L’éducation du subconscient

Surveillez Votre Conscient.

1. Si grande est la part du subconscient dans notre vie, qu’une éducation, ou rééducation, mentale serait insuffisante si elle ne visait pas à tirer parti de ce fond obscur de nous-mêmes ; mais il ne constitue pas à lui tout seul la vie mentale. En effet, quels que soient les facteurs que le subconscient implique et utilise, le principal élément de l’esprit est fourni par la conscience et se manifeste par la somme totale des pensées, des sentiments et des résolutions de l’état de veille. Si nous désirons que le bien s’installe dans l’inconscient, il nous faut donc penser consciemment au bien. Si nous nous efforçons d’acquérir de plus grandes capacités pendant que nous sommes éveillés, le subconscient ne manquera pas d’en être stimulé et de nous aider à atteindre notre but. Ce processus illustre en réalité le vieux dicton: « Nous récoltons ce que nous avons semé. »

Ce que nous envoyons au fond de nous-mêmes, dans le subconscient, sous forme de matières, nous est retourné en produits façonnés. Mais si nous n’envoyons que du chanvre grossier, nous n’avons pas le droit d’espérer en retour les plus belles soies et les plus riches satins.

Le subconscient réfléchit donc, si l’on peut dire, le conscient, et il faut que l’Etudiant se rende compte qu’un judicieux contrôle des pensées qu’il nourrit à l’état de veille est aussi nécessaire qu’il est avantageux. Nous voulons dire par là qu’aucun homme sage « ne pense ce qui lui plait » au point de donner asile en son esprit à toutes sortes d’idées mauvaises. S’il s’en rend coupable, il perd toute sagesse ; et plus tard l’impulsion subconsciente se manifeste au dehors par une mauvaise conduite soudaine, en apparence inexplicable.

Nul ne doit cependant s’épouvanter parce qu’il a de loin, en rêve, ou même éveillé, de mauvaises pensées qui le surprennent – la sorte de pensées dont il ne veut point et à laquelle il croyait avoir dit adieu depuis longtemps. De telles irruptions dans la conscience sont simplement les manifestations du « Vieil Homme », connues maintenant sous le nom de Libido ou désir. Elles deviennent de moins en moins nombreuses et leur pouvoir du suggestion est de plus en plus faible à mesure que les motifs conscients de la vie s’épurent.

Puisque les rapports – dans les deux sans – entre la conscience et le subconscient forment le train courant de la vie quotidienne, n’accueillez pas sans contrôle ni « censure » les élucubrations du subconscient. Beaucoup sont malvenues, ou intempestives, voire absurdes ou mauvaises. Plus nombreuses encore sont celles qui sont insignifiantes. Refusez la livraison, ou jetez-la dans le sac aux oublis. Quand vous cherchez une idée, rejetez les fantaisies inopportunes jusqu’à ce que vous obteniez de votre imagination quelque notion utilisable. Polissez, limez par un travail de réflexion les matériaux bruts qui vous sont envoyés.

Ce n’est pas assez de critiquer les élaborations de l’inconscient. Il faut discipliner vos puissances obscures. Platon déjà les comparait à un attelage fougueux qu’il faut mater, mais qui, bien en main, nous conduira au but. La méthode PELMAN vous a déjà montré comment on assouplit sa mémoire, comment on prend la direction de son imagination et de sa pensée, comment on utilise en volonté ferme autant que réfléchie la poussée intérieure du sentiment. Vous êtes donc plus avancé, sans doute, que vous ne le croyez, dans l’art de tourner en auxiliaire le redoutable subconscient.

Ne méconnaissons le rôle ni de la conscience, ni du subconscient. La conscience ne répond pas à tout, certes ; souvent elle ne fait que recueillir les suggestions du subconscient. Mais son rôle est décisif, car elle accueille ou repousse ces suggestions. Dans le subconscient s’accumulent nos réserves et bouillonnent nos impulsions: il renferme ce qui fait vivre. La conscience utilise de façon réfléchie, selon les besoins actuels, ces ressources et ces impulsions. Le subconscient est l’aveugle, la conscience est le paralytique. Toute activité humaine suppose le concours de l’un et de l’autre.

Or, de même que vous suivez soigneusement un régime, évitant les mets qui ne vous conviennent point, de même vous devez choisir, selon des principes identiques, les matériaux mentaux qui, après avoir servi sur le plan conscient, pénétreront dans le subconscient. Un homme dont l’esprit n’est à l’état de veille qu’un tourbillon de sentiments égoïstes et mauvais, ne peut espérer avoir une région subconsciente d’une radieuse pureté. Cette région est, en majeure partie, ce qu’il l’a faite. Si elle est malsaine, c’est d’abord sa faute. La vraie manière d’éduquer le subconscient, c’est d’éduquer d’abord le conscient.

La conscience a différentes manières d’exercer don autorité, légitime et salutaire, sur le subconscient:

1° Elle ne laisse pas entrer de pensées néfastes dans le subconscient et discipline les tendances ;

2° Elle peut changer le sens des habitudes acquises ;

3° Elle peut pénétrer tout notre esprit de ce qui doit l’occuper ;

4° Elle peut critiquer le travail subconscient, donc discipliner les intuitions.

La Discipline des Habitudes.

2. Nos actions, nos gestes, nos paroles, si réfléchis et volontaires qu’ils nous paraissent, ne le sont que pour une très petite part, car il y a dans tout ce que nous faisons des attitudes, des intonations, des expressions du visage tout à fait spontanées, insoupçonnées de nous, mais très visibles pour autrui. Si vous êtes un excellent joueur de billard, mais prétendez ne connaître qu’à peine le jeu, vous aurez beau jouer maladroitement, un observateur attentif découvrira bientôt les signes de votre véritable adresse: votre dextérité subconsciente se manifeste à votre insu et vous dénonce.

Toute cette activité subconsciente est le résultat de l’habitude, qui a son origine: 1° dans l’éducation que nous donnent nos parents, nos professeurs, etc… pendant l’enfance et l’adolescence ; 2° dans l’imitation du milieu où nous nous trouvons et de certaines personnes sympathiques ; 3° dans la tendance de l’individu au moindre effort pour l’accomplissement d’un acte.

Les deux premiers points sont suffisamment connus de l’Etudiant, de même que leurs conséquences pratiques, pour que nous n’ayons pas à y insister.

Analysons le troisième. La tendance au moindre effort est utile quand il s’agit d’acquérir une technique quelconque (dans un travail, un sport, etc.). Elle est nuisible quand elle est l’expression de la paresse, ou quand on exécute une action qu’on n’approuve pas, mais qui est commode dans la circonstance donnée. Par exemple: il existe des gens qui chez eux « se laissent aller » et manquent de tenue dans leurs gestes, leur langage, leurs vêtements ; il y en a d’autres qui mentent quand ils peuvent le faire impunément. Tous se disent « J’aurai une autre attitude, d’autres paroles quant il le faudra. » Profonde erreur ! Ces actes deviennent des habitudes et surgissent d’une façon subconsciente au moment même où on voudrait les éviter. Un menteur d’occasion a bientôt fait de devenir un menteur continuel qui ne peut plus par la suite s’empêcher de mentir. Donc:

1) Soyez chez vous comme vous voudriez être en présence d’autrui ; ne faites jamais, quand vous êtes seul, une chose que vous ne pourriez pas faire sans honte devant les autres.

2) Evitez les actions immorales, non pas seulement par crainte de punitions, mais pour ne pas vous nuire à vous-même par l’acquisition d’une mauvaise habitude. Quelqu’un qui, dans un tramway ou dans un train, réussit à voyager sans payer, se fait plus d mal à lui-même qu’à la compagnie de transports, car il s’habitue à une action malhonnête.

3) Profitez des moments où vous êtes seul pour acquérir de bonnes habitudes.

Habitudes Corporelles et Habitudes Mentales.

3. Que de fois ne dit-on pas: « L’habitude est une seconde nature ! » Remarquez que vous pouvez dire, à l’inverse: la nature est une première habitude.

L’état physique d’un homme est le résultat de sa vie passée. S’il descend d’une bonne souche et n’a pas contrevenu aux lois physiologiques, il possédera probablement une constitution robuste et un esprit sain. Mais s’il souffre d’une faiblesse héréditaire et qu’il ait, en outre, vécu une vie dissipée, ou qu’il ait été indifférent à l’hygiène, l’état de son corps sera la preuve vivante de sa conduite. Notre santé est la résultante de deux facteurs: l’hérédité, plus l’usage que nous avons fait de nos ressources physiologiques. Mon corps, c’est mon histoire.

De même l’état de notre esprit dépend de facultés innées, petites ou grandes, et de l’usage que nous avons fait des occasions rencontrées.

Un paresseux laisse péricliter ses talents naturels et, subit des pertes irrémédiables par son indifférence aux lois de l’intelligence et aux opportunités qui se sont offertes sur sa route. Par contre, lorsqu’à un don inné se joint un vigoureux effort, et qu’une sensibilité délicate s’unit à une grande activité, l’esprit acquiert de nouvelles puissances de travail. Notre esprit est donc la somme de l’héritage que lui ont légué nos parents, plus l’usage que nous avons fait de notre expérience psychologique. Mon esprit, c’est mon histoire.

Que cette double constatation ne vous déprime point. Ne vous croyez pas esclave de votre passé. La force dont il pèse sur vous, c’est le poids de l’habitude ; mais il dépend de vous former des habitudes nouvelles. Un clou chasse l’autre. Vos habitudes ne sont toutes-

puissantes que si vous ne leur opposez aucun effort. Or, l’expérience universelle l’atteste, et rien n’est plus encourageant: il n’y a que les premiers pas qui coûtent.

Savoir varier ses habitudes, les modifier selon la diversité des circonstances, les assouplir d’après ses besoins, c’est un aussi grand art que l’art d’utiliser ses loisirs. C’est là que se reconnaît l’homme capable de progresser. Utilisez donc votre réflexion consciente pour transformer vos mauvaises habitudes en bonnes.

Comment Créer de Nouvelles Habitudes.

4. A l’élimination des mauvaises habitudes doit s’ajouter l’acquisition de bonnes habitudes nouvelles. Pour les acquérir, il existe une technique spéciale que nous avons déjà indiquée dans la Leçon 4 et dont nous résumons ci-dessous les principes essentiels.

En premier lieu, il faut, comme on dit, se jeter à l’eau, c’est-à-dire s’obliger à une initiative en faisant appel à des moyens d’action extérieurs. Il se produit alors une réaction en quelque sorte instinctive: au début vous vous démenez, vous barbotez ; peu à peu vous régularisez vos mouvements et quelques indications suffisent pour vous faire comprendre comment on nage – comment on veut et comment on agit. Quand vous vous sentirez poussé par une habitude mauvaise, agissez résolument en sens inverse de cette habitude.

Un deuxième principe consiste à ne jamais suspendre, sous quelque prétexte que ce soit, les actes qui constituent la nouvelle habitude, pas plus que vous ne suspendriez, fût-ce un jour, l’entraînement physique qui vous serait nécessaire pour devenir un champion sportif. Il faut que la nouvelle habitude prenne racine en vous, sinon elle sera comme un peloton de fil que vos mains ont laissé échapper ; il est vite déroulé, mais il faut longtemps pour l’enrouler à nouveau. De même l’arrêt de l’entraînement mental peut déterminer un échec qui fait perdre presque tout le bénéfice des efforts passés, au lieu que

l’accumulation des réussites est un gage certain des succès futurs.

Enfin ne laissez échapper aucune occasion de mettre vos forces à l’épreuve et d’utiliser, le plus souvent possible, votre nouvelle habitude. Mettez en oeuvre, à ce moment, votre émotivité, votre volonté consciente, votre subconscient pour concentrer toutes vos forces dans la direction qui consolidera davantage l’habitude à acquérir. Courez au-devant de l’expérience ; n’attendez pas qu’elle s’impose à vous. Pourquoi attendre ? Il n’est jamais trop tard, mais il n’est jamais non plus trop tôt pour tenter de mieux faire et de créer ainsi tout un ensemble de bonnes habitudes.

La Discipline des Réflexes Conditionnels.

5. On appelle « réflexes conditionnels » les habitudes contractées par notre système nerveux. L’école psychologique russe (Pawmow Bechterew) a démontré que si deux processus nerveux différents se produisent simultanément un certain nombre de fois, ils s’associent de telle sorte que l’un d’eux est ensuite capable d’évoquer l’autre.

Celui qua rebuté le goût de l’huile de ricin dans du café noir aura ensuite des nausées en buvant du café seul. Ce phénomène se produit dans la vie affective: on a une préférence pour les couleurs que portait la personne aimée ; le noir rend tristes certaines gens qui ont eu beaucoup de deuils dans leur famille. De même l’habitude d’un mouvement tend à nous l’imposer. Les tics n’ont pas d’autre origine. On cite souvent l’histoire d’un soldat retraité qui portait chez lui son dîner et à qui un mauvais plaisant cria tout à coup: «Fixe !» Aussitôt, les mains du soldat tombèrent « dans le rang », laissant glisser au ruisseau mouton et pommes de terre.

Les Pelmanistes doivent utiliser cette loi des réflexes conditionnels pour se faire de leur système nerveux un allié et non pas un ennemi ; ils doivent se faire aider par le subconscient en utilisant certaines associations déjà existantes et en en formant des nouvelles. Ils réussiront ainsi à déterminer en eux un certain automatisme utile, qui diminuera à la fois l’effort et la fatigue du mécanisme conscient.

Citons, à titre d’exemple, le réflexe conditionnel utile que s’est créé un Pelmaniste. Obligé de se lever tous les jours de très bonne heure, il remontait son réveille-matin pour l’heure fixée. Le moment venu, le réveil sonnait, mais notre homme persistait dans son attitude confortable en se disant: « Encore cinq minutes et je me lève. » procédant ainsi « par cinq minutes » il arrivait souvent jusqu’à vingt minutes ou même une demi-heure. Bien entendu, il lui fallait ensuite subir tous les inconvénients de son manque de volonté. Sur nos conseils, il se créa un réflexe conditionnel, que voici: il associa la sonnerie du réveille-matin au mouvement de se lever brusquement. Après s’être entraîné plusieurs fois par jour, pendant un certain temps, pour renforcer l’association, maintenant, dès qu’il entend son réveil sonner, il se trouve obligé de sauter du lit, « comme si quelque chose, dit-il le poussait ». Il se garde bien de compromettre ce résultat merveilleux, et n’admet pas la moindre exception à cette règle.

La timidité.

6. La timidité est un de ces réflexes conditionnels plus ou moins complexes selon les individus. La seule idée d’un acte suffit parfois à provoquer la moiteur des mains ou du front, la rougeur du visage ; bien mieux, à elle seule la crainte de rougir peut provoquer le phénomène qu’on redoute.

Partiellement, la timidité est due à un sentiment exagéré de sa propre personnalité et de la place qu’on occupe dans l’opinion d’autrui ; il faut donc prendre l’’habitude de regarder les faits en face et ne pas supposer aux autres des jugements ou des sentiments à votre égard que probablement ils n’éprouvent pas. Le réflexe doit être combattu par toutes les armes à la fois, en créant des automatismes et des habitudes en sens contraire autant dans le subconscient que dans la conscience. (Revoir la Leçon 2.)

Le Commandement de Soi-même et le Subconscient.

7. Nous avons parlé, ci-dessus, d’un type particulier d’oublis, en relation avec le subconscient, qui implique la non-exécution d’un « ordre à échéance » qu’on s’est donné à soi-même (1). Ces oublis peuvent provenir de trois causes différentes, auxquelles correspondent trois sortes de remèdes.

Si l’oubli est dû à la manière défectueuse dont l’ordre a été donné, il faut prendre l’habitude de se dicter à soi-même l’ordre avec clarté, précision et force ; en outre, il faut évoquer les actions qui peuvent accompagner celle qu’il s’agit d’exécuter. Par exemple, pour ne pas oublier de remettre une lettre à X…, que vous rencontrerez demain chez des amis, prononcez votre décision à voix basse, tout en regardant la lettre et en vous imaginant X…; de plus, représentez-

vous votre propre personne tendant la main droite à X…, et tirant de l’autre main la lettre de la poche.

L’important n’est pas l’effort violent isolé, mais la répétition naturelle et consciente. Donc, prenez l’habitude de vous redire, à mi-voix, au lit, avant de vous endormir, les actions que vous vous proposez de faire le lendemain et qui sortent du cadre de vos occupations. C’est à ce moment-là que les ordres donnés à soi-même peuvent le mieux acquérir une force suggestive. Les actions à longue échéance seront notées sur un agenda que vous prendrez l’habitude de regarder chaque soir.

Vous dresserez ainsi votre subconscient à intervenir au moment voulu dans votre vie consciente. Le subconscient doit être éduqué à recevoir des ordres et à les exécuter correctement. Voici, dans ce but, quelques exercices très simples, que vous pourrez adapter à vos besoins personnels:

(1) Les observations et les conseils qui suivent sont empruntés à un certain docteur S. Hosiasson, sur Les Oublis et le Subconscient publié dans le numéro de juillet 1928 de La Psychologie et le Vie. Exercice I.-Donnez-vous l’ordre de faire un certain acte à un moment fixé d’avance, par exemple de sortir votre stylo de la poche au moment de quitter l’autobus que vous prenez l’après-midi. Faites tous les jours un exercice de ce genre, en augmentant progressivement le temps entre l’ordre et l’action. Ne vous découragez point des échecs du début.

Exercice II.-En regardant votre montre, fixez-vous une heure à laquelle vous ferez un geste, une action quelconque, sans la rattacher à un événement comme c’était le cas dans l’exercice précédent. L’exercice II ne devra être pratiqué qu’après réussite de l’exercice I.

Ces exercices doivent être répétés de temps en temps, car une habitude laissée inactive tend à se déformer, et même à disparaître.

Un autre facteur des oublis « d’ordres à échéance » est la distraction. Pour la combattre, il faut:

1) Ne jamais laisser traîner les choses à faire, s’en occuper sur-lechamp ; sinon elles encombrent le conscient.

2) S’habituer, grâce à un emploi du temps, à ne pas sauter d’une action à une autre.

3) Terminer chaque action, faire des actions complètes.

4) Eliminer l’indécision, car une décision suspendue prédispose à la distraction.

5) Eviter la rêverie stérile par une discipline méthodique de l’attention.

6) Combattre l’impressionnabilité et l’émotivité excessives.

7) S’assurer une quantité suffisante de sommeil, ce qui a une influence indéniable sur la sensibilité et la capacité d’attention.

8) Faire de temps en temps l’examen de conscience, pour éliminer systématiquement les mauvaises habitudes et prendre des résolutions définitives conformes au but poursuivi.

A certains moments on est davantage prédisposé à se laisser distraire, par exemple à la veille d’un événement important, lors d’une inquiétude forte ou prolongée, ou dans le cas d’un chagrin, d’une affliction. Il convient alors de noter d’avance le programme des actes à accomplir, d’agir plus lentement que de coutume, et de limiter le nombre et l’importance des activités ne cours. L’émotivité ne doit pas être maîtresse du champ de bataille subconscient.

En alternant ou en combinant ces divers procédés pratiques, on arrive rapidement à habituer le subconscient à enregistrer des « ordres à échéance » et à les exécuter. Ainsi se trouvent corrigés un grand nombre de déficiences qu’on regarde communément comme des défaillances d la mémoire.

Utilisation de la Suggestion.

8. Le problème pratique se présente ici sous trois aspects. Il faut: 1° savoir résister à la suggestion d’autrui ; 2° savoir suggestionner les autres ; 3° savoir s suggestionner soi-même (autosuggestion). En parlant d’éviter les suggestions d’autrui, nous entendons celles qui peuvent être nuisibles. On doit leur opposer le raisonnement et le jugement critiques, c’est-à-dire vérifier les affirmations, mettre à l’épreuve les sentiments, analyser toutes les circonstances accessoires, lesquelles, souvent inaperçues, jouent cependant un rôle décisif. Vous pouvez vous en rendre facilement compte en étudiant les affiches publicitaires. Vous verrez alors que l’image, le nom ou le titre de l’objet annoncé recèlent toujours certains éléments qui vous ont influencé à votre insu.

Il faut aussi examiner avec soin l’état mental dans lequel on se trouve.

En période de dépression nerveuse, de chagrins intimes, de surmenage intellectuel, on est plus apte à se laisser « suggérer » par autrui, la défense consistera alors à ne pas fréquenter les personnes dont on redoute l’influence, à retarder les décisions graves jusqu’au moment où l’on est de nouveau « soi-même ».

En règle générale, les intimes et les indécis sont plus suggestibles que les autres: ici encore c’est l’habitude de la confiance en soi et la décision qu’il faut développer jusqu’à ce qu’on puisse traiter ave tour le monde d’égal à égal.

La première condition pour suggestionner les autres est d’être physiquement et psychiquement en bonne forme, bien équilibré, maître de soi et certain du but à atteindre. Ceci est indispensable dans les affaires où, comme nous l’avons dit, la suggestion joue un rôle considérable. A la persuasion logique doivent s’ajouter une manière d’être ferme, un regard droit, un geste précis, une parole convaincante qui réagissent sur autrui favorablement. Il faut aussi savoir choisir son moment et présenter ses arguments en allant du plus faible au plus puissant.

Bref, c’est toute une éducation à faire, qui n’a pourtant de valeur pratique réelle que si l’on cultive en même temps que la juste évaluation de ses propres intérêts la sympathie pour autrui.

Utilisez l’Autosuggestion.

9. Nous avons déjà attiré votre attention sur les bienfaits de l’autosuggestion ; il vous faut donc augmenter l’influence que vous pouvez exercer sur vous-même, et particulièrement sur votre vie subconsciente. Pour jouer un rôle, l’acteur doit le faire pour ainsi dire entrer « dans son propre sang », ou encore se mettre « dans la peau » du personnage.

Voilà pourquoi une autosuggestion de pessimisme peut être la perdition de l’homme, au lieu qu’une autosuggestion de courage et de confiance en soi sera sa planche de salut.

Ne désespérez jamais. Celui qui n’a usé de l’autosuggestion que pour sa propre ruine devrait moins que tout autre douter de l’étrange puissance de ce moyen d’action dans la direction du succès. Tournez à votre profit ce facteur dont vous avez peut-être usé à votre détriment, et votre guérison est proche.

Savoir se suggestionner soi-même n’est pas toujours facile. Aussi les praticiens de l’autosuggestion préconisent-ils d’utiliser le moment qui précède le sommeil, car c’est alors que l’idée qu’on s’impose possède le plus de force suggestive.

Le moment ou l’on éprouve une forte émotion est également très propice à l’introduction dans l’esprit d’une autosuggestion. Il faut en profiter pour renforcer une décision. Supposons que vous devez avoir à faire à un personnage important et que vous redoutiez d’avance cette entrevue. Formulez ainsi votre suggestion: « J’irai le voir tel jour, et en sa présence je serai tout à fait calme » ; profitez de tous vos moments d’émotion un peu vive pour augmenter la force suggestive de votre décision en répétant la formule ci-dessus.

Développez l’Intuition.

10. Après avoir analysé et défini l’intuition, il nous faut exposer comment on la contrôle, développe et utilise dans la vie pratique. L’intuition n’est une fonction utile qu’à la condition d’être toujours contrôlée. Ce contrôle consiste à évoquer dans la pleine lumière de la conscience ce qui se passait dans le subconscient au moment de l’intuition et à vérifier l’accord de notre supposition avec la réalité extérieure.

L’intuition s’accompagne souvent d’une sorte d’inquiétude, qui est précisément la tendance à en rechercher la confirmation. Suivons donc cette tendance naturelle de l’esprit en nous guidant selon ce principe: le plus possible de preuves extérieures et directes le moins possible d’interprétations personnelles.

L’intuition est d’autant plus développée qu’on connaît mieux la personne ou le sujet dont on s’occupe: une mère est intuitive quand il s’agit de ses enfants, un savant est intuitif dans sa science, un commerçant dans son affaire, un mécanicien en mécanique. Il s’agit là d’une rapidité de coup d’oeil, d’évaluation et de jugement qui n’a rien de mystérieux. L’intuition est une activité psychique parfaitement normale. Elle s’améliore d’autant plus que vous cultivez davantage l’observation des détails et des ensembles, le raisonnement correct et le mécanisme du jugement. Pour développer l’intuition, il faut vous astreindre à formuler toujours vos jugements afin de voir clairement où vous en êtes ; sinon vous n’avez qu’une idée vague, une tendance confuse, qui troublent et empêchent votre action. Bien mieux, il ne sera pas mauvais que vous formuliez votre jugement intuitif à haute voix, pour mettre en marche le mécanisme du contrôle dont nous avons signalé ci-dessus la nécessité ; souvent vous constaterez alors que votre intuition comporte une part considérable d’absurdité ; ceci est vrai notamment dans ce qu’on nomme les pressentiments.

La Discipline des Tendances:

11. Il faut, à n’importe quel âge, savoir et pouvoir faire un choix judicieux entre les sentiments et les tendances qui se produisent en nous, combattre les uns, favoriser les autres.

a) Comment combattre les tendances nuisibles.

Rappelons qu’on doit opérer une sélection parmi les tendances qui surgissent de l’obscurité du subconscient et non pas leur obéir aveuglément. La conscience et la volonté sont là pour prononcer de façon définitive. C’est leur rôle essentiel.

Certains psychologues voient dans le refoulement excessif des tendances un facteur nuisible à la santé physique et morale. Sans doute prennent-ils trop souvent l’effet pour la cause ; le malade souffre à cause de son refoulement parce qu’il est malade ; ce n’est pas le refoulement qui a provoqué la maladie. Tout le monde refoule un certain nombre de tendances ; c’est la condition primordiale de la vie en société ; mais tout le monde n’est pas anormal. Nous dirons au contraire: on risque de compromettre sa santé physique et morale si on ne refoule pas les tendances nuisibles au développement personnel.

Une tendance est souvent conditionnée par un fait physiologique, par un objet, une personne, un milieu, une situation. En modifiant les agents évocateurs de la tendance, on arrive à l’influencer de la manière voulue. Il s’agit donc, tout d’abord, de déterminer quels sont les facteurs en jeu. Au cas où il serait impossible de les discerner, on doit avoir recours à des moyens d’ordre général: prendre soin de son hygiène physique et morale, supprimer les mauvaises habitudes, éviter la société des gens réalisant des tendances que nous désapprouvons.

Ne pas réaliser une tendance mauvaise conduit souvent à la faire mourir d’inanition ; mais cette mesure, quoiqu’efficace, ne suffit pas toujours. Certaines tendances continuent à se présenter à nous bien que nous ne les réalisions pas. Il faut alors recourir au refoulement. On chasse la tendance importune en la remplaçant, toutes les fois qu’elle se présente, par une autre. La tendance opiniâtre revient, mais chaque fois moins consciente et, au bout d’un certain temps, elle se diffuse et s’endort dans le subconscient.

Ce qu’on appelle humeur dépend en grande partie de ces tendances refoulées. Le changement brusque de l’humeur, les accès de colère sans cause évidente sont souvent dus aux attaques furieuses des tendances non satisfaites. Elles s’agitent dans le subconscient, ayant perdu la possibilité d’en sortir, et agissent obscurément sur le conscient.

Si vous vous sentez saisi par un sentiment, par une humeur ou une impulsion que vous ne vous expliquez pas, tâchez de découvrir leurs causes et de les supprimer. Si ces causes vous échappent, dites-vous: « Quelque chose s’inquiète dans mon subconscient que je ne suis pas capable d’influencer d’’une manière directe ; attendons tranquillement que cela se passe ». Cette attitude mentale vous permettra de mieux comprendre et supporter les accès de colère, d’emportement ou de dépression inexplicables chez autrui et de diminuer, sinon même d’annuler les vôtres.

Il est quelquefois difficile de refouler une tendance plus forte que celles que nous voulons lui substituer. Il se produit dans la conscience, une lutte épuisante. On doit avoir alors recours à une activité automatique. Après un démarrage quelquefois difficile, on parvient à diminuer la force représentative de la tendance importune. C’est sur cette vérité que se fonde la « cure de travail », l’influence calmante et bienfaisante d’une activité régulière, pas trop compliquée. La pratique des sports, l’exercice de la culture physique, parfois même quelques minutes de respiration profonde peuvent faire surmonter la tendance indésirable.

On peut aussi transformer la tendance tenace en l’analysant avec soin et en changeant peu à peu son objet. On a par exemple un désir irrésistible de fumer ; à l’analyse, on trouve qu’il apparaît surtout dans les moments d’énervement, que c’est un besoin de décharge motrice plus marqué aux moments où le potentiel du système nerveux augmente. La cigarette n’est qu’un prétexte: l’essentiel est de pouvoir faire certains mouvements automatiques, de même que d’avoir quelques sensations habituelles dans la bouche. En suçant un bonbon à la menthe on satisfait le besoin moteur au moment où il se présente ; en même temps on fournit à la muqueuse de la bouche diverses sensations. C’est en la transformant de cette façon que beaucoup de fumeurs invétérés ont perdu leur mauvaise habitude.

La tendance au jeu pourra de même être déviée en s’occupant d’affaires ou en remplaçant les fortes émotions qu’il procure par des émotions artistiques, religieuses, scientifiques ou sportives de même intensité. On doit discipliner ses tendances en les sublimant, c’est-àdire en remplaçant la satisfaction égoïste par la recherche de buts supérieurs.

Les tendances nuisibles peuvent aussi être diminuées par des distractions bien choisies, théâtre, concerts, réunions mondaines ; se divertir est un bon remède, mais à la condition de savoir bien choisir le divertissement et de le limiter, sinon il peut devenir une cause de dépression. Aussi ne doit-on pas chercher de distraction quand on est fatigué, soit physiquement, soit mentalement ; il faut prendre alors sur soi de se « reposer ». ne confondez pas la distraction et la détente, qui est la récupération des forces après épuisement.

Enfin, une volonté bien entraînée réussit à accumuler des renoncements partiels qui finissent par supprimer la tendance. En fumant une cigarette de moins tous les deux ou trois jours, on peut aboutir à la cessation complète de l(habitude.

a) Comment cultiver les tendances utiles.

b) Eliminer les tendances mauvaises ou nuisibles n’est encore qu’une partie, la partie négative, de l’éducation de soi-même. La partie positive consiste à renforcer et à développer les tendances utiles, comme l’application au travail, l’esprit sportif, la joie de l’action, la poursuite d’un but idéal.

Il faut donc favoriser ces tendances en saisissant le moment de leur apparition et en les transformant en bonne habitudes. Ceci est très important pendant l’enfance et l’adolescence ; aussi la pédagogie consiste-t-elle essentiellement à déterminer chez les enfants et les jeunes gens la formation de tendances utiles à l’individu et à la société. Chez l’adulte, il peut y avoir une lutte incessante entre ses bonnes et mauvaises tendances et c’est ici qu’il convient d’appliquer la méthode Pelman de réforme mentale. Elle peut se résumer dans les deux conseils suivants:

1° Comprenez que tout compromis louche et inavouable entre vos instincts profonds et votre condition sociale est un manque de sincérité, de loyauté envers vous-même comme envers autrui: vous risquez d’en être puni par de graves troubles mentaux. Pas de santé morale sans lucidité envers soi-même ni sociabilité envers autrui. Au lieu de comprimer votre poussée affective, donnez-lui libre cours dans les limites des affections normales: amitié, vie de famille, société, sympathie esthétique permettant à vos sentiments de se magnifier à l’unisson de l’art et de la nature.

2° Utilisez comme source d’énergie la poussée intérieure qui continue de sourdre en vous. Il faut de la force vive, il faut de l’ « allant » pour transformer en réalité les fantaisies du désir. Ainsi l’amour peut devenir l’occasion d’un grand nombre de déviations mentales. C’est pourtant le plus puissant levier de l’enthousiasme et du progrès. Sans sincérité, sans désintéressement, il égare, il avilit. Dans la loyauté, dans l’altruisme, il élève et il sauve.

A quoi Sert le Sommeil.

c) Le sommeil détermine la suppression de l’activité consciente et volontaire ; l’organisme, qui a dépensé ses forces physiques et psychiques pendant l’état de veille, les récupère pendant le sommeil. Mais la vie subconsciente continue, selon les lois propres ; à ce moment ce sont nos tendances obscures seules qui agissent sur le « moi » volontaire.

Celui-ci subit, par suite, pendant le sommeil, des transformations considérables ; toutes les impressions, tous les sentiments qui l’avaient assailli pendant la journée s’en vont dans le subconscient, et au réveil, le moi conscient, débarrassé de ces adjonctions parasitaires, se retrouve libre et fort.

La transition du sommeil à l’état de veille n’est pas instantanée. Il y a entre le sommeil et le retour à la conscience une période intermédiaire qui est plus ou moins longue, plus ou moins pénible, selon les individus. Le moi conscient s’était habitué à l’inertie et doit revenir à l’activité. Il faut se dresser à limiter cette période de transition, en se levant tout de suite, en se lavant à l’eau froide, bref en déterminant une réaction qui supprime les luttes intérieures et les bonnes excuses qu’on se donne pour ne pas s’éveiller complètement. On y arrive par un entraînement progressif.

Ces observations s’appliquent aussi au passage inverse, celui de la veille au sommeil. Il faut prendre l’habitude de s’endormir aussitôt couché, en déterminant une association entre l’idée de lit et de sommeil. Evitez par suite de lire au lit. Comme le réveil, le passage au sommeil est plus au moins rapide selon les individus. Les uns s’endorment n’importe où et à volonté (c’était le cas de Napoléon) ; d’autres se tournent et se retournent quelque temps dans leur lit, d’autres enfin ont des insomnies, parfois longues et périodiques.

Ils doivent avant tout rechercher des causes physiologiques, s’il y en a, de l’insomnie et suivre un traitement en conséquence. La cause la plus fréquente est la digestion: évitez de manger trop de viande le soir et faites une courte promenade après le dîner.

On prend très facilement l’habitude de l’insomnie. Pour la rompre ou pour l’empêcher de se former, il est bon de ne pas se coucher toute une nuit et de ne pas se reposer pendant toute la journée qui suit.

Dès qu’on est au lit, il faut prendre l’attitude de relaxation, c’est-à-dire d étendre ses muscles*. Il convient de ne « penser à rien », d’éviter avec soin de réfléchir aux ennuis de la journée ou du lendemain.

De toutes manières, imposez-vous l’habitude de vous coucher et de vous lever tous les jours à la même heure. Votre corps et votre subconscient prendront ainsi l’habitude des alternatives régulières et votre moi conscient pourra se reposer le nombre d’heures voulues.

*. Voir sur ce point, à la fin de cette Leçon, l’Appendice sur la Relaxation Progressive.

Que votre Subconscient soit votre Allié.

d) Votre subconscient, qui pourrait être pour vous un facteur de perdition, c’est à vous de le transformer en ami fidèle, en bon conseiller. Par la vertu, c’est-à-dire par les habitudes salutaires, le bien nous devient naturel au lieu d’être toujours imposé de haute lutte par l’esprit à une chair rebelle. L’effet d’une constante sagesse pratique, comme celle que préconise le Pelmanisme, est que les éléments les plus rétifs de notre personnalité se disciplinent, sans avoir besoin d’être désarmés, et que l’individu, sans se trouver dans la nécessité de se mutiler, épanouit au contraire harmonieusement les divers aspects de son être. Les conditions de notre plus grande liberté sont celles de notre travail le plus fécond et de notre plus intime bonheur.

Aucun progrès n’est possible sans discipline ; aucune discipline n’est possible sans un effort constant pour se dompter soi-même.

Mais n’oubliez pas que l’excès en tout est un défaut. N’exagérez pas la maîtrise de vous-même par un refoulement définitif de toutes vos aspirations. Tuer l’instinct, sous prétexte de raison et de moralité, équivaudrait à un suicide. Spinoza, reflétant la sagesse antique, déclare que la philosophie est une méditation non de la mort, mais de la vie. Dans le même sens le Pelmanisme est une technique, non de stérilité, mais de fécondité ; non d’inertie, mais d’action. Loin de réprimer les puissances de vie, il les contrôle et les régularise pour les intensifier.