves, et je désire tellement la voir mise en scène que, pour vous indemniser des pertes qu’elle vous occasionnera, j’ai écrit une autre pièce. – Tranquillisez-

vous, répliqua Frohman, je ferai jouer les deux. »

Or, la pièce dont le succès paraissait douteux à l’auteur était « Peter Pan », qui rapporta plusieurs fortunes. L’autre, qui devait indemniser le directeur, était « Alice reste auprès du feu », et ne fut jouée qu’une saison. C’est ainsi qu’un auteur peut se tromper en appréciant ses oeuvres.

Cependant, si James Barrie avait tout à fait manqué de confiance en soi, il aurait dit à Frohman : « Non, je ne puis pas vous écrire une pièce – une pièce assez bonne pour vous. Mon genre ne vous plaira pas. » Au lieu de faire un pareil aveu, il écrivit deux pièces, dont l’une, il en était sûr, compenserait l’insuccès de l’autre. Il doutait de la valeur commerciale de cette dernière, non de ses qualités humaines et littéraires, car c’était l’enfant de ses rêves, si cher à un écrivain. Barrie ne manquait pas de confiance en soi ; il ne faisait que se tromper en estimant la valeur pécuniaire de ses pièces.

Comme nous l’avons déjà dit, la force de l’intérêt donne à l’esprit l’unité d’action, elle favorise la concentration de la pensée et le développement de chacune de nos facultés. C’est de là que naissent la foi et la confiance. Un homme se sent capable de réaliser certaines oeuvres, parce qu’il s’est préparé à les faire et qu’il y a réussi. Ce sentiment de confiance, qui se manifeste dans une certaine sphère, tend à se déployer dans d’autres ; et celui qui se fie vraiment à ses capacités professionnelles, s’aperçoit que ce même pouvoir peut s’exercer dans de nouvelles directions. Il suffit qu’il ait foi en ses propres moyens, excités par l’enthousiasme et éprouvés par sa propre expérience.

  1. L’intérêt accroît la Puissance de la Volonté

2. La chose que de toute votre âme vous désirez faire, parce que vous la croyez bonne et avantageuse pour vous et les autres, est précisément celle qu’il vous sera le plus facile d’accomplir. Votre enthousiasme vous donnera de l’énergie. S’il vous faut, pendant un mois, commencer votre travail de bonne heure et le finir tard, vous le ferez aisément.

Cette observation est très simple ; mais on n’en saisit pas toujours l’importance. Les hommes nonchalants, indifférents, paresseux, sans ressort, sont en général incapables de s’intéresser à quoi que ce soit et, par conséquent, sans but, sans concentration de pensée et sans volonté. C’est une relation de cause à effet, comme disent les psychologues. Nous savons que ce rapport présente d’autres aspects ; mais ici, nous ne nous occuperons que de l’intérêt qui vise à un but précis et qui, en exigeant des efforts, développe toutes nos facultés mentales. L’une d’elle, nous le savons, est la Volonté. Cette volonté a, dans le sentiment de l’intérêt, non seulement son origine, mais aussi le principe de sa durée ; ainsi on s’habitue à vouloir.

Donc, si vous vous apercevez un jour que votre Volonté fléchit, bien que vous soyez en bonne santé et sans soucis, pensez au but que vous poursuivez dans la vie, examinez-le, pour voir s’il a conservé sa force d’action primitive. Etes-vous aussi enthousiaste que vous l’étiez ? Ou la vie vous semble-t-elle avoir perdu de son attrait ? On découvre souvent que l’affaiblissement de la Volonté vient du manque d’élan ou de stimulant. Le désir est moins fort ; l’attention se disperse. Toutes ces défaillances s’enchaînent étroitement et, bien qu’il y ait d’autres facteurs dont on doive tenir compte, le facteur principal, c’est l’intérêt.

Sans doute, l’habitude de surmonter les difficultés pour réaliser l’ambition de sa vie exerce une salutaire influence sur tout l’esprit ; un homme victorieux d’un coté est apte à l’être de l’autre.

Cependant, il n’en est pas toujours ainsi. Nous avons connu des hommes qui possédaient une grande force de volonté dans les affaires, mais qui n’en avaient pas dans d’autres sphères d’activité, où ils en auraient pourtant eu grand besoin. C’est pourquoi il nous faut avoir : ou un seul idéal assez vaste pour embrasser toute notre vie consciente, ou divers intérêts capables de créer tour à tour la force de volonté nécessaire.

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