Nourriture trop copieuse

Je tiens ceci pour la règle de la vie : “Trop de toute chose est mau­vais.”
TÉRENCE

“La nourriture dont un homme sabstient après quil a mangé de bon appétit, lui est plus profitable que celle quil a absorbée.”
Louis COMARO

“Le bétail sait quand il doit cesser de brouter, mais lhomme stupide ne connaît pas la mesure de son appétit.”
Hans Christian ANDERSEN

Les dangers de la gourmandise

“Êtes-vous plein à l’intérieur ?” demandait une femme au cocher d’une diligence passablement chargée. Entendant ceci Charles Lamb mit sa tête à la fenêtre et dit : “Je suis tout à fait plein à l’intérieur ; le dernier mor­ceau de pudding de Mme Gillman y a contribué”.

Chez combien de garçons la dernière pomme verte, le dernier morceau de gâteau, la dernière friandise, etc., a contribué aux maux d’estomac ou aux coliques qu’ils ressentent !

Chez combien de jeunes filles, ou même de femmes, une cuillerée de plus de crème glacée ou de crème au chocolat a amené une maladie d’estomac, des feux au visage ou d’autres altérations de leur teint !

Pour combien d’hommes le dernier verre de vin ou de liqueur, à la fin du repas, a été l’origine de maux de tête, d’indi­gestions et d’un travail médiocre !

“Mais, réplique le garçon, quand ces maux sont passés, les pommes, les gâteaux et les friandises ne sont-ils pas bons ? Ne sont-ils pas faits pour que nous les mangions ?”

Le péché de trop manger

Addison dit que Diogène rencontrant un jeune homme qui allait à une fête l’arrêta dans la rue et le ramena chez lui, comme quelqu’un qui aurait couru un grand danger s’il ne l’avait pas retenu.

– Combien en avez-vous mangé ? demandait le docteur Lewis à son ami Jacob. Schneider, chez lequel il avait été appelé un soir, à 9 heures, en le trouvant occupé à démolir un grand plat de bei­gnets.

– Oh ! 8 ou 10 peut-être, très peu en tout cas.

– N’avez-vous pas soupé ?

– Oui, sans doute ; j’ai soupé comme à l’ordinaire, mais je ne me sentais pas très bien, j’étais solitaire, et ces beignets me tiennent compagnie. Ma femme m’en prépare chaque soir, et quand ils sont bons et chauds, j’en mange souvent plus de 20, histoire de passer le temps, vous comprenez.

La femme de Jacob lui faisait vider le plat, d’abord, parce que le matin, les beignets étaient froids, puis à cause du catarrhe, de la paresse du foie, de la constipation, de la somnolence, de l’abattement, etc., qui tracassaient presque chaque matin son mari.

Mais les beignets après le souper n’avaient rien à faire avec ces maux, ni avec les pustules et les taches jaunes qui couvraient le visage de Jacob ; le docteur le débarrasserait de ces mystérieuses afflictions, et lui apprendrait peut-être à les éviter.

Le péché de trop manger n’est pas particulier aux riches. Un Jacob Schneider avec ses beignets peut être aussi glouton qu’un Lucullus avec ses ali­ments coûteux et ses vins fins.

Un repas léger est conseillé surtout le soir

Les excès de la table ne sont pas limités à une classe ou à un pays. On a dit très justement que l’homme civilisé vit du quart de la nourriture qu’il prend, et qu’il absorbe les 3 autres quarts au péril de sa vie. La grande majorité des gens souffrent sérieusement d’une nourriture trop copieuse.

Nous savons tous combien nous nous sentons mieux, le matin, quand notre souper de la veille a été simple et frugal, que lorsque nous avons pris un trop copieux repas.

Chacun de nous devrait s’éveil­ler le matin merveilleusement rafraîchi et rajeuni, avec un entrain nouveau pour le travail de la jour­née. Et si ceci n’est pas notre état habituel, c’est que nous violons les lois de la nature, tout spécialement celle qui nous commande de manger avec modéra­tion.

Les dangers d’un repas trop copieux

La plupart de nos meilleurs médecins affir­ment que toutes espèces de maux physiques et men­taux sont entretenus et aggravés par les poisons qu’engendre une nourriture trop copieuse, mal digé­rée et mal assimilée, et que certaines maladies se guériraient en adoptant simplement un régime plus frugal.

Ils disent que l’apoplexie, la rupture du cœur, et, dans beaucoup de cas, les morts subites, peuvent être attribuées à des estomacs faibles et surmenés, forcés, par ceux qui n’ont pas encore ap­pris à maîtriser leur appétit, de faire un travail au­quel ils ne sont pas préparés.

Combien de personnes qui souffrent de maux de tête chroniques, de nervosité, de rhumatisme, de goutte, et de toute sorte de troubles du foie seraient entièrement délivrées de ces maux en cessant de trop manger et en adoptant un régime approprié à leurs occupations et à leur tempérament.

Il est mauvais de trop manger le soir, quand le travail de la journée est terminé et que le cerveau et l’estomac peuvent se reposer; mais trop manger au milieu du jour, puis forcer le cerveau à travailler le reste du temps est encore pire.

Les hommes d’affaires prennent souvent un repas trop copieux

J’avais l’habitude de prendre fréquemment le repas de midi avec un hom­me d’affaires qui se plaignait de se sentir rarement bien l’après-midi, de telle sorte qu’il était obligé de faire son travail le plus important dans la matinée.

Il disait qu’il ne pouvait comprendre pourquoi il se trouvait si bien le matin et avait si peu d’entrain le reste de la journée. Rien d’étonnant ! Je pris garde à ce qu’il mangeait à midi.

Il choisissait invariable­ment les mets les plus compliqués du menu, et faisait un dîner copieux avec une grande variété de plats. Puis il s’étonnait de ne pouvoir faire un travail de tête sérieux dans l’après-midi, et d’avoir de la dyspepsie nerveuse, des troubles du foie, de vio­lents maux de tête et de l’insomnie.

Parfois, il exprimait son dédain en me voyant prendre un bol de lait et de pain ou du riz et du lait avec une orange ou un morceau de pudding, tandis que lui se gorgeait d’une nourriture dont il n’avait pas besoin et que ses organes digestifs avaient de la peine à digérer ; mais en même temps il enviait ma bonne santé.

Je lui suggérai une fois qu’il devrait suivre mon exemple, et ne prendre à midi que des choses légères, afin de voir s’il ne parviendrait pas à travailler aussi bien l’après-midi que le matin. Il se mit à rire et dit qu’il essayerait peut-être, mais qu’il ne croyait pas pouvoir vivre avec une nourriture bonne pour un poulet.

Il était alors sur le point de quitter la ville pour faire un voyage d’affaires, et je ne le revis pas cet été-là.

Un changement de régime rendrait les hommes d’affaires plus vifs et plus efficaces

Quelques mois plus tard, cependant, je le rencon­trai par hasard, et fus très surpris de remarquer chez lui une amélioration apparente. Il semblait un nouvel homme, vif, alerte, heureux, en bonne santé. Je lui demandai ce qui avait produit dans lui un changement aussi merveilleux dans un temps aussi court.

“J’ai suivi votre avis, dit-il en riant ; j’ai cessé de manger autant à midi, et j’ai pris beaucoup plus d’exercice au grand air que je ne le faisais autrefois. Il ne s’est pas écoulé longtemps avant que je m’aperçoive que je pouvais faire d’aussi bon tra­vail l’après-midi que le matin.

“Ma nourriture ne me gêna plus, je retrouvai le sommeil, et je me sentis beaucoup mieux. Mais je n’aurais jamais eu l’idée d’attribuer mes maux passés à mes dîners trop copieux, si vous ne m’en n’aviez pas parlé. Rien ne pourrait m’engager à les reprendre maintenant.”

Combien d’hommes sont aussi ignorants que mon ami en ce qui concerne la philosophie de la nutrition et la physiologie de la digestion ? Ils ne réalisent pas qu’un estomac rempli d’une grande variété de mets réclame pendant des heures toute la force que le sang peut engendrer pour dissoudre cette masse.

Ils ne savent pas que les organes diges­tifs seuls sont capables de détourner le sang de toutes les parties du corps, et de l’appeler à leur aide pour faire aussi promptement et aussi bien que possible le travail de la digestion.

Il en résulte que presque tout le sang est détour­né du cerveau pendant le processus digestif.

Et cependant, en sortant d’un dîner trop copieux, ils vont à leur bureau où ils forcent leur cerveau à tra­vailler, ignorant totalement que le travail mental nécessite une grande quantité de sang dans le cer­veau, impossible à avoir pendant plusieurs heures après un copieux repas.

Ne forcez jamais votre cerveau à travailler pendant les heures de digestion

Ceci me rappelle un ami qui était très ennuyé parce qu’il lui plaisait d’appeler la lenteur et la pa­resse de son vieux cheval dont les jours de travail paraissaient finis.

Un voisin, auprès duquel il se plaignait des défauts de l’animal, lui conseilla d’essayer un nouveau et merveilleux remède : le fouet. Il disait qu’il avait toujours fait merveille avec ses chevaux et que, appliqué dès qu’ils paraissaient fatigués ou montraient quelque inclination à lambi­ner, il les réveillait immédiatement.

Sans délai, mon ami se procura le précieux article, et chaque fois que son cheval avait l’air de fléchir, il le fouettait avec une grande vigueur. Pendant quelque temps le traite­ment sembla agir comme un charme, mais un matin, en entrant dans son écurie, mon ami vit avec épouvante le pauvre animal couché mort dans sa stalle.

Plus d’un homme fouette son cerveau pour le faire travailler, quand le sang qui le soutient et le nourrit en a été détourné pour aider à l’appareil digestif dans ses processus d’assimilation et d’ab­sorption.

En conséquence, le cerveau et les organes digestifs sont souvent surmenés au-delà de leur endurance, et tout l’organisme succombe grâce à la cruauté de son maître.

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