La persévérance au quotidien

La capitalisation de l’énergie connue sous le nom de persévérance, doit être appliquée non seulement dans les circonstances cruciales de la vie mais aussi dans les occasions moins importantes comme les devoirs et les plaisirs de notre vie quotidienne.

La continuité de l’effort ne doit pas être réservée uniquement aux grandes entreprises. Afin qu’il soit fructueux, cet effort doit être produit dans toutes les actions journalières.

Les 2 catégories de la persévérance

La persévérance, concernant notre vie quotidienne, peut être divisée en 2 catégories très différentes :

  • La persévérance obligatoire et exercée à contrecœur.
  • La persévérance délibérée et volontaire.

La première est un état de soumission accepté de mauvaise grâce. La seconde est un choix.

L’une marche dans la lumière, auréolée de l’espoir. L’autre avance, en traînant les pieds et en grommelant, dans l’ombre. Parfois, elle se ressaisit un peu et accepte son sort ; elle commence à faire des efforts parcimonieux. Elle ne se plaint plus mais elle n’en est pas plus joyeuse. Elle est grise et neutre. C’est la routine.

La bonne persévérance, celle qui assure un brillant avenir

Nous parlerons de l’autre catégorie. Celle-ci illumine tout de la lumière qui l’entoure.

À son contact, même les objets les plus repoussants prennent des nuances de beauté. Elle apporte joie et bonheur aux cœurs qui la connaissent et qui mettent en pratique ses préceptes.

C’est la mélodie de l’espoir qui enseigne à ceux qui ploient sous un fardeau trop lourd la confiance en un meilleur avenir, la récompense du labeur présent.

Avec son aide tout devient simple et clair.

La foi qui l’accompagne toujours revigore les énergies déclinantes. La croyance en un avenir plus radieux accessible grâce à son aide, rend moins fastidieux les efforts à fournir pour l’atteindre.

Enfin, la marche constante le long du chemin où elle nous guide nous rapproche de plus en plus du but qui devient de plus en plus réel, ce qui nous donne la force de renouveler nos efforts réguliers.

“Mais,” d’aucuns diront, “comment une telle persévérance peut-elle exister ?”

Hélas ! Ceux qui sont contraints de gagner leur vie par un travail pénible sont obligés de s’y soumettre ne serait-ce que temporairement.

Ceux qui découvrent toujours la facette intéressante de leur travail

Nous avons tous senti l’amertume engendrée par le rouleau compresseur d’une habitude contraignante ou de celle qui provient d’un labeur sans beauté.

Mais ceux qui persévèrent vraiment rejetteront bientôt cette lourde charge. Au lieu de poursuivre leur besogne quotidienne avec la résignation mélancolique du bœuf qui laboure indéfiniment un sillon, ils trouvent moyen de découvrir une facette intéressante de leur travail et à s’y attacher.

Ils découvrent que chaque besogne, aussi humble qu’elle soit, possède une beauté inhérente cachée et mérite d’être appréciée autrement que comme un châtiment infligé par le sort.

Même la tâche la plus ennuyeuse devient 2 fois plus intéressante à celui qui s’y investit entièrement, en réfléchissant comment il peut la perfectionner et en croyant fortement en la possibilité de sa réalisation.

Y a-t-il quelque chose de plus décourageant au monde que de s’asseoir tous les matins sur le même siège, dans le même environnement terne et monotone et de passer la journée entière à compléter des colonnes de chiffres ?

Néanmoins, beaucoup de personnes ont trouvé moyen de transformer cette occupation anonyme en activité intéressante.

Ils travaillent de leur mieux et progressent vers leur but, voyant dans leur travail, à part la satisfaction du devoir bien accompli, une gratification qui prend les contours d’un avenir assuré et serein.

Combien de rêves de jardins agréables entourant des villas coquettes ont-ils défilé devant les yeux des ces ouvriers, employés ou comptables, pendant leurs longues heures de travail.

Ils savent que ces montagnes de chiffres sont le moyen d’acquérir un jour leur Eden et ils se remettent aux colonnes d’additions avec courage, souriant intérieurement à la vision prometteuse que leur persévérance contribuera à réaliser.

Ceux qui effectuent leurs tâches journalières dans un climat de mécontentement

L’homme qui ne sait pas comment pratiquer cette vertu peut, peut-être, réussir à l’imiter par un semblant de continuité dans ses efforts, mais comme en réalité il manque complètement d’énergie et d’activité, il n’en retira en fin de compte que du dépit.

Le sentiment qu’il éprouve réellement est de la lassitude.

Nous pouvons supposer que rares et peu nombreux sont ses plaisirs car il ne fait rien pour s’y préparer.

C’est donc dans un climat de mécontentement qu’il effectue ses tâches journalières.

S’il peut les éviter, par n’importe quel moyen, il s’empressera de le faire, mais dans les cas où il est contraint de les mener jusqu’au bout, il le fera sans plaisir, sans initiative, et sans inspiration pour améliorer sa condition.

Il restera longtemps dans les rangs observant le passage du temps, incapable de découvrir en lui-même l’énergie nécessaire pour effectuer sa tâche ou plutôt la série de tâches qui le ferait évoluer et sortir du lot.

Ceux qui détestent le changement

Il existe aussi un troisième type d’homme qui, attaché à une persévérance de qualité douteuse connue sous le nom de routine, jour après jour recommence au matin le travail que sa torpeur a interrompu la veille, trimant sans enthousiasme mais ne s’avouant jamais qu’il serait possible de faire autrement.

Son existence entière est une protestation contre toute amélioration. Il craint celle-ci autant qu’il a peur de l’échec. Il a la haine du changement.

Pourtant, il n’est pas vraiment satisfait de sa vie. Il dira à qui voudra l’entendre que son sort n’est pas enviable. Mais il sera très attentif à ne faire aucun effort, même le plus léger, pour améliorer sa condition.

Nous avons parlé, jusqu’à présent, de ceux qui pratiquent la persévérance ou qui, du moins, croient en cette vertu à des degrés variables et à partir de différents points de vue.

Ceux qui ne veulent fournir aucun effort

Il existe aussi une autre catégorie de personnes dont le destin est encore plus déplorable que celui des esclaves de la routine ou de ceux qui persévèrent contre leur volonté.

Il s’agit de ces faibles qui ne peuvent trouver le courage de fournir aucun effort. Ils sont inévitablement prédestinés à être les victimes d’un mauvais destin dont ils ne peuvent arrêter le cours inexorable.

Si leurs moyens leur permettent de vivre sans avoir besoin de travailler, ils traîneront une existence remplie de déceptions, car rien dans ce monde, pas même ce qu’on peut acquérir en échange de l’argent, ne peut être obtenu sans effort.

Leurs manœuvres hésitantes ne donneront lieu à aucune satisfaction réelle et ils abandonneront chaque projet aussitôt qu’ils l’ont conçu, reculant avec pusillanimité devant les difficultés qu’ils devraient affronter pour le réaliser.

Tout ce que nous faisons demande un effort continu

Nous ne pouvons que reconnaître la vérité du dicton qui affirme qu’on n’a pas de plaisir sans se donner de la peine. Chaque divertissement aussi demande un effort continu.

On ne peut voyager confortablement sans avoir prévu les détails en avance afin d’éviter l’apparition de mille et une complications qui, contraires à nos plans, en modifieraient et perturberaient la réalisation.

Tous les arts exigent un niveau de culture qui ne se développe qu’au prix de grands efforts.

Faire fortune implique la nécessité d’efforts soutenus.

Ceci vaut également dans le cas de la plupart de nos loisirs, comme la danse ou le sport, qui demandent une série de préparatifs si nous voulons atteindre un certain niveau de maîtrise sans lequel ces activités ne peuvent que nous fatiguer et nous ennuyer.

Bâtissez et préservez votre fortune avec persévérance

La persévérance est donc la vertu qui dirige notre vie quotidienne.

Nous en trouvons la confirmation aussi dans le rôle fondamental que joue l’économie quand il s’agit de bâtir ou de préserver notre fortune.

Chacun connaît la valeur et le pouvoir de l’épargne. Or, sans la persévérance il est pratiquement impossible de pratiquer cette vertu.

Nous utilisons le mot impossible à bon escient parce que nous ne faisons pas des économies en accumulant des sommes importantes.

On a très rarement l’occasion d’être économe avec des billets de 100 euros mais on est tenté, au moins 20 fois par jour, à dépenser une pièce de monnaie de valeur négligeable en tant que pièce unique, mais d’importance considérable quand elle est multipliée par un nombre indéfini.

“La forme la plus pratique de l’économie”, dit J. B. Withson, “n’est pas celle qui a affaire à de grandes sommes. Les occasions de payer avec des billets de banque sont relativement rares alors que nous avons l’occasion une centaine de fois pas jour de dépenser des petites pièces de monnaie, qui prises isolément sont certainement insignifiantes, mais qui le soir forment un total qui ensuite, multiplié par 365, représente à la fin de l’année une somme très respectable”.

Et un peu plus loin il ajoute ce conseil judicieux :

“Si nous acceptons de considérer les choses en toute bonne foi et de mettre sur la balance, d’un côté, la petite quantité de plaisir du à ces menues dépenses, et de l’autre, l’importance de la somme totale de leur addition, nous sommes obligés de reconnaître que, pour utiliser une expression familière, nous “n’en avons pas eu pour notre argent.”

Il est impossible de faire des économies sans persévérance

Nous n’allons pas rappeler ici les nombreux calculs déconcertants mais exacts autour du centime économisé et mis de côté chaque jour.

Il nous sera cependant très profitable de regarder autour de nous pour nous persuader que tous ceux qui économisent avec sagesse parviennent, grâce aux ressources accumulées, à se créer une vie beaucoup plus confortable que les dépensiers qui pendant ce temps ont mené un train de vie au-dessus de leurs moyens financiers.

Ainsi nous voyons qu’il est impossible de faire des économies sans persévérance. Sans elle, on perd de vue le but désiré au nom du besoin urgent d’une satisfaction momentanée.

Lorsque ce but réapparaît dans notre champ de vision, nous sommes désolés de constater qu’il est encore plus éloigné qu’avant et que nos efforts précédents ont été pratiquement annulés par l’impulsion irréfléchie du moment.

Chacun des petits succès coûte

La persévérance est source aussi de joie continuelle pour ceux qui ont éprouvé le sentiment d’allégresse qui accompagne la réussite.

Les réussites viennent rarement seules. Elles sont presque toujours le résultat d’un certain nombre d’accomplissements dont chacun contribue à la réalisation finale.

De plus, l’homme qui sait ce que chacun de ses petits succès lui a coûté, éprouvera d’autant plus de satisfaction de les avoir accomplis.

On peut comparer cet homme au joaillier dévoué à son art qui cisèle avec des précautions infinies une quantité de maillons qui, ensemble, formeront une chaîne magnifique.

Il sait très bien que chacun de ces maillons, pris à part, vaut relativement peu et que c’est leur nombre et leur assemblement en une chaîne parfaite qui leur confère de la valeur.

C’est de la même manière qu’ont été réunies les superbes collections que nous avons parfois l’occasion d’admirer.

On ne peut s’empêcher de sourire face à l’inexpérience de celui qui pense qu’il peut assembler une collection pareille en un rien de temps.

Ce n’est qu’à l’issue de recherches minutieuses et patientes qu’on peut d’abord trouver, puis réunir un certain nombre d’objets appartenant à la même famille.

Mais quelle joie pour le collectionneur lorsqu’il découvre un objet rare et qu’il contemple le nombre grandissant de ses trésors artistiques !

Nous nous empressons d’ajouter que, dans ces cas, il n’est pas question uniquement d’art mais que la fortune vient aussi récompenser la patience et la ténacité du collectionneur.

La connaissance de la valeur du temps

Une autre forme de persévérance, en relation avec les affaires de notre vie quotidienne, concerne la connaissance de la valeur du temps.

L’homme qui, par un emploi judicieux des qualités qui forment la persévérance, s’adonne pleinement à sa tâche et sait comment concentrer sur celle-ci toutes ses pensées et tous ses actes, vit infiniment plus intensément que celui qui enchaîne continuellement, à intervalles plus ou moins grands, tentative sur tentative.

Ceci peut être facilement expliqué.

Il est indiscutable que le temps dédié à un effort qui ne dure pas et qui aboutit inévitablement à un échec, peut être considéré comme autant de minutes ou d’heures de vie perdues.

Nous pouvons, sans aucun doute, classer le temps qu’on a consacré à un objectif qui plus tard sera abandonné dans la catégorie des heures gaspillées ou, plus exactement encore, d’heures qui n’ont pas été réellement vécues.

Ceux dont la vie contient beaucoup de ces heures perdues méritent notre commisération.

Ils sont presque toujours victimes de la mélancolie et du découragement. Ils deviennent facilement irritables et leur mécontentement se manifeste par un esprit querelleur et antagoniste qui terrorise leurs familles.

Profitez de chaque succès partiel et tirez des leçons de vos erreurs

L’homme doué de persévérance ne deviendra jamais victime de telles infortunes.

Occupé par son projet, heureux des résultats partiels qui lui donnent le droit d’envisager une réussite solide dans le futur, il marche droit à travers la vie, cueillant les fleurs qui poussent aux bords de sa route, ne perdant jamais courage et se répétant constamment à lui-même que c’est la seule façon sûre et certaine de réunir un bouquet somptueux.

Cela implique-t-il que l’homme persévérant ne commet jamais d’erreurs ?

Il serait ridicule de prêcher une telle doctrine.

Mais ces mêmes erreurs ne manquent pas de lui être utiles. Il est suffisamment averti pour se rendre compte où et comment il a échoué dans son parcours, de découvrir les raisons de son échec et loin de s’abandonner au découragement ou de fuir la vérité, il profitera de ces leçons pour introduire dans son entreprise les modifications suggérées par ses expériences précédentes.

De cette manière il continuera de progresser lentement peut- être, mais sûrement, vers le but qu’il a en vue.

Le courage discret

La persévérance est avant tout une vertu simple. Elle ne voit que très rarement de la valeur dans les actes flamboyants qui sont toujours des actes impulsifs. Mais n’a-t-on pas besoin d’autant de courage pour continuer à lutter contre les forces hostiles, tapies dans les humbles devoirs quotidiens, que pour déployer nos forces dans la bataille contre un ennemi visible ?

Le courage qui œuvre discrètement sous la surface des choses n’est pas le moins méritant de tous et le zèle déployé quand on est pratiquement certains que personne ne le remarquera est une forme de bravoure dont beaucoup de cracheurs de feu sont incapables.

Le rôle de la persévérance dans la création de l’harmonie

Considérons, enfin, le rôle important que joue la persévérance dans la création de l’harmonie.

Elle unit les esprits et les cœurs en une pensée qui crée une solidarité plus grande que celle à laquelle peuvent prétendre les liens de sang.

Elle confère aux êtres humains des qualités dont la puissance s’incarne progressivement en eux, les prédisposant à la fermeté de l’âme et à la sympathie chaleureuse qui renforcent toute relation familiale ou intellectuelle.

L’esprit de continuité que possède le persévérant le conduit à faire bon usage de tout ce qui touche de près ou de loin à son idée principale.

Il arrive fréquemment aux persévérants de découvrir, entre leur idée dominante et mille détails que d’autres personnes remarquent à peine, une affinité qui leur servira de point de départ à des développements fructueux.

Pour accroître cette capacité, il suffit de s’entraîner à observer attentivement, puis à regrouper ces observations autour du sujet qui pour le moment absorbe notre intérêt.

Notre vie quotidienne, avec ses événements, ses joies, ses soucis et ses devoirs qui se renouvellent de jour en jour, est une mine précieuse de richesses dans laquelle chacun de nous peut puiser avec la certitude qu’il y trouvera toujours quelque chose d’intéressant.

Acquérez le sens de l’observation et ajoutez une pierre à votre édifice tous les jours

Les phénomènes marquants ainsi que les génies apparaissent rarement. Par conséquent, nous ne devons pas attendre qu’un grand événement ait lieu ou que nous soyons visités par une inspiration soudaine pour nous décider à prendre des résolutions.

Dans notre vie de tous les jours, ces occasions seront facilement remplacées par une observation minutieuse de détails apparemment insignifiants que nous devons nous appliquer à relier – dans la mesure de nos possibilités – au sujet qui nous préoccupe actuellement.

Le plus petit incident qui servira à introduire un élément additionnel, éveillera une force nouvelle et fournira une raison de plus à poursuivre et à atteindre la réussite finale.

Les édifices les plus imposants ainsi que les maisons les plus modestes se construisent pierre par pierre.

Par conséquent, celui qui veut acquérir la persévérance ne doit pas laisser passer un seul jour sans ajouter une pierre à son édifice. Il le verra bientôt s’ériger, solide et durable, au-dessus des ruines des constructions branlantes de la superficialité, de la paresse et de l’absence de but.