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L’idée qui meut le cœur

Action de la suggestion pendant l’hypnose sur les battements du cœur. Expériences de divers médecins et des auteurs.

Action de la suggestion sur le cœur sans hypnose. Comment M. Col… se rétablit de ses 4 affections cardiaques, alors que la médication chimique ne pouvait plus rien pour lui. Technique employée.

La volonté, bien exercée, peut réaliser dans nos propres profondeurs tout ce que la suggestion réalise sur autrui. Une expérience de Gaston Durville sur lui-même. Comment il ralentit, à son gré, comment il active les battements de son cœur.

L’action de la suggestion sur le cœur

Les premières expériences concernant l’action que peut la suggestion sur le cœur remontent à Tamburini et Sépilli, qui ont les premiers constaté des différences appréciables dans l’état circulatoire des sujets hypnotisés.

Paul Richer, à la Salpetrière, dans le service de Charcot, a fait les mêmes constatations. Celles-ci ont été également confirmées par Beaunis et Butor, puis par Bérillon et G. Durville.

Une malade de Bérillon (très craintive et pouvant être con­sidérée, dit l’auteur, comme hystérique) a, à l’état de veille, un pouls à 78 pulsations à la minute, avec dicrotisme peu marqué et tension artérielle normale.

Le sujet est endormi par fixation des yeux, et reçoit la suggestion que son pouls se ralentit. Une minute après la suggestion, le pouls marque 66 pulsations ; le dicrotisme s’est peu modifié, la tension artérielle s’est légèrement élevée.

On fait alors au sujet (toujours endormi) la suggestion qu’il vient de courir, qu’il est essoufflé, que son pouls bat plus vite. 2 minutes après, le pouls marque 102 pulsations ; le dicrotisme s’est accentué.

Une autre malade, Mme S…, névropathe a, à l’état de veille, 132 pulsations à la minute. Elle est hypnotisée. Elle reçoit la suggestion qu’elle est calme, que son cœur se ralentit.

Le Dr Jennings, qui enregistre le tracé cardiaque au cardiographe, constate qu’après 5 minutes le pouls est descendu à 114 pulsations. La même suggestion est répétée. Le pouls, repris après une attente de 5 minutes, donne 102 pulsations. Après une 3è suggestion, le pouls descend à 84 pulsations.

L’expérience ayant été répétée à plusieurs reprises, le pouls de la malade est descendu à 84 pulsations.

Gaston Durville, reprenant ces expériences, a montré qu’il n’est nullement utile de provoquer le sommeil pour obtenir les mêmes effets suggestifs sur la circulation.

Rythme cardiaque accéléré ou ralenti selon la suggestion

Il parle à une femme simplement émotive, normalement éveillée. Il lui compte 79 pulsations à la minute, à l’artère radiale.

Le doigt toujours posé sur la radiale, et l’œil sur le chronomètre, il dit le plus naturellement du monde, et comme s’il constatait le fait : « Tiens, votre pouls bat plus vite !… oui plus vite…, de plus en plus vite ». Et à mesure que les minutes passent, la suggestion s’exécute : le pouls bat successivement à 85, 89, 93, 96 pulsations.

Avec de grands émotifs, on fait aisément passer ainsi le pouls de 75 ou 80 pulsations à la minute à 110 et 120.

Bernheim a, il y a des années, relaté l’expérience suivante :

« J’enregistre, dit-il, le pouls d’un individu avec un sphygmographe à transmission sur un cardiographe de Marey, et j’inscris le temps avec un compteur à secondes. Je compte le pouls, à haute voix, sans rien dire au sujet.

« Puis, après un certain temps, je compte plus de pulsations qu’il y en avait, par exemple 95 au lieu de 80. Si, plus tard, je repère le tracé, je constate que, pendant la numération accélérée, le pouls s’est accéléré en moyenne de 10 pulsations par minute. »

Si Bernheim fait, en employant la même méthode, la suggestion de pulsations retardées, il constate que le pouls s’est, sur son affirmation, ralenti de 6 à 7 pulsations par minute. La numération accélérée ou ralentie a créé dans le cerveau du patient l’idée de rythme accéléré ou ralenti, et celle-ci s’est exécutée.

Ces expériences prouvent qu’il est absolument inutile d’hypnotiser pour obtenir de puissants effets de suggestion : tout ce qu’on obtient en hypnose, on peut l’obtenir à l’état de veille. L’hypnose ne crée aucune propriété biologique nouvelle.

L’hypnose n’est réalisable que sur quelques individus particulièrement émotifs. Vouloir n’obtenir des effets suggestifs que dans cet état, c’est priver une foule de gens des bénéfices de la suggestion et de l’autosuggestion.

La volonté, quand on l’aide à réagir, a de la prise sur les fibres du cœur

Voici une curieuse observation relatée par Gaston Durville (Journal du Magnétisme). Elle vient à l’appui de notre thèse. Laissons la parole à notre frère :

Un de mes malades, Col …, homme de 35 ans, remarquablement intelligent et énergique, était atteint de 4 affections cardiaques, dont chacune était mortelle et arrivée à un degré qui, de l’avis de tous les médecins qui l’avaient vu, était incompatible avec l’existence.

Quand j’entrepris sa cure, il avait insuffisance mitrale avec souffle tricuspidien, double lésion aortique et coronarite occasionnant d’horribles crises d’angine de poitrine. Il était assis dans son lit en pleine asystolie avec anasarque, gonflement hépatique considérable, anurie et congestion intense des 2 bases pulmonaires.

Il ne réagissait plus du tout à la digitale. Après l’avoir bien examiné, je lui dis quelque chose comme ceci : « Puisque les médicaments sont sans effet sur vous, c’est avec votre volonté que je vais vous rétablir. À partir d’aujourd’hui, vous ne prendrez plus de drogues. Comprenez-moi bien : votre cœur est fatigué, flasque.

Il n’a plus l’énergie suffisante pour chasser convenablement l’ondée sanguine ; de là, tous ces phénomènes de stase dans votre foie, vos poumons, vos jambes. Mais la volonté, quand elle sait réagir ou qu’on l’aide à réagir, a de la prise sur les fibres du cœur.

La volonté, quand elle est convenablement dirigée, est susceptible de créer, dans l’organisme de n’importe qui, les réactions les plus extraordinaires. Vous allez m’aider, m’aider de toutes vos forces. – De toutes mes forces à moi je vais vous soutenir. Je serai votre ami, je ne vous abandonnerai pas. »

Alors, j’ai vu briller dans l’œil terne de cet homme l’éclair de l’espérance. J’ai senti que j’avais conquis sa confiance. Il ne me restait plus qu’à la mériter. Je vis mon malade d’abord chaque jour.

Par des exemples choisis dans ma clientèle, je lui fis comprendre l’énorme pouvoir qu’a la pensé sur les gens les mieux équilibrés, même dans les affections organiques les plus graves.

Puis, je lui expliquai en termes concis les exercices psychiques à faire et les lui fis faire devant moi. Je ne le perdais pas de vue, l’encourageant d’une parole, d’un geste, l’aidant d’un froncement de sourcil pendant un effort, le récompensant d’un succès par un sourire, par un serrement de main, par un rien, mais un rien qui est beaucoup, un rien qui est tout.

– « Mon cœur se renforce, répétait-il. Il se contracte mieux, se resserre. Il bat mieux. Ma circulation s’active. Mon rein s’ouvre, j’urine. » Était-il fatigué, c’est mentalement qu’il faisait l’exercice, et moi je tenais sa main : « Courage, répétais-je, nous vaincrons ! »

Résultat après plusieurs jours de suggestion

Après chaque séance, régulièrement, le malade urina, obtenant ainsi par lui-même ce que la théobromine ne savait plus obtenir.

Le taux urinaire s’éleva si bien que le 10è jour il urinait 500 g. La congestion pulmonaire ayant diminué, il put s’allonger dans son lit. Le cœur était moins flasque, le souffle tricuspidien s’atténuait ; le foie était moins gros, l’anasarque avait diminué de moitié.

Après 14 jours de traitement, le malade mit pied à terre. La convalescence fut rapide et normale.

Seules les crises d’angine de poitrine persistaient. Quand elles s’emparaient du malheureux, l’angoisse l’envahissait, atroce, la sueur perlait en gouttes du volume d’un pois sur toute sa face. Son cœur battait à rompre. Le nitrite d’amyle était sans action. – Je me mettais alors devant lui et lui disais avec une puissance de conviction que les mots écrits n’expriment pas :

– « Du calme, mon ami, du calme. Je vous aide… Allons, comptons ensemble jusqu’à 10, et la crise est finie… ». Allons doucement : 1, 2… Vous souffrez trop ; eh bien je compte seul ; vous, comptez mentalement avec moi : 1, 2, 3… : là…, elle diminue …. 4… Allons, respirez bien… ; elle diminue …. 4, 5… 6. »

Souvent la crise résistait.

– « Elle résiste, disait-il en suffoquant. »

– « Patience, elle va, céder. Recommençons : 1, 2, 3… »

Alors, toujours, une détente se produisait, dont je profitais. « Allons, nous y sommes, c’est fini… », et doucement la crise cessait.

Je suis ainsi parvenu, continue l’auteur, à espacer les crises et à diminuer leur intensité assez pour que mon malade pût, non seule­ment aller et venir comme par le passé, mais même reprendre ses occupations dans son bureau au chemin de fer (quand il pouvait travailler, il était dans son bureau à la gare du Nord).

Pendant plus de 3 ans, il eut une vie parfaitement suppor­table. Une crise d’angine survenait de temps à autre, mais combien faible, comparée aux atroces paroxysmes du passé.

Survenait-elle dans la rue, il s’appuyait à un arbre, et là il répétait : « ma crise cesse, mon cœur bat normalement ». Le front se couvrait de sueur et peu à peu la détente survenant, il continuait sa route. M. Col…, transformé jusqu’au fond de lui-même, devint un apôtre de l’autosuggestion.

La même méthode nous permit de rétablir un homme de 64 ans, atteint d’une terrible attaque d’urémie.

La suggestion et l’autosuggestion eurent rapidement raison non seulement des cruelles crises cardio-pulmonaires, mais aussi de l’obstruction complète des reins.

Il est beaucoup plus facile d’activer par la volonté que de ralentir l’activité cardiaque

Voici une expérience que le Docteur Gaston Durville réalise très aisément. Nous la réalisons de la même manière :

Le 26 juin 1923, le Dr Gaston Durville faisait, en collaboration avec le Cheik Véhab, de Constantinople, au 3è Congrès International de Psychologie expérimentale, une conférence sur le Yoguisme.

Parlant de l’action que peut exercer la volonté sur nos réactions circulatoires, il propose une expérience sur lui-même pour démontrer cette action. Il se place debout, et prie 2 des assistants (l’un d’eux est le Dr A.) de vouloir bien compter le nombre des pulsations à la minute de ses artères radiales.

Les 2 personnes, montre en main, et un doigt sur l’artère, au poignet, comptent 62 pulsations.

Sans rien changer de la position, et les poignets toujours tenus, le Dr G. D. dit : « J’envoie par la pensée, à mon cœur, un ordre d’accélération… Mon cœur bat vite, vite, plus vite ». Il clôt les yeux pour pouvoir se concentrer davantage sur l’acte circulatoire à obtenir et pour éviter toute distraction.

Les contrôleurs disent : « le pouls bat plus vite » – « Comptez exactement au chronomètre », dit l’expérimentateur.

Le contrôleur de droite dit : « le pouls augmente encore sa vitesse ». Comme il n’est pas médecin, il déclare que le pouls bat trop vite pour qu’il puisse le compter.

Le contrôleur de gauche (Dr A.) n’a pas quitté de l’œil son chronomètre, ni lâché l’artère. Il annonce qu’il a compté 128 pulsations en 1 minute. Il refait une 2è numération ; il annonce 126 pulsations.

Sous l’action de l’effort mental, les battements cardiaques ont donc plus que doublé.

Sans interrompre l’expérience, sans changer de position, et les poignets toujours tenus par les contrôleurs, l’expérimentateur dit : « Je veux maintenant que mon cœur se ralentisse ».

Même concentration psychique que précédemment, pendant 2 à 3 minutes, les yeux étant clos pour éviter la distraction.

Les 2 contrôleurs déclarent que le pouls se ralentit de façon impressionnante. Celui de droite (qui n’est pas médecin), déclare qu’il ne sent plus le pouls. Celui de gauche compte, une première fois 56 pulsations à la minute, une seconde fois 53.

Nous avons toujours, dans des expériences analogues, constaté comme l’expérimentateur précité, qu’il est beaucoup plus facile d’activer par la volonté que de ralentir l’activité cardiaque.

Cette constatation est conforme à ce que créent sur les rythmes cardiaques les émotions. S’il est connu qu’elles produisent parfois l’arrêt cardiaque (c’est-à-dire du ralentissement poussé à l’extrême), elles créent de façon plus banale l’activation de l’organe, la tachycardie.