LE RAPPEL, Troisième attribut de la mémoire

Il vous est certainement arrivé de chercher un nom, un mot, et de l’avoir, comme l’on dit, «sur le bout de la langue», mais de ne pas pouvoir le trouver.

Vous dites alors : «J’ai un trou de mémoire, cela me reviendra quand je n’y penserai plus». Sans vous en douter, vous constatez vous-même l’existence de cette dernière faculté de la mémoire : le rappel.

Ce n’est pas votre puissance de conservation que vous accusez lorsque vousavez un “trou de mémoire”.

Vous percevez très nettement que vous «savez» encore le mot que vous cherchez. C’est bien votre faculté de rappel qui vous fait défaut juste au moment où vous en avez besoin.

Pour bien comprendre la nature de cette incapacité totale ou partielle de se souvenir de faits ou de choses que l’on a cependant certainement retenus, il faut s’intéresser à un sujet des plus utiles et d’une application immédiate : l’enchaînement des idées.

Nous nous trouvons là aussi en face d’un des éléments les plus importants de la science cognitive, et celui-ci est tout spécialement important pour son côté pratique.

Un exemple tiré de la vie quotidienne sera plus clair que n’importe quelle explication théorique pour parler de ce qu’on entend par l’enchaînement d’idées.

Un homme sort de chez lui le matin, pour aller au bureau. Au moment ou il passe la porte, sa femme lui remet une lettre qui doit absolument partir le jour même, pour éviter un problème sérieux.

Il sait l’importance de la chose, mais il sait aussi que le flot des événements quotidiens et les multiples préoccupations qui vont l’assaillir risquent de lui faire oublier la mission qui lui est confiée.

C’est pourquoi il va s’efforcer de créer un lien entre l’idée de la lettre à envoyer et une autre chose qu’il est sûr de retrouver fréquemment au cours de la journée. En d’autres temps, il aurait fait un nœud à son mouchoir, aujourd’hui, il va mettre un élastique à sa montre ou autour de son téléphone portable. De cette façon, il peut être certain qu’il n’oubliera pas d’envoyer la lettre.

Plus il y aura d’enchaînement pour une même idée, plus il y aura de sécurité pour qu’elle ne soit pas perdue. On peut donc pour être encore plus sûr de se rappeler une chose l’enchaîner à plusieurs autres.

L’enchaînement des idées établit des liens entre elles, des relations qui les font se suivre inévitablement selon nos intentions de départ.

Sans le principe de l’enchaînement des idées, la faculté de conservation que nous possédons ne nous servirait pas à grand chose, car nos idées resteraient enfermées en nous et nous ne pourrions plus rien en faire.

Il existe malgré tout, de par notre nature, un autre genre d’enchaînement d’idées, qui explique l’arrivée subite en nous d’une idée qui apparemment n’est pas amenée par l’ordre logique des choses. Ce sera éventuellement la vue d’un objet ou d’une personne qui l’aura déclenchée.

Il est impossible de poser des règles pour définir une manière appropriée d’enchaîner ses idées. C’est l’affaire de chacun de les relier les unes aux autres de la manière qui lui vient naturellement.

Ce n’est d’ailleurs pas difficile, il suffit de se rappeler qu’il faut toujours prendre comme point de repère des éléments que l’on ne peut matériellement pas manquer et établir les relations nécessaires avec les éléments qui au contraire peuvent nous échapper.

Appliquez-vous à trouver des enchaînements appropriés, logiques ou évidents. La foule énorme des idées que nous sommes capables de concevoir ne manquera pas de nous en présenter un grand nombre qui seront “tirées par les cheveux”.

Elles se révèlent clairement inefficaces si elles sont trop abstraites.