La Peur, la Timidité

Ce qui nuit le plus à la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes, ce qui est en opposition avec elle, c’est la peur et la timidité. Ces 2 défauts dépensent en pure perte une grande quantité de notre force de volonté, de notre énergie, tandis qu’au contraire le courage et l’as­surance qu’on peut montrer ont la meilleure influence sur les événements.

Nous dirons volontiers avec un docteur américain : « Il n’est qu’une chose que nous devons craindre, c’est… la peur ».

Nous ne pouvons tirer un avantage de quelque nature que ce soit de la peur. L’angoisse trouble nos sens et nous place dans de très mauvaises conditions pour faire face aux situations critiques.

Si nous sommes troublés et décontenancés, nous aurons naturellement beaucoup moins de chance de surmonter un danger que si nous conservons la sérénité de notre âme et notre sang-froid intellectuel.

On peut même avancer que la seule force que possède l’objet de notre angoisse, c’est nous-mêmes qui la lui fournissons, par la peur qui paralyse nos facultés.

Quels sont les effets de la peur ?

Nous pouvons mieux juger les effets de la peur quand elle se produit subitement à l’état aigu. Elle devient la frayeur, la terreur, elle paralyse momentanément nos facultés physiques et intellectuelles, elle produit des troubles phy­siologiques qui subsistent quelquefois pendant toute la vie tels que le bégaiement, certaines maladies du cœur, etc. Elle a même provoqué la mort subite.

Elle n’est pas moins pernicieuse à l’état chronique ; seu­lement nous discernons moins bien ses effets, parce qu’elle existe ainsi chez presque tous les individus. La peur est une maladie quasi universelle. Peur d’accidents de toutes sortes, peur du besoin, peur de l’opinion publique, peur des révolutions, peur de la guerre, peur des maladies, peur surtout de la mort. Il faudrait des pages et des pages pour contenir l’énoncé de toutes les peurs qui hantent l’esprit des humains.

Cette peur, cette frayeur continuelles dans lesquelles nous vivons tous, plus ou moins, troublent et empoisonnent notre existence.

Si nous tenons à perdre l’affection des nôtres, une position acquise, de l’argent, la santé ou n’importe quoi, le meilleur moyen est de nourrir la peur y relative. Mettons-nous bien dans l’idée que la peur ne peut rien faire ga­gner, mais, en revanche, elle peut nous faire tout perdre.

Comment combattre la peur ?

La peur est un des détestables produits du pessimisme. À prêter son attention aux côtés laids et mauvais des choses, ou du moins ceux que nous considérons comme tels, on contracte infailliblement la méfiance et la peur, aussi bien qu’en ne voulant arrêter nos regards que sur les côtés sains, beaux, et bons de tout ce qui nous entoure, nous acquérons inévitablement la confiance et l’espérance.

Retirons donc toute attention à ce qui nous paraît laid et mauvais ; c’est le moyen le plus normal de combattre la peur.

Il en est un autre qui mérite d’être indiqué et pratiqué :

Lorsque nous avons au devant de nous un sujet de crainte, envisageons-le crânement, froidement. Disons-nous bien que, si nous sommes vaillants, l’objet de notre crainte ne peut nous faire aucun mal. Présentons-nous à lui carrément, je voudrais dire même effrontément.

Au lieu de fuir comme les poltrons, les personnes et les si­tuations capables de nous inspirer de la peur, de l’inquiétude, cherchons, au contraire, toutes les occasions de les affronter ; nous nous rendrons très vite compte qu’il n’y a aucun danger à agir ainsi et que nous n’en éprouverons aucun dommage, aucun mal.

La peur et la crainte ne peuvent avoir d’autre effet que de réaliser ce que l’on craint aussi bien que le désir ardent peut nous procurer l’objet de nos vœux.

Quel est le meilleur remède à la timidité qui est une des formes de la peur ?

La timidité est ordinairement une des formes de la peur. Cependant, elle peut provenir aussi d’une trop grande préoccupation que nous avons de nous-mêmes et de l’impression que nous devons produire sur ceux aux­quels nous nous présentons.

Le remède à ce genre de timidité est tout indiqué : ayant apporté à notre toilette et à notre propreté tous les soins nécessaires, habitude qu’il faut, comme qu’il en soit, toujours contracter, n’ayons ensuite plus aucune inquié­tude à ce sujet et envoyons nos pensées en dehors de nous-mêmes, les dirigeant surtout sur la personne de notre interlocuteur et sur les sujets à traiter.