Mémoire. La CONSERVATION, propriété mnémonique importante

Cette faculté est tout aussi nécessaire que le pouvoir de concentration. Il n’est pas excessif de la considérer comme la faculté majeure de la mémoire, car il est incontestable que sans elle la faculté du souvenir n’aurait plus de raison d’être.

Si nous n’étions pas capables de conserver en nous les idées et les images, nous ne pourrions nous souvenir de rien, et par conséquent nous ne pourrions posséder aucune connaissance, aucune science.

Lorsque vous discutez avec différentes personnes, vous remarquez très vite la différence frappante qui existe entre les gens qui sont capables de retenir les images mentales, et ceux n’arrivent pas à faire ce qu’il faut pour les conserver.

Vous vous étonnerez peut-être de m’entendre employer cette expression «faire ce qu’il faut pour» ?

Je considère en effet que tout homme garde l’impression de tout ce qui lui arrive et de tout ce qu’il voit, et que ce n’est pas directement de là que vient la différence entre les bonnes et les mauvaises mémoires.

Cette affirmation peut paraître discutable. Il n’en est pas moins vrai qu’elle repose sur l’expérience et même sur une suite d’expériences et d’observations très complète. Le moment est venu de clarifier ce point.

Ceux d’entre vous qui s’intéressent aux sciences cognitives trouveront cette démonstration trop simplifiée. Mais ils y retrouveront, avec des mots de tous les jours des notions qu’ils ont déjà rencontrées.

Le mécanisme mental de l’homme se compose d’un certain nombre de “boîtes” capable de stocker nos impressions.

Afin de ne pas entrer dans une discussion finalement peu importante sur le nombre exact de ces “boîtes” disponibles, j’exprimerai la chose en pourcentage.

On a pu estimer également le nombre d’impressions que reçoit au cours d’une vie, un individu normalement constitué.

Il s’ensuit qu’après 80 ans d’impressions, on occuperait tout au plus 42 % de ces boîtes.

De plus, dans notre vie habituelle, nous nous déplaçons au milieu d’objets dans des contextes que nous connaissons déjà. Donc leur rencontre ne produit en nous aucune impression nouvelle, aucun travail mental nouveau ni le besoin de faire appel à des «boîtes» supplémentaires.

Les anciennes impressions en seront fortifiées ou complétées, mais c’est tout.

Il n’y a donc pas de place pour l’idée d’un remplissage du cerveau qui expliquerait que la mémoire n’opère plus.

J’espère que cette idée simplifiée à l’extrême, servira à contrecarrer certains préjugés souvent admis.

C’est une idée erronée du genre «surmenage cérébral» qui fait croire depuis longtemps que l’étude des langues étrangères est une entreprise très difficile.

Grâce à la philologie (la recherches sur des langues considérées individuellement sous l’angle de leur évolution historique), on s’est aperçu finalement, qu’il n’est pas nécessaire pour parler une langue, de posséder un vocabulaire très étendu.

Est-il difficile d’apprendre et de retenir environ 1.000 mots ?

Eh bien, c’est le nombre de ceux dont on a besoin pour exprimer dans sa langue la totalité de ses idées. Un académicien, lui, n’emploie certainement pas plus de 5.000 mots.

La faculté de conservation n’est pas non plus distribuée équitablement chez tout le monde. Elle varie aussi selon l’âge, les prédispositions, la conformation physique.

Mais il est indubitable que chacun peut la développer à un bon niveau au moyen d’exercices appropriés.

En voici quelques-uns.

Conservation – Exercice N° 1

Demandez à quelqu’un de placer sur une table 5 objets différents. Il devra choisir des choses simples et de forme facilement définissable.

Ce seront par exemple une clé, une gomme, un crayon, un bouchon, une enveloppe.

Ces différents objets seront disposés côte à côte sur la table. Alignés le long du bord de la table, ils seront respectivement à droite ou à gauche les uns des autres.

Regardez-les attentivement, et considérez leur position les uns par rapport aux autres.

Que voyez-vous ?

Procédez en commençant par la gauche.

En admettant que vous ayez disposé les différents objets dans cet ordre, vous avez vu une clé, puis une gomme, puis un crayon, puis un bouchon, et enfin une enveloppe.

C’est tout, ne pensez à rien d’autre.

Concentrez votre attention sur cette suite d’objets : clé, gomme, crayon, bouchon, enveloppe. N’essayez pas de l’apprendre par cœur, mais efforcez-vous de retenir en vous la forme et la position de ces objets.

Au début, allez lentement, observez chaque objet pendant environ 12 secondes, donc approximativement une minute pour l’ensemble. Puis tournez le dos à ce que vous venez d’observer, et essayez de vous les représenter dans votre tête.

Si vous vous êtes bien concentré sur les différents objets, il vous sera facile de vous en faire une représentation exacte et de les «voir» pour ainsi dire dans leurs positions respectives.

Tournant toujours le dos à la table, prononcez les uns à la suite des autres, dans leur ordre réel, les noms des objets que vous vous représentez mentalement: premièrement, clé ; deuxièmement, gomme ; troisièmement, crayon ; quatrièmement, bouchon ; cinquièmement, enveloppe.

Ne tenez pas compte du fait que vous pourriez les connaître par cœur, mais basez- vous sur l’image mentale que vous en avez. Il y a bien des chances que cette image devienne plus vague pour le quatrième et peut-être même pour le troisième objet. C’est normal au début, donc ne vous découragez pas.

Reprenez depuis le commencement, il est impossible que vous n’arriviez pas au résultat attendu. Mais ne dépassez pas la limite de 12 secondes que je vous ai indiquée, car elle est calculée de façon à exciter le plus possible votre pouvoir de conservation et la faculté que vous possédez de vous construire des images mentales.

Lorsque vous aurez réussi à mener à bien 5 expériences de ce genre avec des objets tels que ceux que je viens de vous donne en exemple, objets que vous aurez soin de changer de temps à autre, vous pourrez passer à l’exercice suivant.

MEMOIRE01

Conservation – Exercice N° 2

Le début de cet exercice est encore une fois semblable au précédent.

Lorsque vous tournerez le dos à la table et chercherez à vous faire une image exacte des objets que vous aurez observés, prononcez-en les noms dans l’ordre inverse de celui que vous aviez adopté auparavant, c’est-à-dire que vous procédez cette fois-ci de droite à gauche.

Vous observez comme suit : clé, gomme, crayon, bouchon, enveloppe ; mais vous prononcez ainsi après coup : cinquièmement, enveloppe ; quatrièmement, bouchon; troisièmement, crayon ; deuxièmement, gomme ; premièrement, clé. Et toujours d’après les images que vous voyez en vous, et non en faisant du par coeur.

Cet exercice est un peu plus difficile que le précédent, mais vous vous en tirerez très bien rapidement. À ce moment déjà, votre souplesse mentale sera bien supérieure à ce que vous supposez.

Conservation – Exercice N° 3

L’exercice se réalise de la façon suivante : ce n’est plus dans l’ordre inverse mais cependant logique que vous allez énoncer les objets considérés, mais en les faisant se succéder les uns aux autres de manière aléatoire.

Vous observerez par exemple : premièrement lunettes ; deuxièmement pomme ; troisièmement briquet ; quatrièmement peigne ; cinquièmement stylo bille.

Ajoutant à chacune des positions le nom d’un des objets choisis, vous énoncerez par exemple : quatrièmement peigne ; deuxièmement pomme ; cinquièmement stylo bille ; premièrement lunettes ; troisièmement briquet ; et vous essayerez autant de variantes que vous voudrez.

Vous serez certainement étonné du résultat de ces expériences en apparence si simples. Elles sont simples en effet, mais c’est justement là leur grande qualité. Elles découlent d’une bonne observation de ce domaine où l’on constate que la complication n’est jamais un gage de succès.

Soyez prudent dans votre désir de réussir, n’allez pas trop vite. Ne bâclez pas. Consacrez pendant plusieurs jours consécutifs quelques minutes à ces exercices, et cela pendant une semaine complète de préférence.

Lorsque vous vous sentirez capable d’affronter des expériences plus difficiles, augmentez graduellement le nombre des objets.

Les difficultés que présentent des exercices de ce genre ne croissent pas arithmétiquement, mais géométriquement par rapport au nombre d’objets que l’on considère.

Vous n’éprouverez pas de difficulté à mener à bien une expérience en comportant 20 et même plus, si vous prenez la précaution de progresser très graduellement, n’ajoutant jamais plus d’un ou peut-être au maximum deux objets à la fois.

N’oubliez pas que vous mettez ainsi peu à peu toute la puissance de votre cerveau en oeuvre pour pouvoir conserver en vous ce que vous désirez ne pas laisser échapper.

L’exercice qui suit vous donnera l’occasion de développer encore plus votre faculté de conservation, mais ne l’essayez pas avant d’avoir complètement épuisé les ressources des trois précédents.

Conservation – Exercice N° 4

Dans les 7 espaces ci-dessous, j’ai dessiné 7 figures simples : un triangle, un cercle, une croix, 2 lignes horizontales, un losange, un carré, deux lignes verticales.

MEMOIRE2

Efforcez-vous de bien imprimer en vous- même l’image de ces dessins et leur suite dans l’ordre où ils se trouvent ici.

Pour cela, vous énoncerez comme suit les noms des figures : triangle, cercle, croix, horizontales, losange, carré, verticales ; en même temps, vous vous concentrerez sur leur forme.

Là encore, il importe de ne pas apprendre ces détails par cœur, ce serait en opposition totale avec l’objectif véritable de l’exercice que je vous présente.

Lorsque vous penserez avoir suffisamment observé ces dessins, cachez-les, relaxez-vous un instant, puis essayez de les reproduire dans le même ordre dans chacun des rectangles vides prévus à cette intention. ( voir les planches comme celle reproduite ici en finde document )

Recommencer l’exercice si vous vous trompez.

Ne considérez pas le résultat comme atteint avant d’avoir réussi à dessiner toute la série de figures en une seule fois sans vous tromper, et cela dans le maximum de temps de 5 minutes à partir de l’instant où vous aurez caché les figures de départ.

Là aussi, vous aurez certaines difficultés à surmonter. Exigez de votre capacité de conservation qu’elle fournisse un travail sérieux.

Ensuite, vous pourrez opérer comme dans l’exercice N° 2 et dire par exemple : le quatrième rectangle contient un carré ; le sixième rectangle contient un losange ; etc. Il est extrêmement intéressant de voir avec quelle rapidité ces exercices développent la faculté de recevoir des impressions visuelles et celle de les conserver.

On se réjouit très vite de la souplesse et de l’habileté que l’on acquiert ainsi alors qu’on s’en croyait incapable.

Le principe initial est toujours le même, débuter par des exercices simples et répétitifs portant sur des objets d’aspect simple à mémoriser, puis augmenter peu à peu les difficultés, mais sans jamais dépasser certaines limites.

Vous sentirez vous-même quand la difficulté devient prohibitive.

Un exercice également très valable, consiste à remplacer les objets ou les figures par différentes pièces d’un jeu de dominos. (il est très simple de s’en fabriquer un sur de petits papiers).

On procédera exactement de la même façon que précédemment. Souvenez-vous de la simplicité de tout ce qui a trait au domaine mental, et inspirez-vous des quelques principes fondamentaux que je ne cesse de mettre en avant.

Vous serez alors enthousiasmé vous-même des résultats qui viendront récompenser votre patience et votre sincère désir de réussir.