La discipline Pelmaniste

Méthode et Discipline.

1. Nous vous avons indiqué une méthode ; il va falloir en faire, pour la vie entière, votre discipline. Si, une fois le cours achevé, vous repreniez simplement vos occupations comme avant de venir à nous, sans avoir en rien modifié votre vie, vous auriez perdu votre temps et votre peine. Or il ne faut jamais avoir travaillé en vain.

Un excès contraire, ce serait de reprendre avec servilité nos exercices, indéfiniment. Certes, toute compétence qui cherche à se maintenir, à s’accroitre, a besoin de s’exercer. Un pianiste, même émérite, fait sans cesse des gammes; un gymnaste, même et surtout s’il est champion, s’assouplit sans trêve. Mais il convient que vos exercices soient dorénavant conformes à vos possibilités, adaptés à vos buts. Ils doivent se, confondre avec votre existence, exprimer l’habitude définitivement prise de toujours vous contrôler, de toujours mieux faire.

Résumé de la Méthode.

2. Notre principe, ce fut l’efficacité de l’entraînement. Si nous vous avons présenté la rééducation des facultés sous forme d’une gymnastique mentale, c’est parce que l’expérience montre, dans la pratique assidue, un infaillible moyen d’acte et d’assouplir nos aptitudes.

Nous avons reconnu que l’entraînement doit être continu et progressif. C’est insensiblement qu’un timide perd son manque d’assurance pour acquérir la confiance en soi; c’est insensiblement qu’un paresseux se transforme en travailleur méthodique et zélé. Tout le secret de ces rénovations spirituelles consiste en ceci: une habitude nouvelle se substitue à une ancienne.

En disant que l’entraînement doit être progressif, nous n’entendons pas simplement qu’il nous fera plus développés que nous ne sommes. Nous voulons montrer qu’il doit procéder par ordre, du plus simple au plus complexe. Il faut commencer par les tâches les plus aisées, pour aborder ensuite les plus ardues. Le succès dans les premières permet la réussite dans les secondes. Si vous débutez n’importe comment, si vous abordez d’emblée les plus grosses difficultés, si vous vous attaquez à tout à la fois, vous êtes voué à l’échec.

Pliez-Vous à la Discipline.

3. Il ne suffit pas que vous compreniez cette méthode, il faut la pratiquer. Votre intelligence l’a reconnue seule rationnelle, il reste que votre activité s’y conforme.

Une véritable révolution doit s’accomplir dans votre vie : le Vieil Homme va faire place au nouveau. Imposez-vous tout de suite des obligations strictes, un emploi du temps rigoureux. Dressez sur un agenda, jour par jour, heure par heure, la liste de vos tâches. Ne vous contentez pas de la ponctualité dans vos affaires, de l’exactitude aux rendez-vous qu’on vous propose: assignez-vous à vous-même, quand vous ne dépendez que de vous, exactitude et ponctualité.

Dans la mesure où vous êtes votre maître, soyez votre maître. Pour la plupart des gens, être son maître, c’est être son esclave, l’esclave de ses désirs, de ses caprices. Seuls progressent, seuls atteignent leurs buts, ceux qui s’astreignent à une règle non pas seulement quand ils y sont forcés, mais en toute circonstance, volontairement, pendant leurs loisirs comme pendant l’accomplissement de leurs tâches professionnelles.

Si le naturel, que vous essayez de chasser, revient au galop, mettez-

lui la bride et le mors. Il faut dompter cette cavale sauvage. La pire erreur serait de croire impossible cette domestication. Vous apprivoiserez cette monture fougueuse qui est votre corps, votre tempérament, si vous l’avez décidé, et si vous maintenez votre décision. Vous connaissez les moyens de maîtriser l’inconscient (leçon XI).

Adaptez la Discipline à vos Besoins.

4. Ne croyez pas que nous vous demandions des efforts surhumains, ni superflus. La règle qu’il faut vous imposer n’est point le sacrifice de votre personnalité, elle doit au contraire vous en assurer la réalisation. L’expérience est faite: livré à votre fantaisie, ballottée par les circonstances extérieures, vous ne réussissez pas à réaliser votre personnalité. C’est pour y parvenir que vous adoptez notre méthode. Ne protestez donc pas que vous allez vous mutiler, persuadez-vous plutôt que vous allez vous parfaire. Certes, cultiver c’est, pour une grande part, élaguer ; mais ce que vous rognez de votre vie, c’est justement ce qui déformait votre existence et dispersait votre sève. Avec l’armature de la discipline, vous pousserez plus haut et plus fort. Vous n’avez plus le droit de vivre sans règle, mais vous pouvez et devez approprier votre règle à vos besoins, à vos aspirations légitimes. Bien que nous reconnaissions tous, à l’intérieur de la société où nous vivons, la même morale « sociale », votre règle ne saurait être exactement la même que celle de votre voisin. Quelqu’un qui est contre la paresse ne s’astreint pas aux mêmes obligations que celui qui combat en soi l’indécision. Pour faire son chemin dans les affaires, on ne procède pas comme un ouvrier ou un fonctionnaire. Nous aurons à nous expliquer bientôt sur ces variétés du « Pelmanisme en action ».

D’ailleurs, vos besoins changent, vos buts se transforment. Vous avez le droit et le devoir de modifier à mesure votre discipline. Ainsi, soyez, sauf cas d’impossibilité absolue, fidèle à votre emploi du temps, mais révisez-le périodiquement, pour l’adapter aux exigences nouvelles de votre existence, et même aux progrès que vous avez dû accomplir, et qui vous permettent maintenant d’en poursuivre d’autres. Puisque nous vous avons persuadé, à propos de notre Leçon II, qu’il convenait de refaire trimestriellement l’examen de conscience, prenez la résolution de réviser en chacune de ces circonstances, votre emploi du temps. Il sera toujours aussi strict, mais vous le modifierez dans le sens des nouveaux progrès à préparer.